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La base de la fondation de la seconde Internationale

Au milieu du XIXe siècle, il n’y a que l’Angleterre qui dispose d’une réelle base industrielle. Cependant des phénomènes amenèrent une progressions dans le développement du capitalisme dans d’autres pays : la fin de l’esclavage aux États-Unis à la suite de la guerre civile de 1861-1865, l’abolition du servage en Russie en 1861, la formation des États nationaux allemand et italien, l’ouverture au monde du Japon en 1868, le compromis entre l’Autriche et la Hongrie en 1867, le régime de Napoléon III en France.

Lors du dernier tiers du XIXe siècle, la production industrielle mondiale tripla, alors que la colonisation de l’Afrique se compléta : 10,8 % de son territoire était colonisé en 1876, 90,4 % en 1900.

Le territoire colonial français passa, lors des vingt dernières années du XIXe siècle, de 0,7 million de km² avec 7,5 millions d’habitants à 30,7 million de km² avec 56,4 millions d’habitants.

La classe ouvrière commençait son expansion. À la fin du XIXe siècle, la France avait 3,8 millions d’ouvriers et de cheminots, la Grande-Bretagne en avait 4,9 millions, la Russie autour de 1,5 million, les États-Unis 5,3 millions, l’Allemagne 8 millions.

La productivité était très différente selon les domaines et les régions du monde, comme en témoigne la part en pourcentage dans l’industrie mondiale alors.

C’est en Allemagne que naquit d’abord la social-démocratie, de par l’activité de Karl Marx et Friedrich Engels. Le Parti Social-Démocrate d’Allemagne, mené par Wilhelm Liebknecht et August Bebel, se plaçait dans leur perspective.

C’était un parti de masse, qui établit lui-même les syndicats, alors qu’inversement en France le syndicalisme se développait à l’ombre de la dépolitisation due à l’écrasement de la Commune de Paris en 1871 et qu’en Grande-Bretagne le parti politique naissait comme prolongement des syndicats.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Gravure de 1896 par Otto Marcus

Le Parti Social-Démocrate d’Allemagne se développa même malgré son interdiction de 1878 à 1890. Il fut rejoint dans son orientation par le Parti Social-Démocratie d’Autriche, né le 30 décembre 1888 et dont le programme fut un important marqueur de la social-démocratie.

C’est que les pays germanophones avaient accès de manière la plus aisée aux écrits de Karl Marx et de Friedrich Engels, ce dernier menant jusqu’à sa mort en 1895 une inlassable activité en faveur de l’adoption du marxisme par le mouvement ouvrier naissant.

Le congrès de 1887 du Parti Social-Démocrate d’Allemagne encore illégal appela en ce sens à la réalisation d’un congrès ouvrier international. L’interdiction du Parti en Allemagne et le refus de la part des Britanniques de le mettre en place amena à chercher sa réalisation à Paris.

Le projet eut le soutien du Parti Ouvrier Belge, du Parti Social-Démocrate du Danemark, des socialistes français et italiens, ainsi que des syndicats allemands de New York.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Version suédoise de la gravure d'Otto Marcus, en 1900

En France, la Fédération nationale des syndicats, qui tint son congrès à Bordeaux en octobre 1888, représentant 272 organisations, soutint alors l’idée d’un congrès ouvrier international organisé par ses soins à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1889, celle pour qui la tour Eiffel fut construite.

Elle mit en place un comité d’organisation, présidé par Augustin Daumas et avec comme secrétaires Paul Lafargue et Bernard Besset. Faisaient partie du comité des représentants de la Fédération nationale des syndicats, des socialistes, des membres du conseil municipal parisien, des représentants du groupe des députés socialistes.

Le souci était que le Parti Social-Démocrate d’Allemagne trouvait inacceptable la participation à un tel futur congrès des possibilistes. Ces réformistes voulant appliquer le socialisme selon ce qui aurait été « possible » entendaient également mener un congrès, l’option se posant alors étant un congrès commun.

Friedrich Engels écrivit une lettre à August Bebel, 5 janvier 1889, où on lit notamment :

« Les possibilistes ont lutté à mort contre les nôtres, ceux qu’on appelle les marxistes, en se targuant d’être la seule église, celle « hors de laquelle il n’est point de salut », après avoir absolument interdit toute liaison et toute action commune avec les autres – les marxistes aussi bien que les blanquistes – et conclu une alliance avec l’église londonienne « hors de laquelle il n’est point de salut » – la Social Democratic Federation – dont le but – et non le moindre – est de combattre partout le Parti allemand jusqu’à ce qu’il cède, se rallie à cette triste bande et abjure toute communauté de vue avec les autres français et anglais.

Par-dessus le marché, il se trouve que les possibilistes sont vendus à l’actuel gouvernement, qui leur paie leurs frais de déplacement, de congrès et de presse à partir de fonds secrets – tout cela sous prétexte de combattre Boulanger et de défendre la République, donc aussi les exploiteurs opportunistes de la France – les Ferry, etc. – , leurs actuels alliés.

Et ils défendent l’actuel gouvernement radical qui, pour rester en place, doit exécuter toutes les besognes les plus dégoûtantes pour le compte des opportunistes [républicains bourgeois modérés des années 1880]. Ceux-ci ont, par exemple, fait taper sur le peuple lors de l’enterrement d’Eudes, et à Bordeaux, à Troyes comme à Paris, il s’en prend aux drapeaux rouges avec plus de rage que n’importe quel gouvernement précédent.

Marcher de concert avec cette bande serait renier toute la politique extérieure que vous avez menée jusqu’ici.

Il y a deux ans, cette bande a fait cause commune à Paris avec les syndicats anglais vendus pour s’opposer aux revendications socialistes, et s’ils ont pris une autre position en novembre, c’était parce qu’ils ne pouvaient faire autrement. Avec cela, ils ne sont forts qu’à Paris, et ils n’existent pas en province (…).

Les marxistes, qui dominent en province, sont le seul parti anti-chauvin de France et se sont rendus impopulaires à Paris en raison de leur prise de position en faveur du mouvement ouvrier allemand : prendre part à un congrès qui leur serait hostile, ce serait une gifle que vous vous donneriez à vous-mêmes en plein visage. »

Le Parti Social-Démocrate d’Allemagne exigea que le comité entre à ce sujet en négociation avec les mouvements d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et de Suisse. Cela donna la conférence de La Haye à la fin février 1889.

Étaient également présents notamment le grand artiste William Morris pour la ligue socialiste active en Grande-Bretagne ainsi que des représentants de la social-démocratie danoise.

Ce fut une réussite, mais les possibilistes menèrent une vaste contre-campagne, se voyant rejoindre par le mouvement ouvrier britannique et belge. Le Parti Social-Démocrate d’Allemagne et Friedrich Engels mirent tout leur poids dans la balance et finalement le Comité d’organisation français appela le 8 mai 1889 à un congrès le 14 juillet, la date étant préférée au mois de septembre initialement choisie.

Au premier juin, il y avait déjà le mouvement ouvrier de 12 pays, avec 67 de leurs dirigeants, qui avaient rejoint l’appel.