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Alexandre Rodtchenko et la vie quotidienne

Le réalisme socialiste accorde une place fondamentale à la vie quotidienne. Celle-ci ne doit naturellement pas être considérée dans un sens étroit, mais dans sa dimension d’exemplarité combiné à la dignité du réel.

Il s’agit de saisir un moment typique, dans toute la synthèse de ses différents aspects. La photo où Rodtchenko montre un être anonyme en train de manger une soupe est à ce titre intéressante, car elle annule le côté individuel, pour montrer quelque chose de véritablement universel dans sa réalité.

Le geste est déterminé, le corps tendu ; on est véritablement dans l’acte de se sustenter.

Un risque existe quand on s’intéresse à la photographie de Rodtchenko concernant la vie quotidienne, c’est de porter un regard cosmopolite et de trouver étrange, pittoresque, particulier ce qui relève en réalité de la banalité de la Russie.

La photo suivante présente une architecture qu’on peut trouver comme étant marquante, cependant ce qui compte en réalité c’est que Rodtchenko trouve une manière d’en présenter l’intérêt au-delà de l’apparente banalité.

Il ne s’agit pas ici de poésie cubiste, mais d’une réappropriation de l’intérêt de la ville.

Cette récupération de l’importance des moments du quotidien, de l’environnement immédiat auquel on appartient, se situe tout à fait dans une perspective socialiste. L’être humain se construit, se façonne dans une interaction systématique avec son environnement.

Ce jeune enfant prenant son bain et jouant face au photographe est ainsi à la fois une image brute et porteuse d’une intense complexité.

La vie de l’URSS implique alors une intense mobilisation, celle notamment des travailleurs de choc. La satisfaction de l’exigence du plan quinquennal, son dépassement même, la discipline de travail dans le cadre de l’émulation socialiste… forment un tout que cette photographie cherche à représenter.

Rodtchenko parvient, avec sa démarche pratiquement de reporter, à valoriser le travail, la collectivité ; il mène en partie une activité d’esthétisation de la réalité, mais toujours en se soumettant à celle-ci. Il y a ici une ambiguïté, car on peut être à la limite de l’art pour l’art.

Rodtchenko s’en sort souvent en montrant des objets nombreux, qui rappellent l’activité en cours et font que la présentation de celle-ci s’impose sur toute autre considération.

Le travers esthétisant, lorsqu’il s’exprime, a toujours comme source l’approche cubo-futuriste. La photographie du groupe d’agit-prop que l’on voit ici présente un cadrage qui est problématique, car il est un ajout significatif, marqué, indiquant pratiquement que le groupe ne suffit pas en lui-même pour avoir un intérêt.

C’est véritablement dommage, surtout quand on voit la dynamique générale de la photo. Le désaxage, fétichisé, aboutit au formalisme, plombe tout.