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Statuts du Parti Communiste d’Espagne (reconstitué) − 1998

1. Programme général

Le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué) est un parti prolétarien, noyau dirigeant et détachement d’avant-garde de la classe ouvrière. Notre organisation se considère comme héritière et continuatrice de l’œuvre révolutionnaire commencée par le Parti Communiste d’Espagne dirigé par José Díaz, aujourd’hui dégénéré, converti par le révisionnisme en un instrument de l’oppression et de l’exploitation capitalistes.

Le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué) fait partie du mouvement communiste international et se guide par les principes du marxisme-léninisme dans l’élaboration de sa ligne politique et dans son travail révolutionnaire.

Le PCE(r) s’est fixé comme objectif d’atteindre le communisme, c’est-à-dire, la suppression de la propriété privée capitaliste et les classes ; de cette façon seront créées les conditions nécessaires pour l’extinction de l’État. Dans ce but, le Parti se propose d’être à la tête et d’organiser la classe ouvrière dans la lutte la plus résolue contre le système capitaliste, jusqu’à réussir la démolition de son appareil bureaucratico-militaire et l’instauration de la dictature du prolétariat sur la bourgeoisie.

Actuellement, le Parti centre ses efforts principaux sur l’éducation et l’organisation politique de la classe ouvrière défend l’unité d’action avec d’autres organisations ouvrières et populaires dans la lutte de résistance contre le fascisme et l’impérialisme, une lutte conduisant à accumuler des forces révolutionnaires et à créer toutes les autres conditions pour le développement de la Guerre populaire prolongée et le triomphe de l’insurrection armée générale.

Le Parti définit et défend les droits politiques, économiques et sociaux actuels des travailleurs et applique une ligne de masses afin de rester uni aux masses et de recueillir et synthétiser leurs expériences de lutte. Comme chef politique de la classe ouvrière, le Parti n’est pas à la traîne du mouvement spontané, mais il s’efforce d’élever les ouvriers jusqu’à la compréhension de leurs vrais intérêts de classe, leur fixe les objectifs à conquérir et les guide dans la lutte.

Le Parti doit inculquer la discipline consciente aux masses d’ouvriers sans parti, étendre les méthodes de lutte révolutionnaires, la solidarité de classe, l’esprit d’organisation et la fermeté combative ; c’est pourquoi le Parti doit être la personnification de la discipline, de l’organisation et de l’abnégation révolutionnaires.

2. Les principes d’organisation et de fonctionnement du Parti

a) Pour mener à bien, avec sécurité et efficacité, le travail révolutionnaire parmi les masses et garantir sa continuité, le Parti doit maintenir son appareil politique dans la clandestinité. De même, il lui faut établir la spécialisation et la division du travail dans son sein ainsi que la centralisation et la démocratie.

L’unité du centralisme et de la démocratie, de la discipline et de la liberté dans la pratique révolutionnaire constitue le centralisme démocratique. Dans le sein du Parti, il doit y avoir autant de centralisme que de démocratie, autant de discipline que de liberté. La combinaison du centralisme et de la démocratie garantit la liberté de discussion et de critique et rend possible l’unité d’action.

b) Étant données les conditions de clandestinité dans lesquelles nous sommes obligés de développer actuellement l’activité politique, l’élection doit être nécessairement limitée dans le sein du Parti. Cette limitation ne signifie pas une restriction à la liberté de discussion et de critique ni à tous les autres droits des militants ; son objectif est d’empêcher ou de rendre difficile l’action policière et de renforcer la discipline interne de l’organisation.

c) La discipline du Parti, librement assumée, est unique et égale pour tous ses membres : le militant se soumet à l’organisation, la minorité à la majorité, l’organisme inférieur au supérieur, tout le Parti au Comité central et celui-ci au Congrès du Parti.

d) La soumission de la minorité à la majorité implique que, si l’opinion de la minorité a été refusée, celle-ci doit soutenir la décision approuvée par la majorité. De son côté, la minorité a le droit de défendre son opinion à l’intérieur du Parti et même à la poser à nouveau dans les réunions suivantes ou quand elle le considère nécessaire, mais elle ne doit d’aucune manière s’abstenir d’appliquer les décisions adoptées par la majorité et moins encore d’agir contre elles.

e) La liberté de discussion, la critique et l’autocritique sont les méthodes fondamentales de travail du Parti et celles qui permettent de résoudre ses contradictions internes. Personne, aucun militant ni aucun organisme, le Comité central du Parti inclus, n’est pas immunisé contre le risque de commettre des erreurs. C’est pourquoi on doit toujours être attentif à toutes les critiques ou suggestions qui peuvent être faites.

3. Membres du Parti

a) Tout ouvrier ou toute ouvrière ou quelque autre révolutionnaire qui acceptent le Programme, la Ligne politique et ses Statuts, qui adhèrent à une de ses organisations, qui y travaillent activement, qui appliquent les directives du Comité central et qui paient la cotisation peuvent être membres du Parti.

b) Avant d’être admis dans le Parti, le candidat doit passer une période probatoire. Pendant cette période, il devra être examiné dans ses activités et réputation parmi les masses et être proposé par deux membres du Parti. Son admission doit être approuvée par la réunion plénière de la cellule et ratifiée par l’organisme immédiatement supérieur.

c) Tout militant du Parti a le droit de participer et de faire des apports à l’élaboration du Programme, de la Ligne politique et des Statuts du Parti, d’élire et d’être élu pour toutes les responsabilités, de la cellule au Comité Central ; à exposer ses opinions et critiques et, s’il lui semble nécessaire, les faire parvenir à la Direction.

d) Tout militant doit étudier le Programme et la Ligne politique du Parti et s’efforcer de les appliquer avec audace et initiative. De même, il doit chercher à augmenter continuellement ses connaissances et, en particulier, les enseignements du marxisme-léninisme. Il doit utiliser courageusement la critique et l’autocritique.

e) Le militant doit préserver soigneusement les secrets du Parti, défendre ses dirigeants face aux calomnies et les attaques des ennemis de classe et observer, en cas de détention, un comportement exemplaire devant les oppresseurs. Jamais, en aucune circonstance, il ne livrera des faits qui peuvent compromettre la sécurité du Parti ni la cause ouvrière et populaire.

f) Le militant du Parti doit avoir un mode de vie simple, se mettre en relation et travailler avec les masses, se préoccuper de leurs problèmes et les servir de tout son cœur ; de plus, il doit adopter devant elles l’attitude d’un élève plutôt que celle d’un maître et mettre, à tout moment, les intérêts de la classe ouvrière et du peuple au-dessus de quelque autre intérêt personnel ou de groupe.

g) Au militant qui viole la discipline du Parti se verra imposé, selon les cas, une des sanctions suivantes : avertissement, destitution des responsabilités qu’il occupe dans le Parti (avec une période d’observation) ou expulsion du Parti. L’expulsion doit être ratifiée par l’organisme immédiatement supérieur.

h) Si un membre du Parti n’accomplit pas ses obligations, ne progresse pas ou demande de se retirer, il faut le séparer de l’organisation, en discutant le problème dans la cellule ou dans l’organisme où il est encadré, pour décider le traitement à lui donner. Il y a des cas où il est convenable de mettre en connaissance des masses les séparations et les expulsions, en expliquant les circonstances.

i) La trahison sera punie.

4. Organismes de base

La cellule et les comités d’usine, de quartier, de mine, de région, de centre d’enseignement, etc., sont les organismes de base du Parti. Ceux-ci nous permettent d’être en contact permanent avec les ouvriers, les jeunes et les autres secteurs populaires, de connaître leurs besoins et leur état d’âme et de mener à bien parmi eux le travail de parti.

a) Dans les lieux et les centres de travail où se trouvent au moins trois militants, on doit former une cellule, tandis qu’un comité sera constitué dans les concentrations d’usines, d’entreprises, de quartiers, etc., où existent plusieurs cellules et où les caractéristiques du travail politique le demandent.

b) Le fonctionnement des cellules et des comités est basé sur des réunions périodiques et régulières de leurs membres. La réunion de la cellule ou du comité a le pouvoir de choisir son responsable, d’élaborer de plans de travail concrets et d’établir la division de fonctions dans son sein, de façon que les accords et les décisions s’imposent à tous et qu’on puisse vérifier son accomplissement.

c) La tâche principale des cellules et des comités de base du Parti consiste à élever la formation politique et idéologique de leurs membres, étudier la situation des ouvriers, organiser et être en tête de leurs luttes, distribuer la propagande du Parti parmi eux, réaliser l’agitation, organiser des cercles, faire des collectes, recruter de nouveaux militants et, en général, appliquer les consignes et les directives du Comité central.

Quand les militants de base, comme tous les autres membres du Parti, s’adressent aux masses pour entreprendre leur travail politique, ils ne doivent pas oublier que les communistes sont comme la graine et le peuple comme la terre. Partout nous allons, nous devons nous unir au peuple, prendre racine et fleurir avec lui [1].

5. Organismes intermédiaires

Les comités nationaux, les comités régionaux et les comités locaux sont les organismes intermédiaires du Parti.

a) Les organismes intermédiaires se constituent suivant un critère territorial, non sectoriel ni corporal, et en incorporant en leur sein les militants les plus actifs, les mieux préparés et les plus liés aux masses de chaque localité. Cette condition leur permet de faire des plans et de guider l’ensemble des organisations à leur charge depuis une solide position politique et une vision générale.

b) Les comités intermédiaires se constituent par initiative des organisations de base du Parti et d’accord avec les recommandations du Comité central. Un responsable politique est à la tête de ces organismes et s’établit la division du travail de façon que toutes les activités puissent être menées à bien et que les tâches et responsabilités de chaque membre soient bien délimitées.

c) Ces organes, les seuls et vrais représentants du Parti dans chaque nation, région et localité, doivent faire l’analyse de la situation dans leurs zones respectives et y appliquer la ligne générale du Parti ainsi que les résolutions et directives émanant du Comité central. Dans ce but, ils doivent déployer un travail énergique parmi les organisations et les militants à leur charge et parmi les masses en se dotant pour cela des moyens nécessaires.

d) Les organismes intermédiaires doivent aussi contribuer au renforcement du Comité central et faciliter son travail en obtenant de l’argent, en envoyant des rapports, en mettant les militantes à sa disposition, etc.

e) Les organisations des nations sont directement représentées dans le Comité central du Parti par des militants désignés par elles en accord avec la Direction et disposent d’une large autonomie pour organiser les Conférences nationales préalables au Congrès du Parti, ainsi que pour appliquer le Programme, la Ligne politique et les directives du Comité central à leurs conditions respectives.

Comme les autres militants élus dans le Congrès, ceux élus par les organisations des nations pour faire partie du Comité central participent aux tâches et à la direction de l’ensemble du Parti avec les mêmes obligations et les mêmes droits que les autres membres du Comité central, sans limiter leurs responsabilités aux affaires de leurs zones.

6. Organes centraux

Les organes centraux du Parti sont le Congrès et le Comité central.

a) L’instance suprême du Parti est son Congrès. Le Congrès approuve le Programme et les Statuts, décide la Ligne politique à suivre, élit par le vote direct et secret le Secrétaire général du Parti et le Comité central.

b) Les accords et les décisions adoptés par le Congrès sont d’accomplissement obligatoire pour tous les membres du Parti et peuvent seulement être révoqués par un autre Congrès.

c) Le Congrès du Parti se tiendra toutes les quatre années ; sa convocation peut être anticipée ou repoussée soit par décision de la Direction soit à la demande de la majorité des membres du Parti. Entre les Congrès, la direction du Parti est le Comité central.

d) Le Comité central est un organe de direction collective. Les militants élus dans le Congrès pour faire partie du Comité central élargissent cet organisme jusqu’au nombre nécessaire de membres par la cooptation. La séance plénière du Comité central, ainsi constitué, détermine la composition des commissions entre lesquelles la Direction se répartit, spécialisées chacune d’elles dans un domaine spécifique d’activité.

e) Un secrétaire responsable est à la tête de chaque commission. La réunion des secrétaires des différentes commissions forme la commission politique du Comité central, dirigée par le Secrétaire général du Parti.

f) Le secrétariat général est une exigence imposée par la nécessité de coordonner les différentes commissions qui composent le Comité central, ainsi que pour l’adoption des décisions urgentes qui à tout moment se posent au Parti. Seul un autre Congrès peut remplacer ou destituer le Secrétaire général.

g) Disposant d’amples pouvoirs, le Comité central a la responsabilité d’exécuter les décisions adoptées par le Congrès et de résoudre toutes les questions posées au Parti, lui appartient en plus la désignation de la rédaction de l’organe central de presse.

Le Comité central étude les rapports, dispose des moyens économiques, distribue les forces disponibles, s’occupe de la formation des cadres, etc. Le Comité central doit se réunir en séance plénière et rendre compte de son travail par des rapports de façon périodique.

h) Le Comité central intervient dans la composition des organismes intermédiaires et contrôle leur travail. Des membres du Comité central peuvent être délégués de manière permanente dans les organisations locales, régionales et nationales et sont autorisés à participer dans leurs délibérations avec le droit de veto.

i) Les membres de la Direction, comme tous les autres militants du Parti, doivent assumer complètement leurs responsabilités, prendre toutes les décisions qui leur permettent d’entreprendre les tâches à leur charge et de surmonter tous les problèmes et les difficultés.

Ils ont également le devoir d’informer en détail de leurs tâches et d’exprimer leurs impressions et leurs idées aux autres membres de la Direction par des rapports, des lettres, etc. Le fait de pouvoir prendre des initiatives et former des noyaux capables et compétents dans tous les domaines du travail dépend, dans une grande mesure, du degré de démocratie et de vie organique dans le Parti.

j) Le Comité central est également chargé de convoquer et d’organiser le Congrès du Parti.

Préalablement à la célébration du Congrès, la Direction élabore les rapports à débattre, nomme les rapporteurs et établit l’ordre des séances. Une fois lu le rapport d’activité du Comité central et le bureau du Congrès constitué, les membres de la Direction sont obligés de démissionner et de cesser de leurs fonctions et attributions.

Renforcer et développer le Parti

Nécessité de l’organisation et du travail clandestin

1) La bourgeoisie base son pouvoir sur la violence organisée de l’État. L’État capitaliste, comme F. Engels le disait, n’est qu’une bande d’hommes armés, où le travail pour maintenir les masses travailleuses soumises est reparti entre l’armée, la police, la justice, la presse, etc. Logiquement, la bourgeoisie monopoliste a intérêt à masquer sa dictature par des formes politiques de domination plus douces, mais la crise économique et sociale et le développement de la lutte de classes jettent parfois à terre ces plans.

C’est pourquoi, selon les circonstances, ils sont obligés de recourir parfois à la dictature ouverte, terroriste, et parfois ils tentent de la cacher par la combinaison du terrorisme d’État avec une falsification de parlementarisme. En toute circonstance, la grande bourgeoisie poursuit, d’une manière particulière, l’organisation révolutionnaire de la classe ouvrière et tente de l’anéantir pour tous les moyens : de l’achat de quelques chefs corrompus à l’assassinat politique, tout est valable pour préserver ses privilèges.

Un autre moyen qu’elle utilise est la désinformation et la calomnie. De cette manière, ils veulent cacher les objectifs démocratico-révolutionnaires qui guident notre lutte et ôter de l’influence à l’Organisation, pour l’isoler des masses et rendre plus facile la répression.

Nous savons bien sûr que la contradiction qui affronte le prolétariat et la bourgeoisie peut seulement être résolue par la guerre civile. L’histoire nous enseigne que les classes décadentes tirent jusqu’à leur dernière cartouche avant de disparaître.

Donc, la lutte sera longue et acharnée. La bourgeoisie monopoliste redoublera de brutalité pour maintenir son pouvoir et tentera de détruire la force politique qui oppose à elle directement et radicalement. Personne ne pourra l’éviter. Pour cette même raison, le Parti doit accepter consciemment les lourds sacrifices que nous impose la lutte et ne jamais se dévier de ses objectifs révolutionnaires.

2) C’est pourquoi nous sommes partisans du travail clandestin et de l’adoption de normes diverses qui assurent sa continuité. Les mesures de sécurité et les pertes que l’ennemi nous inflige n’empêcheront pas la poursuite du travail révolutionnaire.

Nous préservons nos forces, précisément, pour augmenter l’efficacité du travail politique, pour être là où les masses ont le plus besoin de nous. Quant aux chutes et arrestations, nous ne pouvons pas les éviter dans tous les cas.

Il n’y a pas de lutte sans victimes, écrivit Lénine, et nous répondrons avec sérénité à la férocité de la police politique : quelques révolutionnaires sont tombés, vive la révolution !. Voici notre position.

Nous devons refuser toute expression de faiblesse idéologique face à la répression de l’État. Certes, sous-estimer les risques que courent l’Organisation et chacun de ses membres dans l’activité révolutionnaire conduit à l’aventurisme ; mais surestimer ces dangers peut conduire au marais du révisionnisme et à la capitulation.

Les forces répressives peuvent faire obstacle au travail du Parti, peuvent freiner la révolution, la retarder, mais elles sont incapables de l’empêcher. Notre mission consiste à activer la victoire, en l’organisant, ce qui exige, entre autres choses, savoir échapper aux enquêtes policières ; cela présuppose la clandestinité du Parti et son renforcement continu. Pour cela, nous devons aussi renforcer les liens avec les masses.

Un parti clandestin n’est pas un parti détaché des masses ; au contraire, le travail clandestin du Parti repose sur la relation étroite avec la classe ouvrière et les autres secteurs exploités et opprimés de la population.

Dans les conditions actuelles, où les formes légales de lutte ont cessé d’être déterminantes pour le développement du mouvement révolutionnaire, le principe léniniste de profiter de la légalité et de la semi-légalité pour favoriser le renforcement de l’appareil clandestin du Parti et pousser en avant tout le mouvement de résistance populaire continue à être valable.

3) L’organisation clandestine et le travail communiste exigent la centralisation la plus rigoureuse de la Direction et une stricte division et spécialisation du travail. La division et la spécialisation du travail sont le complément nécessaire de la centralisation.

La liquidation des méthodes artisanales du travail dans l’organisation révolutionnaire suppose, précisément, la création d’une organisation fortement centralisée en ce qui concerne la direction du mouvement et qui soit composée de types les plus divers d’organisations de parti séparées entre elles et spécialisées dans la réalisation de multiples tâches.

La séparation entre les militants des différentes organisations et les instances du Parti établit le coupe-feu nécessaire face au travail d’investigation policière. La répression s’arrête là où les connexions finissent.

C’est pourquoi le cloisonnement nous permet de sauvegarder l’ensemble du Parti quand une partie est infectée. On en déduit que la séparation ne peut être absolue, puisqu’aussi nous ne pourrions pas mener à bien l’activité la plus simple. Notre fonctionnement et le centralisme du parti permettent au Comité central, à la façon des verres communicants, d’établir les limites des relations.

En plus du cloisonnement, il faut établir une séparation organique entre l’organisation clandestine et les organisations les plus ouvertes et liées aux masses. Il n’est pas facile d’établir dans tous les cas une délimitation claire et précise entre l’un et l’autre type d’organisation et de travail, mais il faut le faire si nous voulons éviter les empêchements et les confusions qui se produisent à cause de cela.

À cette fin, nous devons nous guider sur le critère de la subordination de l’organisation et du travail légal aux besoins de l’organisation et de la lutte clandestine, car seulement de cette façon, et si l’organisation clandestine réalise un bon travail d’orientation, pourrons être résolus les problèmes et les situations difficiles qui peuvent se présenter.

Nous devons tenir compte que plus rigoureux se montre le Parti dans l’application des méthodes de travail clandestin, plus de garanties trouveront les militants se consacrant au travail pratique, plus large, ouvert et éclectique il pourra être et d’autant plus de difficultés aura la police politique pour pénétrer et détruire l’organisation.

Promouvoir les camarades ouvriers

1) La formation d’un noyau dirigeant, relativement stable et avec une bonne cohésion dans le domaine politique et idéologique, constitue un des principaux problèmes que doit affronter continuellement le Parti. Ce problème peut seulement être résolu au cours de la lutte.

En plus, les chutes et les arrestations obligent à le renouveler fréquemment ; c’est pourquoi il faut maintenir une politique de promotion des activistes et d’autres militants qualifiés du Parti. Lénine a écrit : Dans l’histoire, aucune classe n’atteignit le pouvoir sans promouvoir ses chefs politiques, ses représentants avancés, capables d’organiser le mouvement et de le diriger [2].

Sous ce point, notre intérêt doit être de promouvoir le plus grand nombre possible de dirigeants ouvriers et ouvrières. Le Parti doit avoir plusieurs dirigeants confirmés, des hommes et des femmes dotés d’un grand esprit révolutionnaire, dévoués totalement à la cause, qui savent bien faire leur travail et qui ont une autorité morale suffisante pour ne pas avoir à s’en prévaloir à tout instant.

2) Le Parti, comme noyau dirigeant et détachement d’avant-garde de la classe ouvrière, doit grossir ses rangs avec les éléments les plus avancés, les mieux et les plus combatifs de sa classe.

Ce sont ceux qui sont les plus liés aux masses, qui possèdent la plus profonde compréhension des vrais intérêts de classe et qui apportent leurs expériences de la lutte et leur esprit combatif. Le Parti devra être composé, dans sa majorité, par ces combattants.

Par ailleurs, la nécessité de la formation politique et l’inégalité de conditions où se trouvent la plupart des ouvriers par rapport aux autres militants pour les atteindre (ce qui les empêche, par exemple, de dédier plus de temps à l’étude), doivent nous amener à donner priorité à leur préparation pour qu’ils occupent des postes de responsabilité. Il est évident que cela ne suppose aucun privilège.

Généralement, les ouvriers possèdent un bon sens pratique et d’autres bonnes qualités, comme l’habitude de la discipline dans le travail. Mais il faut dire aussi qu’ils traînent quelques préjugés que leur ont inculqués tant la position sociale que l’idéologie bourgeoise dominante.

Cela se manifeste, principalement, par la tendance à laisser aux mains des autres certains travaux de type intellectuel qu’eux aussi pourraient réaliser avec un peu d’effort. On ne prétend pas que tout le monde sache tout faire, comme le prêchent ceux qui rendent un culte aux méthodes artisanales de travail.

Il s’agit d’éviter une division du travail qui dans le Parti reproduise celle qui existe déjà dans la société, laquelle condamne les ouvriers à réaliser les travaux manuels ou d’ordre pratique, en les maintenant éloignés des zones où se planifient et se prennent les décisions, etc. Si une telle division s’imposait entre nous, nous finirions pour constituer une élite dirigeante séparée des masses et très encline à accepter les tentations du pouvoir.

En bref, cela mènerait le Parti à la dégénérescence révisionniste. Dans ce sens, les camarades intellectuels doivent faciliter les choses aux ouvriers en leur apportant leurs connaissances théoriques en même temps que, par leur part, ils apprennent aussi des expériences de lutte des ouvriers, s’imprègnent de leur instinct de classe et adoptent leurs habitudes disciplinées de travail, en cherchant à ne pas tomber dans la facile tentation de la tutelle.

3) En ce qui concerne les femmes, on peut dire quelque chose de semblable ; l’activité révolutionnaire leur offrit la possibilité réelle de se mettre sur pied d’égalité avec l’homme sur tous les plans.

Tant dans le Parti que dans d’autres organisations, les femmes donnent des preuves surabondantes de leur capacité à surmonter tout type d’obstacles, en luttant pour un traitement d’égalité. Dans le Parti, les camarades femmes sont à même de prendre toutes les responsabilités qu’elles désirent ou que leur capacité leur permet de prendre.

La lutte contre la bourgeoisie nous rapproche tous, mais nous ne devons pas oublier que nous vivons dans une société où la femme est spécialement objet d’oppression et de discrimination et ù l’idéologie, les habitudes et les préjugés bourgeois sont très étendus et enracinés, ce qui inévitablement a son reflet dans le Parti ; c’est pourquoi nous devons les combattre sous toutes les formes où ils se manifestent dans nos rangs.

Pratiquer la critique et l’autocritique

1) La lutte de classes, qui a lieu dans la société entre la bourgeoisie et le prolétariat, se manifeste aussi au sein du Parti entre les positions réellement révolutionnaires du prolétariat et le réformisme petit-bourgeois, entre les idées correctes et les erronées, entre le vieux et le nouveau, etc.

Ces contradictions dans le sein du Parti se résolvent par la méthode de la critique et de l’autocritique, c’est-à-dire, par la lutte idéologique. Si dans le Parti il n’y avait pas de contradictions ni de luttes idéologiques à résoudre, la vie du Parti arriverait à sa fin [3].

La lutte idéologique nous aide à maintenir vif le combat pour les objectifs du prolétariat, impulse la démocratie et la participation active de tous les militants et rend plus étroite l’unité de nos rangs, en même temps qu’elle permet de combattre le relâchement, le libéralisme et la tendance à passer sous silence les erreurs.

La lutte idéologique épure le Parti d’idées erronées et d’éléments étrangers à son idéologie. L’unité sur la base de la complaisance avec les éléments nocifs est une unité fausse qui corrode les assises du Parti et les expose au réformisme et à la décomposition. La lutte idéologique part de l’unité pour l’élever à un échelon qualitativement supérieur et pour renforcer le Parti.

2) Les éléments opportunistes de droit et de gauche ont peu enclin à la lutte idéologique dans le Parti et tentent de la supprimer avec mille excuses. Ils mettent tout l’accent sur la centralisation et la discipline, mais ne mentionnent pas la démocratie et la liberté. Parfois, ils parlent de la lutte idéologique, mais oublient l’unité qui doit la présider.

C’est pourquoi ils entravent ou empêchent la discussion et refusent, comme contraires à l’esprit du Parti, la critique et l’autocritique. De tout cela résulte un appauvrissement idéologique et politique du Parti et une stagnation dans tous les domaines de son activité.

Si cette conception étroite (limitée, unilatérale) et sa méthode bureaucratique s’imposaient longtemps, cela serait vraiment nuisible pour le Parti et la cause révolutionnaire, qui seraient désarmés devant leurs ennemis, la confusion se rependrait et le fractionnisme se développerait.

3) Pour que rien de cela n’arrive, nous devons admettre et encourager le développement de la lutte idéologique et adopter une méthode adéquate pour résoudre convenablement les contradictions qui surgissent dans le Parti. Cette méthode est celle de la critique et de l’autocritique et se résume dans la formule : unité-lutte-unité.

C’est-à-dire, partir de l’unité et pratiquer la critique et l’autocritique pour atteindre ensuite une nouvelle unité. Cette procédure dérive du fait que les contradictions dans le Parti n’ont pas un caractère antagonique et par conséquent il faut les énoncer et les résoudre comme des contradictions au sein du peuple, non comme des contradictions entre nous et l’ennemi. En agissant de cette façon, avec ceux qui ont commis des erreurs, nous aspirons à les convaincre pour qu’ils se corrigent et s’unissent au Parti.

Ainsi, nous traitons la maladie pour sauver le patient. De cette façon, le Parti se renforce et s’épure d’éléments étrangers comme, en général, de tous ceux qui ne respectent pas la discipline, se relâchent, pratiquent le libéralisme ou se laissent confondre par le faux humanisme et le philistinisme de la bourgeoisie.

Améliorer les méthodes et le style de travail

1) Les militants du Parti doivent adopter une bonne méthode et un bon style de travail. Le marxisme considère que le plus important ne consiste pas à connaître les lois du monde objectif pour le comprendre, mais à appliquer la connaissance de ces lois pour pouvoir transformer activement le monde. Il souligne, donc, la primauté de la pratique sur la théorie.

Cela veut dire qu’au moment d’aborder un problème nous devons toujours partir des faits objectifs et non d’idées préconçues ou de définitions abstraites. Cela doit être notre approche : partir de la réalité, faire l’analyse concrète des conditions concrètes pour formuler nos théories, nos orientations, nos plans, nos consignes, etc.

Après avoir fait cette partie du travail, il faut amener la théorie à la pratique pour en extraire de nouvelles connaissances et expériences. Voici notre méthode de travail : lier la théorie à la pratique révolutionnaire. Ne pas nous limiter à répéter comme des perroquets les idées extraites des livres et apprises par cœur, ni rester jamais embourbées dans l’application des idées et des plans formulés précédemment. Il faut continuer à avancer dans le processus de connaissance et dans la transformation de la réalité.

2) Enfin, il y a le style de travail. Qu’entend-on par style de travail ? Bien sûr, il ne s’agit pas de faire la pose à chaque pas, de prendre de grands airs ou de présumer de mérites réels ou inventés. Il s’agit précisément de se conduire d’une manière tout à fait différente : d’être modestes et prudents, de chercher à être élèves en même temps que maîtres, de mettre toujours les intérêts des masses au-dessus de quelque autre intérêt personnel ou de groupe ; d’être toujours prêts à réaliser les sacrifices les plus grands au nom de la révolution.

Le style de vie simple et le dévouement à la cause découlent de notre conception de la vie, de la conviction profonde que ce sont les peuples, les masses populaires, les vrais protagonistes de l’histoire ; les travailleurs sont les vrais héros, tandis que nous, parfois, nous sommes puérils et ridicules.

Pour conclure, cet esprit révolutionnaire qui doit tous nous animer, ne servirait à rien s’il ne se traduisait pas en conduites pratiques efficaces qui nous permettent de résoudre les problèmes, ou si nous ne cherchons pas les formes et les moyens pour y arriver.

Cela nous conduirait à l’impuissance ou au domaine de la charlatanerie. C’est pourquoi nous devons nous forcer à l’étude, à améliorer continuellement notre travail, à faire des progrès tous les jours, à nous libérer des préjugés et de tout ce qui suppose de rendre un culte au passéisme.


[1Mao Zedong : Sur les négociations de Cungching.

[2Lénine : Le ‘gauchisme’, maladie infantile du communisme.

[3Mao Zedong : De la contradiction.