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Mao Zedong : Luttons pour entraîner les masses par millions dans le front uni national antijaponais − 1937

Mao Zedong
Luttons pour entraîner les masses par millions
dans le front uni national antijaponais [1]
7 mai 1937

Camarades ! Ces jours-ci, au cours des discussions sur mon rap­port : “Les Tâches du Parti communiste chinois dans la période de la résistance au Japon”, vous l’avez tous approuvé, à l’exception de quelques camarades qui ont exprimé des vues différentes. Celles-ci sont fort importantes et, dans mes conclusions, je les examinerai d’abord, avant de passer à d’autres problèmes.

LE PROBLÈME DE LA PAIX

Depuis près de deux ans, notre Parti lutte pour la paix à l’inté­rieur du pays. Après la troisième session plénière du Comité exécutif central du Kuomintang, nous disons que la paix est acquise, que l’étape de “la lutte pour la paix” est franchie, que nous abordons maintenant une tâche nouvelle : “la consolidation de la paix”. Nous indiquons en outre que cette tâche nouvelle est liée à “la lutte pour la démocratie”, c’est-à-dire que nous devons consolider la paix en luttant pour la démocratie. Certains camarades prétendent toutefois que nos vues ne sont pas fondées. Leurs conclusions sont donc opposées aux nôtres ou traduisent une position intermédiaire indécise. Ils disent en effet : “Le Japon recule [2], Nankin hésite plus que jamais, et les contradictions entre les deux nations s’atténuent alors que les contradictions à l’intérieur du pays s’aggravent”. Bien entendu, si l’on part d’une telle appréciation, il n’est plus question d’étape nouvelle ni de tâches nouvelles, et on se retrouve à l’étape précédente sinon dans une situation pire encore. Mais je considère que cette appréciation est fausse.

Lorsque nous disons que la paix est acquise, cela ne signifie nullement qu’elle est consolidée ; au contraire, nous avons dit qu’elle est fragile. Établir la paix à l’intérieur et la consolider sont choses différentes. L’histoire peut connaître des retours temporaires en arrière, et la paix des vicissitudes, en raison de l’existence de l’impérialisme japonais et des collaborateurs et éléments projaponais. Néanmoins, après l’Incident de Sian, la paix intérieure est devenue une réalité ; cette situation est due à un ensemble de circonstances (politique fondamentale agressive du Japon ; attitude de l’Union soviétique et aussi de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de la France en faveur de la paix en Chine ; pression exercée par le peuple chinois ; politique de paix du Parti communiste lors de l’Incident de Sian et sa politique visant à mettre fin à l’antagonisme des deux régimes ; différenciation apparue au sein de la bourgeoisie et scission à l’intérieur du Kuomintang, etc.), et Tchiang Kaï-chek est impuissant à établir ou à rompre, à lui seul, la paix intérieure. Pour la rompre, il lui faudrait faire la guerre à des forces multiples et se rapprocher des impérialistes japonais et du groupe projaponais. Nul doute que l’im­périalisme japonais et le groupe projaponais cherchent encore à faire prolonger la guerre civile en Chine. Voilà pourquoi la paix n’est pas consolidée. Dans l’état actuel des choses, nous arrivons à la conclusion suivante : ne pas revenir aux anciens mots d’ordre “Arrêter la guerre civile” et “Lutter pour la paix”, mais aller de l’avant en lançant le nouveau mot d’ordre “Lutter pour la démocratie”. C’est seulement ainsi qu’on pourra consolider la paix intérieure et susciter la résistance au Japon. Pourquoi lançons-nous le triple mot d’ordre “Consolider la paix”, “Lutter pour la démocratie” et “Résister au Japon” ? C’est parce que nous voulons faire avancer la roue de la révolution et que, déjà, la situation nous y autorise. Si l’on nie l’existence d’une étape nouvelle et de tâches nouvelles, si l’on nie que le Kuomintang “a commencé à changer” et si, par la même logique, on nie les succès remportés par les différentes forces qui luttent depuis dix-huit mois pour la paix à l’intérieur du pays, alors on piétinera, sans progresser d’un seul pas.

Pourquoi ces camarades font-ils une pareille erreur d’appréciation ? Parce que, pour juger la situation, ils partent non de ce qui en constitue l’essentiel, mais d’un certain nombre de faits isolés, transitoires (la diplomatie de Sato, le procès de Soutcheou [3], la répression des grèves, le déplacement de l’Armée du Nord-Est vers l’est [4], le départ de Yang Hou-tcheng pour l’étranger [5], etc.) ; d’où le tableau sombre qu’ils s’en font. Nous disons que le Kuomintang a commencé à changer, mais nous disons également qu’il est encore loin d’avoir effectué un changement complet. Rien ne permet de supposer que la politique réactionnaire poursuivie par le Kuomintang au cours des dix dernières années puisse changer radicalement sans de nouveaux efforts, des efforts plus nombreux et plus grands, de notre part, de la part du peuple. Bon nombre de gens, réputés hommes “de gauche”, qui se répandent d’ordinaire en invectives contre le Kuomintang et qui étaient, au moment de l’Incident de Sian, pour la mort de Tchiang Kaï-chek et pour la “percée par la passe de Tongkouan” [6], s’étonnent à présent que, la paix à peine établie, il se produise des événements tels que le procès de Soutcheou et se demandent : “Pourquoi Tchiang Kaï-chek commet-il encore des actes pareils ?” Ces gens devraient comprendre que ni les communistes, ni Tchiang Kaï-chek ne sont des êtres surnaturels, qu’ils ne sont pas non plus des individus isolés, mais qu’ils vivent au milieu d’un parti, d’une classe dont ils sont des éléments. Le Parti communiste est capable de faire progresser pas à pas la révolution, mais il est impuissant à faire disparaître, du jour au lendemain, tous les maux dont souffre le pays. Tchiang Kaï-chek et le Kuo­mintang ont commencé à changer ; mais ils ne pourront certainement pas en un jour, ni sans les efforts accrus du peuple tout entier, se débarrasser de toute la boue dont ils se sont couverts depuis dix ans. Nous disons que le pays va vers la paix, la démocratie et la résistance, mais cela ne veut pas dire que l’on puisse, sans faire d’efforts, supprimer définitivement des maux aussi anciens que la guerre civile, la dictature et la non-résistance. On ne peut venir à bout de ces maux invétérés, se débarrasser de cette boue, éviter les détours semés d’obstacles, voire les retours en arrière dans la marche de la révolution, autrement que par la lutte et l’effort, et même au prix de longues luttes et de longs efforts.

“Ils ne pensent qu’à nous détruire.” C’est exact, ils cherchent toujours à nous détruire. Je reconnais toute la justesse de cette appréciation, et ce serait dormir que de ne pas en tenir compte. Mais la question qui se pose est de savoir si les méthodes par lesquelles ils veulent nous détruire ont changé. Je pense que oui. La politique de guerre et de massacre a fait place à une politique de réformes et de duperies, la politique “dure” à une politique “molle”, et la tactique militaire à une tactique politique. Pourquoi de tels changements ? C’est qu’en face de l’impérialisme japonais, la bourgeoisie et le Kuo­mintang sont contraints de chercher pour le moment un allié dans le prolétariat, tout comme nous cherchons un allié dans la bourgeoisie. C’est de cette situation qu’il faut partir pour examiner le problème. Et si, sur le plan international, le gouvernement français est passé de l’hostilité envers l’U.R.S.S. à l’alliance avec elle [7], il l’a fait pour la même raison. Sur le plan intérieur, nos tâches sont aussi passées du domaine militaire au domaine politique. Nous n’avons pas besoin de recourir aux complots et aux intrigues ; notre but est d’unir à nous tous ceux de la bourgeoisie et du Kuomintang qui se montrent favo­rables à la résistance au Japon et de vaincre l’impérialisme japonais par des efforts communs.

LE PROBLÈME DE LA DÉMOCRATIE

“C’est une erreur de mettre l’accent sur la démocratie, il faut insister uniquement sur la résistance au Japon ; sans une action directe contre le Japon, il ne saurait y avoir de mouvement démocratique ; la majorité des gens souhaite seulement la résistance au Japon et non la démocratie, il serait bon d’avoir un autre Mouvement du 9 Décembre [8].”

Permettez-moi ici de poser tout d’abord quelques questions. Peut-on dire qu’à l’étape précédente (c’est-à-dire du Mouvement du 9 Décembre 1935 à la troisième session plénière du Comité exécutif central du Kuomintang tenue en février 1937) la majorité exigeait seulement la résistance au Japon et non la paix intérieure ? Était-il erroné de mettre l’accent sur la paix intérieure ? Était-il impossible d’avoir un mouvement pour la paix intérieure alors qu’il n’y avait pas d’ac­tion directe contre le Japon ? (L’Incident de Sian et la troisième session plénière du Comité exécutif central du Kuomintang eurent lieu après que la résistance armée eut pris fin dans le Soueiyuan, et aujourd’hui encore il n’y a rien de comparable à une résistance armée dans le Soueiyuan ou à un Mouvement du 9 Décembre.) Tout le monde sait que, pour résister au Japon, il faut la paix intérieure, que sans cette paix il ne peut y avoir de résistance au Japon, que cette paix est la condition même de la résistance. Dans l’étape précédente, toutes les activités antijaponaises, directes ou indirectes (du Mouvement du 9 Décembre à la troisième session plénière du Comité exécutif central du Kuomintang), convergeaient vers la lutte pour la paix intérieure ; la question de la paix intérieure a été le pivot, l’élément essentiel du mouvement antijaponais au cours de l’étape précédente.

De même, à l’étape nouvelle, la démocratie est essentielle pour la résistance au Japon, et lutter pour la démocratie, c’est lutter pour la résistance. La résistance et la démocratie se conditionnent l’une l’autre, exactement comme la résistance et la paix intérieure, ou la démocratie et la paix intérieure. La démocratie, c’est la garantie de la résistance, et celle-ci peut créer des conditions favorables au développement du mouvement pour la démocratie.

Nous espérons avoir, et en fait nous aurons de nombreuses luttes directes ou indirectes contre le Japon dans cette étape nouvelle ; ces luttes donneront une impulsion à la résistance à l’agression japonaise et contribueront puissamment au mouvement pour la démocratie. Mais dans la tâche révolutionnaire que nous assigne l’histoire, la lutte pour la démocratie joue le rôle principal, essentiel. Est-il donc erroné d’insister tant sur la démocratie ? Je ne le pense pas.

“Le Japon recule, la Grande-Bretagne et le Japon tendent à se mettre d’accord pour un compromis et Nankin est plus hésitant que jamais.” Ce sont là des inquiétudes mal fondées qui proviennent de l’ignorance des lois du développement historique. Si, du fait d’une révolution au Japon, celui-ci se retirait réellement de la Chine, cela aiderait la révolution chinoise, répondrait à notre attente, marquerait le début de l’effondrement du front mondial de l’agression. Où sont les raisons de s’inquiéter ? Mais, à vrai dire, on n’en est pas encore là. Les démarches diplomatiques de Sato sont des préparatifs pour une guerre de grande envergure, et cette guerre est là, devant nous. La politique anglaise, toute d’hésitation, ne mènera à rien ; c’est un fait certain, étant donné la divergence d’intérêts entre la Grande-Bretagne et le Japon. Si Nankin continue longtemps à hésiter, il sera considéré comme l’ennemi de toute la nation ; d’ailleurs, ses propres intérêts ne le lui permettent pas. Un recul temporaire ne changerait en rien les lois générales de l’histoire. C’est pourquoi on ne peut nier l’existence d’une nouvelle étape, ni la nécessité de poser comme tâche la lutte pour la démocratie. D’ailleurs, le mot d’ordre de démocratie convient à toutes les circonstances ; chacun peut le constater : la démocratie manque au peuple chinois et il est loin d’en avoir trop. Les faits montrent d’ailleurs qu’en décelant la nouvelle étape et en formulant les tâches de la lutte pour la démocratie, on avance vers la résistance à l’agression japonaise. Les événements sont en marche, ne cherchons pas à les ramener en arrière !

“Pourquoi insister tant sur une assemblée nationale ?” Parce qu’elle pourra influer sur tous les aspects de la vie du pays, parce qu’elle sera le pont permettant de passer de la dictature réactionnaire à la démocratie, parce qu’elle sera importante pour la défense nationale, parce qu’elle sera une institution légale. Nos camarades ont parfaitement raison quand ils proposent de recouvrer l’est du Hopei et le nord du Tchahar, de combattre la contrebande [9], de lutter contre la “collaboration économique” [10], etc., mais tout cela, loin d’être en contradiction avec la lutte pour la démocratie et pour une assemblée nationale, ne fait que la compléter. L’essentiel est cependant l’as­semblée nationale et la liberté du peuple.

La lutte quotidienne contre le Japon et celle pour l’amélioration des conditions de vie du peuple doivent être liées au mouvement pour la démocratie, cela est absolument juste et personne ne peut le contester. Néanmoins, à l’étape actuelle, la tâche centrale, essentielle, c’est la lutte pour la démocratie et la liberté.

LA QUESTION DE L’AVENIR DE LA RÉVOLUTION

Certains camarades ont soulevé cette question. Je ne peux leur répondre ici que brièvement.

Lorsqu’on compose un écrit en deux parties, il faut achever la première avant d’aborder la seconde. Diriger avec fermeté la révolution démocratique est la condition de la victoire du socialisme. Nous luttons pour le socialisme, et c’est ce qui nous distingue de n’importe quel partisan des trois principes du peuple révolutionnaires. Nos efforts actuels sont dirigés vers ce grand objectif de l’avenir ; le perdre de vue, c’est cesser d’être communiste. Mais relâcher nos efforts d’aujourd’hui, c’est également cesser d’être communiste.

Nous sommes partisans de la théorie de la transformation de la révolution [11], nous sommes pour la transformation de la révolution démocratique en révolution socialiste. La révolution démocratique passera par plusieurs étapes, toutes sous le mot d’ordre de république démocratique. Le passage de la prépondérance de la bourgeoisie à celle du prolétariat est un long processus de lutte, d’une lutte pour l’hégémonie, dont le succès dépendra de l’effort du Parti communiste pour élever le niveau de conscience politique et le degré d’organisation du prolétariat, de la paysannerie et de la petite bourgeoisie urbaine.

L’allié solide du prolétariat, c’est la paysannerie ; vient ensuite la petite bourgeoisie urbaine. Dans la lutte pour l’hégémonie, la bourgeoisie est notre rivale.

Afin de triompher de l’instabilité et de l’inconséquence de la bourgeoisie, nous devons nous appuyer sur la force des masses populaires et appliquer une politique juste ; sinon, la bourgeoisie l’emportera sur le prolétariat.

Ce que nous voulons, c’est une transformation sans effusion de sang et nous devons lutter pour cela de notre mieux, mais le résultat dépendra de la force des masses populaires.

Nous sommes partisans de la théorie de la transformation de la révolution et non de la théorie trotskiste de la “révolution permanente” [12]. Nous visons à atteindre le socialisme en passant par toutes les étapes nécessaires du développement de la république démocratique. Nous sommes opposés au suivisme, mais également à l’aven­turisme et à la précipitation.

Refuser, sous prétexte qu’elle ne saurait être que temporaire, la participation de la bourgeoisie à la révolution, ou bien qualifier de capitulationnisme l’alliance avec les fractions antijaponaises de la bourgeoisie (dans un pays semi-colonial) est un point de vue trotskiste avec lequel nous ne pouvons pas être d’accord. Aujourd’hui, cette alliance est en fait un pont qu’il faut passer pour aller vers le socialisme.

LA QUESTION DES CADRES

Pour diriger une grande révolution, il faut avoir un grand parti et des cadres nombreux et excellents. En Chine, pays de 450 millions d’habitants, il serait impossible de mener une grande révolution, une révolution sans précédent dans l’histoire, s’il n’y avait, pour la diriger, qu’un groupuscule étroit, s’il n’y avait, dans le Parti, que des dirigeants et des cadres sans compétence, aux idées mesquines, aux vues bornées. Depuis longtemps, le Parti communiste chinois est un grand parti ; malgré les pertes subies dans la période de la réaction, il est resté un grand parti et il compte beaucoup de bons dirigeants et de bons cadres ; cependant, ils sont encore en nombre insuffisant. Notre Parti doit étendre ses organisations dans tout le pays, et former, dans un but réfléchi, des milliers et des milliers de cadres et des centaines d’excel­lents dirigeants des masses. Ces cadres et ces dirigeants doivent être versés dans le marxisme-léninisme, avoir de la clairvoyance politique, de la compétence dans le travail, être pénétrés de l’esprit de sacrifice, capables de résoudre les problèmes par eux-mêmes, inébranlables devant les difficultés et entièrement dévoués à la nation, à leur classe et à leur Parti. C’est en s’appuyant sur eux que le Parti assure sa liaison avec ses membres en même temps qu’avec les masses, et c’est en s’appuyant sur la ferme direction qu’ils exercent sur les masses que le Parti parviendra à vaincre l’ennemi. Ils doivent être étrangers à tout égoïsme, tout héroïsme individuel, toute ostentation, toute indolence ou passivité, tout sectarisme hautain ; ils doivent être des héros désintéressés de leur nation et de leur classe. Tels sont les qualités et le style de travail que doivent avoir les membres du Parti, ses cadres et ses dirigeants. C’est l’héritage spirituel que nous ont légué les dizaines de milliers de membres du Parti, les milliers de cadres, les dizaines d’excellents dirigeants, qui ont donné leur vie pour notre cause. Il ne fait pas de doute que nous devons acquérir ces qualités, afin de mieux nous réformer et de nous élever à un niveau révolutionnaire encore plus haut. Néanmoins, cela ne suffit pas ; nous avons encore une autre tâche : découvrir un grand nombre de nouveaux cadres et de nouveaux dirigeants au sein du Parti et dans le pays. Notre révolution dépend des cadres. Comme l’a dit le camarade Staline : “les cadres décident de tout” [13].

LA QUESTION DE LA DÉMOCRATIE A L’INTÉRIEUR DU PARTI

Pour atteindre ces objectifs, la démocratie à l’intérieur du Parti est nécessaire. Si l’on veut que le Parti soit fort, il faut appliquer le centralisme démocratique en vue de développer l’initiative de tous ses membres. Dans la période de la réaction et de la guerre civile, le centralisme a été plus accentué. Dans la nouvelle période, il doit être étroitement lié à la démocratie. C’est par la pratique de la démocratie qu’on arrivera à développer l’initiative dans tout le Parti, et, par là même, à former un grand nombre de nouveaux cadres, à liquider les survivances du sectarisme et à donner au Parti une cohésion forte comme l’acier.

L’UNANIMITÉ DE LA CONFÉRENCE ET L’UNITÉ DU PARTI TOUT ENTIER

Après les explications données, les différences d’opinion qui se sont manifestées au cours de la conférence sur les problèmes politiques se sont trouvées réglées d’un commun accord, et les divergences qui ont existé entre la ligne du Comité central et la ligne de la retraite, adoptée sous la direction de certains camarades, ont été également éliminées [14]. Cela montre que notre Parti est fortement uni. Cette unité constitue la base la plus importante de la présente révolution nationale et démocratique, car c’est seulement par l’unité du Parti communiste qu’on réalisera l’unité de toute la classe et de toute la nation ; et c’est seulement par l’unité de toute la classe et de toute la nation que l’on vaincra l’ennemi et accomplira la tâche de la révolution nationale et démocratique.

LUTTONS POUR ENTRAÎNER LES MASSES PAR MILLIONS DANS LE FRONT UNI NATIONAL ANTIJAPONAIS

Une orientation politique juste et une unité solide nous sont nécessaires pour atteindre cet objectif : entraîner les masses par millions dans le front uni national antijaponais. Les larges masses du prolétariat, de la paysannerie et de la petite bourgeoisie urbaine attendent de nous un travail de propagande, d’agitation et d’organisation. Pour conclure une alliance avec les éléments de la bourgeoisie qui se prononcent en faveur de la résistance au Japon, il nous faut également fournir un travail plus poussé. Pour que la politique du Parti devienne la politique des masses, nous aurons encore à faire des efforts soutenus et persévérants, à les poursuivre avec une volonté inflexible et un courage surhumain, avec une patience qui défie toutes les difficultés et tous les obstacles. Sans de tels efforts, nous n’aboutirons à rien. On ne saurait former et consolider le front uni national antijaponais, accomplir les tâches de ce front et fonder une république démocratique en Chine sans ces efforts pour gagner les masses. Si nous réussissons ainsi à placer par millions les masses sous notre direction, notre tâche révolutionnaire sera vite remplie. Nos efforts aboutiront sûrement à la défaite de l’impérialisme japonais et à l’émancipation complète de la nation et de la société.


[1Conclusions présentées en mai 1937 par le camarade Mao Zedong à une conférence nationale du Parti communiste chinois.

[2Après l’Incident de Sian, les impérialistes japonais eurent temporairement des gestes conciliateurs, afin d’inciter les autorités du Kuomintang à saper la paix intérieure qui commençait déjà à s’instaurer en Chine et le front uni national anti­japonais qui se constituait peu à peu. Ils poussèrent le gouvernement autonome fantoche de la Mongolie intérieure à envoyer au gouvernement du Kuomintang à Nankin deux messages, l’un en décembre 1936 et l’autre en mars 1937, pour lui manifester son appui. Le ministre des Affaires étrangères du Japon, Sato, fit lui-même des avances à Tchiang Kaï-chek, déclarant cauteleusement que le Japon désirerait améliorer ses relations avec la Chine et l’aider dans son unification politique et son redressement économique. D’autre part, le Japon envoya en Chine une “mission économique” conduite par le magnat de la finance Kenji Kodama, soi-disant pour aider la Chine à “s’organiser en un Etat moderne”. Cette diplomatie de Sato, ce recul du Japon, comme J’appelaient certaines personnes que les simagrées des impérialistes japonais avaient réussi à tromper, n’étaient rien d’autre que des manœuvres d’agression.

[3En novembre 1936, le gouvernement du Kuomintang fit arrêter à Changhaï sept dirigeants du Mouvement pour la Résistance au Japon et le Salut de la Patrie, dont Chen Kiun-jou. En avril 1937, la Haute Cour du Kuomintang à Soutcheou les mit en jugement. On avait relevé contre eux la charge d’”attentat contre la République”, accusation gratuite dont usaient habituellement les autorités réactionnaires du Kuomintang contre tout mouvement patriotique.

[4L’Armée du Nord-Est se trouvait à la limite du Chensi et du Kansou, en contact immédiat avec l’Armée rouge du Chensi du Nord. Fortement influencée par cette dernière, elle organisa l’Incident de Sian. En mars 1937, elle fut obligée de se diriger vers l’est pour gagner le Honan et l’Anhouei, sur l’ordre des réactionnaires du Kuomintang, décidés à briser les liens entre elle et l’Armée rouge et à semer la discorde dans ses rangs.

[5Yang Hou-tcheng était un chef militaire du Nord-Ouest ; il monta l’Incident de Sian avec Tchang Hsiué-liang. C’est pourquoi on associa leurs noms en les appelant “Tchang-Yang”. Après la mise en liberté de Tchiang Kaï-chek, Tchang Hsiué-liang l’accompagna à Nankin, mais il fut aussitôt mis en détention. En avril 1937, Yang Hou-tcheng fut destitué par la clique réactionnaire du Kuomintang et obligé de s’exiler à l’étranger. Lorsque commença la Guerre de Résistance, Yang retourna en Chine ; il s’apprêtait à prendre part à la lutte contre le Japon quand il fut interné à son tour par Tchiang Kaï-chek. En septembre 1949, lorsque l’Armée populaire de Libération s’approchait de Tchongking, il fut assassiné dans un camp de concentration.

[6Important point stratégique aux confins du Chensi, du Honan et du Chansi. Au moment de l’Incident de Sian, les forces du Kuomintang étaient pour la plupart cantonnées à l’est de cette passe. Certaines personnes réputées “de gauche”, dont Tchang Kouo-tao, insistaient pour que l’Armée rouge fit la “percée par la passe de Tongkouan”, c’est-à-dire qu’elle passât à l’offensive contre les troupes du Kuomintang. Cette proposition allait à l’encontre de la politique du Comité central du Parti qui voulait un règlement pacifique de l’Incident de Sian.

[7Après la Révolution d’Octobre en Russie, l’impérialisme français appliqua longtemps une politique hostile à l’égard de l’Union soviétique. Depuis 1918 jusqu’à 1920, le gouvernement français prit une part active à l’intervention armée des quatorze puissances contre l’Union soviétique et il poursuivit sa politique réactionnaire d’isolement de l’Union soviétique même après l’échec de l’intervention. C’est seulement en mai 1935 que la France conclut avec l’Union soviétique un pacte d’assistance mutuelle grâce à l’influence de la politique extérieure de paix de l’Union soviétique sur le peuple français et aussi à cause des menaces que faisait peser sur elle l’Alle­magne fasciste. Mais le gouvernement réactionnaire de la France n’observa pas loyalement ce pacte.

[8Il s’agit de la manifestation patriotique des étudiants de Pékin qui se déroula le 9 décembre 1935 sous la direction du Parti communiste chinois. Ce mouvement appelait à l’arrêt de la guerre civile et à la résistance armée contre le Japon et il obtint l’appui de toute la nation.

[9Il s’agit de l’entrée en contrebande des marchandises japonaises en Chine.

[10II s’agit de la prétendue collaboration économique sino-japonaise.

[11Voir K. Marx et F. Engels : Manifeste du Parti communiste, section IV ; V.I. Lénine : Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique, parties 12 et 13 ; Histoire du Parti communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S., chapitre III, section 3.

[12Voir J. Staline : Des principes du léninisme, partie III ; La Révolution d’Octobre et la tactique des communistes russes, partie II ; Questions du léninisme, partie III.

[13Voir le “Discours prononcé au Palais du Kremlin à l’occasion de la promotion des élèves des écoles supérieures de l’Armée rouge” (mai 1935), où Staline dit :
… de tous les capitaux précieux existant dans le monde, le plus précieux et le plus décisif, ce sont les hommes, les cadres. Il faut comprendre que, chez nous, dans les conditions actuelles, ‘les cadres décident de tout’ “.

[14Il s’agit des divergences existant en 1935-1936 entre la ligne du Comité central du Parti et la ligne de la retraite préconisée par Tchang Kouo-tao. Voir “La Tactique de la lutte contre l’impérialisme japonais”, note 24, pp. 194-195 du présent tome. En disant que “les divergences… ont été… éliminées”, le camarade Mao Zedong faisait allusion à la jonction de l’Armée rouge du IVe Front avec l’Armée rouge centrale. Quant à la trahison ouverte de Tchang Kouo-tao qui passa dans le camp de la contre-révolution, trahison qui intervint ultérieurement, il ne s’agit plus d’une question de divergences portant sur la ligne du Parti, mais d’un acte de trahison individuel.

mercredi 26 août 2020


Oeuvres de Mao Zedong