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Alexandre Rodtchenko et l’emplissage

La question de l’emplissage est essentielle pour saisir la photographie d’Alexandre Rodtchenko. Il faut en effet toujours avoir à l’esprit que lors de son parcours cubiste-futuriste, il accordait une place fondamentale au principe de surface.

S’il se définissait comme constructiviste, c’est parce que sa philosophie fait de l’artiste un remplisseur de surface. Il fallait refaçonner le monde avec des constructions.

Or, la réalité est irréductible à cette conception d’un remplissage constructiviste. S’extirpant de la notion de surface totalement hégémonique d’ailleurs dans la démarche cubo-futuriste, Rodtchenko a été obligé de prendre en compte la nature dialectique de l’espace : celui-ci est à la fois rempli et non-rempli.

Cela donne des photographies très réussies dans la mesure où elles présentent, avec un regard nouveau, un aspect réaliste de la vie. Il y a beaucoup d’interactions dans ce qui forme un chaos apparent.

C’est la reconnaissance de la dignité du réel. Le désaxage et l’emplissage naturel permettent une vue approfondie, un regard concret.

Cette photographie est marquante justement de par sa reconnaissance du caractère inégal de la réalité. On n’a pas une symétrie forcée au moyen de lignes, on a une mise en perspective cohérente, mais dans le respect du réel.

Cette notion d’emplissage va poser de multiples problèmes à Rodtchenko, qui ne va pas trop savoir s’il doit chercher à emplir ou à désemplir la surface pour parvenir à cadrer.

Voici un exemple d’emplissage total, qui a le défaut d’être dans l’instantané, dans un empirisme privant ce qui est représenté de sa dignité, par le cadrage privilégiant trop un seul aspect aux dépens des autres. L’empirisme est unilatéral.

En voici un autre exemple, au contraire totalement formaliste. L’emplissage écrase tout.

Voici, inversement, deux exemples de désemplissage. Le premier est réussi dans son dynamisme.

Le second est réussi dans son côté statique.

Cependant, le problème est que le contenu réel passe au second plan, dans la mesure où tout cela n’est finalement pas très clair. La dignité du réel semble trop un prétexte.

Il est flagrant que, tendanciellement, face aux difficultés, Alexandre Rodtchenko cherche à s’en tirer par une composition d’esprit cubo-futuriste, où les lignes deviennent des plans surfaces se combinant avec la surface d’ensemble.

La photographie suivant est représentative d’une tendance au formalisme, l’emplissage passant par le principe de surface, au lieu de se fonder sur la réalité.

C’est également le cas ici, avec plus de portée dynamique, une dimension réaliste plus grande.

L’emplissage est par contre ici bien réussi, bien en phase avec ce qui est mis en portrait. Le principe de surface ne prévaut pas.