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Alexandre Rodtchenko, la matière et la transformation

Il est flagrant que de par son expérience de l’artisanat avec la peinture, Rodtchenko a su dégager une attention particulière sur la matière transformée, prête à l’emploi. Il dépasse son orientation productiviste – constructiviste de sa peinture cubo-futuriste pour se focaliser sur les détails propre à la production, à la construction.

Le travail sur la lumière pour présenter ces éléments métalliques au service du travail manuel technique est ici exemplaire. Leur fonctionnalité ressort pratiquement de par l’intensité lumineuse permettant de bien les distinguer. On n’a pas ici un amas, mais bien un rassemblement d’éléments dont le sens pratique est l’aspect principal.

La photographie est admirable, car elle montre le sens de l’expertise qui est nécessaire, l’environnement matériel du travailleur qui est ici clairement un producteur, avec toute la dimension intense de l’activité déployée présentée à travers l’accumulation des pièces à l’arrière-plan.

Cette perspective est si forte, si intense, que chez Rodtchenko la matière elle-même devient pratiquement sacralisée. C’est là un travers de la conception productiviste-constructiviste d’un côté, mais de l’autre c’est surtout – quand c’est réussi – la dignité de la matière transformée qui apparaît.

Ce sens aigu de la matière et de la transformation permet d’accéder à un réalisme renforcé concernant l’activité pratique, avec une grande insistance sur la tension, la finesse du travail concret. Cette photographie d’une femme regardant dans l’objectif d’un appareil photographique posé sur un trépied est une excellente vision synthétique.

Le style de la photographe, sa concentration, la manière qu’elle a de se placer, pratiquement d’être en pleine action, le cadrage géométrique mais non surfait, la luminosité pondérée mais faisant comme des bandes de lumières… ce que réalise ici Rodtchenko est d’une très grande complexité.

La photographie par Rodtchenko de sa mère en train de lire a également une dimension d’exemplarité. Tout comme pour la photographe, on a ici une personne entièrement impliquée dans son acte. Elle se confond avec son activité.

La photographie est évidemment raffinée au possible. A l’arrière-plan à gauche on reconnaît l’avion de l’entreprise Dobrolet, à droite différentes photographies similaires sont superposés, au mur. La revue contient un titre bien épais, bien noir, avec une photographie, appuyant le contraste avec les deux colonnes de textes, renforçant l’atmosphère général où le noir et le blanc se conjuguent.

Il va de soi que le visage de la mère joue un rôle essentiel dans la dynamique de l’image, Rodtchenko ayant particulièrement soigné la représentation de ses traits.