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Le quatrième congrès de la seconde Internationale et l’unité d’action

Si la seconde Internationale tint le choc face aux menées anarchistes, à la pression pro-syndicalisme, c’est que sur le plan culturel, un solide fond avait été mis en place. Le point sur l’éducation et le développement physique est ici tout à fait représentatif de la morale social-démocrate.

La résolution à ce sujet, tout à fait dans l’approche marxiste, affirme en effet que :

« Dans le système actuel d’exploitation capitaliste, les enfants des masses ouvrières sont arrêtés dans leur croissance physique, dépourvus de tout loisirs, – condition expresse d’un développement harmonieux, enfin privés de toute accession à l’éducation et aux connaissances scientifiques, héritage commun de toute la race humaine. »

La seconde Internationale se situe dans la dénonciation de la déchéance du prolétariat ; elle veut l’émancipation des ouvriers, c’est-à-dire la mise au niveau sur le plan culturel, scientifique, l’épanouissement du corps et de l’esprit.

Cette tradition, authentiquement social-démocrate, est le véritable noyau dur de la seconde Internationale, sa valeur essentielle. C’est elle qui pousse à aller de l’avant, à former une identité commune.

Constatant justement que les congrès forment désormais une tradition mais que la structuration internationale est en retrait, le congrès appela à la création d’un « comité international permanent avec un secrétaire responsable, comité qui siégerait dans la partie de l’Europe la plus propre à son action ».

C’est de fait la ville de Londres, lieu du congrès, qui fut choisie. Dans le même esprit d’unité plus avancée, une conférence interparlementaire est mise en place, avec un délégué par pays. C’est le Français Édouard Vaillant qui sert d’interface. Tout cela fut cependant un échec et le congrès suivant reprit tout à zéro, mais l’orientation était établie.

Un réel effort programmatique fut également fait, avec ainsi une résolution sur l’action politique particulièrement dense :

L’action politique.

1. Le Congrès entend par action politique la lutte organisée sous toutes les formes, pour la conquête du pouvoir politique et son usage législatif et administratif, dans l’État et la commune, par la classe ouvrière, pour son émancipation ;

2. Le Congrès déclare que la conquête du pouvoir politique est, pour les travailleurs, le moyen par excellence par lequel ils peuvent arriver à leur émancipation, à l’affranchissement de l’homme et du citoyen, par lequel ils peuvent établir la République socialiste. Il fait appel aux travailleurs de tous les pays et les invite à s’unir en un parti distinct de tous les partis politiques bourgeois et à revendiquer :

Le Suffrage Universel de tous les adultes ;

Le droit de vote pour chaque adulte ;

Le scrutin de ballotage ;

Le droit d’initiative et le referendum, local et national ;

3. Le Congrès déclare aussi que l’émancipation de la femme est inséparable de celle du travailleur, et il fait appel aux femmes de tous les pays à l’effet de s’organiser politiquement avec les travailleurs ;

4. Le Congrès se déclare en faveur de l’autonomie de toutes les nationalités. Il exprime sa sympathie aux travailleurs de tous les pays, souffrant actuellement sous le joug du despotisme militaire ou national et de tout autre despotisme ; et il fait appel aux travailleurs de tous les pays pour combattre côte à côte avec la classe ouvrière de tous les pays et s’organiser avec elle, afin de jeter bas le capitalisme international, et d’instituer la démocratie socialiste internationale ;

5. Le Congrès déclare que, quel que soit le prétexte religieux ou soi-disant civilisateur, de de la politique coloniale, elle n’est que l’extension du champ d’exploitation capitaliste dans l’intérêt exclusif de la classe capitaliste.

On a ici les fondamentaux politiques de la seconde internationale. En fait, tant que les succès étaient là, la base culturelle suffisait à maintenir l’unité et même à la renforcer en maîtrisant davantage les fondamentaux. Mais de par le caractère éclectique du mouvement et même au sein de certains regroupements comme en France, tout retrait devait provoquer une certaine instabilité.

Le changement d’époque, avec l’émergence de l’impérialisme, allait précisément en dessiner les traits.