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Wilchar : Le problème des expositions − 1968

Clarté (PCMLB) Semaine du 13 au 19 septembre 1968.

Tant que subsistera le joug capitaliste, les marxistes-léninistes devront analyser les contradictions qui engendrent l’aliénation des masses laborieuses en général et des créateurs d’art.

L’artiste créateur à besoin du contact humain pour éprouver si ce qu’il a réalisé correspond au message qu’il a voulu transmettre.

Le meilleur moyen, le banc d’épreuve en quelque sorte, c’est d’exposer ses œuvres et d’attendre les réactions du public.

Cela parait simple pour les travailleurs qui ne soupçonnent pas les intérêts sordides d’une mafia qui règle le jeu des relations culturelles de la mondanité bourgeoise.

Tout dépend du compte en banque

Examinons à la loupe ce que signifie l’organisation d’une exposition de peinture. Il existe à Bruxelles des galeries d’art de niveau très différent. Des galeries pour riches et des galeries pour pauvres.

Il y a la galerie « d’art » du haut de la ville, qui coûte en moyenne trente ou quarante milles francs (de plus) pour dix jours de location Il faut ajouter 25% de prélèvement sur le chiffre de vente imposé par le loueur de salle. Les frais de transport, encadrement, invitations, catalogues, cocktails au whisky (obligatoire) sont à charge de l’exposant.

Il y a la petite galerie écartée qui coûte tout de même six à sept milles francs pour dix jours de location auxquels il faut ajouter les autres frais, comme dans les salles riches, à charge de l’exposant.

Les galeries de « haut standing » garantissent à leur exposant (et c’est exact) une large publicité de la part des critiques d’arts de l’information, de la presse, radio, TV, etc.

Ils ont une clientèle « d’acheteurs » aisés, au rendement favorable, mais facultatif.

Les petites galeries ne jouissent pas des privilèges réservés aux « caïds » (et pour cause – on ne prête qu’aux riches). Elles restent souvent toute une saison sans recevoir la visite des critiques d’art bourgeois.

Voilà le premier aspect du pouvoir de l’argent. L’artiste-peintre qui veut se garantir une « réussite » économique et de glorioles bourgeoises, devra s’assurer, dès le départ, un solide compte en banque.

Pour les autres, ce sera l’ignorance et l’oubli dès les premiers pas, et la muselière pour ceux qui oseront exprimer leur révolte contre ces injustices.

L’aliénation réside dans le fait que la « qualité » d’une œuvre d’art reste déterminée en grande partie par les possibilités d’une politique de large présence.

J’ai connu d’excellents artistes dont la démarche n’a eu aucun ressentiment uniquement parce qu’ils ont montré leurs œuvres dans des galeries dites « de second ordre ».

Par contre, il est notoire que des barbouilleurs médiocres ont fait fortune parce que l’argent de Papa a pu payer la galerie dorée de l’avenue Louise.

Un trust de l’art-profit

Et ceci n’est qu’un petit aspect de l’antagonisme de classe que subissent la majorité des travailleurs culturels.

Les rapaces ne s’en tiennent évidemment pas au seul profit que peut procurer la location de salles d’exposition.

Ces bêtes ont de l’appétit et savent s’organiser. Ils ont mis leur mainmise sur les branches de la création artistique : peinture – théâtre – disques – édition – musique – chansons – architecture – etc. Ce sont souvent les mêmes que l’on retrouve partout. Ils ont établi les hiérarchies des « valeurs ». Ce sont eux qui détiennent l’établissement des critères de beauté. Ils élisent et noient les « vedettes » selon les caprices de leurs intérêts. Ils ont mis au point les biennales et autres falsifications internationales qui constituent finalement un monopole de puissance financière basée sur la fabrication d’un art boursier.

Le palais des beaux-Arts de Bruxelles est une citadelle-type de la chaîne de « marketing » mondiale de l’art-profit. L’information bourgeoise joue un rôle abject dans ce rouage du gangstérisme culturel. Les « critiques d’art » ces mal nommés de la presse, radio, TV capitaliste, conditionnent le public pour créer le climat propice à la valorisation des marchandises artificielles de la drogue culturelle.

C’est l’aboutissement logique d’une conception bourgeoise de l’art basé sur le profit.

Le prolétariat n’a rien de commun avec le cadavre puant d’un art décadent d’une classe pourrissante.

Pour un renouveau artistique

Le prolétariat continue invinciblement sa lutte victorieuse vers sa plénitude de classe. Ce ne sont pas des mystificateurs de toutes sorte qui empêcheront la venue du socialisme et de sa culture.

C’est d’ailleurs à la classe ouvrière que revient d’ailleurs la tâche gigantesque « du monde qui va changer de base ». L’art est authentique quand il est l’art de l’homme travailleur. Il perd toute sa résonance affective quand il devient une marchandise au service de la spéculation dégradante d’une minorité.

Les artistes de toute discipline prennent conscience que leur destinée se trouve entre leurs propres mains et celles du prolétariat.

Qu’ils se cherchent, qu’ils se rassemblent. Ensemble, ils pourront accélérer le processus artistique basé sur les perspectives exaltantes d’un avenir prolétarien dont les seules promesses permettent tous les espoirs.

Il ne faut pas croire, comme le font certains timorés, qu’il faille attendre la prise du pouvoir pour « COMMENCER » un art prolétarien.

DES MAINTENANT CET ART EST POSSIBLE !

Il sera l’image du dernier assaut que livre la classe ouvrière pour abattre la domination capitaliste qui tremble sur son socle doré.

VERMILLON