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La fondation de la seconde Internationale au congrès de Paris

Le congrès socialiste international se tint à Paris du 14 au 21 juillet 1889, une date choisie par les socialistes français. Sur les murs, on pouvait lire les slogans « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », « Expropriation politique et économique de la classe capitaliste, socialisation des moyens de production », ainsi qu’une salutation des ouvriers socialises d’Europe et d’Amérique « au nom du Paris de juin 1848 et de mars, avril et mai 1871 et de la France de Babeuf, Blanqui et Varlin ».

Il y avait initialement 391 délégués de 20 pays, pour 383 mandats représentant à peu près 300 organisations socialistes et ouvrières. Dès le 17 juillet il y avait déjà 467 délégués et leur nombre continua de s’élever.

Une figure de marque manqua : Friedrich Engels. Il avait dû interrompre sa compilation du troisième tome du Capital de Karl Marx, afin de lutter pour une organisation du congrès sans les possibilistes ; une fois cela réussi, il retourna à ce travail si essentiel.

Les Allemands avaient envoyé 81 délégués, les Français 211, les Britanniques 20, les Belges 14, les Italiens 13, les Autrichiens 10, les Russes 6 (dont le diffuseur du marxisme en Russie, Georgi Plekhanov), les Suisses 5, les Américains 5, les Roumains 5, les Néerlandais 4, les Polonais 4, les Danois 3, les Norvégiens 3, les Hongrois 3, les Suédois 2, les Espagnols 2.

À cela s’ajoutait une représentation de Finlande, d’Argentine et de Bulgarie.

Les marxistes avaient la majorité, avec les Allemands, les Autrichiens, une partie des Français. Les possibilistes étaient tout de même présents par l’intermédiaire d’une partie des Néerlandais ; les réformistes s’appuyaient sur les Belges, une large partie des Danois, quelques délégués allemands, suisses, britanniques.

Les anarchistes profitaient des Italiens et d’une partie des Français et des Britanniques.

L’ordre du jour fut le suivant :

1. Législation internationale du travail. – Réglementation légale de la journée. Travail de jour, de nuit, des jours fériés, des adultes, des femmes, des enfants, surveillance des ateliers de la grande et petite industrie, comme de l’industrie domestique. Voies et moyens pour obtenir ces revendications.

2. Des moyens les plus pratiques à employer pour établir des relations constantes entre les organisations ouvrières de tous les pays, sans, pour cela, porter atteinte à leur autonomie.

3. Des coalitions patronales et de l’intervention des pouvoirs publics.

4. Fixation de la date et du lieu du prochain congrès. Règlement à adopter pour la convocation, son organisation et la tenue des séances.

Paul Lafargue souligna que la bourgeoisie avait depuis 1789 fait de la France une bastille capitaliste et souligna que par-delà les différences nationales, c’est le capital qui était l’ennemi. Symbole de cet internationalisme, les deux présidents du congrès élus furent l’Allemand Wilhelm Liebknecht et le Français Édouard Vaillant.

Est également décidé une manifestation internationale régulière : c’est la naissance du premier mai. En voici la résolution.

« Il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail, et d’appliquer les autres résolutions du Congrès international de Paris.

Attendu qu’une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1er Mai 1890 par l’American Federation of Labour, dans son Congrès de décembre 1888 tenu à Saint-Louis, cette date est adoptée pour la manifestation internationale.

Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur sont imposées par la situation spéciale de leur pays. »

À cela s’ajoute la mise en place d’une structure internationale. Chaque organisation dispose de son autonomie, mais les liaisons sont vues comme obligatoires entre les membres. Voici la résolution qui, de fait, donne naissance à la seconde Internationale.

Le congrès déclare :

1. Que des relations permanentes doivent être établies entre les organisations socialistes des différents pays ; mais que dans aucun cas et sous aucune pression, ces relations ne pourront porter atteinte à l’autonomie des groupements nationaux, ceux-ci étant seuls les meilleurs juges de la tactique à employer dans leur propre pays ;

2. Qu’une invitation sera adressée aux chambres syndicales et groupes corporatifs pour qu’ils se fédèrent nationalement et internationalement ;

3. Que la création d’un bulletin international rédigé en plusieurs langues sera proposée à l’étude des partis socialistes des différents pays ;

4. Qu’il y a lieu de demander à chaque organisation ouvrière de délivrer à ceux de ses membres qui changent de résidence, une carte destinée à les faire reconnaître par leurs frères de tous les pays ;

5. Que, dans les différents pays, des comités nationaux soient établis, s’il n’en existe pas, pour entretenir des relations internationales dans l’ordre corporatif et dans l’ordre politique et social ;

6. Que, chaque année, et pour l’année seulement, le comité national d’un pays, fera office d’organe central international de correspondance, et qu’on interdise à ce comité de prendre une décision quelconque sortant du rôle qui lui est dévolu.

Article additionnel. – Le ou les comités auront mission de recevoir, traduire et faire parvenir aux parties intéressées toutes les communications qui leur seront adressées concernant les conditions sociales et industrielles des travailleurs. Une copie de cette résolution sera envoyée au secrétaire du comité parlementaire du Congrès des Trade-Unions avec invitation de la porter devant le Congrès annuel qui se tiendra à Dundee en septembre 1889.

L’unité des socialistes n’est pas organique : elle existe de fait, il y a un état d’esprit commun, il y a le rouleau compresseur qu’est le marxisme se diffusant alors.

Cependant, il n’y a pas dans la seconde Internationale de centralisation. C’est une sorte de plate-forme transversale. C’est là une limite historique qui ne sera jamais dépassée, malgré les tentatives.