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Alexandre Rodtchenko et l’architecture

La grande réflexion sur la surface faite par Rodtchenko dans le cadre de ses activités cubo-futuristes lui ont un fourni un sens aigu de la dimension architecturale. Il y a un renversement qui s’est produit. De la même manière que la ligne, le sens de la composition… ont abandonné l’abstraction pour se mettre au service de la réalité, il y a un mouvement net vers la représentation spatiale de réalités architecturales.

Il y a ici une grande faiblesse qui s’exprime, ainsi que des éléments intéressants. La grande faiblesse, c’est l’attirance de Rodtchenko pour les formes tendant à revenir au modernisme cubiste. Ce côté bourgeois modernisateur reste indéniablement présent.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’éléments intéressants, comme ici, mais la tendance au formalisme est flagrante. Rodtchenko, ici, s’appuie sur la vitesse, le mouvement, puis le poids pour asseoir l’image.

Rodtchenko, s’il se laisse aller, se fait en fait toujours capter par la perspective futuriste poids – vitesse – mouvement. Dans l’exemple suivant, c’est par exemple le poids qui l’emporte, suivi du mouvement, avec la vitesse comme dernier aspect.


Dans cette photographie du planétarium, on a d’abord le mouvement, puis le poids et la vitesse.

Par contre, quand Rodtchenko s’extirpe de ce formalisme, il arrive à cadrer tout à fait le portrait dans un sens réaliste, en profitant de la capacité à utiliser de nombreux paramètres. Dans l’exemple suivant, une véritable réussite, l’architecture est contrebalancé par la réalité corporelle. C’est elle qui force Rodtchenko à se remettre en adéquation avec la réalité, et à ne pas chercher des effets pour les effets.

Sans cette dimension réaliste, Rodtchenko revient au formalisme, prisonnier de la lecture cubiste des formes urbaines, avec une sorte de poésie des éléments de la ville, de fascination pour ses agencements jusqu’au trivial, etc.

Cela ne veut pas dire que ces œuvres soient mauvaises en soi, mais qu’elles reviennent à une lecture, formelle, sans âme, plaisante simplement pour ceux qui cherchent une certaine forme d’esthétisation. On s’éloigne ici franchement d’un regard populaire authentique et on converge avec le regard bourgeois.


Quand la mise en perspective est par contre celle de la réalité des travailleurs, alors le sens architectural s’exprime de manière juste, avec un réalisme capable de fournir de nombreux détails, sans gratuité et toujours avec une réelle densité.

Quand cela est bien réalisé, on a toujours une dimension cinématographique qui ressort. La photographie suivante a comme écho À bout de souffle, de Jean-Luc Godard, de manière assez frappante.