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Weathermen : Manifeste − 1969

WEATHERMEN
MANIFESTE
1969

Pas besoin d’un monsieur météo pour savoir dans quel sens souffle le vent.

« La contradiction entre les peuples révolutionnaires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine et les impérialistes, ayant les Etats-Unis à leur tête, est la contradiction principale du monde contemporain. Le développement de cette contradiction stimule la lutte des peuples du monde entier contre l’impérialisme US et ses laquais. » (Lin Piao : Vive la victorieuse guerre du peuple !)

Bernardine Dohrn, dirigeante du Weathermen

1. RÉVOLUTION MONDIALE

Les gens se demandent : en quoi consiste la révolution dont nous parlons ? Par qui sera-t-elle menée ? En faveur de qui ? Quels sont ses objectifs et sa stratégie ?

Pour répondre à ces questions, la considération préalable est que la grande lutte qui se déroule dans le monde d’aujourd’hui est celle qui oppose l’impérialisme US aux luttes de libération nationale. Ceci est l’aspect essentiel pour définir les enjeux politiques du monde entier : car l’impérialisme US est de loin le plus puissant, tous les autres empires et petits dictateurs dépendent à long terme de lui qui a unifié et s’est allié avec toutes les forces réactionnaires du monde entier.

Par conséquent, lorsque nous considérons toute force ou phénomène, de l’impérialisme soviétique ou israélien aux « luttes ouvrières » en France et en Tchécoslovaquie, nous les déterminons en tant qu’amis ou ennemis selon qu’ils aident l’impérialisme US ou qu’ils luttent pour le vaincre. Par conséquent, la toute première question qui doit se poser aux habitants de ce pays à propos de la révolution est celle-ci : est-ce que je me tiens aux côtés des Etats-Unis en tant que nation qui opprime, ou bien aux côtés des masses et des peuples qui sont opprimés par l’impérialisme US ?

La tâche primordiale de la lutte révolutionnaire est de résoudre la contradiction principale au bénéfice des peuples du monde. Ce sont les peuples opprimés du monde qui ont créé la richesse de cet empire ; c’est à eux qu’elle appartient. Le but de la lutte révolutionnaire doit être le contrôle et l’usage de cette richesse dans l’intérêt des peuples opprimés du monde.

C’est dans ce contexte que nous devons examiner la question des luttes révolutionnaires aux Etats-Unis.

Nous vivons au cœur de la bête, dans un pays qui s’est si enrichi par le pillage à l’échelle mondiale que même les miettes distribuées aux masses asservies à l’intérieur de ses frontières permettent des conditions matérielles d’existence bien supérieures à la moyenne de celles que subissent les masses des peuples du monde.

L’empire US, système de dimension mondiale, draine les richesses provenant du travail et des ressources du reste du monde vers les Etats-Unis.

L’abondance relative que nous connaissons aux Etats-Unis dépend directement du travail et des ressources naturelles des Vietnamiens, des Angolais, des Boliviens et des autres peuples du Tiers-Monde.

Tous les avions et engins spatiaux américains, les Holiday Inn, les voitures de chez Hertz, ton poste de télévision, ta voiture et ta garde-robe appartiennent déjà, en grande partie, aux autres peuples du monde.

Par conséquent, toute conception de la « révolution socialiste » qui se limite aux perspectives du peuple travailleur des États-Unis et qui refuse de prendre en considération la totalité des intérêts des peuples les plus opprimés du monde, se réduit à un combat pour l’intérêt particulier de privilégiés ; elle représente une idéologie très dangereuse.

Bien que la prise de contrôle et l’usage des richesses de l’Empire par les peuples du monde soit aussi dans l’intérêt d’une grande majorité des gens de ce pays, nous prolongerions le maintien de la société de classes, l’oppression, la guerre, le génocide et la misère complète pour tout le monde, y compris pour le peuple aux USA, si le but n’était pas fixé clairement dès le départ.

Le but, c’est de détruire l’impérialisme US et de réaliser un monde sans classes : le communisme mondial.

La conquête du pouvoir d’Etat aux USA sera le résultat de l’éparpillement des forces militaires US partout dans le monde et de leur destruction unité par unité.

La lutte menée aux USA mêmes sera une partie vitale de ce processus, mais au moment où la révolution triomphera aux Etats-Unis, les peuples du monde l’auront déjà faite chez eux.

Ainsi, définir le socialisme en termes strictement nationaux, dans une nation qui est historiquement et à ce point une puissance d’oppression, n’est qu’une expression de chauvinisme national impérialiste dans les rangs du « mouvement ».

2. QU’EST-CE QUE LA COLONIE NOIRE ?

Toutes les colonies de peuples opprimés par l’impérialisme ne se trouvent pas hors des frontières des États-Unis. A l’intérieur de l’Amérique du Nord, le peuple noir, amené ici il y a quatre cents ans comme esclave et dont le travail d’esclave a bâti ce pays, est une colonie au sein même de la nation qui opprime. Cela signifie-t-il que le peuple noir est opprimé en tant que peuple, par les institutions et les rapports sociaux du pays, en dehors même de sa position de classe, de son revenu, de son niveau de qualification, etc. en tant qu’individus ?

A quoi ressemble cette colonie ? Quelle est la base de sa commune oppression et quelle est son importance ?

Une position historiquement importante a été que la colonie noire consistait seulement en la nation de la ceinture noire [« black belt nation », au sud-est des USA], dont le combat pour la libération nationale repose sur la base d’un territoire commun, d’une histoire, d’une culture et d’une vie économique communes.

La conséquence de cette position est que les Noirs vivant dans les autres parties du pays forment une minorité nationale, sans faire réellement partie de la colonie noire, de telle sorte que la lutte de libération nationale ne concerne que la ceinture noire, et non pas tous les Noirs ; les Noirs du nord du pays ne font donc pas partie de la colonie, mais de la classe ouvrière de la nation blanche oppressive.

D’après cette formulation, les ouvriers noirs du nord ont un « rôle double » : d’une part soutenir la lutte dans le sud et s’opposer au racisme, en tant que membres de la minorité nationale ; et d’autre part agir en tant qu’ouvriers de la « nation blanche », dont l’intérêt de classe est le socialisme intégré dans le nord. La version conséquente de cette ligne appelle à l’organisation intégrée des ouvriers noirs et blancs dans le nord, en suivant ce qu’elle nomme les lignes de « classe. »

Cette position est erronée ; en réalité, la colonie noire n’existe pas seulement dans la nation de la ceinture noire, mais dans le pays en tant qu’ensemble. L’oppression commune des Noirs et leur culture commune édifiée à partir de cette histoire ne sont pas basées historiquement et actuellement sur leur rapport au territoire de la ceinture noire, même si celui-ci est marqué par une concentration de population et possède des caractéristiques très différentes du nord, particulièrement en ce qui concerne la question de la terre.

Les caractéristiques communes d’oppression, de passé historique et de culture qui donnent au peuple noir l’unité d’une colonie ont - bien qu’historiquement ce peuple soit issu d’un territoire commun différent de celui de l’impérialisme : l’Afrique et non le sud des USA - pour origine historique le statut d’esclave, commun à tous les Noirs, statut qui, depuis l’abolition formelle de l’esclavage, a pris la forme d’une oppression de caste, de l’oppression du peuple noir en tant que tel, en quelque endroit qu’il se trouve.

Une nation noire nouvelle, différente des nations de l’Afrique dont elle est originaire, a été forgée par l’expérience historique commune de la traite, de l’esclavage et de l’oppression de caste.

Affirmer que pour exister comme nation il est nécessaire d’avoir pour but un territoire national commun, différent de celui de l’impérialisme, c’est appliquer mécaniquement des critères valables, autrefois comme aujourd’hui, dans des conditions différentes.

Ce qu’il faut entendre par le terme de caste, c’est que tous les Noirs, à cause de leur origine historique commune d’esclaves, à cause de leur culture commune et de la couleur de leur peau, se voient systématiquement refuser l’accès à certains métiers (ou à certaines responsabilités dans ces métiers), à certaines positions sociales - et cela sans égard à la qualification, au talent, à la fortune ou à l’éducation.

A l’intérieur de la classe ouvrière, ils sont la fraction la plus opprimée ; au sein de la petite bourgeoisie, ils sont encore plus strictement confinés au plus bas niveau.

En écartant les cas exceptionnels, le contenu spécifique de cette oppression de caste s’exprime par le maintien du peuple noir dans les conditions et les métiers les plus en butte à l’oppression et à l’exploitation. Par conséquent, puisque la classe située au plus bas dans l’échelle sociale est la classe ouvrière, la caste noire est presque entièrement une caste ouvrière ou bien se trouve dans une situation d’oppression qui la met sur le même pied que les plus basses couches de la classe ouvrière (c’est le cas des paysans et de la petite bourgeoisie noire).

C’est une caste laborieuse coloniale, une colonie dont le caractère national se définit lui-même par la position de classe de ses membres. C’est pourquoi les Noirs du nord des USA n’ont pas d’« intérêt double » - comme Noirs d’une part, comme « travailleurs de la nation américaine » d’autre part. Ils n’ont avec tous les autres Noirs des Etats-Unis qu’un seul intérêt de classe : celui de membres de la Colonie Prolétarienne Noire.

3. LA LUTTE POUR L’AUTODÉTERMINATION

La lutte du peuple noir, en tant que colonie, vise à l’autodétermination, à la liberté et à la libération de l’impérialisme américain. Parce qu’ils ont été, en tant que peuple, opprimés et maintenus dans une situation sociale inférieure, les Noirs ont le droit de décider, de s’organiser et d’agir sur leur destinée de peuple sans intervention des Blancs.

Du fait que tous les Noirs font l’expérience de l’oppression sous une forme inconnue à tout Blanc, aucun Blanc n’est en position de comprendre pleinement et de vérifier par sa propre pratique la situation réelle du peuple noir et la réponse qui en découle nécessairement.

C’est pourquoi il est nécessaire au peuple noir de s’organiser séparément et de déterminer séparément son action à chaque étape de la lutte.

Il est important de comprendre ce qu’implique cette nécessité. Il n’est pas légitime que les Blancs interviennent, sur le plan organisationnel, dans les divergences entre nationalistes révolutionnaires noirs.

Ce serait de l’arrogance de notre part que d’attaquer une organisation noire qui défend le peuple noir et s’oppose pratiquement à l’impérialisme.

Par contre, il est nécessaire de développer dans notre propre organisation une juste compréhension de la lutte des Noirs pour leur libération, car une vision incorrecte entraînerait, dans l’avenir, une pratique raciste dans nos rapports avec le mouvement noir.

Dans l’histoire de certaines colonies extérieures, comme la Chine et le Vietnam, la lutte pour l’auto-détermination est passée par deux étapes : 1) un front uni contre l’impérialisme et pour la démocratie nouvelle(qui est une dictature conjointe des classes anti-coloniales dirigée par la classe ouvrière, dont le contenu est un compromis entre les intérêts du prolétariat et la paysannerie, de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie nationale nationalistes, et 2) le développement du socialisme, dépassant cette étape de nouvelle démocratie.

Cependant la lutte de libération noire dans ce pays n’aura qu’une « étape » ; la lutte pour l’auto-détermination incarnera en elle-même la lutte pour le socialisme.

Comme l’a dit Huey P. Newton : « Pour être un révolutionnaire nationaliste, il faut nécessairement être un socialiste », ceci parce que, étant donné le caractère de caste de l’oppression d’un peuple partageant un même degré d’oppression, l’auto-détermination exige la libération de l’exploitation capitaliste qui prend la forme des emploi dégradants (pour la plus basse caste), du logement, des écoles, des hôpitaux, des prix.

De plus, seul ce qui a été ou a pu devenir en pratique un programme socialiste pour l’auto-détermination - qui vise à renverser cette exploitation - est à même de compter sur le soutien actif de masse nécessaire dans la « colonie prolétarienne ».

D’autre part, le programme de front uni pour la démocratie nouvelle ne serait pas assez approfondi, ce qui l’empêcherait de gagner à sa cause le soutien actif et déterminé des masses noires. La seule raison qui pourrait pousser à ce font serait l’existence de forces petites-bourgeoises indépendantes qui pourraient y entrer pour compenser l’affaiblissement de son assise prolétarienne.

Mais tel n’est pas le cas : d’abord parce qu’une bonne partie de la petite-bourgeoisie noire est une petite-bourgeoisie « compradore » (comme les soi-disant capitalistes noirs qui sont promus par la structure du pouvoir pour avoir l’air indépendants, mais qui sont en réalité des agents du capital monopoliste blanc), qui ne combattra jamais en tant que classe pour quelque auto-détermination que ce soit ; ensuite parce que beaucoup de petits-bourgeois noirs, si ce n’est la plupart, même s’ils n’ont pas un intérêt de classe à l’auto-détermination socialiste, sont assez proches des masses noires en ce qui concerne l’oppression et des limitations de leur condition, pour soutenir l’auto-détermination sur de nombreux points et, spécialement lorsque le mouvement est victorieux, elle peut être gagnée à la cause du soutien à l’auto-détermination au sens plein (socialiste).

Travailler à porter au maximum ce soutien de la part de la petite-bourgeoisie est, pour le mouvement noir, quelque chose de correct ; mais il ne s’agit en aucun cas d’un front uni, parce qu’il est clair que le Mouvement de Libération Noire ne devrait pas modifier, et ne modifie pas, le contenu révolutionnaire socialiste de sa position pour gagner un tel soutien.

4. LA LIBÉRATION DES NOIRS IMPLIQUE LA RÉVOLUTION

Quel est le lien entre la lutte pour l’auto-détermination noire et l’ensemble de la révolution mondiale visant la défaite de l’impérialisme US et l’internationalisation de ses ressources, en vue de créer un monde sans classes ?

Aucune auto-détermination noire ne pourra être gagnée sans aboutir à une victoire de la révolution internationale en tant que tout. La colonie prolétarienne noire, étant dispersée si largement et formant une section de la force de travail si exploitée, est essentielle pour la survie de l’impérialisme.

Par conséquent, même si le mouvement de libération noir cherchait à obtenir l’auto-détermination sous la forme d’un pays séparé (aspect légitime du droit à l’auto-détermination), son existence à côté des USA ferait que l’impérialisme n’y survivrait pas - il n’abandonnerait jamais le combat à moins d’être détruit.

C’est ce qui fait qu’un mouvement révolutionnaire nationaliste ne peut pas vaincre sans détruire le pouvoir d’Etat des impérialistes, et c’est pour cette raison que le mouvement de libération noir, en tant que mouvement révolutionnaire nationaliste pour l’auto-détermination est automatiquement en lui-même une partie inséparable de l’ensemble de la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme US et pour le socialisme international.

Cependant, le fait que la libération noire dépende d’une victoire révolutionnaire générale ne signifie pas qu’elle est forcée d’attendre pour y arriver qu’un mouvement de masse blanc se constitue et se joigne à elle. L’oppression génocidaire du peuple noir doit prendre fin et il ne reste pas beaucoup de temps pour y parvenir. Au besoin, le peuple noir pourrait arracher l’auto-détermination en abolissant le système impérialiste et en s’emparant pour le faire du pouvoir d’État, sans avoir à attendre un tel mouvement blanc - encore que le coût en serait élevé chez les Noirs comme chez les Blancs.

Les Noirs si nécessaire pourraient y arriver seuls, à cause de leur centralité dans le système, à la fois économiquement et géo-militairement, et à cause du niveau d’unité, d’engagement et d’initiative qui serai développé en menant une guerre populaire pour la survie et la libération nationale.

Cependant, nous n’attendons pas qu’ils s’y lancent seuls, pas seulement à cause de la situation internationale, mais aussi parce que les intérêts véritables des Blancs opprimés résident auprès de la lutte de libération noire, et parce que les conditions pour la compréhension de ces intérêts et pour le combat pour ceux -ci grandissent avec l’approfondissement de la crise.

D’ores et déjà, le mouvement de libération noir a porté avec lui un regain de la conscience révolutionnaire chez les jeunes blancs ; et même si cela n’est pas garanti, nous pouvons nous attendre à ce que cela s’étende et s’approfondisse chez tous les opprimés blancs.

Écarter la possibilité d’une victoire des Noirs seuls mène à la position raciste selon laquelle les Noirs doivent attendre les Blancs et dépendent de l’action des Blancs en leur faveur pour l’emporter. Toutefois, la possibilité d’une victoire des Noirs seuls ne peut être en aucun cas justifier l’absence de la construction un mouvement révolutionnaire parmi les Blancs.

Il est nécessaire de battre en brèche deux tendances racistes : 1° Les Noirs ne peuvent aller de l’avant dans l’accomplissement de la révolution ; 2° Les Noirs doivent aller seuls de l’avant. La seule troisième voie possible consiste à construire un mouvement blanc qui soutiendra les Noirs et progressera aussi vite qu’ils peuvent et doivent le faire, afin que les révolutionnaires blancs assument leur part du travail et ne laissent pas les Noirs tout faire seuls. Tout Blanc qui ne suit pas cette troisième voie suit objectivement l’une des deux autres (si ce n’est les deux en même temps) et est objectivement raciste.

5. LA RÉVOLUTION ANTI-IMPÉRIALISTE ET LE FRONT UNI

Étant donné que la stratégie pour vaincre l’impérialisme dans les colonies semi-féodales a deux étapes : l’étape de nouvelle démocratie avec un front uni pour jeter dehors l’impérialisme, suivie de l’étape socialiste, certains suggèrent deux étapes pour les USA aussi, l’une pour arrêter l’impérialisme, l’étape anti-impérialiste, et l’autre pour réaliser la dictature du prolétariat, l’étape socialiste. Ce n’est pas par hasard que même les tenants de cette idée ne peuvent pas dire ce qu’elle signifie.

En réalité, l’impérialisme est une étape prédatrice internationale du capitalisme. Il est impossible que la victoire contre l’impérialisme aux USA ait comme contenu - comme elle peut l’avoir dans un pays semi-féodal - le remplacement de l’impérialisme par le capitalisme ou la nouvelle démocratie ; quand l’impérialisme sera battu aux États-Unis mêmes, il sera remplacé par le socialisme - et par rien d’autre.

Une seule révolution, un seul processus de remplacement, une seule prise du pouvoir d’État - la révolution anti-impérialiste et la révolution socialiste, une seule et même étape.

Parler de ces deux processus comme s’il s’agissait de deux étapes séparées est aussi stupide que d’imaginer Marx parlant de la révolution prolétarienne comme d’une révolution en deux étapes - la première pour renverser le pouvoir d’État capitaliste et la seconde pour mettre en place le pouvoir d’État socialiste.

De même qu’il n’y a pas deux étapes, il n’y a pas de front uni possible avec la petite bourgeoisie, parce que ses intérêts de classe ne la poussent pas à remplacer l’impérialisme par le socialisme. En ce qui concerne le peuple de notre pays, la tâche de la guerre internationale contre l’impérialisme est la même que celle de la révolution socialiste : le renversement du pouvoir. Dans notre pays, il n’y a pas la possibilité d’un « front uni » pour le socialisme.

Un des motifs qui inspirent ceux qui tiennent à l’idée du « front uni », est la peur que nous empêchions, en parlant d’une révolution socialiste en une seule étape, l’organisation du maximum possible de points d’appui dans le peuple - dans la petite bourgeoisie par exemple qui peut combattre l’impérialisme sur des points particuliers, mais qui n’est pas favorable à la révolution.

Quand les intérêts de la petite bourgeoisie la poussent à combattre l’impérialisme sur des points particuliers, sans viser à son renversement et à son remplacement par le socialisme, cette masse contribue quand même, par là même, à la révolution - et non à quelque chose d’intermédiaire qui ne serait ni l’impérialisme, ni le socialisme.

Quiconque n’est pas pour la révolution n’est pas non plus pour une véritable défaite de l’impérialisme - mais nous pouvons et nous devons cependant en faire notre allié pour des actions déterminées. Mais il ne s’agit pas là d’un « front uni » (et nous ne devons pas avoir à, l’égard de ces éléments une quelconque politique de « front uni » en dehors de notre propre orientation) car la position de classe de ces gens ne les amène pas à s’opposer à l’impérialisme en tant que système.

En Chine ou au Vietnam, les intérêts de classe de la petite-bourgeoisie pouvaient être de vaincre l’impérialisme, cela parce que la tâche était de le chasser, et non de renverser tout entier. Pour nous d’ici où nous sommes, le « chasser » veut dire non pas d’une seule colonie, mais de toutes : le chasser du monde, c’est-à-dire le renverser.

6. STRATÉGIE INTERNATIONALE

Quelle est la stratégie de ce mouvement révolutionnaire international ? Quelles sont les faiblesses stratégiques des impérialistes qui rendent possible notre victoire ?

Les révolutionnaires autour du monde tombent généralement d’accord sur la réponse faite par Lin Piao en ces termes :

« L’impérialisme US est plus fort, mais aussi plus vulnérable que n’importe quel impérialisme du passé. Il se pose contre tous les peuples du monde, y compris le peuple des États-Unis. Ses ressources humaines, militaires, matérielles et financières sont loin de suffire pour réaliser son ambition de domination du monde entier.

L’impérialisme US accroît son affaiblissement en occupant tant d’endroits dans le monde, en présumant de ses forces, étendant ses doigts et dispersant ses forces, avec des arrières placés si loin et ses lignes d’approvisionnement si étendues. » (Vive la victorieuse guerre du peuple !).

La stratégie qui découle de cela est celle que le Che a appelé « Créer deux, trois, de nombreux Vietnam », consistant à mobiliser des luttes si dures et en tant d’endroits que les impérialistes ne pourront plus faire face à toutes. Or, puisque c’est essentiel pour leur survie, ils tenteront de leur faire face à toutes et seront défaits et détruits tout au long de ce processus.

Dans la définition et la réalisation de cette stratégie, il est clair que l’avant-garde (c’est-à-dire la section du peuple qui est en première ligne de la lutte, et dont les intérêts de classe et les besoins déterminent la nature et les tâches de la révolution) de la « Révolution Américaine » est constituée des ouvriers et des peuples opprimés des colonies d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

A cause du niveau d’oppression du peuple noir en tant que colonie, celui-ci reflète à l’intérieur des frontières des USA les intérêts des peuples du monde opprimés, il fait partie du Tiers-Monde et est une section de l’avant-garde révolutionnaire internationale.

Le rôle d’avant-garde des Vietnamiens et d’autres pays du Tiers-Monde dans le combat pour vaincre l’impérialisme US a été reconnu clairement par notre mouvement depuis un certain temps. Ce qui n’a pas été reconnu aussi clairement, c’est le rôle d’avant-garde que le peuple noir a joué, et continue de jouer dans le développement de la conscience et de la lutte révolutionnaires aux Etats-Unis.

Les critiques de la lutte de libération noire, vue comme « réactionnaire », ou des organisations noires critiquées dans les campus comme étant conservatrices ou « racistes » expriment très souvent cette non-compréhension. Ces idées sont incorrectes et doivent être répudiées si un mouvement révolutionnaire doit se construire parmi les Blancs.

La colonie noire, à cause de son caractère particulier de colonie esclave, n’a jamais vécu d’identification chauvine envers l’Amérique en tant que puissance impérialiste, que ce soit politiquement ou culturellement.

Qui plus est, l’histoire des Noirs en Amérique est au plus haut point un mouvement général de répudiation de l’Etat et de lutte contre lui. Des bateaux d’esclaves en Afrique aux révoltes d’esclaves, à la guerre civile, etc. le peuple noir n’a cessé de mener une lutte pour la survie et pour la libération.

Tel est aussi le cas pour notre mouvement : les luttes pour les droits civils déclenchées et menées par les Noirs dans le Sud ; les rébellions ont commencé à Harlem en 1964, à Watts en 1965, en passant par Détroit et Newark en 1967 ; les luttes des élèves dans les écoles entièrement noires du Sud et les luttes menées par les Noirs dans les campus de tout le pays.

Comme ce sont les Noirs - à côté des Vietnamiens et des autres peuples du tiers-monde - qui sont les plus opprimés par l’impérialisme US, leurs intérêts de classe les engagent plus solidement et résolument à mener la lutte révolutionnaire jusqu’à bonne fin. Par conséquent, il n’y a rien de surprenant à ce que, hier comme aujourd’hui, ce soit le mouvement de libération noire qui ait lancé les hostilités et ait défini les termes de la lutte, que ce soit en termes de contenu politique ou de niveau de conscience et de militance.

Quel est le rapport entre « l’avant-garde noire » et les « nombreux Vietnam » autour du monde ?

C’est évidemment un cas particulier de notre stratégie selon laquelle différents fronts se renforcent les uns les autres. Le fait que les Vietnamiens soient en train de gagner affaiblit l’ennemi, faisant ainsi avancer des possibilités pour la lutte noire, etc. Mais il importe que nous comprenions que l’inter-relation est davantage que cela. Les Noirs ne « choisissent » pas d’intensifier leur lutte parce qu’ils veulent aider les Vietnamiens, ou parce qu’ils voient que les Vietnamiens élèvent les possibilités de la lutte ici.

L’existence d’un Vietnam, et spécialement d’un Vietnam victorieux, stimule les autres, pas seulement en termes de conscience et choix, mais en termes de besoins, parce qu’un Vietnam représente un affaiblissement politique, économique et militaire du capitalisme, ce qui veut dire que pour le compenser, les impérialistes sont forcés d’intensifier leur oppression sur d’autres peuples.

La perte de la Chine et de Cuba, et maintenant la perte du Vietnam ne font pas qu’encourager d’autres peuples opprimés (comme les Noirs) en leur montrant en quoi consiste l’alternative et comment elle peut gagner, mais elle coûte aussi aux impérialistes des milliards de dollars, qu’ils doivent donc retrouver par l’oppression de ces autres peuples.

Dans ce pays, le poids de l’oppression est le plus lourd sur les épaules des sections les plus opprimées de la population, et la situation de tous les ouvriers empire, à cause de l’augmentation des taxes, de l’inflation de la chute du salaire réel, de l’accélération des cadences. Mais cette oppression accrue coûte plus cher aux plus opprimés, comme les ouvriers blancs pauvres, et spécialement les Noirs, notamment à travers l’effondrement des services d’Etat comme les écoles, les hôpitaux, les services sociaux, qui naturellement frappe le plus ceux qui en dépendent le plus.

Cette détérioration pousse les gens à mener un combat plus dur, pour tenter seulement de maintenir leur niveau de vie actuel. Plus fortement la classe dominante est frappée au Vietnam, plus fortement les gens seront forcés de se rebeller et de se battre pour des réformes.

Parce qu’il existe des exemples réussis de révolution à Cuba, au Vietnam, etc., ces luttes de réforme donneront une base de plus en plus large et solide aux idées révolutionnaires. Parce qu’elle a besoin de maximiser ses profits en refusant les réformes, et qu’elle est consciente que ces conditions de vie et cette lutte pour les réformes mènera à la conscience révolutionnaire, la classe dominante se verra de plus en plus contrainte de se jeter sur le dos de n’importe quel mouvement, même lorsqu’il n’est pas hautement organisé et conscient.

Elle se jettera plus vite sur les Noirs, parce que leur oppression augmente le plus vite, ce qui rend leur rébellion plus complète et plus dangereuse, et la plus rapide dans sa croissance. C’est pour cette raison que le caractère d’avant-garde et le rôle de la lutte de libération noire sera porté plus haut et intensifié, plutôt que de tendre à s’égaliser et à se fondre dans la situation et la rébellion des opprimés blancs, ouvriers et jeunes. La crise de l’impérialisme (l’existence des Vietnam qui sont en train de gagner) créera donc un « Vietnam noir » à l’intérieur des USA.

Étant donné que l’auto-détermination noire signifiera l’écrasement complet du pouvoir des impérialistes, ce « Vietnam »-là possède des caractéristiques différentes des guerres coloniales extérieures.

Les impérialistes jamais ne « s’en iront des USA », avant que leur force totale et toutes leurs ressources imaginables n’aient volé en éclat ; donc le Vietnam Noir ne peut vaincre sans mettre tout l’édifice à bas et ainsi gagner pour tout le monde. Ceci signifie que cette guerre de libération sera la guerre la plus prolongée et la plus dure de toutes celles qui ont été menées.

C’est dans ce contexte que la question du Sud doit se poser à nouveau, non pas la question de savoir si c’est là-bas que la nation noire, la colonie noire existe, en tant qu’opposée au Nord, mais plutôt se poser comme une question pratique de stratégie et de tactique : est-il avantageux pour la lutte de libération noire - lutte de tous les Noirs du pays - dans sa guerre actuelle de libération, de se concentrer sur l’édification de bases d’appui au Sud, dans des territoires à forte concentration de population noire ?

C’est très clairement une autre question que celle de savoir « où se trouve la colonie noire ? », et à cette question posée sous cet angle, il y aurait de fortes chances qu’on réponde « oui » à la question. Si le plus fort potentiel pour la lutte se trouvait au Sud, il serait pleinement concevable et légitime que la lutte là-bas prenne le caractère d’une lutte pour la séparation, et toute victoire gagnée dans cette direction serait un gain important pour la libération nationale de la colonie prise comme un tout.

Cependant, comme la colonie est dispersée dans tout le pays, et n’est pas circonscrite à la ceinture noire, la victoire signifie le pouvoir et la libération noire dans l’ensemble du pays.

Dans ces conditions, l’obtention d’une indépendance séparée dans le Sud signifierait alors qu’un pas a été fait vers l’auto-détermination, mais sans être l’équivalent de celle-ci, puisqu’elle exigerait encore, étant donné la position économique de la colonie toute entière, le renversement du pouvoir d’Etat des impérialistes, la prise en main de la production, de l’économie toute entière, du pouvoir, etc.

7. LE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE DES JEUNES ANALYSE DE CLASSE

Le programme du mouvement révolutionnaire de la jeunesse a été salué comme une stratégie de transition, qui expliquait beaucoup de notre passé et indiquait de nouvelles perspectives au mouvement.

Mais transition vers quoi ? Quelle était notre stratégie globale ? La stratégie du mouvement de jeunesse n’avait-elle qu’une simple valeur organisationnelle, parce que le S.D.S. est lui-même une organisation de jeunes qui peut mieux agir avec d’autres jeunes ?

Nous avons souligné la nature d’avant-garde de la lutte des Noirs de ce pays, partie de la lutte internationale contre l’impérialisme américain. Nous avons indiqué aussi que rien n’était possible sans une stratégie internationale orientée vers la victoire.

Toute tentative de former une stratégie qui, en dépit de la rhétorique internationaliste qui l’accompagne, fixe une perspective purement nationale au développement des luttes de classes dans notre pays, est incorrecte. Les Vietnamiens (et les Uruguayens et les Rhodésiens) les Noirs et les peuples du tiers monde qui vivent dans ce pays continueront à déterminer les termes de la lutte de classes en Amérique.

Dans ce contexte, pourquoi mettre l’accent sur la jeunesse ? Pourquoi les jeunes seraient-ils désireux de combattre aux côtés des peuples du tiers monde ?

Avant de traiter ce problème, cependant, nous esquisserons rapidement un tableau des catégories de classes de la patrie blanche que nous jugeons les plus importantes, en indiquant les intérêts respectifs de chacune de ces classes (et en gardant à l’esprit que la possibilité pour les diverses couches de comprendre et de mener la lutte révolutionnaire est beaucoup plus vaste que leurs simples intérêts réels de classe).

La grande majorité de la population appartient à la classe ouvrière. Nous ne désignons pas seulement par-là les travailleurs industriels productifs, ni ceux qui travaillent effectivement, mais toute la fraction de la population qui ne possède pas les moyens de production et vit, de ce fait, de la vente de sa force de travail.

Ce n’est pas une catégorie métaphysique ; nous examinons ses intérêts, le rôle qu’elle joue, qui en fait partie, ce qui est parfois très difficile à déterminer.

Globalement, les intérêts à long terme des fractions non coloniales de la classe ouvrière vont dans le sens du renversement de l’impérialisme par le soutien à l’auto-détermination des nations opprimées (y compris la colonie noire), par le combat pour le socialisme international. Cependant, la classe ouvrière blanche, dans sa quasi-totalité, bénéficie aussi de privilèges à court terme accordés par l’impérialisme ; il ne s’agit pas de faux, mais de très authentiques privilèges qui lui donnent des intérêts établis et la relient à l’impérialisme, surtout lorsque celui-ci est dans une phase de prospérité.

D’autre part, dans la mesure où l’impérialisme est en train de perdre son empire, ces privilèges à court terme sont tenus pour temporaires (même s’ils deviennent relativement plus grands avec l’accroissement rapide de la misère des peuples opprimés).

Les intérêts à long terme qu’a la classe ouvrière à se placer aux côtés des peuples opprimés sont perçus plus clairement à la lumière de la défaite imminente de l’impérialisme. Au sein de la classe ouvrière, l’équilibre entre les intérêts de classe anti-impérialistes et les privilèges à court terme accordés par la métropole varie beaucoup.

Tout d’abord, les couches les plus opprimées de la classe ouvrière de la métropole ont des intérêts plus clairement et plus fortement anti-impérialistes. Quelles sont ces couches les plus opprimées ? Les millions de Blancs qui vivent dans des conditions d’oppression matérielle comparables, ou presque, à celles des Noirs : plus particulièrement, les travailleurs pauvres du Sud, les chômeurs ou semi-chômeurs, ou ceux qui ont de longues journées de travail pour de bas salaires, dans de mauvaises conditions de travail et qui ne sont pas syndiqués ou ont des syndicats faibles.

En poursuivant, on trouve une part importante des ouvriers syndiqués dont la situation est un peu meilleure mais qui sont lourdement opprimés et exploités. Cette catégorie est très vaste ; on n’y trouve pas seulement des travailleurs affectés à la production et aux services, mais aussi certaines secrétaires, certains employés.

La plupart de ces catégories tirent quelques privilèges relatifs (autrement dit des bénéfices) de l’impérialisme, ce qui donne une base matérielle à d’éventuelles réactions racistes ou pro-impérialistes ; mais elles sont, par-dessus tout, directement et lourdement opprimées, si bien qu’en plus de leurs intérêts à long terme qui les rangent du côté des peuples du monde, leur situation actuelle constitue une base sérieuse pour aviver leur lutte contre l’État et leur combat pour la révolution.

En second lieu, on trouve les couches supérieures de la classe ouvrière. Il s’agit là aussi d’une catégorie extrêmement vaste, qui comprend les couches supérieures des travailleurs qualifiés, membres des syndicats et aussi l’essentiel de la « nouvelle classe ouvrière », faite des « travailleurs intellectuels » prolétarisés ou semi-prolétarisés.

Il n’y a pas de claire ligne de démarcation entre cette catégorie et la précédente ; et, en tout état de cause, nous devrons tirer nos conclusions, à propos des couches « problématiques », d’une analyse plus approfondie de situations particulières.

Les intérêts à long terme de la couche supérieure de la classe ouvrière sont, de même que ceux des couches plus opprimées dont nous avons parlé précédemment, en faveur de la révolution, contre l’impérialisme.

Cependant, elle a pour caractéristique d’avoir atteint un niveau de privilèges plus élevé que les colonies opprimées, Noirs y compris, et que les ouvriers les plus exploités de la métropole. Il existe donc chez elle une base matérielle solide pour le racisme et le loyalisme à l’égard du système.

Dans une situation révolutionnaire, lorsque les forces populaires seront sur l’offensive et que la classe dominante sera clairement sur le point de perdre, la majorité de cette couche supérieure de la classe ouvrière pourra être gagnée à la révolution ; tandis que quelques éléments au moins identifieront probablement jusqu’au bout leurs intérêts à ceux de l’impérialisme et s’opposeront à la révolution (leur comportement ne sera pas strictement déterminé par le niveau de privilège qu’ils ont atteint).

Le développement ultérieur de la situation clarifiera le choix de cette fraction de la classe ouvrière, mais il doit être clair aussi que, quelle que soit la voie qu’ils adoptent, nous ne mettons pas l’accent, à l’heure actuelle, sur les combats de cette couche.

L’exception ne sera faite que lorsque ces travailleurs auront, dans des conditions données, de l’importance pour la lutte de libération des Noirs, le tiers monde ou le mouvement de jeunesse, ce qui est le cas, par exemple, des enseignants, des techniciens hospitaliers, etc.

Nous devrons alors travailler particulièrement dur pour les organiser sur une ligne de soutien intégral à la révolution noire et à la révolution internationale contre l’impérialisme.

Ces remarques sont décisives parce que les privilèges de cette fraction de la classe ouvrière ont fourni et fourniront une base matérielle solide pour l’idéologie social-démocrate et nationale-chauvine à l’intérieur du mouvement, sous la forme de concepts anti-internationalistes tels que « pouvoir étudiant » ou « contrôle ouvrier ».

Pour comprendre la nature des intérêts de cette couche, il faut tenir compte d’un autre facteur : à cause de la façon dont elle s’est développée et s’est qualifiée, les différences entre travailleurs jeunes et plus âgés sont, à l’intérieur de cette couche, plus grandes que dans n’importe quelle autre catégorie de la population.

En troisième position viennent les « couches moyennes » qui n’appartiennent pas à la petite bourgeoisie, qui peuvent même faire éventuellement partie des niveaux supérieurs de la classe ouvrière mais qui sont à un tel point privilégiées et liées étroitement à l’impérialisme par la nature de leur emploi qu’elles en deviennent les agents.

Cette couche comprend le personnel de direction, les corps des avocats, les hauts fonctionnaires civils et autres agents du gouvernement, les officiers, etc. Comme le type de métier qu’ils exercent exige et détermine une identification étroite avec les intérêts de la classe dominante, ces couches sont les ennemis de la révolution.

En quatrième lieu, on trouve, dernière catégorie que nous allons aborder, la petite bourgeoisie. Cette classe diffère des couches moyennes que nous venons de décrire dans la mesure où elle a un intérêt de classe particulier qui la fait s’opposer au pouvoir des monopoles aussi bien qu’au socialisme.

La petite bourgeoisie est composée par le petit capital - de l’industrie comme de la terre -, les commerçants autonomes et les professions libérales (parmi celles-ci, nombreux sont ceux qui travaillent pour le capitalisme de monopole et font donc partie soit des couches supérieures de la classe ouvrière, soit de la catégorie des agents de l’impérialisme).

Le contenu de ses intérêts spécifiques de classe (contre le capitalisme monopoliste mais pour le capitalisme plutôt que pour le socialisme) lui confère un certain caractère d’opposition au « gouvernement des gros », avec ses impôts et ses dépenses croissantes, et l’extension totalitaire de son contrôle à tous les aspects de la vie, et aux « dirigeants ouvriers » qui sont, à l’heure actuelle, intégrés aux structures du pouvoir des monopoles.

La direction que prend cette opposition peut être réactionnaire ou réformiste. Aujourd’hui, l’aspect réformiste est très atténué car l’indépendance de la petite bourgeoisie est sapée à la base.

A une vitesse croissante, les petites affaires deviennent des succursales des grandes, tandis que les commerçants autonomes et les professions libérales vendent de moins en moins leur qualification au prix qu’elle mérite et deviennent des employés réguliers des grandes sociétés.

Cette évolution tendancielle ne signifie pas que la variante réformiste a disparu de la petite bourgeoisie : elle est encore vivante et diverses possibilités existent où, par exemple pour le retrait d’une guerre impérialiste perdue, nous pourrons avoir son soutien. Mais si l’on considère l’impérialisme en tant que système, les intérêts de classe de la petite bourgeoisie sont plutôt favorables à son maintien qu’à son renversement et seuls des déserteurs de cette classe resteront à nos côtés.

8. POURQUOI UN MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE DES JEUNES ?

Selon les termes de l’analyse qui précède, la plupart des jeunes Américains font partie de la classe ouvrière. Bien qu’ils n’aient pas encore de profession, les jeunes dont les parents vendent leur force de travail en échange d’un salaire et, bien plus, qui s’attendent eux aussi à la même destinée - ou à entrer dans l’armée, ou à rester chômeurs - sont, à coup sûr, membres de la classe ouvrière.

La plupart des jeunes savent très bien à quelle classe ils appartiennent, même si leur vision du problème n’est pas très scientifique. Aussi notre analyse a-t-elle pour prémisse initiale que les luttes des jeunes sont en général des luttes ouvrières. Mais pourquoi mettre l’accent maintenant sur les luttes de la jeunesse ouvrière plutôt que sur celles de la classe ouvrière dans son ensemble ?

Le potentiel de conscience révolutionnaire ne correspond pas toujours exactement aux intérêts de classe ultimes, surtout lorsque l’impérialisme est relativement prospère et que mouvement en est à ses débuts. Dans cette phase, nous voyons les jeunes de la classe ouvrière comme étant les plus ouverts à un mouvement révolutionnaire qui se tient aux côtés des luttes des peuples du tiers-monde ; les lignes qui suivent tentent d’expliquer une ligne stratégique sur les jeunes pour le SDS.

En règle générale, les jeunes sont moins implantés dans la société (pas de famille, moins de dettes, etc.), sont plus ouverts aux idées nouvelles (ils n’ont pas fait l’objet de lavages de cerveaux depuis aussi longtemps et avec la même efficacité que les adultes) ; ils sont donc mieux à même et plus désireux de s’engager dans une orientation révolutionnaire. Aux États- Unis, très particulièrement, les jeunes ont grandi en faisant l’expérience de la crise de l’impérialisme.

Ils ont grandi en même temps que se développait le mouvement de libération noire, que se déroulaient en Afrique les combats pour l’indépendance, que Cuba se libérait et que s’étendait la guerre du Vietnam.

Les gens plus âgés ont grandi pendant la bataille contre le fascisme, pendant la guerre froide, l’écrasement des syndicats, McCarthy, pendant aussi la période où les salaires réels croissaient de façon appréciable - depuis 1965, le revenu réel disponible a légèrement décru, dans les zones urbaines en particulier où l’inflation et l’augmentation des impôts sont venues amoindrir sérieusement les salaires.

Cette crise de l’impérialisme affecte tous les secteurs de la société. L’Amérique a dû se militariser pour protéger et étendre son empire - d’où le grand nombre d’appelés - aboutissant à l’instauration d’une armée permanente de trois millions et demi d’hommes, qui ont été incapables de l’emporter au Vietnam.

Par la suite, les énormes dépenses militaires - nécessaires à la fois à la défense de l’empire et à l’accroissement des profits des industries qui travaillent pour la défense nationale - sont allées de pair avec la crise urbaine dans les domaines de la sécurité sociale, des hôpitaux, des écoles, du logement, de la pollution de l’air et de l’eau.

L’État ne peut faire face aux tâches dont il a été obligé de prendre la responsabilité, et il a besoin d’impôts nouveaux pour payer sa dette croissante, tout en étant forcé de restreindre les services publics et d’utiliser les flics pour réprimer toute protestation.

Le secteur privé de l’économie ne peut fournir d’emplois, en particulier d’emplois non qualifiés. L’extension, depuis la Seconde Guerre mondiale, des industries de la défense nationale et de l’éducation sous l’initiative de l’État est, partiellement, une tentative de rattraper le retard, encore que l’impossibilité d’assurer des salaires décents et de bonnes conditions de travail dans les emplois « publics » pose de plus en plus de problèmes.

Alors que l’impérialisme doit lutter pour maintenir la cohésion de sa machine sociale en pleine décadence, il a inévitablement recours à la force brute et à l’idéologie autoritaire. Les gens, spécialement les jeunes, se retrouvent de plus en plus pris par la poigne de fer des institutions autoritaires.

Leur résistance qui se dirige à l’école contre les porcs ou les professeurs, contre les porcs des services sociaux ou de l’armée, est généralisable et s’étend au-delà des institutions répressives localisées pour atteindre la société et l’Etat considérés comme un tout.

La légitimité de l’Etat est remise en question pour la première fois depuis au moins vingt ans, et le caractère antiautoritaire de la rébellion de la jeunesse tourne en rejet pur et simple de l’Etat, en refus catégorique d’intégrer la société nord-américaine.

Les jeunes, après avoir attaqué de l’intérieur l’armée ou l’école, désertent maintenant l’armée et brûlent les écoles.

L’état de crise de l’impérialisme a provoqué une rupture dans les formes sociales bourgeoises, dans la culture et l’idéologie. La famille se disloque, les jeunes fuguent, les femmes commencent à briser leur statut de femelle et de mère.

Le « fossé des générations » et le « péril jeune » se développent. Nos héros ne sont plus les requins de la finance, nous commençons à rejeter l’idéal d’une carrière professionnelle et tournons nos regards vers Mao, le Che, les Panthères, le tiers monde, pour trouver des modèles, pour nous mettre en mouvement.

Nous rejetons les balivernes technocratiques et élitistes selon lesquelles seuls les experts peuvent diriger, et cherchons notre direction dans la guerre populaire des Vietnamiens. Chuck Berry, Elvis, The Temptations nous ont rapprochés de la culture populaire de l’Amérique noire.

La réponse raciste au mouvement pour les droits civiques a révélé la profondeur du racisme en Amérique du Nord, ainsi que l’impossibilité de tout changement réel à l’intérieur des institutions.

D’autre part, la guerre contre le Vietnam n’est pas « l’héroïque guerre contre les Nazis » mais le grand mensonge qui, avec le napalm, est en train de brûler toutes les valeurs soi-disant défendues par ce pays. Les enfants aussi commencent à poser des questions. Où est le monde libre ? Qui les flics protègent-ils dans le pays ?

L’effondrement de la culture bourgeoise et l’anti-autoritarisme qui s’est développé en parallèle sont alimentés par la crise de l’impérialisme ; mais, à leur tour, ils alimentent cette crise, l’exacerbent à un tel point que les gens ne se bornent plus à souhaiter une restauration des années 50 clinquantes, mais tournent l’œil vers une nouvelle perspective (comme cela eu lieu à l’intérieur des immeubles de Columbia) et se mettent à lutter pour sa réalisation.

Nous n’avons pas besoin que les professeurs soient des flics plus aimables ; nous voulons écraser les flics, et construire une vie nouvelle.

Les contradictions de l’impérialisme pourrissant frappent la jeunesse avec une dureté particulière, dans quatre domaines : l’enseignement, le métier, la conscription et l’armée, les flics et la justice.

a) Dans les écoles-prisons, les jeunes sont bourrés d’une bouillie de mensonges racistes, chauvins, anticommunistes et anti-ouvriers, tandis qu’on les oriente vers des métiers et des carrières qui répondent aux besoins prioritaires du capitalisme monopoliste. En même temps, l’État s’avère de plus en plus incapable de fournir assez d’argent pour permettre aux écoles de fonctionner convenablement.

b) Le chômage des jeunes est trois fois supérieur à la moyenne nationale du chômage. Dans la mesure où un nombre croissant d’emplois est menacé par l’automation et la faillite des industries spécialisées, les syndicats agissent pour garantir l’emploi de ceux qui en possèdent déjà un. Les nouveaux arrivés sur le marché du travail ne peuvent trouver du travail, la stabilité de l’emploi est sapée à la base (l’accroissement des cadences et la détérioration croissante des conditions de sécurité du travail vont dans le même sens) ; il y a de moins en moins de gens qui travaillent quarante ans dans la même maison. Et, bien sûr, lorsqu’ils trouvent des emplois, les jeunes se voient attribuer les pires, avec le taux d’ancienneté le plus bas.

c) Il y a maintenant deux millions et demi de soldats de moins de trente ans qui sont forcés de faire la police dans le monde, de tuer ou d’être tués dans des guerres pour la domination de l’impérialisme.

d) Et, comme un « problème de la jeunesse » naît de tout cela, les flics et les tribunaux renforcent le couvre-feu, mettent en place la surveillance, tiennent les gens à l’écart des rues et répriment la moindre initiative des jeunes.

Ce qu’il faut retenir de tout cela n’est pas que la vie en Amérique est plus rude pour les jeunes ou qu’ils sont les plus opprimés.

C’est plutôt que les jeunes sont directement - et sévèrement - atteints par l’impérialisme. Et comme ils sont moins étroitement ligotés au système, ils sont davantage « poussés » à rejoindre la lutte de libération noire contre l’impérialisme US. Chez les jeunes, il y a moins de base matérielle pour le racisme.

Ils n’ont pas d’ancienneté à faire valoir, ils n’ont pas passé vingt ans de leur vie à s’assurer un travail qualifié (monopole des Blancs que défie le mouvement de libération noire) et n’en sont pas à envisager un crédit à 25 ans pour une maison chère car placée dans un quartier blanc.

Comme ces contradictions de l’impérialisme frappe durement toute la jeunesse, elles frappent d’autant plus durement les jeunes des couches les plus opprimées (les moins privilégiées) de la classe ouvrière. Il est clair que ces jeunes ont les plus grandes raisons matérielles de se battre.

Ce sont eux qui sont le plus souvent appelés dans l’armée, qui se voient attribuer les pires emplois, lorsqu’ils en trouvent, qui sont les plus maltraités par les diverses institutions sociales, de l’armée aux écoles décadentes, aux flics et aux tribunaux. Et leur existence quotidienne montre chez eux un grand potentiel de militance.

De tous ceux que nous pouvons contacter à l’étape actuelle, ils sont les plus disponibles pour s’engager dans une activité révolutionnaire militante.

L’essentiel de la stratégie du mouvement révolutionnaire des jeunes consiste à passer d’une base recrutée prioritairement dans l’élite étudiante à la jeunesse de la classe ouvrière plus opprimée (moins privilégiée) dans le but d’approfondir et élargir le mouvement révolutionnaire des jeunes - sans rien abandonner de ce que nous avons acquis, sans abandonner notre vieille voiture pour une nouvelle Dodge.

Cette démarche s’intègre dans une stratégie cherchant à faire que toute la classe ouvrière engage la lutte contre l’impérialisme ; il nous déplacer des sections plus favorisées de la jeunesse populaire blanche vers ses sections les moins favorisées, jusqu’à pénétrer la classe ouvrière toute entière, y compris le prolétariat industriel.

Mais on ne doit pas en déduire qu’il se trouvera un moment magique où, ayant conquis un certain pourcentage de la classe ouvrière, nous nous transformerons d’un coup en mouvement ouvrier. Car nous le sommes déjà, dans la mesure où nous mettons en avant la politique de l’internationalisme prolétarien. Nous n’avons pas à attendre pour devenir une force révolutionnaire.

Nous devons constituer, dès le départ, une force révolutionnaire consciente d’elle-même, et non un mouvement qui fasse allégeance à un groupe mystique « LE PEUPLE » chargé de faire la révolution. Nous devons être un mouvement révolutionnaire populaire qui comprend la nécessité de toucher le peuple, la classe ouvrière tout entière pour faire la révolution.

Les arguments qui précèdent font voir clairement qu’il est important et possible d’aller à la rencontre des jeunes où qu’ils se trouvent, pas seulement dans les usines, mais aussi dans les écoles, dans l’armée et dans les rues, pour les recruter pour combattre aux côtés des peuples opprimés du monde. Les jeunes deviendront une partie de l’Armée Internationale de Libération. La nécessité de construire cette Armée Internationale de Libération en Amérique impose en pratique certaines priorités au mouvement révolutionnaire des jeunes que nous devrions commencer à appliquer à partir de cet été.

9. LE PROBLÈME, C’EST L’IMPÉRIALISME

« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. » (Marx-Engels : Manifeste du Parti Communiste)

Comment atteindre les jeunes, quel type de lutte allons-nous construire, comment faire la révolution ?

Ce que nous avons tenté d’exposer, c’est le contenu politique de la conscience que nous voulons étendre et développer en tant que conscience de masse : la nécessité de construire notre pouvoir en tant que partie de la révolution internationale pour écraser le pouvoir d’Etat des impérialistes et construire le socialisme. Et au-delà de la conscience de cette tâche, nous devons engager les masses populaires dans l’accomplissement de celle-ci.

Nous nous trouvons dans une situation où tous les gens qui devraient sympathiser avec la révolution, et qui sympathisent même avec elle, ne comprennent pas quelles tâches spécifiques sont impliquées par la révolution ; d’où leur non-participation à ces tâches.

Au fond, ce n’est pas parce que les révolutionnaires le leur disent que les gens se mettent à faire la révolution.

L’oppression du système affecte les gens dans des domaines particuliers et le développement de la conscience politique et de la participation aux luttes s’opère à partir de problèmes particuliers, qui se transforment en problèmes majeurs et en luttes.

Nous devons transformer les problèmes quotidiens du peuple, et les problèmes majeurs et les luttes qui en découlent, en conscience révolutionnaire, en opposition active et consciente au racisme et à l’impérialisme.

Cette perspective s’oppose directement à l’affirmation selon laquelle les luttes sur des problèmes particuliers mèneront naturellement, en leur temps, à la lutte anti-impérialiste.

On a prétendu que puisque l’oppression du peuple est due à l’impérialisme et au racisme, toute lutte contre l’oppression immédiate est « objectivement anti-impérialiste », la lutte contre l’impérialisme se déroulant dès lors sous la forme d’une succession de combats pour des réformes.

Cette erreur est celle de l’économisme classique. Une variante de cette argumentation admet que cette position est souvent fausse mais suggère que, puisque nous sommes à l’époque de l’effondrement de l’impérialisme, le combat pour les réformes devient « objectivement anti-impérialiste ».

Il est évident qu’à cette étape de l’impérialisme, il y aura de plus en plus de luttes pour l’amélioration des conditions matérielles d’existence ; mais rien ne garantit qu’elles contribueront à l’approfondissement de la conscience internationaliste du prolétariat.

D’une part, si nous autres révolutionnaires sommes capables de comprendre la nécessité d’écraser l’impérialisme et de construire le socialisme, les masses populaires que nous voulons voir combattre à nos côtés en sont tout autant capables.

Mais d’autre part, le peuple est soumis à un lavage de cerveau permanent et, à l’heure actuelle, ne comprend pas ces nécessités.

Si l’on ne soulève pas le problème de la révolution en chaque occasion, comment s’attendre à ce que le peuple voie ses intérêts et se charge du fardeau de la révolution ? Nous devons établir clairement dès le départ que nous sommes pour la révolution. Mais si nous prenons tant de peine pour éviter le danger de réformisme, comment nous rattacher aux luttes pour des réformes déterminées ?

En chaque occasion, notre but est de faire progresser la conscience anti-impérialiste et antiraciste et de relier les luttes de la jeunesse ouvrière (et du peuple travailleur) aux luttes du tiers monde, plutôt que de nous borner à participer à des combats pour l’amélioration des conditions matérielles, même s’ils sont certainement justifiés.

Cela ne signifie pas que nous ne prenons pas au sérieux ces combats et que nous ne nous y battons pas avec acharnement, mais que nous y mettons toujours en avant notre politique, en sachant que dans le déroulement de la lutte, les gens sont ouverts à une ligne de classe et prêts à dépasser les limites étroites de leur intérêt particulier.

C’est pour cela que nous démontrons que le problème particulier n’est pas le vrai problème, qu’il n’a d’importance que dans la mesure où il démontre que l’impérialisme est l’ennemi qu’il faut détruire. L’impérialisme est en toutes circonstances le problème principal.

Évidemment, le « problème » ne peut pas devenir une bonne illustration ou un puissant symbole, s’il ne représente pas quelque chose de réel aux yeux des gens, s’il ne se rapporte pas à l’oppression concrète causée par l’impérialisme. Il faut que les gens soient touchés matériellement (et ils le sont) pour comprendre les maux de l’impérialisme, mais ce sur quoi nous devons insister, c’est le caractère systématique de l’oppression et la façon dont chaque manifestation de l’impérialisme révèle sa nature fondamentale.

Columbia, ce n’était pas tant les installations sportives de l’université [l’université de Columbia à New York City avait établi des installations sportives pour les étudiants dans un parc à Harlem ouest, empiétant sur les terrains de jeux des NoirEs qui donc en étaient exclus : une révolte eu lieu en 1968] qui étaient importantes pour la lutte, mais ce qu’elles représentaient pour les gens de Columbia et Harlem : l’invasion impérialiste par Columbia de la colonie noire.

Ou alors à Berkeley, même si les gens avaient sans doute besoin d’un parc (mais autant de cela que de beaucoup d’autres choses ?), ce qui rendit la lutte si importante fut que les gens, à tous les niveaux de la militance, se sont consciemment mis à attaquer la propriété privée et le pouvoir de l’Etat.

Et la grève de Richmond Oil fut excitante parce que le combat militant pour l’amélioration des conditions matérielles a été une composante de l’attaque contre le capital monopoliste international. Le nombre et la militance des gens engagés dans ces luttes a beaucoup surpris la gauche et a démontré le pouvoir d’un mouvement de masses pourvu de conscience de classe.

Les masses lutteront pour le socialisme lorsqu’elles comprendront que le combat pour des réformes, pour des améliorations de leur situation matérielle ne peut aboutir sous l’impérialisme. Conscients de cela, les révolutionnaires ne doivent jamais proposer de ligne qui renforce l’illusion selon laquelle l’impérialisme peut accorder des réformes significatives.

Nous devons participer aux luttes carrément comme des révolutionnaires de façon qu’il soit clair pour tous ceux que nous aidons à gagner que c’est la révolution et non l’impérialisme qui est responsable de leur victoire.

Là réside un des points forts de l’initiative black panther : « Des petits déjeuners pour les enfants ». Il s’agit là de « socialisme en pratique » mené par des révolutionnaires avec une « pratique » d’auto-défense armée et une « ligne » qui met l’accent sur la nécessité de renverser l’impérialisme et de s’emparer du pouvoir d’État. Sans doute, l’American Friends Service Committee a-t-il distribué plus de petits déjeuners aux enfants, mais c’est la valeur symbolique de l’initiative - démonstration de ce que le socialisme fera pour le peuple - qui le rend digne d’intérêt.

Que signifie organiser des luttes spécifiques à propos du racisme et de l’impérialisme ? Dans les lycées et les universités, cela signifie mettre en avant une ligne de masse pour à la fermeture des écoles plutôt que pour leur réforme visant à les mettre au service du peuple. Ce n’est pas parce que sous le capitalisme l’école est incapable de servir le peuple et qu’il est donc stupide ou illusoire de formuler de telles demandes.

Le fait important est plutôt que les jeunes sont prêts à une lutte militante au niveau le plus élevé, qu’ils font déjà preuve d’une conscience anti-impérialiste, si bien que des luttes pour une école au service du peuple n’élèverait pas le niveau de leur combat au plus haut point possible.

Une ligne de masse pour la fermeture des lycées et des universités n’entre pas en contradiction avec l’exigence de la libre admission ou toute autre bonne revendication de réforme. L’agitation autour de revendications impossibles, mais sensées, est un bon moyen de faire ressortir la nécessité de la révolution.

L’exigence de la libre admission, en fixant une « alternative » au système scolaire actuel, dénonce sa nature essentielle (raciste, fermée, sur une base de classe) tout en indiquant la seule possibilité dans la situation actuelle : « Fermez le lycée ! ».

L’impossibilité de réelles admissions ouvertes - avec admission de tous les Noirs et Bruns, pas d’exclusions, scolarité entière, dans les conditions présentes - est la meilleure raison pour fermer les écoles (puisque celles-ci ne montrent aucune possibilité de réforme réelle). Il ne faut pas gâcher les parcelles de victoire que nous obtenons dans ces luttes, parce que toute admission supplémentaire dans un lycée signifie que celui-ci se rapproche vers sa fermeture (cela coûte plus cher à l’école, il y a davantage de Noirs et de Bruns qui adressent aux lycées des revendications de plus en plus fondamentales, etc.). Par conséquent, notre ligne dans les écoles en termes de revendication devrait être : « Ouvrez-les au maximum pour qu’ensuite elles ferment ! »

L’expansion de comités noirs dans les usines et autres lieux de travail dans tout le pays correspond à une extension de la lutte de libération des Noirs. Ces groupes ont soulevé et continueront à soulever devant les travailleurs blancs le problème de l’antiracisme de façon plus aiguë qu’aucun Blanc ne l’a jamais fait et ne le fera jamais.

Les Noirs, en menant des luttes contre le racisme, ont rendu le problème impossible à ignorer, de même que la direction du mouvement étudiant noir l’a rendu inévitable aux étudiants blancs.

De plus, ces groupes noirs ont mené des luttes que les directions syndicales traditionnelles s’obstinaient à refuser (lutte contre les cadences et pour la sécurité du travail - tous problèmes qui ont pris une gravité croissante ces dernières années) ; ils ont ainsi forcé les travailleurs blancs, les plus opprimés en particulier, à choisir entre la fidélité à la méthode blanche et la direction noire.

En notre qualité de révolutionnaires de la métropole blanche, nous devons faire notre possible pour être présents dans les usines, les hôpitaux et les entreprises où il y a des comités noirs, peut-être pour y organiser des groupes de solidarité, à coup sûr pour y souligner devant les Blancs l’importance de la lutte de libération des Noirs, pour y distribuer les publications de la campagne « Free Huey » (Newton), pour amener des gens aux rassemblements des Panthères, etc.

La présence d’un seul Blanc peut jouer un rôle décisif pour faire pièce aux dispositions contre-révolutionnaires de l’U.A.W. (syndicat de l’automobile).

Nous devons aussi nous relier aux lieux de travail où il n’y a pas d’activité noire, mais où il y a encore beaucoup de jeunes travailleurs blancs. Dans les usines, la crise de l’impérialisme se manifeste à propos des cadences, de la sécurité et des réductions de salaires - dues à l’accroissement des impôts et au développement de l’inflation - avec la possibilité de voir s’instituer un mécanisme de contrôle sur les salaires et les prix.

Le S.D.S. ne s’est pas occupé convenablement de la question des femmes. La résolution adoptée à Ann Arbor n’a guère eu d’effet pratique, et aucune orientation programmatique au sein du R.Y.M ne fut donnée au besoin de combattre la domination masculine.

Pour parvenir à une attitude mieux en rapport avec le développement du mouvement des femmes, les femmes du S.D.S. doivent comprendre que leur responsabilité primordiale est d’organiser des femmes conscientes.

Nous n’y parviendrons pas à moins de leur parler directement de leur propre oppression. Cela deviendra de plus en plus décisif au fur et à mesure que nous travaillerons avec un nombre croissant de femmes opprimées.

Les femmes qui travaillent aussi bien que les femmes qui ont une famille doivent faire face continuellement, dans leur vie quotidienne, à la domination masculine ; c’est de là qu’il faut faire partir leur politisation. Les femmes ne pourront jamais devenir pleinement révolutionnaire si elles ne rompent pas avec leur rôle.

Aussi est-ce une tâche cruciale pour les révolutionnaires que de créer des formes d’organisation au sein desquelles les femmes seront en mesure d’exercer un nouveau rôle, indépendant.

Les groupes féminins d’auto-défense seront un pas vers ces formes d’organisation, dans la mesure où ils représentent un effort pour surmonter l’isolement des femmes et créer chez elles la confiance en soi.

Un fort mouvement révolutionnaire des femmes doit exister, car sans lui il sera impossible à l’émancipation des femmes de devenir un élément important de la révolution. Les révolutionnaires doivent être formés à la compréhension de l’extrême degré d’exploitation des femmes et de la nécessité de détruire la domination masculine.

10. LE MOUVEMENT DE JEUNESSE DOIT EXISTER A L’ÉCHELLE DES VILLES ET SE BASER SUR LES QUARTIERS

Le seul moyen de rendre claires à la fois la nature du système et les luttes particulières que nous avons pour tâche d’accomplir est de les lier les unes à l’autre : montrer que nous sommes un mouvement « multidimensionnel » et non une alliance d’étudiants et d’élèves, ni d’étudiants et de soldats, ni de jeunes et d’ouvriers, ni d’étudiants et de membres de la communauté noire.

On y parviendra en construisant des mouvements organisés à l’échelle de la ville, de la sous-région et de la région, en amenant régulièrement les gens d’une institution ou d’un secteur à participer à des combats qui se déroulent sur d’autres fronts.

Ce travail doit s’exercer à deux niveaux. Dans un quartier ou une localité, en amenant les jeunes à participer à divers combats, que nous relions les uns aux autres (lycées, facultés, logement, affaires sociales, entreprises, etc.), nous commençons à construire, à l’échelle du quartier, un mouvement multidimensionnel.

En dehors des actions et des manifestations, nous faisons se mêler des gens différents dans des activités quotidiennes : projections de films, rassemblements, groupes d’études, etc. Au second niveau, nous combinons les « bases » de quartier en un mouvement à l’échelle de la ville ou de la région, avec le même genre d’activité, en concentrant nos forces sur toute lutte en cours d’une certaine importance et en établissant des relations réciproques sans cesse plus développées entre toutes ces luttes.

11. LE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE DES JEUNES ET LES FLICS

Un des grands points de fixation de notre travail politique dans les quartiers et dans les villes ce sont les flics, parce qu’ils unissent les différentes luttes du pays en matérialisant un ennemi unique, et par là montrent la nécessité de diriger le mouvement vers le pouvoir pour vaincre.

Les flics sont l’Etat capitaliste, et comme tels ils tracent les limites de toutes les luttes politiques : dès qu’une lutte révolutionnaire connaît un début de succès, ils arrivent et montrent le point au-delà duquel elle ne peut plus aller.

Au cours de la première étape de la lutte, ils laissent les parents s’occuper des jeunes des lycées. Quand il y a escalade de la lutte, les flics débarquent ; à Columbia, la gauche avait peur que sa lutte ne soit détournée vers la lutte contre les brutalités policières pour chasser les flics des campus ; ils disaient que les flics n’étaient pas le vrai problème. Mais les flics sont le vrai problème et le peuple le comprendra d’une façon ou d’une autre.

Même lorsqu’il n’y a pas de lutte politique organisée, les flics tombent sur les gens dans la vie quotidienne, dans la mesure où ils font respecter les rapports de propriété capitalistes, les lois bourgeoises et la moralité bourgeoise ; dans la mesure où ils montent la garde autour des magasins, des entreprises et des riches et font respecter le crédit et les loyers aux dépens des pauvres.

L’écrasante majorité des arrestations est due, en Amérique, à des atteintes à la propriété.

Les flics tomberont sur le dos des jeunes avec lesquels nous travaillons dans les écoles, dans les rues - sous prétexte de drogue. Nous aurons à les placer sous nos projecteurs, à les dénoncer tout le temps, comme le font les Panthères. Nous aurons à relier l’oppression quotidienne par les flics à leur rôle dans la répression politique et à développer, parmi les jeunes avec lesquels nous travaillons, une compréhension de classe de ce que sont le pouvoir et les forces armées.

Dans les écoles, le flic fait partie intégrante de la répression quotidienne : il maintient l’ordre dans les préaux et les cantines, empêche de fumer tout en empêchant les jeunes de distribuer des tracts et en expulsant « les agitateurs de l’extérieur ». La présence de groupes de jeunes, ou de jeunes à cheveux longs, est considérée comme une activité politique organisée et les flics réagissent en conséquence.

De plus en plus, les activités quotidiennes représentent une menace politique ; du coup, les flics apparaissent soudain au premier plan. En retour, cela détermine l’opposition et l’organisation politiques - et ainsi de suite.

Notre tâche sera de catalyser ce processus, de pousser à bout les conflits avec les flics, de façon à ce que chaque lutte apparaisse comme une lutte contre les exigences du capitalisme et le pouvoir d’État.

Les flics ne représentent pas le pouvoir d’État dans l’abstrait ; ils sont un pouvoir que nous aurons à vaincre au cours de la lutte, à moins de perdre notre raison d’être, de devenir des révisionnistes ou des cadavres. Nous devons nous préparer convenablement à faire face à ce pouvoir car c’est notre devoir que de vaincre les flics et l’armée et de nous organiser en conséquence.

A nos débuts, il nous faudra mettre l’accent sur l’auto-défense - organisation de groupes de protection à partir de cours de karaté, apprentissage des moyens de se déplacer dans la rue et dans tout le quartier, éducation médicale, propagande en faveur de l’auto-défense armée, vers laquelle il faudra tendre (selon les besoins), en faisant honneur à ce principe que nous devons mettre en avant : « Le pouvoir est au bout du fusil. »

Ces groupes d’auto-défense mettront en place des patrouilles de surveillance de la police, des visites aux postes de police et aux tribunaux quand quelqu’un sera coffré, etc.

Ainsi les flics sont-ils, en dernière analyse, le ciment - la nécessité - qui maintient l’unité des mouvements de quartier et de ville. Toutes les nécessités concrètes de notre action nous mènent à mettre au premier plan le problème central qu’est le problème de la police :

1° en amenant les luttes pour des réformes institutionnelles à affronter le pouvoir d’État, en poussant chaque lutte soit jusqu’à la victoire soit jusqu’à l’intervention des flics ;

2° en utilisant l’interrelation existant entre les combats à l’échelle d’une ville pour hausser le niveau de la lutte et approfondir la conscience politique à l’intérieur des mouvements anti-flics d’une grande ampleur ;

3° en transformant la conscience spontanée anti-flic de nos quartiers en une compréhension de ce que sont l’impérialisme, la lutte de classes et l’État ;

4° en utilisant le mouvement à l’échelle de la ville comme une plate-forme pour le renforcement et l’extension de ce travail de politisation - en proposant par exemple de rassembler à l’échelle de la ville un réseau, basé sur les quartiers, de groupes d’aide mutuelle pour l’auto-défense contre les flics.

12. RÉPRESSION ET RÉVOLUTION

Au fur et à mesure que se développeront les combats contre les institutions et l’auto-défense anti-flic qui en découle, la répression de la classe dominante ira croissant. L’escalade de sa répression continuera immanquablement à la mesure de la menace que le mouvement représentera pour le pouvoir de la classe dominante.

Notre tâche ne consiste pas à éviter ni à arrêter la répression ; on peut toujours y arriver en battant en retraite, de façon à ne plus représenter un danger qui mérite d’être écrasé. Il peut être juste d’agir ainsi, à titre de retraite tactique qui permet de survivre pour reprendre le combat.

Battre la répression, toutefois, ne consiste pas à en arrêter la marche, mais à édifier le mouvement pour le rendre plus dangereux pour l’ennemi ; dans ce cas, si elle est battue dans un domaine, la répression franchira de nouveaux degrés dans son escalade.

Pour parvenir à défendre le mouvement - et pas seulement nous-mêmes aux dépens du mouvement - nous aurons à faire face et à vaincre successivement ces formes de répression sans cesse accrue.

Notre victoire amènera nécessairement, du fait de l’échec des tentatives les moins poussées de l’impérialisme, une phase de répression militaire totale.

Pour survivre et nous renforcer face à cette répression, nous aurons besoin d’un peu plus qu’une base élargie de sympathisants ; nous aurons besoin de la force invincible que représente une base de masse pourvue d’un haut niveau de conscience et d’activité, et qui ne peut naître que de la mobilisation consciente, de la créativité, de la volonté et de la détermination du peuple.

Chaque escalade nouvelle de la lutte en réponse aux formes accentuées de la répression, chaque lutte prolongée pour l’autodéfense qui donne naissance à une force de combat matérialisée est partie intégrante de la stratégie internationale de solidarité avec le Vietnam et les Noirs - par la création de nouveaux fronts. Ces luttes sont contre la guerre, contre l’impérialisme, pour la libération des Noirs. Si elles amènent à combattre l’ennemi, elles sont dès lors partie intégrante de la révolution.

Par conséquent, il est clair que l’organisation et la base de masse, active et consciente de ses actes, qui sont nécessaires pour survivre à la répression sont celles-là mêmes qui sont nécessaires pour faire victorieusement la révolution.

13. LA NÉCESSITÉ D’UN PARTI RÉVOLUTIONNAIRE

Le Mouvement révolutionnaire des jeunes (R.Y.M.) doit aboutir aussi à l’organisation qui est pratiquement nécessaire à notre survie et à la création d’un autre champ de bataille de la révolution. La révolution, c’est une guerre ; quand le mouvement de ce pays pourra se défendre militairement contre la répression totale, il sera partie intégrante de la guerre révolutionnaire.

Cela exigera une organisation de cadres, une clandestinité effective, la confiance mutuelle des cadres et un système complet de rapports avec le mouvement de masse. Pour remporter la guerre sur un ennemi aussi bien organisé et centralisé que l’impérialisme US, il faudra une organisation (clandestine) de révolutionnaires, dotée aussi d’un « état-major général » unifié - c’est-à-dire fusionnée, dans une mesure déterminée, par la discipline, à une direction centralisée unique. Parce que la guerre est politique, les tâches politiques - la révolution communiste mondiale - en déterminent l’orientation.

C’est pourquoi l’organisation centralisée des révolutionnaires doit être une organisation politique aussi bien que militaire - ce qu’on appelle couramment un parti « marxiste-léniniste ».

Comment parviendrons-nous à construire ce type d’organisation ? Il est clair que nous ne pourrons pas le construire dès aujourd’hui, car les conditions de sa naissance n’existent pas dans ce pays, en dehors de la nation noire. Quelles sont ces conditions ?

La première est que, pour avoir une organisation unifiée et centralisée, il est nécessaire d’avoir une théorie révolutionnaire commune qui explique, de façon générale au moins, quelles sont nos tâches révolutionnaires et comment nous pouvons les réaliser. Ce doit être un ensemble d’idées vérifiées et développées dans la résolution pratique des importantes contradictions de notre travail.

La seconde condition est l’existence d’une direction révolutionnaire éprouvée par la pratique. Pour avoir un parti révolutionnaire dans les conditions de l’illégalité et de la répression, il faut une direction centralisée, des individus d’un type spécial, doués du pouvoir de compréhension qui les rende capables d’unifier et de guider le mouvement face aux nouveaux problèmes, en ayant raison le plus souvent possible.

Troisièmement - et c’est là le plus important - il faut une base révolutionnaire ou (mieux) un mouvement de masse révolutionnaire que nous avons décrit plus haut. Il est évident que, sans cela, il ne peut y avoir d’expérience pratique qui permette de déterminer si une théorie ou un dirigeant possède ou non la moindre valeur. Sans activité révolutionnaire pratique à l’échelle des masses, le Parti ne peut ni vérifier ni développer des idées nouvelles, ni tirer des conclusions suffisamment sûres pour fonder sur elles sa survie.

Plus particulièrement, aucun parti révolutionnaire ne peut survivre sans s’appuyer sur le soutien et la participation actifs des masses du peuple.

Ces conditions nécessaires au développement d’un parti révolutionnaire dans ce pays sont les « conditions » principales de la victoire. Il en découle deux types de tâches pour nous.

La première est l’organisation de collectifs révolutionnaires dans le mouvement. Notre théorie doit venir de la pratique, mais elle ne peut être développée isolément. Seule une mise en commun générale de nos expériences peut aider à une compréhension minutieuse des conditions complexes existant dans ce pays. De la même façon, seul notre effort collectif vers un plan commun peut vérifier les idées que nous défendons.

L’extension de collectifs marxistes-léninistes qui entreprendront l’évaluation concrète et la mise en pratique des leçons de notre travail n’est pas la tâche de seuls spécialistes ou dirigeants, mais la responsabilité de chaque révolutionnaire.

De même qu’un collectif est nécessaire pour faire le bilan des expériences et en mettre en pratique les conclusions sur le plan local, les relations mutuelles entre groupes dans tout le pays sont nécessaires pour parvenir à une vision exacte de l’ensemble du mouvement et pour en tirer les conclusions pratiques à. l’échelle de tout le pays.

Avec le temps, les collectifs qui prouveront par la pratique qu’ils ont la juste compréhension de la réalité (grâce aux résultats qu’ils obtiendront) contribueront à la création d’un parti révolutionnaire unifié.

La tâche la plus importante, pour nous révolutionnaires, et la grande affaire dans laquelle nos collectifs doivent s’impliquer, c’est la création d’un mouvement révolutionnaire de masses, sans lequel un parti révolutionnaire clandestin serait impossible.

Un mouvement révolutionnaire de masses diffère fondamentalement de la traditionnelle base de masse des révisionnistes, formée de « sympathisants ». Il s’agit d’un mouvement comparable aux Gardes Rouges en Chine, basé sur la participation entière et l’engagement des masses dans la pratique effective de la révolution ; un mouvement caractérisé par la volonté claire et nette de participer à la lutte violente et illégale. C’est un mouvement diamétralement opposé à l’idée élitiste selon laquelle les dirigeants sont seuls capables ou seuls motivés pour accepter intégralement les conclusions révolutionnaires.

Il s’agit d’un mouvement construit sur la base de la confiance envers les grandes masses du peuple.

La tâche de nos collectifs est de créer ce genre de mouvement. (le Parti ne peut pas s’y substituer, en réalité il en est complètement dépendant.). Dans cette phase, ce travail sera fait principalement chez les jeunes, en rendant effective la stratégie du Mouvement Révolutionnaire des Jeunes abordée dans ce papier.

C’est cette pratique, et non les « formations » politiques faites dans l’abstrait, qui déterminera si l’activité des collectifs que nous avons formés est juste ou non.

La stratégie du Mouvement Révolutionnaire des Jeunes qui vise à développer une base de masses actives et qui vise à construire un Parti comme couronnement de ce mouvement, correspond à la stratégie mondiale actuelle pour vaincre dans la révolution, elle construit un mouvement dirigé vers le pouvoir, qui deviendra une des divisions de l’Armée Internationale de Libération et dont le théâtre d’opération s’ajoutera aux nombreux Vietnam qui démembreront et liquideront l’impérialisme US.

Vive la victoire dans la guerre populaire !