Centre MLM de belgique

Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique : bulletin marxiste-léniniste N°3 − Juin 1972

(ex-Tout le Pouvoir aux Travailleurs & ex-Unité Rouge)

DEUX LIGNES DANS LA CONSTRUCTION DU PARTI

La classe ouvrière fera la révolution socialiste sur le fondement de lois objectives, étrangères à la volonté des hommes. La victoire est une certitude scientifique. Mais elle ne sera remportée que par l’action d’un élément conscient. Cet élément conscient est apporté par le Parti Communiste, armé du marxisme, du léninisme, de la pensée-maotsétoung, et lié aux masses.

Ceci est « l’expérience la plus importante du mouvement communiste » (point 24 des Propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international). Le devoir du Parti est de maîtriser les lois de la lutte des classes et du développement de la société, d’en prévoir les effets, d’en soumettre l’action à la domination des forces communistes et sur cette base, d’unifier la classe ouvrière dans l’idéologie prolétarienne et de l’aider à s’organiser pour renverser, par la lutte violente, l’Etat capitaliste, établir la dictature du prolétariat et construire le socialisme.

Actuellement, le critère bolchevik départageant au sein du mouvement communiste les marxistes-léninistes des opportunistes, est la façon scientifique de poser et de résoudre la question de la construction du Parti.

« Aujourd’hui on ne discute plus si l’on doit ou non constituer de nouveaux partis marxistes-léninistes, mais seulement comment les édifier, comment les consolider et les renforcer. » (Ramiz Alia, Le léninisme, étendard de lutte et de victoire, Tirana, 1970, p.28)

Le mouvement marxiste-léniniste belge est constitué par les organisations qui posent pour tâche centrale la construction du Parti. A l’intérieur de ce mouvement, deux lignes s’opposent sur cette question. Une lutte idéologique, qui sera intense, doit donner la victoire à la ligne marxiste-léniniste sur les points suivants : quelle est actuellement la contradiction principale que le mouvement doit résoudre pour faire progresser la construction du Parti ? quelles tâches nous assignons-nous et quel ordre d’importance faut-il leur donner ? quel est l’ennemi principal sur le front de la construction du Parti et comment devons-nous le combattre pour remporter la victoire ? Comment construire le programme communiste ?

 I. CRITIQUE DES POSITIONS DES CAMARADES D’ALLE MACHT AAN DE ARBEIDERS

AMADA est issu du mouvement étudiant de Louvain. Il s’est, en 1966, séparé du nationalisme petit-bourgeois pour se placer sur des positions de solidarité avec la classe ouvrière. Sa participation aux luttes ouvrières et en particulier à la grande grève des mineurs du Limbourg en 1970, l’a amené à une autocritique des positions économistes, anarcho-syndicalistes qu’il avait défendues, pour adhérer progressivement au communisme. Cette évolution atteignit un point décisif lorsque l’organisation prit pour fondement politique les Propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international et posa comme tâche centrale la construction du Parti.

Dans le passage de chacune des étapes de cette évolution − du mouvement étudiant au mouvement ouvrier, du syndicalisme au marxisme-léninisme −, AMADA a joué pour nous un rôle d’avant-garde idéologique. Ses positions révolutionnaires, sa pratique de masse, la volonté qu’il avait de systématiser l’expérience, nous ont montré le chemin, et notre propre évolution doit beaucoup aux progrès de la sienne.

Mais nous estimons qu’aujourd’hui le progrès d’AMADA est bloqué. Ce qui était positif un travail révolutionnaire dans la classe ouvrière, est occupé à devenir négatif : une pratique de moins en moins éclairée.

L’essentiel de notre critique tient en ceci. AMADA commet des erreurs idéologiques et théoriques graves l’empêchant de donner la primauté aux tâches internes qui doivent dominer l’activité pendant la première étape de la construction du Parti. La lutte contre le néo-révisionnisme dans le mouvement, la lutte pour l’unité des marxistes-léninistes de Belgique, la création d’une juste conception du programme, l’assimilation de la théorie sont ou bien négligées ou bien mal comprises et mal menées.

Nous devons critiquer les erreurs les plus lourdes des camarades d’AMADA et leur opposer des positions construites sur la base de la situation concrète des communistes belges et en vertu des principes et de la théorie marxistes-léninistes.

Notre critique s’appuie sur l’étude des textes suivants d’AMADA :

I. De opbouw van de partij van het proletariaat (juin 71)

II. Bijdrage tot de diskussie (texte des spontanéistes) (juin 71) (pour mémoire)

III. Aantekeningen bij de Partijopbouw (juillet 71)

IV. De massa’s mobiliseren voor de partijopbouw (texte minoritaire) (août 71)

V. Noot bij de tekst « De massa’s mobiliseren… »

VI. Instrukties voor de organisatie van de kommunistiese basiscellen (septembre 71)

XII. Schema over de politieke lijn (octobre 71)

VIII. Le point de vue d’AMADA sur l’unification des marxistes-léninistes et les étapes de la construction du Parti (octobre 71) (cf. annexe l)

IX. Bulletin voor ideologiese strijd n° 1 (février 72)

X. Critique d’AMADA sur la proposition d’unité des marxistes-léninistes de TPT (mai 72) (cf. annexe 2)

XI. Bulletin voor ideologiese strijd n° 2 (mai 72)

XII. Voorwaarts n° l, 2, 3 et 4 (novembre 71 - juin 72)

En outre, nous avons lu régulièrement le journal « Alle Maaht aan de Arbeiders ». Des contacts et des discussions occasionnels avec des responsables et des militants, une période d’activité commune avec une unité d’AMADA, enfin la discussion entre dirigeants ont permis de clarifier les positions respectives.

Notre texte ne s’appuie donc pas sur une enquête systématique et complète de l’activité d’AMADA, mais les éléments que nous connaissons suffisent pour situer et critiquer l’essentiel des positions politiques et idéologiques de l’organisation. (Il ne nous a pas été possible de nous rendre compte si telle ou telle position, affirmée naguère, est toujours encore soutenue, parce qu’il n’y a jamais, dans les textes cités, aucune autocritique explicite de la direction.)

AMADA n’a pas donné un exposé systématique de l’ensemble de ses positions sur ses tâches internes. Nous allons essayer de les reconstituer d’après ses textes et d’après les discussions. Nous ne pensons pas déformer sa position en la présentant ainsi :

AMADA est l’organisation marxiste-léniniste qui a la pratique de masse la plus ample. Comme, en même temps, l’idéologie des dirigeants est bonne (idéal de servir le peuple et connaissance suffisante du marxisme), la liaison de l’organisation avec la classe ouvrière est meilleure que celle d’aucune autre organisation marxiste-léniniste belge. Par conséquent, les positions politiques d’AMADA, les fragments de son futur programme, sont relativement les plus élaborées et les plus justes.

AMADA est donc le mieux à même de résoudre les problèmes politiques des communistes. L’intérêt de tous les militants est de s’unir sur la ligne d’AMADA, après discussion et critique. Cependant, étant donné l’origine petite-bourgeoise d’AMADA, l’idéologie n’est pas encore ferme ni clarifiée chez tous les militants. Il y a de graves déviations, de droite et « de gauche » (spontanéisme, économisme, anarcho-syndicalisme, etc.). Les tâches principales d’AMADA sont donc de combattre ces déviations (cf. son bulletin de lutte idéologique) et de faire progresser la ligne politique, sur la base de la pratique et par l’étude du capitalisme monopoliste d’Etat, du fascisme, de l’indépendance nationale et du révisionnisme. La méthode de cette étude n’est pas encore définie.

Nous ferons porter notre critique d’AMADA 1. sur sa conception du programme et du Parti (en incluant les questions de la lutte idéologique et de la pratique de masse, qui découlent de cette conception), 2. sur sa position à propos de l’unité des marxistes-léninistes. Nous dégagerons ensuite la racine théorique des erreurs politiques.

1. La conception du programme et du Parti

a. Comment sont acquises les positions de propagande du mouvement

Tout d’abord, nous devons analyser la façon dont le mouvement (AMADA aussi bien que l’UC(ML)B, par exemple) a jusqu’à présent acquis ses fragments d’analyse de la société belge, tels qu’ils apparaissent dans notre propagande.

AMADA et l’UC(ML)B développent dans leur propagande des positions sur la crise générale du capitalisme, la fascisation du régime, la nécessité de la révolution socialiste, l’intégration des syndicats au capitalisme, etc., qui résultent d’une connaissance sensible partielle, éclairée par certains principes essentiels du communisme (en particulier, les 25 Points et certaines thèses de la IIIe Internationale). Nous sommes assurés de la justesse de ces positions. En même temps, l’UC(ML)B en voit nettement les limites, le caractère non systématique.

Une première divergence importante entre AMADA et l’UC(ML)B réside en effet dans l’attitude différente que nous adoptons les uns et les autres devant ces limites. L’UC(ML)B, en s’opposant à AMADA, insiste ouvertement sur elles et ne les cache pas aux ouvriers d’avant-garde. AMADA, au contraire, estime qu’il « possède une ligne qui répond aux principaux problèmes, qui (lui) donne l’orientation générale de (ses) efforts. Cette ligne est une arme très précieuse. » (X, 3).

AMADA va jusqu’à voir chez l’UC(ML)B un « mépris » que nous aurions « de l’activité révolutionnaire, de l’expérience des masses et des militants » (X, 4). Il n’y a pas chez nous l’ombre d’un mépris pour la ligne, les masses, les militants et, en définitive, notre propre activité ; il y a seulement, de notre part, lutte contre le mépris de la théorie.

Continuons. Les fragments d’analyse de classes nationale et internationale que nous partageons avec les camarades d’AMADA sont acquis par nos deux organisations de la même façon. Nous mettons en rapport des éléments épars d’enquête avec des principes communistes. Un tel mode de connaissance ne s’élève pas au-dessus du degré sensible. Ce qu’AMADA appelle des « belangrijke teksten over de politieke lijn » (VII,1), sont en réalité un montage de citations des grands classiques, du PCC, du PTA, de constatations empiriques, de coupures de presse bourgeoise, de thèses de la IIIe Internationale (Dimitrov, Manuilski), choisies parce qu’elles semblent s’accorder à la situation politique actuelle. L’UC(ML)B en est encore au même point, mais nous estimons subjectiviste, dogmatique, l’illusion d’avoir une véritable ligne politique construite scientifiquement, ou même sa préfiguration. Nous posons pour le travail communiste d’étude, d’analyse et d’enquête des exigences autrement rigoureuses. En réalité, nous sommes encore « l’homme qui tente d’attraper un oiseau les yeux bandés » ou comme « l’aveugle qui cherche à saisir un poisson ».

Prenons l’exemple de la fascisation. Tous les progressistes constatent l’aggravation de la répression, ils luttent avec la classe ouvrière pour la défense des droits qu’elle a chèrement acquis, ils sont frappés par les nouvelles lois policières du capitalisme et du social-fascisme et ils se dressent contre elles. Ces faits sont, à juste titre, mis en rapport avec les définitions du fascisme et de la fascisation données par l’Internationale Communiste. Nous savons qu’il y a un processus de fascisation, et, dans la mesure de nos moyens pratiques et théoriques actuels, nous luttons contre lui. Cela signifie-t-il que nous avons déjà la capacité de mener une lutte conséquente, d’opposer une stratégie et une tactique élaborées ? Non. Nous devons analyser le processus concret de la fascisation, le degré qu’il a atteint, ses méthodes, les contradictions inter-capitalistes, l’état de préparation idéologique de la classe ouvrière, la situation et la position des couches petites-bourgeoises afin de construire l’alliance de classe sous la direction du prolétariat ; en un mot, nous devons faire l’analyse de classes. Négliger ces exigences, c’est se comporter comme des rêveurs et des illusionnistes.

Dans son discours de clôture prononcé au VIIe Congrès, Dimitrov posait comme première nécessité pour la lutte contre le fascisme, la capacité de manier habilement l’arme de l’analyse marxiste-léniniste.

« Il faut, déclarait-il, étudier soigneusement la situation concrète et les rapports de force des classes, dans leur développement, et dresser en conséquence les plans d’action et de lutte. Il est nécessaire d’extirper de la façon la plus implacable cet attachement, trop fréquent chez les communistes, aux schémas factices, aux formules non viables, aux clichés tout faits. Il faut en finir avec l’état de choses où des communistes, dépourvus des connaissances ou des aptitudes nécessaires pour faire une analyse marxiste-léniniste, remplacent cette analyse par des phrases générales et des mots d’ordre généraux comme ‘l’issue révolutionnaire de la crise’, sans essayer sérieusement d’expliquer dans quelles conditions, sur la base de quel rapport de forces des classes, à quel degré de maturité révolutionnaire du prolétariat et des masses travailleuses, à quel niveau d’influence du Parti Communiste, une telle issue révolutionnaire de la crise est possible. Or, à défaut d’une telle analyse, tous les mots d’ordre de ce genre ne sont que des phrases creuses, des propos en l’air qui contrecarrent nos tâches du jour. Sans une analyse marxiste-léniniste concrète, nous ne saurons jamais poser et résoudre judicieusement ni la question du fascisme ni la question du front unique prolétarien et du front national ni celle de notre attitude à l’égard de la démocratie bourgeoise ni celle du gouvernement du front unique ni celle des processus qui se déroulent au sein de la classe ouvrière, et en particulier, parmi les ouvriers social-démocrates, pas plus que nombreux autres problèmes nouveaux et compliqués que la vie elle-même et le développement de la lutte de classes posent et poseront. » (Œuvres choisies, I, 677)

Camarades, vous avez bien lu : sans une analyse marxiste-léniniste concrète, nous ne saurions même pas poser la question du fascisme. Dimitrov disait ceci à des Partis Communistes qui pouvaient et devaient s’appuyer sur les analyses et les positions de l’Internationale...

Il y a cependant des positions politiques que le mouvement a la capacité d’élaborer scientifiquement, parce que l’analyse concrète qu’elles nécessitent est à notre portée immédiate. C’est ce que l’UC(ML)B s’est efforcée de faire, en définissant nos tâches de façon systématique et en commençant à les accomplir selon la théorie et les principes. Ce travail s’effectue dans la lutte contre le néo-révisionnisme et le révisionnisme moderne. Le résultat est publié dans les bulletins marxistes-léninistes 1, 2 et 3.

Et c’est précisément sur ces questions qu’AMADA garde le silence le plus obstiné ! AMADA parle souvent, il est vrai, de la tâche principale, mais ses textes sont là-dessus d’une incohérence inouïe :


- « Nous devons mettre en avant dans tout notre travail la construction du PC… Pour la construction du Parti, nous devons actuellement remplir trois tâches : programme, organisation et tactique. » (I, 5)

« Note : Staline à propos de la construction du Parti.

Première période : La période de la formation de l’avant-garde (c.à.d. le Parti) du prolétariat, la période du rassemblement, de la construction du Parti. (Dans cette période le Parti est faible, il s’occupe du programme et des fondements généraux de la tactique, mais il reste faible comme Parti d’actions de masse.) Dans cette première période, trois étapes :

Première étape : Formation du noyau de base, surtout du groupe de l’Iskra ; lutte contre l’économisme, le groupe du Credo. Deuxième étape : Formation des cadres du Parti comme base du futur Parti des ouvriers de toute la Russie, 1895-1903. Troisième étape : Développement du cadre en Parti de la classe ouvrière et recrutement par le Parti d’ouvriers récemment mobilisés, recrutement fait au cours du mouvement de lutte du prolétariat, 1903-1904.

En résumé, les tâches de la première période : Gagner l’avant-garde du prolétariat au communisme (c.à.d. former un cadre, un PC, élaborer un programme et les fondements d’une tactique). » (I, 8)

- « Mettre sur pied le PC.

Notre tâche principale est l’éducation politique, l’agitation et la propagande politique que nous faisons en tant que PC.

Dans la lutte de masse, nous devons en premier lieu prendre en main l’éducation politique de la masse et en second lieu contribuer à l’organisation autonome des luttes de masse au moyen des comités de lutte (en majuscules). (III, 2)

(La ligne politique est) une tâche principale du centre (= direction d’AMADA). (Par opposition à l’idée que la construction de la ligne pourrait être confiée aux groupes de base.) (III, 3)

« La construction du Parti du prolétariat n’est pas limitée au travail vers l’intérieur (programme, ligne, tactique, organisation). Un élément essentiel dans la construction du Parti est de gagner les travailleurs à ce Parti avec ce programme, cette ligne, cette tactique et cette organisation. » (III, 6)

- « Pendant la première période, le principal de l’activité est dirigé vers l’extérieur : exercer une influence politique en faveur du communisme sur les masses et rapprocher celles-ci du communisme par la propagande et l’agitation.

Pour gagner de l’influence politique en faveur du communisme, il faut en premier lieu combattre et défaire le réformisme dans les rangs ouvriers. » (VI, 2)

- « La tâche centrale pour tout le mouvement (= AMADA) et pour les 4 mois, d’octobre à janvier, est la participation à la lutte politique (?) de masse pour des salaires plus élevés, contre la dictature salariale des conventions collectives.

Démasquer les élections, la mission principale avant le 7 novembre », etc. (VIII, 1)

La thèse correcte est affirmée par I, 8 : à la première étape de la construction du Parti, il faut essentiellement démasquer l’opportunisme, construire l’embryon du Parti, travailler au programme en liaison avec la pratique de masse.

Cette thèse est directement contredite par VI, 2, qui caractérise non la première période, mais en réalité la seconde. Lorsque le Parti et un premier état du programme existent, la tâche principale est d’y rallier la classe ouvrière et de diriger les luttes de masse. Il semble que la définition de VIII reproduise la même erreur. Dans III, l’accent est mis, de la même façon encore, sur les tâches immédiates envers les masses.

La question des tâches internes et la question de l’ordre de primauté des tâches internes et des tâches externes, ne sont donc pas résolues théoriquement ; elles ne semblent même pas avoir été posées sérieusement. Quelques remarques justes, faites en passant, ne sont pas développées :

« Définir les tâches du Parti revient à travailler au programme du Parti. Autre chose est : définir les tâches que nous devons remplir pour pouvoir construire le Parti. » (I, 11) « Pour pouvoir ... élever le niveau de conscience des masses, nous devons nous-mêmes avoir des idées très claires et une vue d’ensemble. » (I, 7)

Résumons. Dans les tâches internes de la construction du Parti l’UC(ML)B s’est efforcée de proposer au mouvement des positions scientifiques. Les questions de l’unité, de la lutte contre le néo-révisionnisme, du centre et du programme sont abordées sur la base du marxisme-léninisme et en fonction de notre situation concrète.

Les positions exprimées par le mouvement dans la propagande de masse sont des positions acquises à partir de la connaissance sensible de l’évolution du capitalisme en Belgique, éclairée par certains principes, tels les 25 points et des thèses de l’IC. Il en va ainsi des positions sur la révolution socialiste, la nécessité du Parti, la crise de l’impérialisme, la fascisation, la trahison des directions syndicales, etc.

Pourquoi insistons-nous tellement sur les limites de la ligne ? Pourquoi rejetons-nous l’autosatisfaction et la présomption d’AMADA et ses accusations faciles selon lesquelles nous mépriserions l’expérience des masses et des militants ?

Nous disons qu’il est essentiel de qualifier justement la situation de la ligne politique du mouvement, parce que sa surestimation deviendra inévitablement la base de déviations idéologiques dont les conséquences politiques sont incalculables. Si nous refusons de voir que notre connaissance politique en est encore au degré sensible et que les principes, pour être un guide certain, ne peuvent tenir lieu de « programme » mais doivent être assimilés et enrichis par un travail théorique et politique intense, si nous ne comprenons pas cela et si nous ne commençons pas dès à présent à faire le travail nécessaire, nous sommes certains de courir droit à des déviations graves.

Nous sommes assez instruits par l’expérience du mouvement communiste en Belgique pour savoir que notre ligne finirait par sombrer dans l’opportunisme de droite et le néo-révisionnisme. Au contraire, en mettant en évidence ce fait objectif que nous en sommes encore au degré sensible de la connaissance politique (et que ce degré lui-même n’est pas entièrement parcouru : par exemple, que connaissons-nous au juste des 150 années de l’histoire du mouvement ouvrier belge ?) et en insistant sur la nécessité de passer au degré logique, rationnel, nous encourageons le mouvement à prendre fermement en main ses tâches théoriques.

Nous avons donc tout avantage à insister sur le caractère inachevé et tâtonnant de nos positions ; il y a grand danger à surestimer des fragments de ligne qui, à en croire AMADA, « répondent aux principaux problèmes ».

Le fondement objectif de notre position est le suivant : un programme communiste ne peut se construire de la façon dont nous avons jusqu’ici élaboré nos fragments d’analyses, nos thèmes de propagande.

b. Comment il faut construire le programme communiste

Actuellement, pour élaborer nos positions, nous éclairons des fragments de connaissance sensible par des principes du communisme.

Pour construire le programme, il faut systématiser la connaissance sensible de la situation générale des classes en Belgique, à l’aide des principes et de l’ensemble de la théorie, afin de découvrir les lois qui régissent la réalité et sa transformation révolutionnaire.

La différence entre ces deux modes de connaissance n’est pas quantitative, mais qualitative.

L’analyse de classes de l’impérialisme belge, la définition des objectifs, de la stratégie et de la tactique, posent des problèmes que nous n’avons même pas encore correctement cernés. L’imbrication économique et politique des rapports entre pays capitalistes, produite par l’impérialisme, crée une situation extrêmement complexe pour laquelle nous n’avons pas le début d’une analyse communiste. Ces problèmes doivent cependant être résolus pour que nous puissions définir progressivement les lois de la révolution en Belgique et mener le prolétariat au pouvoir. Les communistes des pays capitalistes avancés auront à définir leur stratégie ; ils devront déterminer scientifiquement les bases et les perspectives d’une alliance de classes, ce qui exigera d’eux un effort théorique au moins aussi considérable que celui que, par exemple, le Parti bolchevik fournit pour établir la tactique de la social-démocratie russe.

La première tâche à remplir à propos du programme, c’est de nous opposer à la conception révisionniste du programme, qui a toujours triomphé en Belgique. Nous nous aiderons des éléments historiques de l’IC et des analyses actuelles du PTA et du PCC. Nous étudierons aussi l’histoire du programme du POSDR, pour dégager les applications créatrices de la méthode dialectique-matérialiste à l’analyse et à l’élaboration des positions. Cette étude s’appuiera principalement sur les textes suivants :

Marx − Critique du programme de Gotha

Engels − Critique du programme d’Erfurt

POSDR − Histoire du PC(b) de l’URSS

Lénine − t. 2, 89-117 ; t. 4, 233-261 ; t. 6, 9- 74, 105-150, 458-474, 475-485, 513-515, 517-523 ; t. 41, 20-54, 63-76 ; t. 8, 245-250, 317-324 ; t. 9, 9-139 ; t. 10, 86, 167-198 ; t. 13, 229-452 ; t. 15, 167-193 ; t. 19, 578-584 ; t. 20, 415-481 ; t. 22, 155-170, 344-388 ; t. 23, 84-96 ; t. 24, 47-84, 467-493 ; t. 25, 348-397 ; t. 26, 149-181 ; t. 27, 125-149, 153-159 ; t. 29, 93-136, 163-185.

Staline − Le marxisme et la question nationale − De la stratégie et de la tactique des communistes russes

Histoire et programme de la social-démocratie allemande

Histoire et programme du PTA

Parallèlement, nous ferons le bilan du P « C » B, qui comportera une critique approfondie de la conception et du contenu du programme.

Le plan de l’analyse partira non des questions immédiates posées par notre pratique (ex. tactique envers la social-démocratie et ses différentes fractions, analyses sectorielles d’usines où nous militons, etc.), mais du point de vue d’ensemble. Nous étudierons les lois économiques et politiques de l’impérialisme, la situation de la Belgique dans le monde capitaliste, la façon dont ce pays est déterminé par les quatre contradictions principales (cf. 25 points). Nous centrerons l’analyse sur l’Etat capitaliste belge, aspect principal de la contradiction principale, et sur la situation idéologique et politique de la classe ouvrière. Ensuite, nous analyserons la situation et la position des autres classes opprimées, ainsi que la question nationale. Sur la base de ces analyses et de ces enquêtes s’édifiera le programme, qui à son tour détermine la stratégie et les tactiques. Ce travail se fera dans la lutte contre le révisionnisme moderne et le néo-révisionnisme.

Quelles sont les conceptions d’AMADA sur le programme ?

En pratique, nous voyons se dégager en même temps deux tendances qui reflètent deux conceptions contradictoires, et qui sont toutes deux erronées.

D’une part, AMADA dit attacher une grande importance à l’étude. C’est pourquoi il propose régulièrement des thèmes de programme à analyser (I, 5 ; III, 3 ; VIII, 1 et, au cours de la discussion, les quatre points suivants : capitalisme monopoliste d’Etat, fascisme, indépendance nationale, révisionnisme). Ces thèmes sont énoncés sans qu’AMADA mette l’accent sur l’impréparation théorique du mouvement (subjectivisme), sans avoir dit un seul mot sur la méthode à suivre (empirisme), et en les coupant de toute lutte contre le révisionnisme moderne et le néo-révisionnisme (intellectualisme et opportunisme).

D’autre part, il y a la position selon laquelle, malgré l’absence avouée d’analyse de classes, « notre ligne actuelle, bien qu’insuffisante, est déjà scientifique ». Cette ligne est la juxtaposition de points particuliers, reliés les uns aux autres de façon artisanale. L’aboutissement actuel d’une telle position est donné par la feuille volante « Verklaring van de kommunistiese arbeidersorganisatie AMADA voor de komende kollektieve arbeidsovereenkomsten » (décembre 71). Sous ce titre faussement modeste, AMADA présente en premier lieu une série de revendications, les unes reprises aux luttes les autres aux syndicats. Il est juste de populariser les revendications économiques de pointe. C’est une façon correcte de participer à la lutte des ouvriers. Nous sommes pour la lutte dure, n’en déplaise à GLCO, parce qu’elle est une école politique pour la classe ouvrière et pour les communistes.

Mais il s’agit ici de tout autre chose : d’un premier état du programme « communiste ». Car dans cette plate-forme conçue selon le plan d’un programme, dans ce « programme » honteux, AMADA allie ses revendications à des déclarations sur les « classes moyennes », sur l’OTAN, etc. et conclut par des éléments abstraits d’un programme « socialiste » abstrait − ou faussement concret, témoin le nombre des fonctionnaires réduit de 70 % après la révolution !). Ce texte est une illustration accomplie de la conception révisionniste du programme :

1. On juxtapose des revendications économiques et politiques (le programme minimum, l’élément concret, acquis de façon empirique) et l’affirmation de la lutte pour le socialisme (le programme maximum, l’élément abstrait, « défendu » de façon symbolique). Comment un tel texte est-il fabriqué ? En recueillant des revendications et en copiant des citations du PCC : c’est-à-dire qu’on bricole des bouts de ficelle et on place une belle façade. Alors que les communistes doivent construire leur programme sur la base de l’analyse scientifique de classes, menée selon un plan d’ensemble et se développant dans la lutte des classes et selon les progrès théoriques et idéologiques du Parti.

2. Les positions stratégiques, qui relient le programme minimum au programme maximum, font défaut, et il ne peut en être autrement aujourd’hui. Par-là, les revendications d’AMADA sont privées de toute signification politique communiste. Si l’on n’a pas d’analyse du front anticapitaliste, de l’indépendance nationale, du fédéralisme, etc., la proposition d’une série de revendications économiques et politiques est du réformisme à cent pour cent.

3. En l’absence d’une analyse de classes, non seulement les différentes revendications ne peuvent être reliées au programme maximum, mais en outre le brouillon de programme prématuré ne peut évidemment être centré que sur le programme minimum. C’est bien ce qui apparaît : tout dans ce texte est conçu en fonction non de l’explication, de la propagande politique, mais des mots d’ordre : ce qui manifeste plus cruellement encore la nature réformiste et révisionniste de l’entreprise. « Le mouvement est tout, le but final n’est rien », reçoit de la part d’AMADA une nouvelle illustration, certainement involontaire, mais néanmoins bien réelle.

Cette feuille « Verklaring… », diffusée très largement comme une plate-forme de l’organisation, est la chose la plus pernicieuse qui soit sortie des presses d’AMADA. Elle est un monument de subjectivisme. Nous signalons aux camarades d’AMADA qui voudraient s’épargner plus encore la dure obligation de gravir « les chemins escarpés de la science » (Marx) que le P « C » B (Voix du Peuple) avait, dans le genre, fabriqué un « programme » bien plus « complet » et beaucoup « mieux » fait que cette misérable déclaration.

Le mouvement devra-t-il attendre qu’AMADA formule des positions stratégiques pour qu’à ce moment les marxistes-léninistes puissent lui montrer par a + b les intérêts de quelle classe ces positions servent et pour qu’AMADA, éveillé par une critique « enfin concrète » se rende compte de la voie dans laquelle il s’engage ?

Mais on pourrait déjà faire certaines remarques en ce sens.

Dans son journal, AMADA a déjà lancé des mots d’ordre qui sont en accord avec la stratégie révisionniste du P « C » F : « Ouvriers et employés, classes moyennes, paysans et intellectuels, formez un large front uni contre la dictature des monopoles ! Vive la révolution socialiste ! » (conclusion de l’article sur les élections, 13/71). Dans le numéro suivant, le même mot d’ordre apparaît, mais cette fois précédé de l’avertissement qu’il s’agit d’un but à long terme !!! (conclusion de l’article sur les « socialistes » et les monopoles, 14/71). De même, dans le texte intérieur VI, 1 : « le Parti doit former un large front uni contre le capital monopolistique, pour l’indépendance nationale, contre la politique d’agression et de guerre. » Du pur grippisme !

De tels mots d’ordre sont utilisés par certains Partis révisionnistes, parce qu’en mettant l’accent sur les monopoles (au lieu d’attaquer l’ennemi principal, l’Etat des monopoles), ils entendent s’adresser à la petite-bourgeoisie, sans exclure les capitalistes non monopoleurs, éludant ainsi la lutte socialiste contre le capitalisme et la direction de la classe ouvrière dans cette lutte. La faveur dont jouit le vocable de « capitalisme monopoliste d’Etat » auprès des révisionnistes s’explique de la même façon.

Nous ne pensons pas qu’AMADA utilise consciemment des mots d’ordre révisionnistes pour tromper la classe ouvrière. Nous sommes certains que tel n’est pas le cas. Mais il est tout aussi certain qu’un tel mépris de la théorie politique et économique marxiste-léniniste mène immanquablement au révisionnisme, quelle que soit la force du sentiment révolutionnaire dont l’organisation est armée au départ.

Sans doute, un des nombreux manuels révisionnistes sur le « CME » a-t-il dû tomber entre les mains d’un responsable d’AMADA, qui aura estimé que l’analyse convenait à la situation ; il a dû se passer qu’AMADA a relu le point 10 des 25 points (« le parti du prolétariat doit, dans les circonstances actuelles, diriger activement la classe ouvrière et le peuple travailleur dans leur lutte contre le capital monopoleur… ») et qu’il a traduit (à sa façon) cet élément de la ligne générale communiste en tâche stratégique présente (ou future) sous la forme d’un mot d’ordre qui ne peut qu’induire les ouvriers et les militants en erreur. En même temps, AMADA pouvait « enrichir » sa ligne d’un nouvel élément important. Une telle façon de travailler est honteuse pour des communistes. Une telle méconnaissance de la théorie a pour résultat objectif que l’on trompe les masses.

Les camarades qui veulent réellement construire le Parti et se fonder sur la science marxiste-léniniste doivent se ressaisir.

Il est temps de mettre un terme à de telles pratiques et de prendre enfin au sérieux nos tâches théoriques.

Il faut montrer, à présent, les conséquences négatives que les conceptions erronées d’AMADA sur le programme entraînent dans la pratique.

Nous examinerons d’abord la façon dont la lutte idéologique est menée à AMADA, ensuite les traits principaux de sa pratique de masse.

Le terrain de la lutte idéologique est défini par la façon dont AMADA caractérise sa propre nature idéologique.

Comment AMADA qualifie sa ligne et comment il qualifie l’idéologie de son organisation.

« Nous possédons une ligne embryonnaire qui répond aux principaux problèmes, qui nous donne l’orientation générale de nos efforts. Cette ligne politique est une arme très précieuse. » (X, 3-4)

AMADA n’explique jamais comment cette ligne est construite. La question se pose pourtant de façon aiguë, ne serait-ce qu’à cause des graves déviations idéologiques dont AMADA dit constamment être la proie.

« De l’une à l’autre activité, de l’une à l’autre campagne, on dévie inévitablement de gauche à droite. » (I, 1) « Première période : économisme ; deuxième période : politicisme (?). » (III, 2)

« Nous sommes une organisation marxiste-léniniste avec des déviations de droite et "de gauche". Les déviations de droite et "de gauche" existent en même temps ; ici, c’est une déviation de droite, là une déviation "de gauche" qu’il faut combattre en premier lieu. La ligne politique actuellement définie est appliquée ici avec des fautes de droite, là-bas avec des erreurs gauchistes » (X, 3).

Quelle est, à ce point de vue, la situation dans le mouvement ? Il y a actuellement une oscillation inévitable de la pratique, produite par l’insuffisance du niveau politique. Si cette situation n’est pas bien analysée et si nous n’élevons pas progressivement ce niveau, les faiblesses politiques finiront par nourrir des déviations idéologiques subjectivistes (révisionnisme et dogmatisme) qui prendront de la consistance.

Que se passe-t-il à AMADA ?

AMADA ne fait pas cette analyse de la situation ni du lien existant entre cette situation et les déviations qu’il constate empiriquement. Le seul motif qu’il donne du flottement perpétuel est l’origine petite-bourgeoise des militants. Ce motif est réel, mais ne suffit pas à expliquer ce qui se passe, et surtout : tant qu’AMADA ne reconnaît pas les causes objectives des déviations, il ne pourra pas les corriger. Il sera pourtant inévitable qu’il le fasse puisque ce sont ces intellectuels petits-bourgeois qui devront introduire le communisme dans la classe ouvrière : il faudra donc bien que l’organisation résolve, ou du moins entreprenne de résoudre elle-même le problème. Si elle s’en tenait à l’unique explication de l’origine petite-bourgeoise, il ne lui resterait plus à imposer aux militants qu’une éducation purement volontariste. L’incapacité d’AMADA à expliquer les déviations de façon objective a de graves conséquences politiques.

Tous les textes intérieurs de la direction forment un carrousel sans fin de questions posées dans tous les sens (et auxquelles il n’y a jamais de réponse satisfaisante), de directives contradictoires, d’analyses tronquées. Il n’y a aucun progrès politique d’un texte à l’autre. La direction se plaint de la faiblesse idéologique et organisationnelle d’AMADA (IX, Kwestie Brussel, 1), mais comment pourrait-il en être autrement du moment que le maillon politique central n’est pas fermement saisi. Dans le texte X, cette hantise atteint des proportions aberrantes.

« Nous sommes une organisation marxiste-léniniste avec des déviations de droite et "de gauche", (etc.). TPT ne met pas l’accent sur les déviations de droite et "de gauche" dans sa propre organisation. C’est se priver de la possibilité de bien mener la lutte idéologique. C’est une attitude métaphysique : on nie les contradictions inhérentes à toute organisation. »

Le texte X soulève donc sur ce point des questions importantes, mais il les résout mal.

- AMADA convient comme à regret qu’il est une organisation marxiste-léniniste. Il met tout de suite « l’accent » sur les « déviations », car c’est selon lui la condition de bien mener la lutte idéologique.

- Il y a des déviations de droite et « de gauche » (AMADA ne définit pas le danger principal), qui portent sur l’application de la ligne. Il s’agit donc d’une critique adressée par des dirigeants qui élaborent une ligne juste, à une base qui l’applique mal. Ces déviations portent sur le point secondaire des tâches envers les masses.

- On doit mettre « l’accent » sur les « déviations ». Mais « déviations » par rapport à quoi ? Par rapport à la ligne marxiste-léniniste, forcément. Cependant la ligne marxiste-léniniste n’est nulle part définie concrètement par AMADA. AMADA n’a jamais, à notre connaissance, déterminé les critères qu’il faut poser à l’étape actuelle à toute organisation pour pouvoir juger de sa nature marxiste-léniniste.

Il faut à présent tenter de définir nous-mêmes AMADA. AMADA, par sa volonté réelle et sincère d’appliquer le marxisme léninisme aux conditions concrètes de la Belgique, en construisant le Parti, organisation communiste marxiste-léniniste. Mais cette volonté est entachée par une tendance actuellement dominante, qui sur les questions principales (unité, programme) défend des positions de type néo-révisionnistes.

Comment AMADA mène la lutte idéologique à l’intérieur de son organisation.

A AMADA, les luttes portent donc principalement sur des déviations apparaissant dans l’application de la ligne. Elles ne touchent pas la construction de la ligne elle-même ni aux questions décisives dont la solution peut faire sortir AMADA de son cercle vicieux : les rapports d’AMADA avec le reste du mouvement, l’accomplissement des tâches internes et leur relation avec les tâches externes, le processus de la connaissance. Il n’y a pas à proprement parler de lutte entre deux lignes (au sens de : marxisme-léninisme contre opportunisme), mais plutôt contradictions entre différentes déviations subjectivistes. L’unité et le progrès idéologiques sont impossibles à réaliser sur cette base.

Il y a cependant eu, en septembre-octobre 71, lutte idéologique sur l’installation du « centre » (c.à.d. de la direction d’AMADA). Mais outre que la question était posée en dehors de toute préoccupation nationale, cette polémique ne pouvait aboutir à rien d’important, car les tâches principales de la direction sont évidemment fonction de l’activité de l’organisation. En définitive, il ne pouvait s’agir que de centraliser mieux la pratique (la tactique, le journal, les campagnes, etc.). La conception et le fonctionnement du centralisme démocratique ne peuvent valoir plus que ce que vaut la ligne.

Pour illustrer ce que nous venons de dire des limites politiques qu’AMADA assigne à la lutte idéologique, nous prendrons comme exemple les deux bulletins qu’il a publiés sur cette question.

Le premier de ces textes (IX) rend compte de la lutte contre les spontanéistes scissionnistes de droite. Ceux-ci commencèrent par lancer une diversion (« la contradiction principale oppose le peuple belge à l’impérialisme américain, il faut donc construire un front uni démocratique comprenant la bourgeoisie nationale »). AMADA prit ça au sérieux, au lieu de dénoncer tout de suite le scissionnisme flagrant de ses adversaires et leurs conceptions anarchisantes sur le Parti. D’où une bataille de citations du PCC, tout à fait déplacée (IX, 3-13). C’était une lutte entre anarchisme et subjectivisme. Comme les citations d’AMADA étaient décidément mieux choisies, les scissionnistes lâchèrent carrément ce cheval de bataille et reprirent la lutte, cette fois sur le centralisme démocratique ! Ainsi, c’étaient eux qui délimitaient le terrain et qui gardaient l’initiative. Cette faiblesse d’AMADA s’explique par son refus de définir la contradiction principale du mouvement pour en faire le centre de la lutte, et par sa conception non scientifique de l’analyse de classes et du programme.

Le second bulletin idéologique (XI) est essentiellement la critique des agissements d’un cadre dirigeant national, lors de la grève de Boel. Aux chantiers Boel existent une tradition de lutte et une organisation des travailleurs (comité) que la bourgeoisie a voulu casser (intervention de Fabrimétal), avec la complicité de la social-démocratie. Au lieu de mener la propagande contre la politique fascisante du capitalisme, ce cadre national a imposé une agitation sur des revendications économiques qui n’étaient même pas celles des travailleurs, en s’imaginant que « la lutte radicale sur le mot d’ordre national pour les 10 F » est une lutte « politique ». Pour faire passer ses vues erronées, il imposa sa direction bureaucratique et poussa le sectarisme jusqu’à attaquer le comité, en qui les travailleurs avaient pleine confiance.

Des étudiants de Louvain, sympathisants d’AMADA, furent chargés par lui de mener des enquêtes sur les membres soi-disant suspects du comité, qui défendaient le contrôle ouvrier. Il essaya aussi de substituer la cellule d’AMADA au comité pour diriger la lutte. AMADA consacre à cette question une brochure de 50 pages où il fait l’appel général des principes et de la théorie et lance un arsenal de citations pour condamner des agissements bureaucratiques, sectaires, économistes qui, comme il le dit lui-même, « frisent la contre-révolution ». Il n’y a pas de contradiction dans l’organisation (ni, bien entendu, dans le mouvement) qui puisse mobiliser tant d’efforts à AMADA. Les traits principaux de cette lutte qui polarise toute l’attention et l’énergie de l’organisation, étaient ceux qui en 70-71 nous paraissaient à tort comme essentiels : la contradiction se situe à l’intérieur de l’organisation et elle porte sur la façon d’accomplir nos tâches immédiates envers les masses.

Les traits principaux de la pratique de masse dépendent de la conception que l’organisation se fait de sa tâche centrale, donc actuellement de la construction du Parti.

AMADA connaît le texte dans lequel Staline a systématisé les périodes et les étapes de la construction du Parti russe, et il a d’ailleurs été la première organisation marxiste-léniniste belge à l’étudier. Nous avons déjà cité le résumé que Staline donna des tâches principales de la première période (démarcation avec l’opportunisme, édification du centre, construction du programme) et celles de la seconde période (travail de masse pour gagner la classe ouvrière au programme, direction des luttes de masse).

Sans l’avoir jamais clairement dit − et même en ayant, à l’occasion affirmé le contraire (I, 8) − AMADA a toujours conçu et organisé son activité pratique comme s’il se trouvait déjà à la deuxième période de la construction du Parti, ce qui est tout à fait naturel, étant donné les illusions qu’il nourrit sur l’état d’avancement du programme. Cette confusion des périodes se constate tant en relevant les carences qu’en observant le mode d’activité effective : les tâches de la première période sont négligées, comme si elles étaient accomplies pour l’essentiel, et l’accent est mis sur les tâches de la deuxième période.

Les carences : méconnaissance des tâches internes de la construction du Parti. La question de l’unité des marxistes-léninistes n’a jamais été, et n’est toujours pas, la préoccupation essentielle d’AMADA.

La question de l’activité théorique n’a pas encore été soulevée de façon sérieuse. Un autre trait caractéristique à cet égard est la négligence scandaleuse dans laquelle est tenue la lutte contre le révisionnisme, en particulier à l’intérieur du mouvement (et d’AMADA). AMADA dit que le problème essentiel est la ligne, et que la ligne juste s’acquiert dans les luttes contre l’erreur (IX, 6). Cependant, il ne désigne comme ennemis que l’« ancien révisionnisme » et le « nouveau révisionnisme », désignant par-là respectivement le khrouchtchévisme et le trotskisme (IX, 9 et I). Encore cet ennemi-là n’est-il pas mis en rapport avec la pratique et la lutte idéologique. Une telle mention du révisionnisme moderne est une simple clause de style. Pour pouvoir nous attaquer au révisionnisme belge de façon conséquente, nous devons en faire l’analyse historique et politique, et ne pas nous contenter d’en critiquer des aspects. Quant au néo-révisionnisme, l’ennemi principal à l’intérieur du mouvement marxiste-léniniste, il n’est même pas mentionné ! Le néo-révisionnisme est la forme la récente du révisionnisme, le dernier déguisement que la ligne bourgeoise doit prendre à l’heure de la pensée-maotsétoung.

AMADA peut faire comme s’il entamait la deuxième période, et tenir par conséquent la démarcation avec le révisionnisme pour acquise et la lutte contre cet ennemi pour secondaire, mais la vérité est qu’il n’a pas encore abordé sérieusement la première période. S’il n’a pas pu repérer le néo-révisionnisme comme l’ennemi principal, c’est parce qu’il n’a pas encore lui-même fermement planté le drapeau marxiste-léniniste. La définition de notre ennemi principal est désignée par l’analyse que nous faisons de la contradiction principale. Et la contradiction principale désigne l’étape à laquelle est parvenue le mouvement : la construction du programme scientifique par le centre communiste.

Le texte X est une preuve accablante de ce que nous avançons. Ce texte de « critique » des positions de l’UC(ML)B s’abstient de poser la tâche de l’unification comme la tâche primordiale et ne prend même pas position sur cette question. Il se tait de même sur nos tâches théoriques et sur les tâches internes de la construction du Parti en général.

Dans son activité pratique, AMADA se comporte à l’égard des masses comme un Parti constitué. Il lance une déclaration-programme dont le but le plus important est de recruter les ouvriers combatifs qui « veulent apporter la clarté dans la lutte de classes (?) et veulent aller de l’avant vers le socialisme ». Alors que l’avant-garde de la classe ouvrière n’a pas encore été dégagée en Belgique, AMADA s’emploie à construire la Parti de masse. Le journal, qui est l’instrument de propagande le plus important, est très éloquent à ce sujet.

Dans la première étape, il doit être l’éducateur et l’organisateur des ouvriers avancés. Or, depuis le début, AMADA a hésité entre cette conception et celle du journal pour la masse ouvrière (c’est une confusion que TPT aussi a commise un certain temps), pour pencher de plus en plus vers cette dernière conception. D’où la grande importance accordée à la lutte économique pour elle-même (les slogans « 10 F », « Formez vos comités », « Briser la dictature salariale » etc. sont le plus souvent le point central du journal), d’où les adresses lancées à des masses indifférenciées, d’où les mots d’ordre confusionnistes que nous avons déjà critiqués. Dans l’article « La lutte pour le salaire et la lutte politique » (20,72), l’erreur est déjà « théorisée » : la lutte économique est qualifiée de « lutte politique » :

« Toute grève pour la défense du salaire devient une grève politique, parce qu’elle est dirigée contre l’Etat capitaliste qui organise la dictature salariale et contre la direction droitière du syndicat qui prône la conciliation. »

Il est exact que le rôle économique renforcé de l’Etat favorise la prise de conscience révolutionnaire du prolétariat, mais le facteur décisif de la lutte politique selon Marx et Lénine est la conscience de classe, l’élément subjectif. Cela est et reste vrai aujourd’hui, quelles que puissent être les fonctions de l’Etat et de la social-démocratie [1].

Cette confusion dans les étapes de la construction du Parti apparait également dans les directives données à la base pour la pratique dans la classe ouvrière. Les bulletins Voorwaarts 1 et 2 exprimaient l’économisme pleinement et ouvertement. Voorwaarts 3 et surtout 4 critiquent les responsables dans ce que ces erreurs économistes avaient de plus outrancier (XII) : ainsi sont dénoncées les conceptions selon lesquelles la tâche principale des cellules d’usine serait de renforcer la liaison avec les masses sur la base d’une défense conséquente des problèmes quotidiens et de la lutte de la classe ouvrière, la revendication générale et radicale de 1O F. serait une lutte politique, la propagande contre la fascisation devrait faire apparaître celle-ci en premier lieu comme un obstacle à la lutte salariale, les dirigeants social-démocrates de droite devraient être démasqués comme traîtres à la lutte syndicale plutôt que comme agents de l’Etat capitaliste.

Toutes ces critiques adressées à certains responsables sont évidemment correctes, mais l’essentiel est de rechercher la cause politique d’erreurs aussi graves, ce qu’AMADA ne fait pas. Pourtant, si de telles déviations sont possibles de la part de cadres, c’est notamment parce que les conceptions qu’AMADA défend sur la ligne politique et sur les tâches de la construction du Parti relèvent du même spontanéisme. La source principale du caractère erroné de la pratique de masse (dont la direction d’AMADA ne vient de relever que les aspects les plus caricaturaux) est l’obligation où les militants se trouvent de se comporter comme des membres d’un Parti Communiste, armé d’un programme scientifique et déjà implanté dans les masses. En effet, si tout doit être mis en œuvre aujourd’hui pour « gagner les larges masses », il est inévitable que les propagandistes et les agitateurs mettent de plus en plus l’accent sur la lutte économique.

Or, cette confusion sous-tend Voorwaarts 1 et 2 en leur entier.

(« Si nous voulons soustraire les larges masses de la classe ouvrière à l’influence politique de la direction syndicale et de la social-démocratie, nous devons nous attacher à la situation spécifique de chaque usine. » (1, p.1) « Seule une cellule d’usine prolétarienne disciplinée est en état de gagner les masses au communisme. » (1, p.1) Mot d’ordre : « Faites fleurir cent feuilles d’usines. » (1, p.6) « La feuille d’usine sert à gagner les larges masses au Parti Communiste. » (1, p. 10) « Le Parti est l’organisation d’avant-garde de la classe ouvrière. Il ne peut pas à lui tout seul faire la révolution. Le Parti doit être entouré de nombreuses organisations de masse qui organisent la plus grande partie des masses laborieuses. Sans ces larges masses la révolution n’est pas possible. La même chose vaut d’un Parti en construction. » (2, p.8)

(A cet endroit, le texte ajoute cependant que

« 90 % de l’attention doit être portée à la construction de cellules », pour ajouter qu’il est possible de recruter des ouvriers d’avant-garde par l’intermédiaire du comité.) « Nous devons soustraire les LARGES masses (sinon il n’est pas question de lutte de masse ou de révolution) à l’influence de la direction syndicale… » (2, p. 9), etc. etc.)

La « critique » de l’économisme faite par Voorwaarts 4 ne relève pas ce point essentiel. Au contraire, elle enfonce toute l’organisation dans l’erreur :

« Les larges masses doivent être gagnées au communisme sur la base de leurs expériences, de leurs questions politiques, leurs discussions et l’actualité. C’est pourquoi la feuille d’entreprise sert notamment à lier le Parti et les travailleurs d’avant-garde aux larges masses, à vaincre le réformisme dans les rangs ouvriers et à gagner les ouvriers au communisme. Des propositions concrètes pour les cellules du Parti et leur fonctionnement suivent.

Des directives sont données pour combattre le sectarisme et le gauchisme. La construction du Parti est entreprise. Il y a déjà les premiers fragments de la ligne politique. »

En retour, la façon dont l’accomplissement des tâches envers les masses doit, selon AMADA, concourir à la construction du programme, relève des mêmes conceptions spontanéistes. Il y a, sur ce point, convergence de deux erreurs.

Première erreur. La construction de la ligne politique peut commencer par la définition de la tactique.

AMADA devra convenir que le mouvement n’a pas encore de stratégie. Pourtant il estime que les enseignements de la grève de Boel, par exemple, représentent une importante contribution à la ligne.

De quoi s’agit-il ? Uniquement de certaines méthodes que la bourgeoisie utilise pour casser la combativité et l’organisation des ouvriers et de l’attitude de différentes fractions des syndicats. De notre côté : des moyens de riposter à ces attaques. Il s’agit de moyens tactiques. Sur quoi reposent-ils ? Sur des constatations empiriques comprises politiquement. Mais sur quel fondement scientifique établir aujourd’hui, par exemple, une position vis-à-vis des syndicalistes « de gauche », en l’absence d’une analyse d’ensemble du rôle de la social-démocratie et de ses différentes fractions dans le capitalisme monopoleur belge actuel ?

Revenons aux principes.

a) La stratégie se fonde sur le programme :

« La tâche essentielle de la stratégie est de déterminer la direction générale que doit prendre le mouvement de la classe ouvrière, et où le prolétariat pourra porter à l’adversaire le coup principal avec le plus d’efficacité afin de réaliser les objectifs fixés par le programme. Le plan stratégique est un plan qui vise à organiser le coup décisif dans la direction où il est susceptible de donner dans les moindres délais le maximum de résultats ... La stratégie politique a pour tâche, avant tout, de déterminer correctement, en s’inspirant de la théorie et du programme du marxisme, et compte tenu de l’expérience de la lutte révolutionnaire des ouvriers de tous les pays, l’orientation générale à donner au mouvement prolétarien de tel ou tel pays pour la période historique envisagée… »

b)

« La tactique, partie de la stratégie, lui est subordonnée et s’applique à la servir… Aussi les actions tactiques et leurs résultats doivent-ils être appréciés non en eux-mêmes, non au point de vue de leur effet immédiat, mais au point de vue des tâches et des possibilités de la stratégie. » (Staline, De la stratégie et de la tactique des communistes russes).

Poser l’inverse, vouloir construire la ligne à partir de la tactique, c’est du révisionnisme. Deuxième erreur. Pour AMADA, la connaissance directe est, dès à présent, une source de connaissances plus importante que la connaissance indirecte.

La connaissance directe est celle que les communistes acquièrent en participant aux luttes, aux mouvements de masse et en faisant l’enquête. Nous disons que ces activités sont indispensables, tout en étant actuellement secondaires au point de vue de la construction de la ligne politique (voir p, 78)

Sur la base d’une citation du PTA (X,4), AMADA nous fait à ce propos une polémique qui porte complètement à faux. Le PTA dit qu’il « n’a pas élaboré d’un seul coup toute sa ligne politique » et que son programme se compléta « à travers la synthèse de l’expérience acquise dans la pratique révolutionnaire, dans la lutte pour l’accomplissement des tâches stratégiques précédemment établies. » AMADA veut appliquer cette citation à la situation actuelle en Belgique : c’est de la pratique de masse que devrait aujourd’hui venir l’essentiel du travail au programme. L’ensemble des conditions concrètes albanaises et belges est escamoté.

Que les camarades albanais connaissaient, au départ, beaucoup mieux leur pays que nous le nôtre, qu’ils devaient mener une révolution en deux étapes dont les principes étaient clairement exposés par l’Internationale et dont, ainsi que le texte le dit, les tâches stratégiques avaient été précédemment établies, que par conséquent le travail programmatique dont il est question ici a été relativement moins difficile que celui que nous devons réaliser en Belgique, pays capitaliste avancé pour lequel la victoire communiste n’a pas encore de précédent historique, de tout cela, AMADA n’a cure. Qui donc pense de façon intellectualiste ? Qui donc se complaît dans l’abstraction sans principe ?

Pour AMADA, les choses sont claires et faciles : il cherchera − et il « trouvera » ! − vérification de telle thèse de l’Internationale dans telle expérience de grève. Il s’agira dès lors essentiellement d’étendre la pratique et, accessoirement, les lectures. Le programme devrait se faire selon la méthode empirique qui a cours actuellement, et les progrès décisifs que nous devrions réaliser seraient acquis selon un processus cumulatif...

c. La nature et l’importance des tâches théoriques actuelles du mouvement.

La conception communiste du monde revêt un double aspect.

Sa caractéristique fondamentale est qu’elle se place sur le point de vue du prolétariat. Etre au service de la classe ouvrière et des masses travailleuses, et avoir confiance en leur force créatrice illimitée. En même temps, pour servir le peuple et pour le mener à la révolution et au socialisme, les communistes doivent appliquer la théorie scientifique du matérialisme dialectique et historique.

Ce second aspect n’a pas encore été assimilé dans le mouvement. Le mouvement ne s’est pas encore mis sur une position juste dans la question de la théorie. Ni l’ampleur de nos tâches ni leur importance vitale pour la révolution ne sont réellement reconnues.

La science marxiste-léniniste, le matérialisme dialectique, est la science de la nature, de la société et de la pensée, des lois générales de leurs contradictions et de leur développement. La philosophie marxiste-léniniste, qui donne les principes de la connaissance, doit être employée dans l’élaboration de la politique communiste, en toutes ses parties.

« La philosophie a toujours servi la politique. La conception du monde de l’homme détermine le genre de doctrine philosophique qu’il avance au service de sa ligne politique. » (Une lutte sérieuse sur la question de l’identité de la pensée et de la réalité, Pékin Information, 17, 1971, p. 9).

Au point de vue politique, la théorie est :

« la science du développement de la société, la science du mouvement ouvrier, la science de la révolution politique, la science de la construction de la société communiste ». (Staline, Des principes du léninisme, p. 22) ;

« la théorie est l’expérience du mouvement ouvrier dans tous les pays, prise sous sa forme générale ». (Histoire du PC(b) de l’URSS, p. 335)

La théorie marxiste-léniniste est l’arme la plus importante du Parti communiste. Le Parti ne peut se former, progresser et mener les masses à la victoire complète que s’il observe rigoureusement les principes du matérialisme dialectique.

« Nous ne devons jamais oublier que le socialisme est une science et qu’il demande à être traité, c’est-à-dire étudié, comme une science. » (Engels, cité par Lénine, t. 5, p. 379).

Le mépris de la théorie, sous toutes ses formes, est un des facteurs déterminants de la ligne révisionniste. C’est ce que nous critiquerons de façon approfondie en établissant le bilan du P « C » B. Armé de la théorie et lié aux masses, le Parti est invincible et assuré de la victoire. « La théorie de Marx est toute-puissante, parce qu’elle est juste. » (Lénine, t.19, 13)

Les principes et la méthode élaborés par Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Tsé-toung et Enver Hoxha, constituent l’instrument de la connaissance scientifique. La pratique de tout le mouvement communiste, qu’ils ont guidée, a vérifié la justesse de leurs découvertes scientifiques.

Sans avoir assimilé le matérialisme dialectique et historique, il est impossible de construire la ligne politique communiste.

« La perception ne peut résoudre que le problème des apparences des choses et des phénomènes ; le problème de l’essence, lui, ne peut être résolu que par la théorie. » (Mao Tsé-toung, De la Contradiction, I, 334) « Le matérialisme dialectique est une vérité générale parce que personne, dans sa pratique, ne peut sortir de ce cadre » (Ibid., 340)

Appliquée à la politique, cette vérité générale fait l’objet de l’avertissement fondamental que nous adresse Lénine :

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ».

La ligne politique doit être élaborée de façon scientifique. Ceux qui s’éloignent de ce principe sont inéluctablement amenés à commettre de graves erreurs.

« Toute faute commise, tout revers essuyé est la conséquence nécessaire de points de vue théoriques erronés ». (Engels, lettre du 28/12/1886 à Kelly-Wischnewetsky)

C’est pourquoi la théorie elle-même est l’enjeu d’une lutte à mort entre marxistes et révisionnistes. A toutes les époques du mouvement communiste, il y a eu lutte entre les deux lignes sur le front de la théorie et de la philosophie. Lorsque la lutte des marxistes-léninistes en est à ses débuts, comme c’est notre cas actuellement, ce front est le terrain décisif, parce qu’il s’agit avant tout d’ancrer les principes dans l’idéologie et la pratique des militants et des ouvriers avancés. La préparation des dirigeants est le facteur déterminant.

« Tout rapetissement de l’idéologie socialiste, tout éloignement vis-à-vis de cette dernière implique un renforcement de l’idéologie bourgeoise. » (Lénine, t.5, 391)

Une lutte de principes doit tracer la démarcation entre marxisme et révisionnisme. La critique d’Engels et de Marx contre Dühring, la critique de Lénine contre l’empiriocriticisme, la critique de Staline contre Déborine et Alexandrov, la critique de Mao Tsé-toung contre Yang Hsien-tchen et Liou Chao-chi, ont établi et consolidé la politique communiste contre les attaques lancées à l’intérieur du Parti par l’idéologie bourgeoise, dans le domaine de la philosophie.

L’Anti-Dühring a été un élément décisif dans la consolidation idéologique et théorique du parti allemand.

« Dans les années 70 du XIXe siècle, E. Dühring, privat-dozent de l’Université de Berlin, en faisant paraitre une série d’œuvres, déclencha dans les domaines de la philosophie, de l’économie politique et de la théorie du socialisme, une attaque générale contre le marxisme, attaque qui porta sérieusement atteinte à l’unification et à l’unité du Parti. En effet, les deux fractions (Eisenach et Lasalle) de l’organisation ouvrière allemande venaient de fusionner en 1875 pour former le Parti socialiste ouvrier de l’Allemagne. Bien que cette fusion laissât fort à désirer, elle permit de mettre fin dans une certaine mesure à la division et à la confusion au sein de la classe ouvrière allemande, et de renforcer d’autant le Parti.

Mais nombreux étaient les membres du Parti, qui n’avaient pas bien étudié les questions théoriques fondamentales, et qui avaient une fort mauvaise compréhension de la conception marxiste du monde. Profitant de cette faiblesse, Dühring se vanta tant et plus, cherchant à tromper l’opinion publique et à se faire un nom. Se donnant des airs de grande sommité théorique du Parti, il colporta sa camelote pseudo-socialiste et s’efforça de provoquer une scission au sein du Parti... » (Engels soumet à la critique l’apriorisme de Dühring, Pékin Information, 10, 1972, p.5).

Engels utilisa la méthode scientifique du matérialisme dialectique et il écrasa les thèses révisionnistes de Dühring, assurant l’unité du parti allemand sur la ligne théorique juste.

La lutte engagée par Lénine contre l’empiriocriticisme au lendemain de la révolution de 1905, témoigne de l’importance qu’il attachait à sauvegarder et à renforcer la ligne du Parti dans le domaine de la philosophie. La « théorie » de la connaissance antidialectique de l’empiriocriticisme menaçait la fermeté idéologique du Parti bolchevik.

« Le combat sur le front philosophique joua le plus grand rôle ; il rendit les bolcheviks capables de proclamer clairement les buts de la révolution d’octobre, il leur donna la possibilité de prévoir avec justesse le développement des événements et de reconnaitre la voie concrète dans laquelle il fallait combattre. » (N. Kroupskaia, Tel est Lénine).

Lorsque s’ouvrit l’époque de la révolution, Lénine commença par retremper ses forces théoriques dans l’étude critique de la Logique de Hegel. En pleine guerre mondiale, au lendemain de la faillite de la IIe Internationale et de l’essor révolutionnaire en Russie, il approfondit sa connaissance de la science de la dialectique pour être à même de faire l’analyse marxiste des contradictions de l’impérialisme, mettre en évidence le caractère impérialiste de la première guerre mondiale, dénoncer l’opportunisme et le social-chauvinisme des dirigeants de la IIe Internationale, élaborer la stratégie et la tactique du prolétariat.

Staline battit Déborine, philosophe soviétique bourgeois qui, dans la théorie de la connaissance, développait des idées conformes à la politique pro-koulak de Boukharine. L’école de Déborine soutenait notamment que la contradiction n’apparaît pas dès le début du processus, mais à un certain stade de son développement. Cela correspondait aux vues erronées de Boukharine qui consistaient à ne trouver entre les masses paysannes et les koulaks que des « différences », et non des contradictions.

Jdanov critiqua Alexandrov, auteur du premier manuel marxiste sur l’histoire de la philosophie occidentale (1947). Il combattit l’idéalisme qui se manifestait dans les conceptions de ce philosophe et il attaqua l’attitude objectiviste, éclectique et pleine d’indulgence à l’égard de la « philosophie » bourgeoise. Jdanov mettait en avant la nécessité d’une philosophie bolchévique, à l’esprit militant et offensif. La philosophie marxiste est une arme du prolétariat en lutte pour son émancipation, et doit être employée comme telle.

La critique de Jdanov s’étendit à la situation générale sur le front philosophique dans le Parti. Les philosophes avaient du retard et restaient passifs. Les causes de ces manquements résidaient dans l’insuffisance de leur connaissance des fondements du marxisme-léninisme et à la présence de survivances de l’idéologie bourgeoise.

« Il est temps, disait Jdanov, de pousser plus audacieusement en avant la théorie de la société soviétique, la théorie de l’Etat soviétique, la théorie des sciences naturelles contemporaines, l’éthique et l’esthétique. Il faut en finir avec une couardise étrangère au bolchévisme. Admettre une pause dans le développement de la théorie signifie dessécher notre philosophie, la priver de son trait le plus précieux, son aptitude au développement, la changer en un dogme mort et desséché. »

La critique de Jdanov fut une arme acérée contre le cours révisionniste en URSS, tel qu’il se développait à l’époque sur le front philosophique.

« Depuis 1949, l’année qui a vu naître la République populaire de Chine, trois grandes luttes de principe se sont déroulées sur le front philosophique en Chine, à savoir la lutte sur la question de l’infrastructure économique et de la superstructure, la lutte sur la question de savoir s’il y a identité entre la pensée et l’être, et la lutte entre le concept "un se divise en deux" et le sophisme "deux fusionnent en un". Ces luttes ont été successivement provoquées par le renégat Yang Hsien-tchen, à l’instigation secrète de Liou Chao-chi, ce renégat, agent de l’ennemi et traitre à la classe ouvrière, aux moments critiques de la lutte entre les deux classes, les deux voies et les deux lignes. Il s’agissait de luttes acharnées opposant le matérialisme dialectique et le matérialisme historique à l’idéalisme et à la métaphysique, et d’une manifestation de la lutte de classes aiguë qui se déroulait dans le domaine philosophique à l’intérieur du pays comme à l’étranger. » (Lutte dans le domaine philosophique et lutte de classes, Pékin Information, 5, 1971, p.13).

Ces exemples importants montrent que le Parti ne peut remplir son rôle d’avant-garde qu’en se guidant sur la théorie d’avant-garde. Pour comprendre la liaison interne des événements, savoir s’orienter dans toute situation, prévoir l’évolution de l’histoire, remplir le rôle dirigeant de la classe ouvrière, construire le socialisme, le Parti doit maîtriser, appliquer et enrichir la théorie scientifique du socialisme.

Le rapport entre les tâches théoriques et les tâches pratiques du Parti et l’ordre de primauté qui doit exister entre elles, diffèrent selon les besoins de l’activité générale du Parti. Ces besoins sont définis par les nécessités objectives du développement politique à une étape donnée de l’édification du Parti. « La théorie est un guide pour l’action » (Marx), « la théorie répond aux questions de la pratique » (Lénine, t.1, 322), signifie que le point de vue de la pratique est supérieur au point de vue de la théorie. La théorie sert la pratique, et la pratique est le critère de la vérité. Cela ne signifie pas que les tâches pratiques sont toujours plus importantes que les tâches théoriques. L’inverse peut être vrai. C’est ce que précise Mao Tsé-toung :

« Lorsqu’on est dans le cas dont parle Lénine : "Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire", la création et la propagation de la théorie révolutionnaire jouent le rôle principal, décisif. » (De la contradiction, I, 375).

Mais ceci ne peut être reconnu qu’à condition de ne pas comprendre « les questions posées par la pratique » d’une façon étriquée. Comprendre « les questions posées par la pratique » d’une façon étriquée, c’est ce que fait, par exemple, AMADA quand il rejette avec dédain les grandes questions programmatiques que nous posons (p.ex. l’analyse concrète de la fascisation et la définition du degré d’évolution de celle-ci ; l’alliance de la petite-bourgeoisie opprimée et de la classe ouvrière) au profit des questions « beaucoup plus concrètes et spécifiques » qu’AMADA est en train de se poser et qui ne portent que sur des points de tactique (X,6).

Quels sont les besoins de notre pratique, non pas seulement de notre pratique immédiate de propagandistes communistes, mais surtout de l’activité générale que nous devons développer dans la préparation de la révolution ? L’élément essentiel à cet égard, c’est d’être capables de :

« tirer au clair le rapport des classes dans la prochaine révolution : telle est la tâche principale d’un parti révolutionnaire ». (Lénine, t. 21, 435)

« Une analyse et une compréhension correcte des contradictions, des classes et de la lutte de classes dans la société constituent le point de départ fondamental pour formuler et appliquer une ligne politique juste. » (Etudions assidûment dans l’intérêt de la révolution, Pékin Information, 10, 1971, 8)

En opposant l’ampleur de nos tâches politiques définies par la première étape de la construction du Parti et la construction du programme à nos moyens théoriques actuels, nous défendons la position que dans la contradiction théorie-pratique c’est la théorie qui est l’aspect principal, ce sont les tâches théoriques qui jouent le rôle déterminant dans toute notre activité. Cette position ne pourra être acquise par le mouvement tout entier que par une dure lutte idéologique. Elle contredit tout ce que, sur ce point, les marxistes-léninistes belges ont pensé et fait jusqu’à présent, et elle suppose que nous en venions à une juste estimation de ce qu’est réellement la théorie et des efforts qu’elle exige de ceux qui veulent l’assimiler.

Le spontanéisme a été chassé dans la conception des tâches envers les masses ; nous avons compris que la classe ouvrière ne produit pas spontanément la théorie socialiste, mais la plupart d’entre nous pensent encore que les militants communistes, eux, vont la produire spontanément ! L’erreur n’est pas vaincue : elle n’a fait que changer de place, et elle occupe une position dont il sera plus difficile de la déloger. La variété de spontanéisme qui a été vaincue était une déviation flagrante, mais à mesure que la ligne marxiste-léniniste progresse, la ligne bourgeoise apprend à mieux se camoufler.

Nous devons donc examiner à présent deux facteurs : l’ampleur de nos tâches politiques et l’état de nos moyens théoriques actuels. La tâche politique centrale posée par Mao Tsé-toung pour la première étape de la construction du Parti est claire : « Créer et propager la théorie révolutionnaire ».

CREER et propager. Créer, c’est-à-dire s’approprier l’esprit révolutionnaire de la théorie et saisir l’ensemble de la science, dans son essence, pour l’adapter aux conditions concrètes et la développer de façon créatrice. Non pas appliquer mécaniquement, dogmatiquement quelques principes ou l’une ou l’autre notion attrapée au hasard d’une lecture, mais développer et donc systématiser et transformer, enrichir la théorie, la faire progresser, établir de nouvelles thèses, de nouvelles conclusions, en résolvant les problèmes de la pratique.

« La lutte du prolétariat et du peuple révolutionnaire pour la transformation du monde implique la réalisation des tâches suivantes : la transformation du monde objectif comme celle du monde subjectif de chacun - la transformation des capacités cognitives de chacun comme celle du rapport existant entre le monde subjectif et le monde objectif... » (Mao Tsé-toung, De la Contradiction, I, 344)

L’assimilation de la théorie nous demandera de très grands efforts. Elle suppose une préparation idéologique, une conscience claire de la nécessité de l’étude pour construire la ligne et vaincre le révisionnisme :

« ... nous devons comprendre qu’à défaut d’une base philosophique solide, il n’est point de science de la nature ni de matérialisme qui puissent résister à l’envahissement des idées bourgeoises et à la renaissance de la conception bourgeoise du monde ... Assurément, le travail nécessité par une telle étude, par une telle interprétation et par une telle propagande de la dialectique hégélienne étant extrêmement difficile, il n’est pas douteux que les premières expériences dans ce domaine comporteront des erreurs. Mais ne se trompe jamais que celui qui ne fait rien. En nous inspirant de la manière dont Marx appliquait la dialectique de Hegel comprise dans le sens matérialiste, nous pouvons et devons développer cette dialectique sous toutes les faces... » (Lénine, t.33, p. 236-237)

Mao Tsé-toung nous enseigne :

« Rien de plus commode au monde que l’attitude idéaliste et métaphysique, car elle permet de débiter n’importe quoi, sans tenir compte de la réalité objective et sans se soumettre au contrôle de celle-ci. Au contraire, le matérialisme et la dialectique exigent des efforts : ils veulent que l’on parte de la réalité objective, que l’on se soumette à son contrôle. Si l’on ne fait pas d’effort, on risque de glisser dans l’idéalisme et la métaphysique. Le matérialisme dialectique est une science. Il n’est pas facile de l’assimiler, de bien l’appliquer, de l’étudier à fond et de l’appliquer avec une science consommée dans la solution des problèmes qui se posent dans la pratique des trois grands mouvements révolutionnaires. Des efforts sont absolument nécessaires ... Mais, avec une attitude consciencieuse, on peut maîtriser le matérialisme dialectique. » (Pékin Information, 45, 1970, p.5)

Créer et PROPAGER la théorie révolutionnaire. Le mouvement doit sortir de son sommeil théorique. Il est caractéristique de voir que lorsqu’on parle de propagande, c’est exclusivement de la propagande envers la classe ouvrière qu’il s’agit et que l’on trouve cela naturel. Le mouvement serait-il suffisamment éduqué ? La répétition de quelques phrases prises ci-et-li dans les textes classiques nous ont tenu lieu jusqu’à présent de « création ». Dans ces conditions, la question de la propagation n’a évidemment pas encore pu se poser. Une organisation comme AMADA n’a même pas d’organe théorique et politique ! Aucune lutte idéologique n’a encore été menée sur cette question vitale. C’en est au point que les révisionnistes et les trotskistes ont encore la possibilité de duper des militants honnêtes avec leur camelote de « contrôle ouvrier », etc. Nous affirmons maintenant que notre tâche est d’introduire la théorie marxiste-léniniste en Belgique. Nous apprendrons à devenir modestes et nous cesserons de nous payer de mots. La théorie scientifique du marxisme-léninisme doit enfin être prise au sérieux et appliquée par le mouvement. L’idéologie du mouvement est encore dominée par le révisionnisme. C’est dans l’attitude devant la théorie que ce fait apparaît le mieux.

Le mépris des révisionnistes pour la théorie prend plusieurs formes. Tous les partis révisionnistes belges (le P « C » B, le P « C » B Voix du Peuple, le P « CML » B Clarté et le P « C » B « ML » L’Exploité néo-révisionniste) traitent et ont toujours traité la science marxiste de très haut. Nous étudierons en détail et nous critiquerons la manière dont le programme du Parti communiste a été fait en 1921, mais il est impossible de ne pas être fixé sur le rejet scandaleux de tout principe théorique par ceux qui depuis 1963 ont voulu occuper le devant de la scène « marxiste-léniniste ». Le néo-révisionnisme belge détient certainement le record mondial de l’impudence en la matière. Les « analyses » du genre « Les classes sociales en Belgique du P « C » B Voix du Peuple ou les pitreries de Clarté (n° 164,1971), décalques honteusement empruntés à l’Institut National des Statistiques, n’ont, malgré ce que ces gens veulent faire croire, RIEN à voir avec l’analyse de classes marxiste.

Ils espèrent que quelques appréciations subjectivistes, quelques données de fait et l’une ou l’autre citation de Marx ou Lénine leur serviront de « justification » théorique et politique et seront suffisantes pour tromper les militants et l’avant-garde sur leur compte. Cette grossière imposture n’a pas cessé de nuire au mouvement : une tradition s’est malgré tout installée qui a plus ou moins accrédité l’idée que l’analyse marxiste, ou l’embryon, le point de départ de l’analyse marxiste, c’est cela, ce sont ces morceaux de description petite-bourgeoise de la Belgique. A bas la présomption ! A bas l’empirisme ! A bas l’imposture ! Le socialisme est une science et doit être traité comme une science.

Il y a actuellement un autre courant opportuniste en formation qui, comprenant − à sa façon − l’importance de la science socialiste, fait un effort théorique réel. Nous reconnaissons parmi ces savants un certain nombre d’amis de la République populaire de Chine ; à ce titre ils s’essaient à critiquer le révisionnisme moderne.

Tout dans leur travail ne doit pas être rejeté. Mais, harnachés de concepts, maîtres en épistémologie, experts en économie politique, ces spécialistes académiques ne s’appuient pas de façon conséquente sur l’idéologie marxiste-léniniste et se contentent pour cette raison de faire de la « théorie » en chambre, coupés de la lutte de classes et en se confinant dans l’abstraction. L’analyse concrète de situations concrètes dans leur propre pays ne les a pas encore intéressés jusqu’à présent.

Certains d’entre eux sont les futurs appuis théoriques dont le néo-révisionnisme a besoin pour garnir sa façade. Ils montent un nouveau révisionnisme « de gauche », caractérisé aujourd’hui par le théoricisme et l’antistalinisme sous le couvert de l’adhésion à la pensée-maotsétoung. Mais la théorie n’est pas le formalisme.

« Nous parviendrons à assimiler et à bien appliquer la philosophie tant que nous l’étudierons avec de profonds sentiments prolétariens et en étroite liaison avec la pratique, au lieu d’évoluer dans la terminologie, en partant du concept pour retourner au concept. » (Etudions consciencieusement les essais philosophiques du président Mao, Pékin Information, 45, 1970, 5)

Ne nous laissons pas berner par le « prestige » d’intellectuels, même s’ils auront parfois des points de vue « intéressants » que nous pourrons mettre à profit après en avoir retranché la tendance révisionniste.

En Belgique, le nouveau groupe CAREM, composé de chercheurs en opposition idéologique avec l’Université de Louvain, constate la nécessité de l’analyse de classes marxiste de la Belgique. Il compte cependant s’atteler à ce travail, en s’appuyant sur des conceptions contraires au marxisme-léninisme. Le groupe sépare la théorie de la pratique et refuse de reconnaître la primauté de la seconde sur la première. Cette conception est d’emblée « théorisée » dans une position ultra-sceptique. Le prétexte qui doit justifier CAREM de rester au-dessus de la mêlée de la lutte des classes, c’est l’incapacité (éventuelle) des intellectuels d’aujourd’hui à saisir le processus historique dans son ensemble, c’est-à-dire en fait à réaliser avec succès le travail théorique même qu’ils s’assignent !

« ...depuis l’époque du libéralisme triomphal, la catégorie d’intellectuel a subi de profondes mutations à tel point qu’on peut se demander s’il existe encore, selon la définition qu’en donne Marx, des "idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu’à l’intelligence de l’ensemble du mouvement historique". Dès lors, on peut s’interroger sur les conditions dans lesquelles une partie de ceux-ci pourraient se rallier à la classe révolutionnaire. » (Editorial de Contradictions, 1)

La position sur l’unité des « organisations politiques » relève de la même métaphysique. Nos camarades d’AMADA et de GLCO auront reconnu leur thèse favorite selon laquelle l’unification des marxistes-léninistes belges doit se faire sur des fragments d’analyses faites ou à faire :

« Il reste ... à expliquer pourquoi ne pas laisser la tâche (faire l’analyse de la société belge) à des organisations politiques existantes. Mais quelle organisation ? Il est en Belgique, dans le champ de ce qu’on pourrait appeler la nouvelle gauche, une multitude de groupes, de rassemblements et de mouvements dont les efforts d’unification sont restés vains jusqu’à présent. Le manque d’analyse concrète de la société belge est une des causes de cet échec. En prenant l’initiative de rassembler des matériaux et de produire des analyses, nous croyons remplir une fonction que la conjoncture politique rend impérative. » (Ibid.)

Bref, de ces analyses sortiront l’engagement (conditionnel) des intellectuels « marxistes » dans le mouvement révolutionnaire, ainsi que l’unité des communistes ...

Introduire la théorie marxiste-léniniste en Belgique ne peut se faire que dans la lutte contre la tradition révisionniste qui pèse sur le mouvement et que celui-ci reprend encore largement à son compte. Philosophie marxiste-léniniste ou « philosophie » bourgeoise, beaucoup de camarades ne se rendent pas encore clairement compte que c’est en ces termes que se pose aujourd’hui l’avenir du mouvement. Toutes les conceptions spontanées que nous avons sont nécessairement révisionnistes, bourgeoises. Chaque position juste, chaque pratique juste est le résultat d’une lutte idéologique.

Si la philosophie marxiste-léniniste n’est pas maintenant solidement établie, c’est-à-dire s’il n’y a pas une refonte de l’idéologie et des moyens de connaissance des militants, et en premier lieu des dirigeants, nous développerons nécessairement une politique bourgeoise. C’est là le noyau réel de la lutte idéologique que les communistes engagent contre la voie bourgeoise. Et s’ils sont obligés de lier cette lutte à la lutte pour l’unité (démolir les positions du genre de « deux centres » etc.), ce n’est qu’un signe de plus du bas niveau idéologique du mouvement : la volonté d’unité va de soi pour des communistes, quelles que soient les circonstances « historiques ». La lutte entre marxisme-léninisme et opportunisme praticiste (spontanéisme dans la question des tâches internes) est actuellement l’aspect le plus important de la lutte entre le nouveau et l’ancien. Ce fait peut déjà se vérifier dans la pratique du mouvement : il suffit d’observer la façon dont les différentes organisations construisent − ou même s’abstiennent de construire ! − leurs positions sur les points essentiels de la discussion : l’unité, le néo-révisionnisme, la théorie, le programme.

2. La position sur l’unité des marxistes-léninistes

a. De septembre 70 à octobre 71

AMADA, qui n’a jamais pendant cette période publié sa position sur la désunion des marxistes-léninistes, n’en menait pas moins une politique constante, sous-jacente à toutes les défections dont il s’est rendu coupable à l’égard du mouvement. Cette politique consistait à refuser l’unité et même de mettre cette question à l’ordre du jour. AMADA se « justifiait » ainsi : Nous ne sommes pas prêts à l’unité (ou : à rallier et diriger les marxistes-léninistes du pays) ; nous devons d’abord renforcer AMADA idéologiquement, politiquement et organisationnellement, avant de pouvoir engager la lutte pour l’unité avec d’autres organisations, ou même avant de pouvoir répondre positivement à leurs appels. L’unité et la fermeté idéologiques des militants d’AMADA ne sont pas encore suffisantes actuellement. Dans la pratique, lorsqu’une organisation prenait l’initiative de discuter avec AMADA (par exemple, UUU [Université-Usine-Union, ndlr] dès septembre 70), AMADA consentait à faire avec elle des « échanges d’expériences ».

C’est dans ces conditions qu’UUU commit la grave erreur opportuniste de partager le journal d’AMADA, dont pendant plusieurs mois il fit la traduction en français pour les besoins de sa pratique dans la classe ouvrière. UUU estimait que l’accord avec AMADA sur les thèmes de propagande était suffisant pour partager le même organe.
La direction d’AMADA poussa l’esprit de neutralité et d’abstentionnisme aussi loin que de refuser son appui à la ligne de gauche d’UUU qui le lui avait expressément demandé en menant la lutte idéologique contre la ligne spontanéiste et en excluant celle-ci de ses rangs (février 71). Or, à l’époque, AMADA était à l’avant-garde du mouvement national dans la lutte contre le spontanéisme et l’économisme. Une unité locale d’AMADA poussa même l’opportunisme jusqu’à collaborer avec les spontanéistes exclus d’UUU.

Quelques mois plus tard, TPT (ex-ligne de gauche d’UUU) renouvela sa proposition à AMADA d’engager le processus d’unification, mais se heurta à une nouvelle fin de non-recevoir.

b. D’octobre 71 à aujourd’hui

AMADA estime à présent qu’il a fait depuis un an des progrès politiques et que ces progrès sont suffisants pour commencer à penser à l’unité. L’unité « devient » une question importante. AMADA a abandonné le système des « échanges d’expériences » pour se mettre à « faire des critiques » et à « demander des critiques » aux autres organisations. Il persiste à « justifier » son ancienne position ouvertement hostile à l’unité et la qualifie de « logique ». Nous n’étions pas armés, disent les camarades d’AMADA, pour rallier les autres marxistes-léninistes.

En octobre 71, ils ont donné leur « Point de vue sur l’unification des marxistes-léninistes et les étapes de la construction du Parti » (VIII, cfr. annexe 1). En substance, AMADA proposait la constitution de deux centres (un en Flandre, c.à.d. AMADA lui-même, un en Wallonie, réunissant tous les autres marxistes-léninistes du pays). La base idéologique de ces centres serait l’accord sur les tâches pratiques de propagande (journal) et d’organisation des ouvriers.

Nous devons faire à AMADA une critique sévère du cours erroné que depuis le début il a suivi dans la question de l’unité.

En Belgique, actuellement, l’obstacle principal au progrès de la construction du Parti est la désunion politique des marxistes-léninistes. Sur ce point, deux lignes se sont affirmées. L’une se fonde sur les besoins du mouvement (autrement dit : les besoins de la classe ouvrière) et cherche la lutte idéologique pour l’unité, l’autre borne son horizon au perfectionnement de sa propre organisation, sans se soucier du mouvement belge dans son ensemble. L’unité des communistes est une exigence qui doit être satisfaite à tout moment, quel que soit le niveau politique du mouvement et quel que soit le niveau politique de chaque organisation prise en particulier. Les ouvriers ont, en général, une conscience beaucoup plus claire de cette nécessité que les petits-bourgeois inclinant au particularisme et à l’individualisme.

AMADA fait dans son journal une propagande intense pour le front uni ouvrier, mais il ne se demande apparemment pas avec quels moyens politiques des communistes désunis pourraient unir la classe. AMADA met la charrue devant les bœufs.

Sa position, ancienne connue actuelle, est contraire au principe du centralisme démocratique. Le principe du centralisme démocratique est que les éléments les plus avancés rallient et organisent tous les camarades. AMADA a toujours rejeté ce principe. Lorsqu’il était à l’avant-garde dans la lutte contre l’économisme, il a refusé de guider le mouvement dans la voie juste ; maintenant que l’avant-garde pose la question de l’unité comme la question principale, AMADA refuse d’avancer à sa suite, de rallier ce point de vue et de faire l’autocritique.

AMADA a toujours pratiqué et continue à vouloir le polycentrisme. Si chaque organisation raisonnait de la sorte, l’unité du mouvement resterait à jamais irréalisable. Ce qu’AMADA explique si bien à l’intérieur de ses murs (« Pour construire le Parti, on doit s’y prendre de façon scientifique et systématique ... Nous avons nié dans la pratique la thèse de Lénine et de Staline qui dit que le Parti doit être construit à partir d’un centre » (c.à.d. un noyau dirigeant pour l’organisation AMADA), etc. (III, I), pourquoi a-t-il refusé jusqu’à présent de l’appliquer au niveau national ? Pourquoi AMADA veut-il appliquer à son organisation les principes de fonctionnement communistes, et défendre dans le mouvement les principes de fonctionnement bourgeois ? Comment expliquer de pareilles choses ?

Le mouvement doit reconnaître à tout moment son avant-garde idéologique et s’organiser sur la base des idées justes que cette avant-garde a pour tâche de concentrer. Il n’est pas juste de dire que l’unité « devient » une question importante. Elle est la question principale et elle l’est depuis qu’il n’y a pas de Parti communiste authentique en Belgique. Le reste est sectarisme.

Pour conclure sur ce point, nous voudrions poser deux questions à AMADA : 1. pourquoi l’application du centralisme démocratique ne peut-il intervenir, selon lui, dans le mouvement marxiste-léniniste qu’à partir d’un certain moment ? 2. comment AMADA définit-il ce moment et pourquoi est-ce le progrès (?) d’AMADA qui doit le fixer ?

Sur la question des « deux centres ». AMADA affirme dans la discussion que vouloir un centre ou deux centres « n’est pas une question de principe ». C’est faux de dire que la théorie des « deux centres » ne suit pas un principe : elle suit un principe bourgeois. Lorsque l’Internationale communiste posait qu’il ne pouvait y avoir dans « chaque pays qu’un seul et unique Parti Communiste » (IIe Congrès, Résolution sur le rôle du Parti Communiste dans la révolution prolétarienne), cela n’était-il pas, selon AMADA, une question de principe ? Et le centre que nous construisons n’est-il pas l’embryon du parti, n’a-t-il la même raison d’être et le même rôle qu’un Parti, en conformité avec les conditions présentes du mouvement communiste belge ?

Il y a encore un autre aspect de la théorie des « deux centres » qui doit être élucidé et critiqué : il s’agit de la question nationale en Belgique et de la façon erronée dont AMADA prend implicitement position sur cette question. Quelle justification y a-t-il, lorsqu’il faut unir politiquement les communistes belges, de mettre en avant l’appartenance linguistique, nationale ? AMADA répond, en éludant la question, qu’il est « plus facile » de définir la tactique séparément pour les deux nations, comme si les communistes devaient demeurer désunis pour une telle raison et comme si, au demeurant, la tactique était le point à éclaircir actuellement !

Tel est l’aspect idéologique de la question : il n’y a pas et il n’y a jamais eu chez les dirigeants d’AMADA de volonté d’unité. Mais ce n’est pas tout. En admettant qu’AMADA, pour une raison quelconque, revienne sur ce refus et reconnaisse le principe du centre, un grand progrès serait évidemment réalisé, mais le problème ne serait pas encore résolu pour autant, parce qu’en plus de la faiblesse idéologique d’AMADA il y a des erreurs politiques qui contrarient un processus d’unification correct.

AMADA constate qu’il existe un certain nombre d’organisations et de militants non organisés qui se réclament du marxisme-léninisme. Il mène auprès d’eux une enquête et cherche si l’unité avec chaque élément peut se faire sur base de points particuliers, qui peuvent différer d’une organisation à l’autre. Ainsi, AMADA pourrait s’« unir » avec l’UC(ML)B sur tel point, avec le MUBEF sur tel autre, etc.

La base de cette « unité » doit être l’un ou l’autre fragment d’analyse de classes existant déjà ou les positions sur la tactique et l’organisation des ouvriers. AMADA arrive à la conclusion que chacune des organisations présente des déviations spécifiques ; il concentre dès lors son attention, et il veut mener la discussion, sur la contradiction existant entre chacune d’elles et lui-même.

A aucun moment, AMADA ne cherche à systématiser la connaissance sensible qu’il a de la réalité. L’erreur fondamentale au départ, c’est la réticence à s’affirmer comme organisation marxiste-léniniste et l’absence d’exigences politiques précises permettant la définition du marxisme-léninisme aujourd’hui en Belgique. AMADA est d’accord pour dire que la tâche centrale des marxistes-léninistes est actuellement la construction du Parti. Mais en même temps, il se refuse à discuter de la conception de ce Parti que nous devons construire, sous prétexte qu’une telle discussion est « abstraite ». Pendant ce temps, il fait passer en contrebande sa conception propre du Parti, qui pour n’être jamais définie par lui et pour être officiellement soustraite à la lutte idéologique, n’en a pas moins une existence très réelle.

Quand, comme AMADA, on tient l’essence marxiste-léniniste pour une petite chose, la ligne qui s’oppose directement au marxisme-léninisme, le néo révisionnisme, ne peut être qu’une nébuleuse inconnue. AMADA est incapable de démasquer l’ennemi principal. Il ne distingue que les formes différentes sous lesquelles il lui apparait (spontanéisme, économisme ...), et c’est sur elles qu’il fixe toute son attention. Dans ces conditions, la méthode de ce qu’AMADA appelle l’« enquête » auprès des autres organisations et la critique parcellaire qu’il fait des déviations qu’il trouve à ces dernières, séparées des moyens politiques d’acquérir une vue d’ensemble du mouvement, sont opportunistes.

Les néo-révisionnistes se feront un jeu de tromper AMADA sur leur vraie nature. Ce n’est pas tout de faire une « enquête », il faut encore savoir ce qu’on cherche et employer les moyens théoriques de le mettre à jour. Seule la lutte consciente contre le révisionnisme peut faire progresser le mouvement et l’unifier. Et l’unique méthode pour remporter la victoire dans cette lutte, c’est l’édification du centre, la concentration de toutes les idées justes de toutes les organisations, au niveau national.

A propos de la base de l’unité, selon AMADA. AMADA définit quatre thèmes d’analyse, sans justifier ce choix, sans dire ce qui unit ces thèmes et sans proposer de méthode. A quoi cela peut-il servir au mouvement ? De la même façon, il faut, selon AMADA., s’unir sur des fragments épars de ligne. Ces fragments ont, bien entendu, un contenu idéologique, et il est certainement nécessaire de discuter à leur sujet, ainsi que nous l’avons déjà dit, mais ils sont d’autant moins une ligne de démarcation entre les marxistes-léninistes, qu’il existe, tout au moins entre l’UC(ML)B et AMADA, un accord presque complet sur eux.

Il est d’ailleurs particulièrement paradoxal de la part d’AMADA de se refuser avec persistance à l’unité avec nous, tout en voulant mettre au centre de la discussion les questions où l’accord entre nous a toujours été le plus grand ! Nous répétons encore une fois que la conception de l’unité et la conception du programme sont des questions dont la teneur est bien plus importante et bien plus significative de notre idéologie ; ce sont aussi les questions que le mouvement doit résoudre en premier lieu pour progresser dans la construction du Parti. Notre but n’est pas, en effet, de rester arrêtés au stade des fragments épars, mais de lancer dans le mouvement la discussion sur la façon correcte de passer à l’étape suivante. Les « fragments » dont AMADA fait si grand cas ne sont que ces « aspects isolés des choses, des phénomènes, leurs côtés apparents, leur liaison externe », dont parle Mao Tsé-toung.

Nous estimons donc d’intérêt secondaire de discuter sur les fragments de ligne (au sens où AMADA l’entend : en fait, nos positions de propagande), parce que, au point de vue idéologique, ils sont moins révélateurs quelles positions sur nos tâches principales actuelles, et parce que, au point de vue théorique, une activité sérieuse n’a pas encore commencé dans le mouvement. Les vrais termes de la contradiction ne sont pas : « discussion concrète sur la ligne ou discuscussion abstraite sur les principes », mais : bricolage artisanal bourgeois ou travail scientifique communiste.

3. La racine théorique des erreurs politiques d’AMADA

Nous avons écrit dans le bulletin marxiste-léniniste n° 1 (p. 24) que :

« ... le problème à résoudre est un problème d’organisation (c’est-à-dire en premier lieu un problème idéologique) : comment réaliser correctement un centralisme démocratique pour l’ensemble des militants marxistes-léninistes ? »

Une telle façon de dire, trop restrictive, ne correspond plus, en outre, à l’évolution actuelle de la lutte idéologique dans le mouvement. Cette phrase s’adressait en particulier à AMADA, parce que nous estimions que l’erreur principale de cette organisation était le sectarisme, et que l’essentiel était de lever cet obstacle idéologique pour engager le processus d’unification.

Il y a incontestablement du sectarisme dans la façon dont AMADA pose toutes les questions qui nous divisent, mais nous voyons plus clairement à présent que notre critique ne peut se limiter à cet aspect de la contradiction.

AMADA commet des erreurs politiques, et ces erreurs ont toutes une même racine théorique. Les communistes doivent, dans leurs analyses et dans l’élaboration de la ligne politique du prolétariat, appliquer avec constance les lois du matérialisme dialectique. S’ils s’en écartent, ils commettent immanquablement de graves erreurs.

« Dans le processus général de la connaissance par les hommes d’un phénomène, (le) degré des concepts, des jugements et des déductions apparaît comme le degré le plus important, celui de la connaissance rationnelle. La tâche véritable de la connaissance consiste à s’élever jusqu’à la compréhension progressive des contradictions internes des choses, des phénomènes tels qu’ils existent objectivement, jusqu’à la compréhension de leurs lois, de la liaison interne des différents processus, c’est-à-dire qu’elle consiste à aboutir à la connaissance logique.

Nous le répétons : La connaissance logique diffère de la connaissance sensible, car celle-ci embrasse des aspects isolés des choses, des phénomènes, leurs côtés apparents, leur liaison externe, alors que la connaissance logique, faisant un grand pas en avant, embrasse les choses et les phénomènes en entier, leur essence et leur liaison interne, s’élève jusqu’à la mise en évidence des contradictions internes du monde qui nous entoure, et par là même est capable de saisir le développement de ce monde dans son intégrité, dans la liaison interne de tous ses aspects. »

« Estimer que la connaissance peut s’arrêter au degré inférieur, celui de la connaissance sensible, estimer qu’on ne peut se fier qu’à la connaissance sensible et non à la connaissance rationnelle, c’est répéter les erreurs, connues dans l’histoire, de l’« empirisme ».

Les erreurs de cette théorie consistent à ne pas comprendre que, tout en étant le reflet de certaines réalités du monde objectif (...), les données de la perception sensible n’en sont pas moins unilatérales, superficielles, que ce reflet est incomplet, qu’il ne traduit pas l’essence des choses. Pour refléter pleinement une chose dans sa totalité, pour refléter son essence et ses lois internes, il faut procéder à une opération intellectuelle en soumettant les riches données de la perception sensible à une élaboration qui consiste à rejeter la balle pour garder le grain, à éliminer ce qui est fallacieux pour conserver le vrai, à passer d’un aspect des phénomènes à l’autre, du dehors au dedans, de façon à créer un système de concepts et de théories ; il faut sauter de la connaissance sensible à la connaissance rationnelle.

Cette élaboration ne rend pas nos connaissances moins complètes, moins sûres. Au contraire, tout ce qui, dans le processus de la connaissance, a été soumis à une élaboration scientifique sur la base de la pratique, reflète, comme le dit Lénine, d’une manière plus profonde, plus fidèle, plus complète, la réalité objective. C’est ce que ne comprennent pas les "praticiens" vulgaires qui s’inclinent devant l’expérience et dédaignent la théorie, si bien qu’ils ne peuvent embrasser le processus objectif dans son ensemble, n’ont ni clarté d’orientation ni vastes perspectives et s’enivrent de leurs succès occasionnels et de leurs vues étroites. Si ces gens dirigeaient la révolution, ils la conduiraient dans une impasse. » (Mao Tsé-toung, De la pratique, I, 333, 338-339)

L’erreur d’AMADA consiste à refuser de s’élever du concret à l’abstrait, avant de revenir à la pratique.

L’empirisme, l’erreur qui bloque le processus de la connaissance au concret, au sensible, à l’expérience, constitue une position de classe, une position bourgeoise. Les conséquences politiques d’une telle erreur sont graves.

AMADA ne connaît toute chose que d’une façon fragmentaire ; il n’en voit que des traits particuliers.

C’est ce qui apparaît le plus nettement dans la question de nos tâches internes, les plus importantes de toutes nos tâches d’aujourd’hui, celles précisément auxquelles AMADA ne consacre aucun effort théorique.

Résumons brièvement la somme des erreurs que nous avons critiquées. Dans la question du programme, AMADA en reste aux fragments montés de façon non systématique ; il en surestime l’importance et veut en faire l’objet principal de la lutte idéologique. Cette surestimation entraîne AMADA à militer comme dans la seconde période de la construction du Parti, avant même d’avoir entrepris les tâches de la première période.

L’activité d’AMADA est presque entièrement consacrée aux tâches d’agitation, de propagande (campagnes, journal, grèves) et d’organisation des ouvriers (cellules et comités). Il est naturel qu’à une définition empirique de la ligne corresponde une conception activiste de la pratique. L’accent est toujours mis sur l’aspect quantitatif du travail (multiplier les cellules, faire du journal un hebdomadaire, etc.), ce qui est une préoccupation juste à condition qu’elle ne nuise pas à l’accomplissement des tâches primordiales. Or, le niveau théorique et politique encore bas du mouvement, la désunion de celui-ci et le fait qu’il représente une proie pour Je néo-révisionnisme, sont pour AMADA des préoccupations très secondaires.

Dans la question de l’unité, AMADA veut mettre l’accent sur les formes spécifiques, secondaires des déviations idéologiques apparaissant dans les différentes organisations, plutôt que de définir politiquement la ligne marxiste-léniniste, et son antithèse, la ligne néo-révisionniste : par là, il atomise le mouvement et, sur cette lancée, il cherche des accords partiels et séparés, au lieu de construire le centre avec tous les marxistes-léninistes.

La base politique de ces accords est naturellement à l’image de la conception qu’A. se fait de la ligne politique.

L’empirisme et le sectarisme (qui est un reflet idéologique de l’empirisme dans le domaine de l’organisation) s’opposent à l’établissement d’une ligne de démarcation conséquente et à la lutte contre le néo-révisionnisme, comme ils empêchent la réalisation de l’unité des communistes. Ces erreurs rendent impossible la construction scientifique du programme. Elles freinent le développement politique de tout le mouvement marxiste-léniniste.

AMADA ne laisse certainement pas paraître son dédain de la théorie, et il ne s’en rend probablement pas compte lui-même. Au contraire, il a un choix plutôt bon de citations sur le sujet et il appelle constamment à la rescousse des exemples historiques pour marquer l’importance qu’il faut attacher à l’expérience générale du mouvement communiste. Ainsi, il aime à citer à titre d’« arguments » des particularités de l’histoire d’un PC qui a fait ses preuves. L’un ou l’autre fait est alors abstrait et plaqué sur notre situation actuelle. A. croit de cette façon trouver matière à « justifier » ses erreurs.

Prenons, par exemple, la machine qu’il monte contre notre conception du centre et voyons comment AMADA réécrit l’histoire selon ses intérêts particularistes :

« Staline parle de la première période dans l’édification du Parti ; il dit : dans cette période, il faut construire le centre.

C’est la synthèse de cinq années de lutte au sein du mouvement socialiste en Russie.
Le centre bolchevik s’est cristallisé dans une lutte prolongée autour des questions pratiques, autour des tâches, des buts, des formes d’organisation de la lutte révolutionnaire.

QUE FAIRE ? les économistes mettaient en pratique une ligne politique bourgeoise et réformiste. Lénine répond aux questions des tâches et des buts du mouvement socialiste.

UN PAS EN AVANT... : les éléments petits-bourgeois mettent en avant des formes d’organisation qui feront du Parti une organisation vague, dominée par les intellectuels petits-bourgeois. Lénine défend l’organisation structurée, disciplinée, centralisée.

DEUX TACTIQUES ... : le peuple russe se prépare à la révolution. La stratégie des menchéviks : le prolétariat doit suivre la bourgeoisie, le prolétariat ne peut prendre en main les tâches de direction de la révolution. La stratégie des bolcheviks : préparer activement le prolétariat à prendre en main le drapeau de la démocratie populaire.

De ces trois grandes luttes sur les problèmes idéologiques, politiques et organisationnels est sorti un groupe de cadres dirigeants bolcheviks : le centre.
Quelle leçon faut-il tirer de l’expérience bolchévique ?

Les uns disent : les principes marxistes-léninistes nous apprennent qu’il faut un centre. Unissons-nous autour de ce principe. C’est de l’idéalisme historique à cent pour cent.

Le centre unique se fera dans la lutte sur les problèmes de la ligne politique, tactique et organisationnelle.

Il faut partir de la réalité, de la pratique et non pas des principes. Les principes servent à analyser, à éclaircir, à orienter la réalité et la pratique. » (X, 1)

AMADA essaie donc de montrer que l’existence du centre, c’est-à-dire le fonctionnement du centralisme démocratique, résulte d’une histoire de cinq ans (« de ces luttes... est sorti... le centre »).

Rien n’est plus faux. En premier lieu, la construction du centre social-démocrate remonte à bien plus haut que l’époque de Que faire ? (1902). Il faut dire que les premières bases en furent posées par le groupe de Lénine dès 1895, avec l’embryon de programme du parti (Lénine, t. 2, 88-117) et surtout l’analyse de classes de la Russie (Lénine, Le développement du capitalisme en Russie, t. 3).

Dès 1894, Lénine avait engagé la lutte (contre le populisme) (Ce que sont les « Amis du Peuple » et comment ils luttent contre les social-démocrates, t. 1, 143-360). Nous ne rappelons pas ces faits pour « améliorer » l’analyse d’AMADA ou par souci de précision historique, mais parce que les textes de cette période répondent exactement à nos problèmes actuels. Ce que sont les « Amis du Peuple » insiste sur la nécessité primordiale de la théorie et de l’analyse de classes. AMADA « oublie » ces commencements de la social-démocratie russe.

En second lieu et surtout, AMADA révèle clairement la conception révisionniste qu’il a du centralisme démocratique. Il sépare le centralisme démocratique de la ligne, comme si la ligne juste pouvait se construire en dehors du centralisme démocratique [2]. La théorie du centralisme démocratique et la théorie de la connaissance sont une seule et même chose. La construction de la ligne politique dans Que faire ?, Un pas en avant [3], Les deux tactiques est-elle autre chose, au point de vue du fonctionnement de l’organisation, que l’exercice vivant du centralisme démocratique par Lénine luttant contre les opportunistes ? Le centre se consolide dans cette lutte, à partir d’un embryon qui existait depuis le commencement du processus.

Quand on refuse d’étudier la situation d’ensemble, puis de systématiser, d’abstraire, pour revenir à la totalité concrète, on ne peut que passer d’une particularité concrète à une autre, et on applique une conception bourgeoise de la connaissance. La théorie est le résultat systématisé, sous sa forme générale, de l’expérience du mouvement communiste international. C’est ce caractère général, systématique qu’AMADA n’accepte pas. AMADA nous accuse constamment d’être « intellectualistes », de défendre des positions « métaphysiques », « idéalistes », sans voir que c’est à lui-même que ces critiques doivent s’adresser. Il applique pour « résoudre » les problèmes le vieil empirisme bourgeois, et il recouvre ces procédés d’une façade « théorique » qui n’est que de l’historicisme.

Dans le cas du centre bolchevik, la généralisation consiste à dire que le centralisme démocratique est à l’œuvre à toutes les étapes ; il n’est pas un résultat, une heureuse conclusion d’une lutte menée sans principe pendant des années.

Ceux qui sont rebutés par des principes et crient « au concret, au concret », s’opposent directement au marxisme-léninisme qui est l’ABSTRACTION de toute l’expérience historique ; le processus de la connaissance nécessite le passage du concret à l’abstrait, avant de revenir au concret. Seuls les révisionnistes vont du concret au concret, de la trahison des principes à une nouvelle trahison des principes.

Nous soumettons à tout le mouvement les citations suivantes de Marx, de Lénine, de Mao Tsé-toung et d’Enver Hoxha, pour que nous apprenions à les assimiler et à les appliquer correctement dans notre pratique actuelle.

« Il est apparemment de bonne méthode de commencer par le réel et le concret, la supposition véritable ; donc, dans l’économie, par la population, qui est la base et le sujet de l’acte social de la production dans son ensemble. Toutefois, à y regarder de près, cette méthode est fausse. La population est une abstraction, si je laisse de côté, par exemple, les classes dont elle se compose. Ces classes sont à leur tour un mot vide de sens, si j’ignore les éléments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salarié, le capital, etc. Ceux-ci supposent l’échange, la division du travail, le prix, etc. Si donc je commençais par la population, je me ferais une représentation chaotique de l’ensemble ; puis, par une détermination plus précise, en procédant par analyse, j’aboutirais à des concepts de plus en plus simples ; ce point atteint, il faudrait faire le voyage à rebours, et j’aboutirais de nouveau à la population. Cette fois, je n’aurais pas sous les yeux un amas chaotique, mais un tout riche en déterminations, et en rapports complexes. Historiquement, c’est le premier chemin suivi par l’économie naissante. Les économistes du XVIIe siècle, par exemple, commencent toujours par l’ensemble vivant, la population, la nation, l’Etat, plusieurs Etats, etc. ; mais ils finissent toujours par découvrir, au moyen de l’analyse, un certain nombre de rapports généraux abstraits, qui sont déterminants, tels que la division du travail, l’argent, la valeur, etc. Dès que ces moments particuliers ont été plus ou moins fixés et abstraits, on a vu surgir les systèmes économiques qui s’élèvent du simple, tel que le travail, division du travail, besoin, valeur d’échange, jusqu’à l’Etat, l’échange entre les nations et le marché mondial. Cette dernière méthode est manifestement la méthode scientifiquement exacte. Le concret est concret, parce qu’il est la synthèse de nombreuses déterminations, donc unité de la diversité. C’est pourquoi le concret apparaît dans la pensée comme le procès de la synthèse, comme résultat, et non comme point de départ, encore qu’il soit le véritable point de départ, et par suite aussi le point de départ de l’intuition et de la représentation. Dans la première méthode, la représentation pleine est volatilisée en une détermination abstraite ; dans la seconde, les déterminations abstraites aboutissent à la reproduction du concret par la voie de la pensée. » (Marx, Introduction générale à la critique de l’économie politique)

« La pensée, en s’élevant du concret à l’abstrait, ne s’éloigne pas − si elle est correcte − de la vérité, mais s’approche d’elle… De l’intuition vivante à la pensée abstraite, et d’elle à la pratique − tel est le chemin dialectique de la connaissance de la vérité, de la connaissance de la réalité objective. » (Lénine, Résumé de la Logique de Hegel, t. 38, 160-161)

« Nous devons saisir chaque chose dans sa substance même et ne considérer les manifestations extérieures que comme un chemin menant à la porte dont il faut franchir le seuil pour pénétrer vraiment la substance de cette chose. C’est là la seule méthode d’analyse qui soit sûre et scientifique. » (Mao Tsé-toung, Citations, p.234)

« C’est en vain que les adversaires du marxisme cherchent à attaquer la théorie de Marx sous le prétexte qu’elle consiste en des raisonnements abstraits, qu’elle s’attache à la "quintessence abstraite" des processus et des phénomènes, en s’écartant soi-disant des faits, des données concrètes, de la réalité historique. C’est là une grossière falsification. Tout au contraire, nous, marxistes-léninistes, tirons de la méthode que Marx, dans son œuvre immortelle "Le Capital", a employée pour l’analyse du capitalisme, le grand enseignement que pour pénétrer profondément dans la réalité objective, il ne suffit pas de recueillir et d’exposer les faits, mais il faut aussi procéder à des généralisations, conclusions et abstractions scientifiques, découvrir les lois qui régissent les phénomènes du développement social. Sinon, on ne fait qu’effleurer les choses, on tombe dans le praticisme, ou même dans diverses erreurs. » (Enver Hoxha, Etudions la théorie marxiste-léniniste en étroite liaison avec la pratique révolutionnaire, 29-30)

Revenons à présent à des citations d’AMADA :

« (TPT dit :)

"Les principes marxistes-léninistes nous apprennent qu’il faut un centre. Unissons-nous autour de ce principe." C’est de l’idéalisme à cent pour cent. Le centre unique se fera dans la lutte sur les problèmes de la ligne politique, tactique et organisationnelle." (X, 1). "Dire que l’unité est le principal, de la façon dont TPT le dit, c’est abstrait." (discussion). "Ce que vous déclarez sur la démarcation entre marxisme-léninisme et néo-révisionnisme est « arbitraire." » (id.).

Notre intention n’a jamais été de « nous unir autour du principe qu’il faut un centre », mais bien de mener la lutte contre ceux qui en veulent deux.

Ensuite, dans la proposition que nous avons faite au mouvement, il y a bien plus que la défense du principe « il faut un centre ». Le centre que nous construisons résulte de l’analyse des besoins de la classe ouvrière et de la réalité actuelle du mouvement, ainsi que des exigences de principe au moyen desquelles nous voulons transformer cette réalité. Nous sommes partis de la connaissance sensible du mouvement et de l’expérience de notre pratique. Nous avons systématisé cette connaissance et cette expérience au moyen du matérialisme dialectique, et nous avons posé la question : comment faut-il construire le Parti de la classe ouvrière ? Pour arriver à une juste conception du centre, il a fallu 1. reconnaître la nécessité de l’unité (contradiction principale), 2. avoir une juste conception du centralisme démocratique, 3. faire l’analyse des deux lignes dans le mouvement, 4. dénoncer le néo-révisionnisme, 5. définir les conditions nécessaires et suffisantes pour s’unir avec les marxistes-léninistes, 6. commencer à acquérir une conception scientifique du programme communiste. La position sur le centre répond donc aux questions : se démarquer avec qui, et s’unir sur quelle base, à quelle fin et de quelle façon.

Il est naturel que des organisations qui ne se sont pas encore posé ces questions concrètes, ou qui les ont mal posées, trouvent les réponses justes « arbitraires » et « abstraites » (au sens péjoratif où elles emploient le mot). Il est aussi très significatif qu’en qualifiant nos positions d’« abstraites », AMADA se figure les avoir discréditées et démolies. A ses yeux, c’est un argument qui se suffit à lui-même. Ce qu’AMADA appelle « abstrait », « idéaliste », « métaphysique », c’est un moment du processus dialectique de la connaissance, c’est même le « degré le plus important, celui de la connaissance rationnelle  » (Mao Tsé-toung, I, p.333).

Camarades d’AMADA ! Nous vous demandons avec insistance d’étudier nos textes sur le centre et contre le néo-révisionnisme, et d’envisager sérieusement les critiques que nous en faisons.

Notre organisation, en son entier, est animée d’un profond désir d’unité avec vous. Cette volonté d’unité existe et s’est manifestée dès l’époque où nous avons rejeté les spontanéistes de nos rangs, et elle n’a fait depuis lors que se renforcer. Notre plus grand désir est d’unifier les marxistes-léninistes. L’unification d’AMADA et de l’UC(ML)B sera un pas décisif en ce sens. C’est une tâche urgente et nécessaire à accomplir si nous voulons empêcher tout un pan du mouvement de sombrer dans le néo révisionnisme. Nous sommes inquiets de voir AMADA prendre un cours opportuniste. Nous vous demandons de prendre garde au mépris qui existe à AMADA pour l’unité, à la sous-estimation de l’ennemi révisionniste et à la méconnaissance de nos tâches théoriques.

Nous nous appuyons sur des déclarations positives, que la vitalité et la santé d’AMADA lui permettent de faire. Nous lisons dans IX (lutte contre les scissionnistes) :

« Les communistes doivent s’approprier les méthodes de pensée et de travail du matérialisme dialectique pour pouvoir juger de façon indépendante. Cette base théorique fondamentale est la base de toute l’activité des militants. » (p. 1) « L’individualisme des intellectuels petits-bourgeois qui veulent à tout prix conserver leur indépendance, s’exprime ici. Lénine indiquait en 1904 qu’une des plus importantes caractéristiques de l’intellectuel consiste à rejeter l’organisation prolétarienne. On pose que "les temps ne sont pas encore mûrs pour le centralisme démocratique". Le centralisme démocratique a pour fonction de concentrer les idées justes. Seule une organisation unifiée peut généraliser les expériences positives et rejeter les expériences négatives. Seule la concentration des forces rend possible de construire la ligne politique et de l’améliorer. La théorie anti-partie des "groupes indépendants" (est à rejeter). » (p.5)

Pourquoi ces principes excellents ne sont-ils invoqués et appliqués que dans des luttes d’arrière-garde, telle celle qu’imposèrent à AMADA des opportunistes de droite de bas étage ? AMADA s’arme de pied en cap pour régler des affaires mineures et reste passif devant les grandes questions de notre mouvement.

 II. CRITIQUE DES POSITIONS DES CAMARADES DU GROUPE DE LIBÉRATION DE LA CLASSE OUVRIÈRE

Les positions de GLCO, exposées dans son texte « Marxistes-léninistes, unissons-nous ! » (janvier 72), sont très proches des positions d’AMADA, quoique défendues plus habilement.

Nous ne reprendrons pas l’ensemble de notre argumentation, mais nous ferons ici la critique de GLCO en partant des traits spécifiques de sa position.

La contradiction principale du mouvement − la lutte pour l’unité − dicte aux marxistes-léninistes leur tâche principale actuelle : construire le centre. Le centre dirigera la pratique nationale, mènera la lutte contre le néo-révisionnisme, le révisionnisme moderne, la social-démocratie ; sa fonction principale sera de travailler au programme communiste marxiste-léniniste.

GLCO veut résoudre la contradiction principale du mouvement en axant la discussion sur la question du programme.

Nous examinerons 1) la conception qu’il a du programme et de la discussion sur le programme, 2) la position sur l’unité qui y est sous-jacente, 3) les deux lignes dans la construction du centre.

1. La question du programme

GLCO donne en un endroit de son texte (p.28) une définition du programme qui pose le problème dans son ampleur réelle :

« Il faut… élaborer le programme à partir d’une analyse globale des contradictions interimpérialistes et de la place de la Belgique dans ces contradictions, de la contradiction principale en Belgique et des contradictions secondaires, de l’impact des contradictions interimpérialistes sur les contradictions dans le pays et de l’influence de tout cet ensemble sur la politique de la bourgeoisie en Flandre et en Wallonie. »

Il parsème aussi son texte de remarques sur l’importance de la théorie :

« … avant de constituer le centre, il faut que nous soyons d’accord sur les critères marxistes-léninistes concernant la méthode pour analyser les intérêts fondamentaux des classes. » (p.10). « … le centre devra se constituer sur la base d’une conception matérialiste de l’édification de la ligne politique… » (p. 18).

Cependant en 78 pages, GLCO ne trouve à consacrer que quelques dizaines de lignes à ce qu’il considère comme la solution à la contradiction du mouvement. Sa position se résume en ces termes :

« Le centre doit… se constituer dans la lutte idéologique sur la conception du programme (quelles sont les questions auxquelles il doit répondre ? quels moyens devons-nous nous donner pour répondre à ces questions ?), dans l’analyse critique de toutes les positions qui ont déjà été prises dans la presse et les textes intérieurs en matière de programme (contradiction principale, évolution du capitalisme, fascisation, etc.), et dans la concrétisation d’une conception correcte à travers un embryon, une ébauche des analyses nécessaires à l’établissement du programme (p.18)… et donc à travers un embryon du programme lui-même » (p.14).

Les rares passages relatifs au programme sont de cet ordre généraux et vagues.

La discussion que GLCO propose de tenir sur le programme confond deux points de vue tout à fait différents. Il s’agirait de présenter sa « conception du programme », mais comme « on ne peut pas discuter abstraitement (de ce sujet), il faut lier (celui-ci) à des analyses concrètes où est mise en œuvre cette conception » (p.34) : d’où l’exigence des « embryons » et des « ébauches ».

La première exigence, celle qui porte sur la conception du programme, est juste. Travailler au programme est la principale raison pour laquelle nous devons nous unir, et la discussion sur la conception de ce travail est, de fait, mûre dans le mouvement.

Mais la question des embryons et des ébauches est une question d’un tout autre ordre : le passage d’une exigence à l’autre, que GLCO effectue insensiblement en le présentant comme la vérification concrète immédiate d’une position abstraite, suppose en réalité deux degrés de capacité théorique, deux niveaux politiques très différents, et la vérité est qu’aucune organisation marxiste-léniniste n’a eu jusqu’à présent les moyens de construire une ébauche de programme de façon scientifique. Ce que GLCO veut, c’est le café du commerce érigé en système. C’est le rabaissement de la théorie.

La construction du programme suppose a) que nous commencions à maîtriser la théorie scientifique du marxisme-léninisme, b) que nous ayons commencé à faire l’analyse de classes nationale et internationale. Quelle organisation marxiste-léniniste belge en est là ? Aucune. Supposer le contraire, c’est montrer qu’on n’a pas pris la mesure de nos tâches théoriques et politiques.

GLCO propose comme élément de « ligne de démarcation » actuelle « les positions qui ont déjà été prises en matière de programme (contradiction principale, évolution du capitalisme, fascisation, etc.) », c’est-à-dire des positions qui pour être fondées sur des principes essentiels, sont cependant acquises par nous de façon empirique. En fait, elles représentent le « bien commun » des tenants réels et prétendus du marxisme-léninisme. De telles positions peuvent contribuer à nous démarquer des trotskistes, par exemple, mais pas des néo-révisionnistes ni des opportunistes à l’intérieur de nos propres rangs. De ce fait, elles ne peuvent pas non plus être un élément prépondérant de l’unification des marxistes-léninistes.

GLCO commence par poser un plan d’analyse (p.28) qui prendra le meilleur des forces du mouvement pendant plusieurs années, mais il exige sans désemparer des positions, des embryons, des ébauches et même, d’urgence, des revendications pour les couches petites-bourgeoises (p.56-58) ! [4]

Il est naturel qu’une conception du programme acquise de façon intellectuelle, en dehors de toute critique de la conception révisionniste du programme, en dehors de toute lutte idéologique contre le révisionnisme, relève elle-même du révisionnisme. Sans détruire, il n’est pas possible de construire. Mettre aujourd’hui à l’ordre du jour des revendications pour les petits-bourgeois, c’est défendre cette conception caractéristique tant du révisionnisme moderne que du néo-révisionnisme, selon laquelle le programme minimum est détaché du programme maximum et où le premier, très concret, a incomparablement plus de poids dans l’activité du Parti que le second, qui est maintenu dans l’abstraction. GLCO ne parle du programme que pour mieux l’enterrer.

Mao Tsé-toung a indiqué que le révisionnisme est actuellement l’ennemi principal dans le mouvement communiste, et que la lutte contre le révisionnisme est une tâche importante qui incombe à tous les communistes sur le front idéologique.

GLCO ignore ces avertissements. Estimant sans doute la lutte contre le révisionnisme comme peu utile ou peu urgente, il réserve ses coups à un ennemi principal de son invention, l’« anarcho-syndicalisme ». La plus grande partie de son texte tient en deux polémiques où se manifeste à l’évidence l’erreur de ses positions.

Il s’agit de la question de l’agit-prop et de la question des paysans.

Ces deux polémiques ont en commun a) de porter sur des points secondaires par rapport aux questions du centre et du programme [5], b) de révéler une sous-estimation grave de la théorie, c) de trahir le mépris que GLCO nourrit objectivement à l’égard du mouvement marxiste-léniniste.

L’agit-prop.

GLCO signale une série de carences, de défauts dans la propagande de TPT : style stéréotypé, déficience des explications politiques, notamment à propos de certains principes essentiels (ex. dictature du prolétariat). Ces critiques particulières alimentent une polémique dont l’orientation générale est erronée, mais en les prenant pour elles-mêmes, nous transformerons une mauvaise chose en une bonne, et nous essaierons d’en tirer profit.

Pourquoi cette orientation est-elle erronée ? Parce qu’il est faux de faire porter le poids de la lutte idéologique sur la façon d’accomplir les tâches immédiates envers les masses, à une étape où les tâches internes (éducation et unification du mouvement, lutte contre le néo-révisionnisme…) doivent être au centre de notre activité politique et au centre de la discussion. A l’heure actuelle, le journal « Tout le Pouvoir aux Travailleurs » est subordonné au « Bulletin marxiste-léniniste ».

De plus, en inférant d’une propagande défectueuse l’opinion que TPT ne part pas du particulier pour aller au général, qu’il « n’observe pas les principes du programme de tout parti marxiste » (p.62), GLCO montre une nouvelle fois son incompréhension des tâches que précisément la construction du programme nous pose. C’est tout à fait exact que TPT est actuellement incapable de « lier la vérité du marxisme-léninisme aux problèmes concrets de la réalité en Belgique », et ceci caractérise le niveau politique du mouvement marxiste-léniniste belge. Faire de cette nécessité une exigence immédiate ou le fondement d’une critique (p.3, p.11, note, p.22, p.23, p.24, p.28, p.30, p.32, p.36, p.61-63, p.67, p.72, p.74), c’est simplement donner la preuve de son charlatanisme.

Son sectarisme, enfin, ne manque pas de « renforcer » GLCO dans cette erreur. Il fallait que l’abîme entre l’information et la formation dans le journal fût « soigneusement entretenu » (p.10, p.62) par TPT. Un tel procès d’intention est d’ailleurs amené par la façon incorrecte de vérifier la conception du monde des organisations. Ce que GLCO « entretient soigneusement », c’est la confusion entre la situation politique d’un mouvement marxiste-léniniste inexpérimenté et sans programme et d’autre part l’idéologie d’une organisation qui doit forcément s’exprimer avec les moyens du bord. Ce que GLCO « entretient soigneusement » par sa position même, c’est la confusion entre le fait d’être peu armé (ce qui est déterminé par la situation) et le fait d’être subjectiviste (ce qui traduit une conception du monde). L’UC(ML)B, comme toutes les autres organisations marxistes-léninistes actuelles, est démuni au point de vue politique. Mais on échappe au subjectivisme, si on a conscience de cette situation, si on refuse de s’en accommoder et si on fait le nécessaire pour y remédier : c’est-à-dire, en premier lieu, en prenant au sérieux nos tâches théoriques et d’unification. Les fausses accusations de GLCO sont liées à une analyse erronée de la situation du mouvement et à l’ignorance de la théorie. Mais l’ignorance n’est jamais un argument.

Les paysans.

Dans un article (TPT 4/71), écrit pour expliquer aux ouvriers a) la nécessité de l’alliance de classes, b) la nécessité de la violence dans la lutte révolutionnaire, etc.) pour contrecarrer la propagande démagogique de la bourgeoisie, GLCO veut voir une prise de position politique de fond sur la question paysanne en Belgique, un point de programme. Rien mieux que la position, en effet discutable prise alors sur les paysans [6], ne pourrait révéler l’idéologie de l’UC(ML)B : si l’UC(ML)B est opportuniste envers les paysans, c’est « parce qu’il a peur de se couper des petits propriétaires » (p.49) !

Il échappe complètement à GLCO que l’article est destiné aux ouvriers exclusivement et que nous sommes loin d’être en mesure non seulement de concrétiser « la substance d’un programme communiste envers les paysans » (p.47), mais simplement de nous adresser à ceux-ci.

Le principe léniniste qu’il croit nous opposer et selon lequel la classe ouvrière doit d’abord se délimiter, s’unir ensuite, est en réalité appliqué tel qu’il peut l’être, c’est-à-dire dans notre pratique (la pratique de masse de l’UC(ML)B s’exerce uniquement au sein de la classe ouvrière (et à l’Université)). GLCO rappelle force passages des classiques, qui nous serviront dans l’analyse, pour la méthode ; quant à l’analyse concrète, nous tiendrons surtout compte des données nouvelles créées par le Marché Commun, ainsi que de la révolte générale des petits paysans au bord de la ruine et d’autres couches petites-bourgeoises opprimées par le capitalisme en Belgique et en Europe. Enfin, pour les deux aspects (réactionnaire et révolutionnaire) de ces couches, que GLCO se rassure, nous les avons clairement à l’esprit, ainsi qu’il apparait bien dans l’article sur la grève des employés à Liège (TPT 10/71), article que GLCO oublie « soigneusement » de citer, car cela desservirait sa lutte contre les moulins à vent et cela ôterait toute vraisemblance aux implications idéologiques qu’il veut y mettre.

GLCO, qui place la discussion sur le programme au centre de sa position, ne nous entretient en définitive que des qualités de bons propagandistes. Il parle comme si la tâche actuelle était de rallier les larges masses. Le fait qu’il croit s’adresser à des « anarcho-syndicalistes » ne peut pas expliquer cette confusion, puisqu’en toute circonstance la lutte idéologique doit porter avant tout sur la contradiction principale. Sans quoi, on se mettra comme lui à la recherche de points de démarcation qui ne démarquent pas grand’chose. « L’idéologie ne plane pas dans les airs », dit-il gravement, pour s’autoriser ensuite à poser « une question FONDAMENTALE (nous soulignons) de l’idéologie à travers une question secondaire (l’attitude vis-à-vis des manifestations paysannes) » (p.24) ! Il est clair que les points de démarcation décisifs sont les questions posées par la contradiction principale du mouvement, auxquelles nous pouvons et nous devons répondre maintenant en conformité avec les principes et la théorie, et que nous résoudrons effectivement dans la lutte contre le néo-révisionnisme. Eux seuls peuvent fournir − et sont déjà en train de fournir − la ligne de démarcation avec l’opportunisme.

Les questions de la théorie et de l’unité des communistes, la lutte contre le néo-révisionnisme, le révisionnisme moderne et contre les déviations opportunistes (empirisme, subjectivisme) sont actuellement au centre de la discussion.

2. La question de l’unité

Pour s’unir, il faut d’abord se démarquer. Pour se démarquer, il faut mettre la politique au poste de commandement : se saisir de la contradiction principale et la résoudre selon les principes. Dans les activités politiques, il faut mettre l’accent sur l’idéologique. Il faut vérifier la conception du monde telle qu’elle s’est exprimée dans toute l’activité passée de chaque organisation et telle qu’elle s’exprime aujourd’hui sur la contradiction principale.

GLCO passe immédiatement à la question du programme, négligeant tous ces points de démarcation qui d’après lui sont abstraits, formels, fumeux. Il est facile de voir qu’ils peuvent très bien guider un travail concret de vérification. GLCO lui-même va nous fournir la matière de la démonstration.

a. La position politique sur l’unité

La ligne de démarcation avec le révisionnisme.

Les marxistes-léninistes se constituent et progressent en luttant contre le révisionnisme. Il y a sur ce point un grand silence chez GLCO. Quelle est la signification politique de ce silence ?

GLCO s’est, dit-il, « constitué dans la lutte contre le néo-révisionnisme », mais « malheureusement » le groupe n’a pas eu « le temps » de révéler au mouvement la nature néo-révisionniste du groupe Clarté, parce qu’à cette époque il était trop occupé à discuter avec les spontanéistes extérieurs et intérieurs. En fait, la véritable raison de cette « lacune de taille » (p.13) se trouve expliquée plus loin : le néo-révisionnisme, selon GLCO, est à l’heure actuelle une « déviation secondaire » en Belgique, « car elle n’est pas interne mais externe au mouvement… » (p.33)

Affirmer que le néo-révisionnisme est « externe » au mouvement marxiste-léniniste est une thèse essentielle du néo-révisionnisme lui-même. Lorsque le P« C » B (Voix du Peuple) fut exclu du Parti révisionniste, il décréta que le révisionnisme était tout entier extérieur à lui. Quand Clarté abandonna le P« C » B (Voix du Peuple), il prétendit tirer la ligne de démarcation entre le révisionnisme et lui. Au moment où OC-GLCO se fait exclure par Clarté, il affirme que le danger du néo-révisionnisme est secondaire et qu’il a rompu avec lui.

La ligne de démarcation à l’intérieur de nos rangs.

La façon dont GLCO prétend tirer la ligne de démarcation à l’intérieur de nos rangs manifeste à la fois son refus de faire l’analyse scientifique du mouvement et une autocritique sérieuse, et l’esprit sectaire qui l’anime.

GLCO, tout d’abord, se contente d’une vue partielle de la situation. Sur plusieurs organisations qui, à juste titre ou non, se prétendent marxistes-léninistes : l’Exploité, MSE, MUBEF, GR, il se dispense de prendre position. UR n’est nommé qu’à l’occasion d’une attaque oblique.

Ainsi circonscrit, le mouvement marxiste-léniniste serait « né dans le giron (d’une) déviation » (p.3). Une telle analyse, qui dilue le mouvement marxiste-léniniste dans le mouvement « révolutionnaire », revient en fait à nier son existence, et même l’existence d’une tendance marxiste-léniniste dominante dans le mouvement, ou ne serait-ce que dans l’une quelconque de ses organisations.

« Le matérialisme dialectique nous enseigne que le développement des phénomènes est conditionné par leur essence et leur courant principal. Aussi devons-nous scruter l’une et l’autre quand nous examinons un problème. » (Pour étudier le « Rapport sur l’enquête menée dans le Hounan à propos du mouvement paysan », p. 28)

Ou faut-il comprendre que GLCO est la seule organisation marxiste-léniniste de Belgique ?

Une telle situation n’aurait rien d’impossible a priori, s’il y avait eu entre les deux lignes une lutte idéologique, longue, patiente et sérieuse impliquant toutes les organisations se réclamant sincèrement du marxisme-léninisme-pensée-maotsétoung et que GLCO ait alors été le seul à dégager et défendre la ligne communiste. Nous n’avons pas conscience d’avoir assisté à rien de pareil.

Poursuivons. La déviation dans le giron de laquelle le mouvement s’est « développé » serait l’« anarcho-syndicalisme ». Cette étiquette est appliquée à AMADA et TPT. « Anarcho-syndicalistes », des organisations qui, idéologiquement, se réclament de la pensée de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Tsé-toung, Enver Hoxha et qui, politiquement, posent comme question centrale la question du Parti ? De telles organisations ne peuvent être que marxistes-léninistes ou néo-révisionnistes. Mais GLCO est bien décidé à ne trouver du néo révisionnisme qu’à « l’extérieur du mouvement ».

D’AMADA il est dit ailleurs (p.30) qu’il se trouve « à la croisée des chemins » [7]. En ce cas, sur quelles positions les deux lignes d’AMADA s’affrontent-elles dans la question du centre ou du programme ? Ensuite, pour qualifier l’idéologie de TPT, GLCO fait le raisonnement suivant : TPT est foncièrement « anarcho-syndicaliste » (voir sa propagande) ; cependant, il y a une réaction contre cette tendance, qui s’exprime par « l’intellectualisme, le retour aux principes » (voir sa position sur le centre) (p.32). Le résultat donne une « idéologie-salade » (p.33).

La critique principale que nous devons faire à une pareille « analyse », c’est le caractère statique de la description et l’appréciation réactionnaire qui en découle. GLCO ignore la lutte idéologique qui a fait progresser le mouvement et se dispense du même coup de mettre en lumière la position d’avant-garde qui s’en est dégagée.

A TPT, la lutte idéologique contre le spontanéisme et la rectification intérieure, qui est toujours en cours, ont assuré la victoire des positions marxistes-léninistes sur l’économisme dans la question de la propagande, des cellules-comités et de l’ordre de priorité de nos tâches, ce qui comprend la question du Parti, du centre, du programme et de la démarcation avec le néo-révisionnisme (de février 71 à aujourd’hui).

Au cours de cette lutte, nous situions au début la contradiction principale à l’intérieur même de TPT ; elle opposait deux conceptions des tâches envers les masses. En approfondissant notre connaissance et notre pratique du marxisme-léninisme et en nous assignant comme tâche centrale actuelle la construction du Parti, nous avons vu que la contradiction principale porte sur les tâches internes des communistes et qu’elle se situe au niveau du mouvement. Changer la définition de la contradiction principale a pour conséquence que l’ordre de priorité des tâches est modifié, ainsi que la définition de l’ennemi principal. En ce cas, les questions de propagande et d’organisation des ouvriers, tout en restant des questions très importantes, le cèdent cependant aux questions de l’unité et de l’éducation idéologique et théorique du mouvement. A partir de ce moment aussi, l’ennemi principal est évidemment cette espèce d’agent de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier qui prétend se placer sur le même terrain que les marxistes-léninistes. Concrètement, ce n’est plus au spontanéisme, à l’économisme, mais au néo-révisionnisme que nous devons porter nos principales attaques.

GLCO a refusé de faire cette analyse concrète de la situation concrète. Il est dès lors incapable a) de définir correctement le rapport entre nos tâches internes et nos tâches externes (c’est pourquoi, fondant sa polémique sur la propagande et l’organisation des ouvriers, il fait de nos tâches secondaires des tâches principales, et les véritables tâches principales sont déviées de leur juste cours), b) de situer la contradiction principale (le problème de l’unité n’est même pas abordé : il est noyé dans la question du programme), c) de délimiter le terrain de la lutte idéologique (au lieu d’examiner la conception du monde telle qu’elle s’exprime dans les questions de l’unité et du centre, il fuit en avant en « traitant » de questions programmatiques), d) de qualifier l’idéologie des organisations et de désigner l’ennemi principal (néo-révisionnisme ou « anarcho-syndicalisme »). GLCO reste accroché à une étape dépassée, il s’enferme dans la préhistoire du mouvement.

Le fait qu’il connaît mal le mouvement, que son enquête est incomplète et mal menée et que son analyse est mécanique, n’empêche nullement GLCO, dans cette « analyse », de se prendre objectivement pour la seule organisation marxiste-léniniste de Belgique ni de lancer une proposition générale d’unification. GLCO est très content de soi. A tout moment, à l’en croire, ce groupe se serait trouvé à l’avant-garde du mouvement : déjà à l’intérieur de Clarté il « menait la lutte contre le néo-révisionnisme », puis il a pris une position de pointe par le seul fait de défendre les conceptions justes sur les cellules d’entreprises, aujourd’hui il est le champion de la lutte contre l’« anarcho-syndicalisme ».

On aimerait trouver à une pareille autoglorification une base politique moins douteuse. Donc, « le groupe s’est constitué dans la lutte contre le néo-révisionnisme » (p.6). Sur quelles positions ? Comment la lutte fut-elle menée ? Avec quels résultats ? La vraie question, à notre avis, doit être : « dans le giron de quelle déviation » GLCO s’est-il développé ? Clarté, puis, la « rupture » : bilan ? critique ? auto-critique (de la ligne, des responsabilités assumées, de l’activité, de la lutte intérieure) ? Tout ce que nous apprenons, c’est que GLCO était une « unité de base » (?) de Clarté (p.27).

Ensuite, la lutte intérieure contre les spontanéistes (issue ?). Fusion, puis rupture avec UR (bilan ?). La seule autocritique que GLCO ait eu « le temps » de faire porte sur un numéro de feuille d’usine. Dans tout cela, il y a au moins un principe « fumeux » qui a été piétiné :

« Il faut faire consciencieusement le bilan de l’expérience acquise. » « Quand on va dans une unité de travail enquêter au sujet d’un mouvement, il faut chercher à en connaitre tout le processus - ce qui s’est passé à son début, puis à l’étape suivante, et enfin ce qui se passe à l’heure actuelle ; la façon de s’y prendre des masses et la façon de s’y prendre des dirigeants ; les contradictions qui sont apparues et les luttes qui se sont produites, l’évolution de ces contradictions, et les progrès accomplis par les gens dans les connaissances - cela afin de dégager ce qui a valeur de règle. » (Mao Tsé-toung, cité par Pékin Information, Du bilan de l’expérience, 12, 1969)

b. L’attitude idéologique envers l’unité

Toutes les organisations marxistes-léninistes veulent-elles sincèrement l’unité complète, en un seul centre ? GLCO l’affirme :

« L’unification est apparue dans le travail même de chaque organisation comme une nécessité vitale pour nous permettre de mener à bien notre travail dans la classe ouvrière. » (p.6)

Ce n’est pas ce que nous avons expérimenté jusqu’à présent : l’unité n’apparaît pas encore à tous comme une « nécessité vitale ».

GLCO lui-même cherche-t-il l’unité selon les principes ? On peut en douter.

envers TPT

Nous critiquons fermement la malveillance et l’usage de la calomnie. Elle fait le plus grand tort au mouvement tout entier. Prétendre (p.22) que TPT est « tout abasourdi de voir que GLCO ne se rallie pas SERVILEMENT (souligné par GLCO) (à sa position sur le centre) » est une allégation que rien n’étaye (et pour cause) et qui laisse tout supposer. Si GLCO, par son refus d’appliquer des principes « fumeux », ne peut réussir à qualifier justement l’idéologie de TPT (ou de qui que ce soit), en revanche, il ne manque pas de bien révéler la sienne.

Des exemples de malveillance, nous en avons déjà donné, à propos de l’agit-prop et des paysans. C’est un genre de malveillance que nous connaissons bien : il suffit d’ouvrir le journal Clarté. Le mépris affiché des intellectuels (qui couvre le mépris de la théorie) (p.10,62), l’étiquette même d’« anarcho-syndicalisme » rappellent l’origine de GLCO. A titre de référence, on peut lire l’article que Clarté a consacré à la participation d’UUU à la grève de Citroën (n° 134, 1970). Cette malveillance s’étend à l’ensemble des militants de TPT (« dogmatisme de la direction, activisme aveugle de la base », p.22).

envers UR

Si l’on veut l’unité, il faut encore la concevoir et la réaliser correctement. Pour cette raison, il importe de critiquer la conception qui a prévalu lors de la fusion UR-GLCO, puis lors de la dénonciation unilatérale de cette fusion par OC, quelques semaines plus tard.

c. Le centralisme démocratique

Le problème que nous devons résoudre consiste, au point de vue de l’organisation, à construire le centralisme démocratique au niveau national. Il s’impose donc que nous soyons unis sur cette position juste que le centralisme démocratique est applicable et doit être appliqué dès aujourd’hui, par le centre en voie de formation. Nous rejetons le philistinisme qui veut que « la question du centralisme démocratique ne pourra être discutée concrètement qu’à partir du moment où l’on aura avancé sur (la discussion du programme) » (p.19). Le centralisme démocratique séparé de la ligne, conception révisionniste, trotskiste. En réalité, le centralisme démocratique doit être (il l’est déjà) non seulement « discuté », mais appliqué à toutes les étapes de la construction du centre. Les idées justes, toutes les idées justes, y compris − et surtout – « la ligne d’élaboration de la ligne politique » sont à tout moment dégagées et concentrées au moyen du centralisme démocratique. Le centre, comme le Parti, se construit à partir du sommet, depuis le début.

d. L’attitude envers les principes du marxisme-léninisme

GLCO a donné lui-même, dans l’attitude affichée envers les principes, l’expression concentrée de son opportunisme. Rejet des « bavardages abstraits sur les principes (idées livresques) » par opposition à « l’application des principes à la réalité belge (idées vivantes) » (p.24). Le mouvement marxiste-léniniste, que nous avons pour tâche principale d’unir, ne fait donc pas partie de la réalité belge et la réalisation de l’unité ne serait donc pas une question politique concrète ? Régulièrement les principes sont ignorés ou rejetés, au nom du « concret ».

C’est ainsi, notamment, que GLCO introduit sa position erronée à propos du programme : il faut discuter sur la conception du programme, mais « comme on ne peut pas discuter abstraitement de la conception du programme, il faut la lier à des analyses concrètes où est mise en œuvre cette conception » (p.34). Page 19 : « La question du centralisme démocratique ne pourra être discutée concrètement qu’à partir du moment où l’on aura avancé sur les points précédemment cités » : mais, quels que soient ces points, de quelle façon aura-t-on alors « avancé » ? Nécessairement d’une façon bourgeoise.

Oui, nous nous fondons sur les principes et c’est à l’aide des principes que nous voulons discuter ; oui, notre position est systématisée : le projet du centre, construit à partir de la pratique du mouvement et de la lutte contre le néo-révisionnisme, est une application du matérialisme dialectique. Avant de pouvoir devenir une réalité, le centre doit d’abord avoir été un concept dans notre lutte idéologique. Tout ce que nous avons écrit contre AMADA à propos du processus de connaissance s’applique de la même façon à GLCO.

Dans les deux cas il y a volonté erronée de passer du concret au concret. On s’interdit ainsi − et on veut interdire au mouvement − tout progrès dans la connaissance et dans la pratique communistes. Lorsque p.32 GLCO qualifie l’effort théorique (encore combien modeste) de TPT, dans un lapsus révélateur de « réaction à l’anarcho-syndicalisme par l’intellectualisme, le retour aux principes », et que cet effort est considéré comme « pire que le mal », il nous dispense de longues explications. Le retour aux principes désigné comme l’ennemi principal dans le mouvement !

Nous n’espérions pas que nos contradicteurs nous faciliteraient la tâche à ce point ! Nous en tombons d’accord avec eux, l’analyse de classes est très urgente, elle nous départagera, à condition de la faire d’abord à l’intérieur du mouvement ! Mépriser les « notions abstraites », c’est exprimer ouvertement l’intention de ne pas appliquer le marxisme-léninisme. Les principes marxistes-léninistes ne sauraient se distinguer entre principes abstraits et principes concrets (?) ; ils sont justes, et il n’y a pas au monde de contradiction qui ne doive être résolue à leur lumière. Il suffit de voir lesquels s’appliquent et de vouloir les mettre en pratique.

3. Les deux lignes dans la construction du centre

Réaffirmons brièvement la position sur le centre en nous appuyant sur les principes marxistes-léninistes.

Il faut

1. vouloir l’unité des communistes et mener la lutte idéologique en ce sens ;

2. étudier la théorie marxiste-léniniste en détruisant les « théories » révisionnistes et néo-révisionnistes sur les questions du Parti et du programme ;

3. construire le centre, en conformité avec les principes et la théorie, afin de travailler au programme et de diriger la pratique politique nationale selon le centralisme démocratique et la ligne de masse.

Ces trois tâches sont liées, et se réaliseront ensemble.

GLCO élude la question de l’unité et pose immédiatement la question du programme, ce qui lui permet d’ignorer les principes touchant la construction idéologique du Parti (principes qui trancheront la question : qui construira le centre et le programme, les marxistes-léninistes ou les néo-révisionnistes ?), soi-disant au profit des principes de l’analyse de classes (principes que nous n’avons pas encore été jusqu’à présent en mesure d’appliquer scientifiquement). En fin de compte, GLCO fait donc bon marché de tous les principes : les uns sont liquidés par omission (ils sont « abstraits »), les autres font l’objet d’une longue diversion qui n’oblige personne à rien.

La théorie est logée chez GLCO à la même enseigne que les principes : le groupe n’en affirme la nécessité que pour la nier aussitôt par l’exigence antiscientifique de voir actuellement dans des analyses de classes la ligne de démarcation.

GLCO veut réellement le « centre » qu’il accuse TPT à tort de proposer : un « centre » qui ne soit qu’une forme. Un cénacle de gens privés d’unité idéologique, un bureau d’études dénué de vues justes sur les tâches théoriques des marxistes-léninistes, mais ayant pour GLCO l’inappréciable avantage d’être doté d’« ébauches » d’analyses néo-révisionnistes. Enfin, pour parfaire la nature bureaucratique d’une telle institution, ce ne serait qu’à partir de ce moment, lorsque le mal sera fait, que le centralisme démocratique pourra être « discuté ».

GLCO lutte contre l’unité selon les principes et refuse de se démarquer complètement du néo-révisionnisme, parce qu’il n’a pas lui-même consommé sa rupture idéologique avec celui-ci. Il faudra qu’il commence par le commencement : s’armer des principes, faire un bilan sérieux de l’expérience et une autocritique honnête, faire l’analyse concrète du mouvement marxiste-léniniste, reconnaître la juste ligne de démarcation avec les ennemis du marxisme-léninisme, tenir solidement le maillon principal des tâches internes.

La question de l’unité et la question du programme sont liées nous nous unissons pour construire le programme ; en même temps, elles sont distinctes : avec qui et comment les marxistes-léninistes réalisent-ils l’unité afin que le programme soit communiste et non néo-révisionniste ? La conception du monde, telle qu’elle se manifeste aujourd’hui dans l’attitude envers l’unité et dans la position sur les tâches théoriques, est le facteur essentiel de notre unification. Nous ne bâtissons l’unité que sur des fondements solides. Elle sera à l’épreuve des coups de la bourgeoisie (extérieure et intérieure). Nous y veillerons soigneusement, pas parce que nous redoutons, si l’unité se rompait, d’« avoir l’air malin »· (GLCO, p.9), mais parce qu’elle est indispensable à notre travail communiste dans les masses.

 III . BILAN, AUTOCRITIQUE ET PERSPECTIVES DE L’UC(ML)B (ex-Tout le Pouvoir aux Travailleurs et ex-Unité Rouge)

1. Bilan de TPT

Le mouvement étudiant à l’Université libre de Bruxelles, répondant aux idées révolutionnaires de mai 68 en France, a créé les conditions du regroupement et de l’activité d’éléments radicaux qui se mirent sur des positions anticapitalistes et antiimpérialistes.

D’autre part, depuis 1968, et surtout depuis la grande grève des mineurs du Limbourg en 1970, la classe ouvrière se révolte de plus en plus contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail et de vie.

Le groupe UUU (Universités-Usines-Union) se donna pour tâche d’établir un lien entre les luttes étudiantes et les luttes ouvrières. Le groupe était composé de radicaux petits-bourgeois qui voulaient participer à la lutte révolutionnaire. Il était dominé par un courant anarchisant. Des militants issus du mouvement communiste y prenaient une part importante, mais ils adoptaient une attitude complètement opportuniste, en tenant le marxisme pour lettre morte. L’orientation était vague, et la pratique s’organisait au jour le jour. En 1970, le centre de l’activité se déplaça de l’université au prolétariat, à l’appel des grèves spontanées dans la région bruxelloise et sous l’influence idéologique du SVB [Studentenvakbeweging, syndicat étudiant à l’origine d’AMADA, ndlr], organisation sortie du mouvement de masse étudiant de Louvain, qui montra le chemin par son enquête ouvrière lors de la lutte de Ford-Genk.

La ligne de démarcation fut alors tirée avec la droite du mouvement étudiant (trotskistes, libertaires, révisionnistes).

La pratique d’UUU dans la classe ouvrière suivait une orientation spontanéiste. UUU soutenait les luttes économiques, les grèves, uniquement pour elles-mêmes.
Il s’est d’abord agi d’un soutien passif : UUU marquait sa solidarité aux ouvriers, dans des manifestations, des meetings. Sous couvert de « se mettre au service de la lutte des travailleurs », le groupe en réalité se mettait à la traîne du mouvement spontané. Ensuite a prévalu l’idée qu’il fallait « intervenir » dans les luttes, et même s’efforcer d’en avoir la direction. Désormais UUU prenait certaines positions (p.ex. il dénonçait « les syndicats traîtres » et se démarquait de l’opposition syndicale, qui consiste à faire pression sur les directions en espérant gagner l’ensemble de l’organisation au camp de la classe ouvrière) ; le style de travail était beaucoup plus actif, dynamique qu’auparavant et marqué par la volonté (subjective) de se lier aux masses. Ce nouveau style fut le fait de militants ex-grippistes qui entrèrent dans le groupe à cette époque et y défendirent le marxisme-léninisme, ou tout au moins l’interprétation anarchisante du marxisme-léninisme qui est la leur (accent mis sur le mot d’ordre Servir le Peuple et sur la liaison avec les masses, rejet du Parti et de la théorie).

L’influence de ces « maoïstes » fut d’abord positive : ils ont convaincu UUU de se réclamer de la pensée-maotsétoung et d’en appliquer certains principes, et ils ont poussé les militants à se lancer dans la pratique de masse.

Mais le positif se transforma vite en son contraire. Toute la pratique, l’agitation, la participation aux luttes ouvrières était axée sur la lutte économique dans les usines et à ses buts immédiats. Les tâches que se fixait UUU étaient principalement d’attiser la combativité, d’entretenir l’esprit de révolte, de dénoncer les directions syndicales. Le travail d’organisation était rejeté par la théorie selon laquelle « on ne peut éduquer et organiser que des ouvriers recrutés dans la lutte ». Une telle pratique tourna très rapidement à l’activisme. Le spontanéisme devint un frein à tout progrès politique. L’organisation était marquée par l’insuffisance de ses perspectives, l’instabilité idéologique permanente des militants et un fonctionnement à la fois anarchique et bureaucratique.

Contre le courant spontanéiste affirmé se dressa un courant qui prenait conscience de l’économisme d’UUU et qui cherchait à appliquer les principes communistes de façon conséquente. Ces camarades se mirent à l’étude (en particulier de Que faire ?) et ils acceptèrent l’influence d’AMADA (ex-SVB) qui, après la grève du Limbourg, s’était mis sur les positions du marxisme-léninisme et avait fait un bilan autocritique du cours anarcho-syndicaliste suivi par lui jusqu’alors. Lorsque ce courant prit le dessus dans la lutte idéologique, les spontanéistes (minoritaires) rejetèrent les justes critiques des camarades et ne voulurent pas démordre de leur idéologie petite-bourgeoise ; ils furent dès lors rejetés (janvier 71).

Le courant de gauche majoritaire d’UUU constitua l’organisation Tout le Pouvoir aux Travailleurs et entreprit une rectification générale de l’orientation politique, du style de travail et du fonctionnement de l’organisation.

TPT adhéra à la ligne générale du mouvement communiste international (25 points). Les militants qui avaient mené la lutte idéologique contre le spontanéisme, firent une critique-autocritique de la ligne erronée, sur la base du bilan des groupes d’usines. Le spontanéisme se réclame du marxisme-léninisme, mais refuse de l’appliquer intégralement ; il craint qu’en se tenant aux principes l’on se coupe des masses. Le spontanéisme n’a pas confiance dans la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière ni dans le marxisme-léninisme. C’est : un courant opportuniste « de gauche » en apparence, de droite en réalité. Le mouvement de rectification consolida les positions communistes, selon lesquelles :

« la classe ouvrière n’est pas en mesure de développer spontanément une pensée avancée. C’est là un point de vue marxiste. Lénine a indiqué il y a longtemps que le marxisme était la théorie scientifique tirée de la pratique révolutionnaire et qu’il n’avait pas été développé spontanément par la classe ouvrière. Les ouvriers, paysans et autres travailleurs ont des sentiments prolétariens élémentaires, et ils peuvent avoir dans la pratique certaines idées matérialistes et dialectiques de caractère naïf, mais tout cela est encore fort loin de l’assimilation de la théorie scientifique du matérialisme dialectique et historique. D’où la nécessité impérieuse d’étudier de manière consciente le marxisme, le léninisme, la pensée-maotsétoung ». (Étudions la dialectique matérialiste pour devenir des combattants d’avant-garde faisant consciemment la révolution, Pékin Information, 49, 1970, p.16)

et

« la "théorie" de la spontanéité est la théorie de l’opportunisme, la théorie du culte de la spontanéité du mouvement ouvrier, la théorie de la négation, en fait, du rôle dirigeant de l’avant-garde de la classe ouvrière, du parti de la classe ouvrière ». (Staline, Des principes du léninisme, p.23)

La critique-autocritique menée lors de cette première étape de la rectification marxiste-léniniste insistait sur nos tâches immédiates envers les masses. Elle s’attachait en priorité à corriger la conception et la pratique de la propagande et de l’organisation des ouvriers. Au grévisme TPT opposa donc les principes de la propagande communiste : il rectifia progressivement la conception du journal et mena des campagnes de masse (sur la guerre d’Indochine, sur la crise du capitalisme et contre la fascisation et la vie chère).

Dans le travail d’organisation, l’accent fut mis sur la construction de cellules d’entreprises, quoique la confusion entre cellules et comités ne fut pas tout de suite liquidée, ce qui entraîna une sous-estimation du travail d’éducation des ouvriers. La clarification des idées se fit dans une lutte idéologique éclairée par Que faire ? et les principes mis en avant par la IIe conférence d’organisation de la IIIe Internationale. Le texte critique d’UR-OC sur la question cellules-comités fut sur ce point le dernier coup de balai.

L’accent mis sur ces tâches secondaires montre qu’à cette étape l’idéologie de l’organisation ne s’était pas encore réellement dégagée de l’opportunisme. La nécessité de construire le Parti et d’étudier la théorie marxiste-léniniste était affirmée, mais en ordre secondaire. L’édification du Parti n’était envisagée qu’en termes d’implantation des militants dans les masses et de construction des cellules : la conception était celle de construire le Parti « par le bas ».

Les tâches internes, qui restaient donc au second plan, furent prises en main, mais assurées de façon peu scientifique.

Il y avait volonté d’unité (surtout avec AMADA, UR et GR), mais les discussions politiques restèrent assez empiriques et axées sur la pratique de masse. De même, la ligne de démarcation avec l’ennemi était incertaine (flottement idéologique sur la nature de classe de Clarté et de l’Exploité, enquête encore insuffisante à l’époque). L’éducation communiste des militants, qui avait jusqu’alors tant manqué, fut assurée, sur les 25 points, l’Indochine, la dictature du prolétariat. Elle accompagnait une propagande encore coupée de la pratique de la lutte en Belgique.

La structure et le fonctionnement de l’organisation furent mis en conformité avec les principes communistes. La nécessité d’appliquer le centralisme démocratique en accord avec notre situation actuelle fut reconnue après une lutte contre des attitudes ultra-démocratiques et contre le libéralisme. Certains camarades qui s’opposaient au partage des responsabilités et à la division des tâches, à la discipline, à la pratique de la critique et de l’autocritique furent progressivement convaincus de leurs erreurs et renoncèrent à leurs « principes » selon lesquels « chacun doit participer à l’exécution de toutes les tâches » et « chacun doit en permanence être au courant de toutes les activités ».

Le bilan de cette première étape de la rectification met en évidence la volonté clairement et ouvertement affirmée de suivre l’orientation marxiste-léniniste, de propager le communisme, de nous lier aux masses sur une base politique et d’appliquer le centralisme démocratique. L’aspect négatif était essentiellement la confusion faite dans l’ordre d’importance des tâches d’unification des marxistes-léninistes et d’étude d’une part, et des tâches envers les masses d’autre part.

La contradiction principale au sein des marxistes-léninistes se situait encore censément à l’intérieur de l’organisation TPT (lutte contre le spontanéisme et l’esprit ultra-démocratique). Dans TPT, il fallait, en effet, liquider complètement le spontanéisme, mais nous estimions à tort que ce courant restait l’ennemi principal au niveau de tout le mouvement. Cette erreur s’explique par le fait que le spontanéisme était l’ennemi direct auquel TPT s’opposait sur ce qu’il considérait comme le terrain principal de son activité, le travail de masse.

Deuxième étape du mouvement de rectification.

La rectification des tâches immédiates envers les ouvriers n’était qu’un premier pas. Dans la question du Parti, le spontanéisme était resté le courant dominant. Pour le vaincre, il était nécessaire d’éclairer notre idéologie et de définir nos positions politiques sur trois questions : l’ordre d’importance de nos tâches, l’unité des marxistes-léninistes, la lutte contre le néo-révisionnisme.

La lutte idéologique menée à la lumière d’une nouvelle étude, plus approfondie de Que faire ?, « fondement idéologique du Parti bolchevik » (Staline), des leçons de l’histoire du PC(b) de l’URSS, de Un pas en avant, deux pas en arrière et surtout de l’exposé systématique fait par Staline des étapes de la construction du Parti social-démocrate russe, nous a fait prendre conscience que nous devons constituer un solide noyau de communistes, afin d’introduire le marxisme-léninisme dans l’avant-garde et progressivement dans la classe ouvrière toute entière. Aussi l’éducation idéologique et théorique doit-elle être l’aspect principal de notre activité.

« C’est en premier lieu à nous communistes qu’il appartient de comprendre notre théorie à fond, puis de l’enseigner aux larges masses du peuple. » (Enver Hoxha, Etudions la théorie marxiste-léniniste en étroite liaison avec la pratique révolutionnaire, p.20)

Le maintien de la désunion existante des marxistes-léninistes est contraire à l’idéologie communiste. Actuellement les efforts des marxistes-léninistes restent dispersés dans le pays. C’est un facteur évident de faiblesse politique. L’unité doit être réalisée au niveau national et à partir du sommet. La contradiction principale, celle qui bloque la solution de toutes les autres et que nous devons par conséquent résoudre en premier lieu, ne se situe donc pas au niveau de TPT ou d’une organisation marxiste-léniniste quelconque, mais au niveau du mouvement tout entier. Pour former le noyau de communistes, embryon du Parti, la première condition est d’unir tous les camarades qui se réclament honnêtement du marxisme-léninisme. La contradiction principale oppose ceux qui luttent pour l’unité politique, idéologique et organisationnelle à ceux qui veulent conserver la désunion. Sa solution est la construction du centre, sur la base des principes et de la théorie.

A l’étape actuelle, il apparaît clairement que l’ennemi principal du marxisme-léninisme est le néo-révisionnisme. Les néo-révisionnistes sont nos ennemis parce qu’ils ont formé des « Partis » réformistes dont l’existence même est un défi à l’unité des communistes et à la construction du Parti communiste (marxiste-léniniste) authentique, ainsi que du programme scientifique de la classe ouvrière. Ils sont l’ennemi principal, parce qu’ils s’opposent directement aux marxistes-léninistes dans l’accomplissement de leur tâche centrale : tout ce que les communistes doivent à présent mener à bien, ces comploteurs, ces faussaires prétendent l’avoir « déjà fait » ou « être occupés à le faire ». Ils désunissent, sèment consciemment la confusion sur les questions vitales. Les communistes (marxistes-léninistes) chasseront du mouvement les responsables néo-révisionnistes avérés de Clarté et de l’Exploité, et mèneront la lutte idéologique avec les camarades qui, au sein du mouvement, se laissent entraîner par des conceptions ou des styles erronés, tels le subjectivisme, le praticisme, le sectarisme et qui risquent de s’engager sur le même chemin de l’opportunisme.

La critique du néo-révisionnisme avait été entreprise par Unité Rouge dès 1969. TPT a rejoint ces camarades sur cette question, et les tâches de l’enquête et de la critique ont été menées à bien en commun. Les travaux de la réunion préparatoire à la Conférence des Partis et Organisations communistes (marxistes-léninistes) d’Europe nous ont également éclairés dans cette question. Toutefois nous dévons faire l’autocritique sur le scissionnisme qui marque le projet d’organiser une telle « Conférence », en l’absence du Parti du Travail d’Albanie, à qui revient l’initiative dans le travail d’unification des marxistes-léninistes d’Europe.

La lutte idéologique et l’éducation systématique sur le Parti à l’intérieur de TPT ont visé à préparer l’organisation à l’accomplissement de ses tâches les plus importantes : en premier lieu, à nouer des rapports corrects avec les autres organisations marxistes-léninistes. La critique est dirigée contre les camarades qui sous-estiment l’importance de la lutte contre le néo-révisionnisme en tant qu’ennemi principal et en tant que danger interne.

Il y a aussi critique contre des conceptions libérales de l’unité (p.ex. contre l’acceptation des conditions sans principe d’AMADA : unité autour du journal, théorie des « deux centres »), et critique de la sous-estimation de la théorie (contre l’idée de faire l’unité des marxistes-léninistes principalement sur les fragments de la ligne de propagande).

Dans l’ensemble de notre activité, nous attachons une très grande importance à la nécessité de marcher toujours sur les deux jambes en même temps que l’accomplissement des tâches internes d’unification et d’étude, nous poursuivons la propagande et l’agitation de masse et la construction des cellules. C’est ce que nous expliciterons en développant nos perspectives.

Quelle est la situation actuelle ?

La construction du centre est un processus. Ce processus a commencé : le centre est en voie de se former. Les communistes qui ont pris l’initiative de son édification, en constituent aujourd’hui l’embryon. La proposition d’unification faite par TPT au mouvement amène celui-ci à prendre position sur la question du Parti. Les réponses des organisations doivent vérifier la justesse de la ligne marxiste-léniniste : aussi bien de celles qui s’uniront sur les positions justes pour construire le centre que celles qui, en refusant l’unité ou en s’accrochant à des positions erronées sur le programme, révéleront leur opportunisme. TPT et UR se sont unifiés sur la base de la proposition du bulletin marxiste-léniniste n° 1, après avoir mené la lutte idéologique sur les questions essentielles et concentré les idées justes mises en avant par l’une et l’autre organisation. GLCO a publié, de son côté, une proposition d’unité qui nous a servi de professeur négatif. AMADA a dû rompre sa politique du silence et critiquer nos positions la lutte idéologique a enfin commencé en Belgique, sur son vrai terrain [8].

Quelle est l’attitude des communistes dans cette situation ?

Elle a un double aspect. D’une part, l’avant-garde doit exercer son influence idéologique sur toutes les organisations. C’est là la forme actuelle que doit prendre le centralisme démocratique dans le mouvement. Nous devons faire notre éducation communiste et apprendre à situer tous les problèmes politiques à l’échelon du mouvement, nous considérer comme responsables du mouvement.

« Il faut encourager chaque camarade à tenir compte des intérêts de l’ensemble. Chaque membre du Parti, le travail dans chaque secteur, chaque parole ou acte, tout doit avoir pour point de départ les intérêts de l’ensemble du Parti. Nous ne tolérerons pas la moindre infraction à ce principe. » (PLR, p. 299)

Ce principe revêt aujourd’hui une importance exceptionnelle. Si nous ne sommes pas animés par une telle idéologie, nous ne pourrons pas faire l’unité des communistes. D’autre part, nous devons limiter au maximum les conséquences négatives que le sectarisme et l’opportunisme provoqueront, et remédier le mieux possible au ralentissement du progrès politique qu’ils entraîneront dans notre activité. Autrement dit, il faut mettre tout en œuvre pour l’unité, mais en même temps nous devons progresser dans la construction de la ligne et la pratique militante, agir et étudier, exactement comme si nous étions seuls.

Cette contradiction entre les deux aspects actuels de nos tâches ne sera résolue qu’au niveau du mouvement, lorsque l’embryon du centre qui existe actuellement aura rallié tous les communistes de Belgique, organisations et militants, par la lutte idéologique et quand les opportunistes auront dû révéler leur nature néo-révisionniste en rejetant la conception marxiste-léniniste du Parti.

2. Bilan d’UR

Origine d’UR

La lutte de classes du mois de mai 1968 en France et le mouvement étudiant en Belgique ont créé les conditions du regroupement du noyau d’UR. Un marxiste-léniniste, un ex-militant du P « C » B révisionniste, un ouvrier révolutionnaire et un militant ayant participé à la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine, prirent la direction d’une lutte idéologique qui se mena dans le groupe élargi pendant plusieurs mois sur les questions fondamentales de la démarcation entre révisionnisme et marxisme-léninisme (coexistence pacifique révisionniste ou internationalisme prolétarien, parti communiste ou parti réformiste, voie électorale ou révolution violente). Le groupe étudia : « Le gauchisme, maladie infantile du communisme », « De la contradiction », « De la pratique », « Contre le libéralisme », « De l’Etat », « L’Etat et la Révolution », « L’histoire du PC(b) de l’URSS », « L’histoire du PTA ».

La lutte de classes et la théorie communiste accélérèrent la transformation de la conception du monde de la majorité des militants. Dans la pratique, cette nouvelle idéologie se traduisit par une participation active aux manifestations antiimpérialistes et antifascistes, liée à des rapports avec des ouvriers d’usines de Bruxelles et de province. L’acquis théorique dû à l’étude et à la lutte idéologique n’avait pas résolu la question de l’orientation politique et des tâches immédiates du groupe.

C’est pourquoi UR appliqua le marxisme-léninisme à la connaissance de la situation en Belgique, pour établir une ligne directrice à ses activités. Pour faire la révolution, il faut un parti révolutionnaire ; Tout communiste doit adhérer au Parti ; Lorsqu’il n’y a pas de Parti, il faut le construire. Ces principes, deux militants les considérèrent comme les principes essentiels de l’étape, c’est-à-dire le maillon faible du mouvement ouvrier révolutionnaire.

L’enquête dans le mouvement communiste et la lutte idéologique sur la question de la construction du Parti

Une enquête fut entamée, qui précéda le développement théorique et pratique du groupe UR. Cette enquête porta sur les partis « marxistes-léninistes » déclarés tels (Clarté, l’Exploité). Les militants d’UR cherchèrent à adhérer à la ligne de Clarté. Ils prirent conscience que cette organisation ne leur demandait que certaines choses : vendre le journal, suivre docilement, ne pas critiquer. Le silence obstiné auquel se heurtaient leurs questions sur l’origine politique du parti et sur les principes communistes, leur montra qu’il était nécessaire de faire une enquête sur l’histoire de cette organisation, dans le but de mener une lutte conséquente contre l’opportunisme. Il fallait aussi découvrir les raisons « historiques » de l’existence de deux partis communistes et analyser les divergences entre ces deux organisations. Les militants d’UR militèrent quelque temps dans le P « C » B « ML ». L’Exploité interdisait purement et simplement toute lutte idéologique, qui était traitée de « coupage de cheveux en quatre » et de « discussions sur le sexe des anges ».
De plus, la ligne politique de ce parti était considérée par les militants comme correcte, par l’affirmation de son existence.

L’expérience pratique et la critique révolutionnaire des deux partis aboutirent à cette conclusion qu’aucun des deux n’est marxiste-léniniste. A partir des rapports qui furent nouées par l’enquête, les militants d’UR retinrent principalement l’idéologie bourgeoise des dirigeants de ces organisations. Il ne fut pas fait de critique d’ensemble sur la ligne, le style de travail, la méthode de construction du programme et l’application du centralisme démocratique. Ceci amena à une appréciation erronée de ces partis, qui furent considérés comme alliés, et ne permit donc pas de caractériser l’ennemi principal à cette époque. Comme UR ne reconnaissait pas en Clarté et en l’Exploité des partis marxistes-léninistes, la tâche immédiate qui s’imposait était l’édification du Parti communiste authentique.

Le premier document d’UR (1969 : « Ligne prolétarienne de construction du Parti ») résume l’état des forces d’avant-garde et indique la nécessité de la connaissance rationnelle de ces forces au niveau national, ainsi que l’analyse historique du révisionnisme en Belgique pour en tirer l’expérience matérialiste et se démarquer complètement de lui. La volonté de lutte idéologique est marquée, mais il n’est pas indiqué quel doit être l’objet principal de cette lutte. L’opportunisme dominant du mouvement marxiste-léniniste est qualifié de spontanéisme, alors qu’il s’agissait du néo-révisionnisme principalement. L’aspect le plus important du document met en avant la nécessité du Centre comme première étape dans la construction du Parti. Des illusions démocratistes parsèment encore cette position (élection du Centre, en l’absence d’une base politique suffisante), mais l’attachement aux principes lui donne son aspect positif. La deuxième partie du document met en avant le regroupement des forces marxistes-léninistes existantes, le Centre. La tâche assignée au Centre est de tracer la ligne politique du mouvement marxiste-léniniste, ce qui nécessite en premier lieu la transformation idéologique des camarades.

Cette tâche essentielle ne fut pas liée à une lutte idéologique correcte dans le mouvement marxiste-léniniste, ni à une pratique politique dans la classe ouvrière. UR s’engageait ainsi dans une voie dogmatique qui marquera tout le développement de l’organisation.

L’attitude d’UR envers le mouvement révolutionnaire

Le mouvement étudiant se débattait dans le spontanéisme et l’économisme, et UR, au sommet d’une montagne de dogmes, était à l’affût de forces marxistes-léninistes se déclarant prêtes à construire le Parti, et armées d’une idéologie « correcte ». Cette recherche d’organisations adhérant aux principes sur le Parti fut dans la première période d’UR son activité principale. Dans les courants et tendances révolutionnaires avec lesquels UR entra en rapport, aucun n’était d’accord avec les principes marxistes-léninistes sur le Parti et encore moins avec la conception d’UR sur ces mêmes principes, telle que cette conception se manifestait dans la pratique. Cette pratique se composait de la propagation des idées et des principes du socialisme scientifique par une lutte idéologique-politique abstraite. De fait, les tâches envers la classe ouvrière furent liquidées : ce fut au nom de la somme de tâches théoriques nécessitées par le révisionnisme du mouvement communiste belge depuis 50 ans et par la nécessité de la liquidation scientifique de l’opportunisme dans le mouvement ouvrier. Il en résulta une grave déviation dogmatique.

La lutte idéologique interne à UR

Cette déviation exposait l’organisation aux attaques des deux formes de la ligne de droite, le néo-révisionnisme et le spontanéisme. A l’intérieur de l’organisation, elle aiguisait la contradiction entre deux tendances, celle de la construction du Parti « du haut de la montagne » et celle de la liaison avec la classe ouvrière par le travail en usine. La tendance spontanéiste appelait justement à une pratique dans la classe, mais elle fut renforcée dans son opportunisme et son activisme par le sectarisme de la direction qui ne voyait dans cette tendance que du négatif. La direction rejetait le principe selon lequel « un se divise en deux » et qu’une mauvaise chose peut se transformer en son contraire et devenir une bonne chose.

De même, UR n’eut pas une attitude conforme au matérialisme dialectique à l’égard des transformations qui s’effectuaient dans le courant spontanéiste. En effet, lors de l’éclatement d’UUU, UR ne sut pas déceler le nouveau et ne chercha pas à mener une lutte idéologique avec TPT, l’aile gauche majoritaire d’UUU.

La crise intérieure de l’organisation éclata, et les deux lignes se séparèrent après l’accumulation des contradictions entre dogmatisme et spontanéisme. L’antagonisme domina tous les rapports entre les deux tendances pendant quelque temps. Puis, dans le groupe spontanéiste apparurent des contradictions sur l’empirisme et le caractère artisanal de son travail. Deux courants s’affrontaient un courant de droite, qui avait toujours combattu la construction du Parti selon les principes, trouvait dans le néo-révisionnisme un pis-aller en l’absence de parti et était enclin à la conciliation avec lui ; l’autre tendance, celle de gauche, bien qu’influencée par le courant de droite, avait combattu finalement le néo-révisionnisme comme ligne ennemie. Les militants du courant de droite adhéreront par la suite organisationnellement au néo-révisionnisme.

La ligne dogmatique établit à nouveau des contacts avec le groupe spontanéiste afin de mener une lutte idéologique sur la base des problèmes de pratique et de théorie nés de l’activité de ce groupe. La ligne dogmatique reconnut en principe l’importance de la liaison avec la classe ouvrière et mena une lutte conséquente avec la tendance de gauche du groupe spontanéiste qui fut ralliée à la nécessité de la théorie scientifique dans la construction du Parti.

Les militants de gauche ralliés à UR, travaillant en usine, exigèrent à nouveau dans UR une ligne pratique en rapport avec la construction du Parti, définissant les tâches des communistes dans leurs rapports avec la classe. Dépourvus de programme révolutionnaire, les militants d’UR se guidèrent sur le léninisme pour déterminer la tâche principale dans le secteur. Ce fut la formation d’un noyau communiste qui se porte à l’avant des revendications économiques en les liant et en les subordonnant aux tâches d’éducation politique (conscience socialiste) révolutionnaire. Dans la cellule d’une usine de Bruxelles qui fut constituée sur cette base, il y eut lutte entre deux lignes, une ligne réformiste, dont l’objectif était de rassembler un maximum d’ouvriers sur des buts revendicatifs, et une ligne de gauche qui défendait le recrutement d’ouvriers sur des buts communistes. Après la réunification avec la tendance de gauche, UR estima erroné le développement d’une pratique, séparée de l’activité des autres organisations ’dans la classe ouvrière, et porta le travail idéologique au niveau du centre et du Parti vis-à-vis de TPT et d’OC.

La lutte idéologique pour le centre

Une fraction s’était formée dans le P « CML » B (Clarté), basant sa critique sur le bureaucratisme, l’absence de liaison avec les masses, et l’idéologie réactionnaire des responsables du Parti. La fraction fut exclue et se constitua en groupe, l’Ouvrier en Colère (OC). Toutes les positions d’OC à l’égard du néo-révisionnisme sont des critiques secondaires qui ne se rapportent pas à la contradiction principale dans le mouvement révolutionnaire. OC admit les critiques antérieures faites par UR sur des aspects secondaires du néo-révisionnisme, critiques dépassées par les nouvelles positions d’UR sur le néo-révisionnisme.

L’opportunisme d’UR à l’égard d’OC fut de conclure avec lui une unité sans principe qui freina la progression de la ligne du centre, par le rejet des besoins à long terme du mouvement révolutionnaire. Il n’y eut pas de lutte idéologique résolue sur la contradiction principale, mais sur des questions d’ordre secondaire sur lesquelles il est aisé de s’unir pourvu « qu’on mette un peu d’eau dans son vin ». OC insistait avec force sur la pratique dans la classe ouvrière, sur la constitution de cellules d’usine ; de même, il défendait une conception sur le Parti selon laquelle une unité de militants pouvait, sans analyse de la contradiction principale, ébaucher des points de programme révolutionnaire, dont la justesse serait garantie par le travail dans la classe ouvrière, c’est-à-dire « la liaison avec les masses ».

Ainsi de la question paysanne : suite à la jacquerie de 1971, OC affirmait que l’on devait avancer des positions de programme pour l’alliance du prolétariat et de la « paysannerie pauvre ». Refus de lutter pour l’unité nationale des marxistes-léninistes, refus de la lutte scientifique contre l’opportunisme dominant dans le mouvement, refus de construction scientifique du programme et de son créateur, le Centre. Ce sont là trois aspects de la ligne d’OC qui puisent abondamment à la source du néo-révisionnisme dont OC n’a pas fait la critique révolutionnaire marxiste.

Les marxistes-léninistes posent comme condition intransigeante à la progression juste du mouvement révolutionnaire, la caractérisation scientifique de l’étape où il se situe. Cela signifie que ne pas aborder du point de vue marxiste l’analyse de la contradiction principale, amène inéluctablement à errer dans l’idéalisme, le réformisme, l’opportunisme, et finalement à trahir si la correction n’est pas apportée à l’orientation erronée.

La pratique de l’unité amena la révélation des contradictions profondes entre UR et OC, particulièrement, sur la conception de l’unité nationale des marxistes-léninistes. Pour OC, du moment qu’un groupe possédait une pratique et des « points de programme », le travail d’unification avec lui pouvait commencer. C’était un assemblage sans principe, pour construire la ligne de bric et de broc. Le centralisme démocratique au niveau national, selon OC, aurait débuté après que l’unification au niveau national serait faite sur des choses aussi « solides » que des points de programme. (Mao Tse-toung rappelle l’idéalisme de la position qui affirme que dans un processus, toutes les contradictions n’apparaissent pas dès le début, mais plus tard parfois.)

La tendance spontanéiste-praticiste d’UR, qui avait souhaité la fusion avec OC, trouva dans la pratique de la fusion le professeur négatif. Ce qui favorisa une lutte idéologique de la ligne marxiste-léniniste (dogmatique) avec la tendance praticiste et remit en cause les fondements de l’unité, afin de les corriger par la lutte idéologique sur la base des principes du Centre et du Parti. OC n’accepta pas la lutte idéologique et estima avoir été circonvenu par des manœuvriers. Si la lutte idéologique sur la contradiction principale est l’arme des manœuvriers, ce fut une manœuvre. Mais la lutte idéologique est la seule méthode de résolution des contradictions entre communistes. Si OC a confondu la lutte idéologique avec des manœuvres, c’est que OC n’a pas assimilé la nécessité de la lutte idéologique, ce qui ne fait que confirmer sa forte tendance néo-révisionniste.

La lutte idéologique entamée entre UR et TPT sur la base des principes du Centre comme une nécessité impérieuse, permit à TPT de développer une perspective d’ensemble pour le mouvement marxiste-léniniste (Bulletin marxiste-léniniste n° 1) et la classe ouvrière. TPT et UR, s’en tenant fermement à la contradiction principale dans le mouvement ouvrier, menèrent une lutte idéologique conséquente sur cette contradiction, sans se perdre dans des points secondaires de tactique ou de programme, comme il est courant dans le mouvement révolutionnaire. Une ferme conviction du désir d’unité se dégagea du travail commun d’analyse de l’opportunisme dominant et de résolution des tâches internes du mouvement, ainsi que la réalisation du bilan autocritique respectif. Ces tâches entreprises, respectant les principes, amenèrent à l’unité organisationnelle qui produisit une nouvelle organisation, l’UC(ML)B.

Conclusion

UR prit l’initiative de lutter pour la fondation du Parti communiste après la débâcle du P « C » B néo-révisionniste (Voix du Peuple). Il appliqua le marxisme à résoudre la contradiction principale et résolut théoriquement l’essentiel de cette contradiction, mais sans passer au degré pratique, qui seul dans la théorie marxiste a force transformatrice et révolutionnaire. Il est sûr que du courant révolutionnaire né du mouvement étudiant et de la débâcle du P « C » B (Voix du Peuple), nombre de militants se seraient saisis beaucoup plus tôt de l’analyse correcte pour guider une pratique juste, mais le dogmatisme d’UR dans sa propagande interdisait aux courants et militants révolutionnaires de trouver dans le principe du Centre un devoir communiste immédiatement réalisable.

3. Unification de TPT et d’UR

L’unification de TPT et d’UR s’est faite essentiellement à partir de positions communes sur la contradiction principale du mouvement et sur la façon de la résoudre (lutte pour l’unité et pour la construction du centre), sur la démarcation avec le néo-révisionnisme et sur l’aspect principal de la théorie à l’étape actuelle. Le Bulletin marxiste-léniniste n° 1 en donne la base politique et idéologique. Il y a eu centralisation des idées justes existant sur ces questions à TPT et à UR, et sur d’autres questions relatives à la pratique de masse (en particulier, sur le journal). Le bilan du néo-révisionnisme en Belgique a été fait en commun (cf. bulletin marxiste-léniniste n° 2).

La réalisation de l’unité ne met pas fin à toutes les contradictions secondaires. Pour les résoudre, l’activité politique commune et centralisée au sein de l’organisation unifiée crée à la lutte idéologique des conditions meilleures que celles qui existaient dans la désunion.

TPT et UR n’ont pas seulement unifié leurs organisations. Ils ont avant tout franchi un pas dans la construction du centre. C’est dans cette orientation de l’édification du Parti que toutes les discussions ont été menées et que l’unité a été faite. Nous voyons dans ce progrès une première vérification dans la pratique de la ligne marxiste-léniniste. TPT et UR, en ayant suivi chacun une évolution au cours très dissemblable, sont arrivés, en appliquant les principes et en menant entre eux la lutte idéologique, à des conclusions communes et à l’unité politique et organisationnelle. UR est parti de définitions et d’exigences marxistes-léninistes, sans les développer de façon satisfaisante dans la pratique. TPT a rectifié une pratique à l’origine spontanéiste à la lumière des principes et a défini les conditions politiques de la construction du Parti.

4. Perspectives de l’UC(ML)B : Taches théoriques et pratiques de la construction du Parti

Notre activité doit se développer dans les tâches internes au mouvement (et, en ordre secondaire, à l’organisation elle-même) et dans la pratique dans la classe ouvrière.

Les tâches internes comprennent la lutte idéologique pour l’unité et pour la victoire des positions communistes, l’assimilation et la propagation de la théorie marxiste-léniniste, l’établissement du centralisme démocratique national.

Elles déterminent actuellement les tâches immédiates envers la classe ouvrière. En premier lieu, nous devons planter le drapeau marxiste-léniniste sur un terrain attaqué de toutes parts par le réformisme et le révisionnisme. Nous devons nous forger une conscience communiste, pour faire parmi les travailleurs une propagande correcte.

« Ce sera, notamment, le devoir des chefs de s’éclairer de plus en plus sur les questions théoriques… et de jamais oublier que le socialisme, depuis qu’il est devenu une science, veut être traité, c’est-à-dire étudié, comme une science. » (Engels, cité par Lénine, t. 5, p. 379)

Notre pratique de masse dépendra essentiellement de l’accomplissement de nos tâches idéologiques et théoriques. Elle est encore limitée, mais nous nous efforçons de la mener selon les principes. Il est important de la développer, mais nous refusons de sacrifier à des critères quantitatifs l’orientation politique communiste : ce danger est grand, surtout en l’absence d’un programme scientifique propre à mobiliser la classe ouvrière. La pratique de masse doit s’amplifier selon une ligne correcte ; à son tour, elle éclairera l’activité théorique.

Les tâches internes sont principales, mais les tâches immédiates envers la classe ouvrière n’en restent pas moins à tout moment le fondement et la raison d’être de toute notre activité. La philosophie marxiste est actuellement l’aspect dominant : or, elle :

« a deux particularités évidentes. La première, c’est son caractère de classe : elle affirme ouvertement que le matérialisme dialectique sert le prolétariat ; la seconde, c’est son caractère pratique : elle met l’accent sur le fait que la théorie dépend de la pratique, que la théorie se fonde sur la pratique et, à son tour, sert la pratique ». (Mao Tsé-toung, I, De la Pratique, p. 331)

Les tâches envers les masses

Elles constituent nos tâches fondamentales, parce que les masses font l’histoire et que ce sont elles qui détruiront le capitalisme et qui établiront le socialisme. Le Parti est l’élément subjectif qui agit selon des lois objectives, pour favoriser systématiquement la tâche historique du prolétariat.

Nous avons des tâches de propagande et d’agitation, et des tâches d’organisation.

« Pour renverser un pouvoir politique, on commence toujours par préparer l’opinion publique et par faire un travail idéologique ». (Mao Tsé-toung, Doc. GRCP, p. 32) « Tant qu’il s’agit (et dans la mesure où il s’agit encore) de rallier au communisme l’avant-garde du prolétariat, la propagande se situe au premier plan ; même les petits cercles de propagandistes sont utiles et féconds en dépit de leur faiblesse. » (Lénine, t. 31, p. 90) « L’avant-garde prolétariat est conquise idéologiquement. C’est le principal. Autrement, faire même un premier pas vers la victoire serait impossible. » (Ibid. p. 89)

Le devoir des communistes, à toutes les étapes de leur activité, est de faire progresser les masses idéologiquement et politiquement, et de les aider à s’organiser. Il faut aujourd’hui rallier l’avant-garde aux principes communistes et créer un courant marxiste-léniniste dans la classe ouvrière. Il faut lutter contre les courants bourgeois et petits-bourgeois, réformistes et révisionnistes. Sans combattre ces courants, il sera impossible de gagner l’avant-garde, puis la classe ouvrière à la cause du socialisme.

Le devoir des communistes est de servir le peuple de tout leur cœur. Les besoins politiques de la classe ouvrière sont immenses. Nous créerons un Parti solidement implanté dans les masses et capable de les conduire à la victoire, nous devrons constituer une armée prolétarienne pour abattre le pouvoir de l’Etat capitaliste, nous établirons une alliance de classes regroupée autour du prolétariat. Ces besoins existent objectivement en tout temps, même si nous ne pouvons y répondre dans l’immédiat. Le travail actuel est un travail de préparation, un travail régulier, de longue haleine et que : accomplissons selon nos capacités et nos forces.

La propagande, l’agitation, la participation aux luttes constituent la base du travail de masse.

La première période de la construction du Parti est caractérisée, dans les tâches envers les masses, par le ralliement de l’avant-garde de la classe ouvrière aux idées communistes et par son organisation dans des cellules d’entreprises et des cellules de quartier.

La liaison avec les masses est une liaison politique organisée. Nous nous appuyer sur les éléments avancés, pour entraîner ensuite les masses intermédiaires. Nous combattons le courant spontanéiste qui affirme qu’en travaillant de la sorte « on ne touche qu’un petit nombre d’ouvriers » et « on se coupe des masses ». Il est nécessaire, pour gagner les larges masses, de former d’abord le noyau de l’avant-garde communiste qui constituera progressivement le centre de ralliement et la direction de la classe ouvrière.

Lénine a réfuté les « arguments » des économistes qui lui reprochaient mettre au premier plan la « crème » des ouvriers, et non l’ouvrier « moyen », l’ouvrier « du rang » ( t. 5, p. 388).

Les larges masses rallieront le Parti pendant la période suivante, lorsque celui-ci, fort de son programme révolutionnaire et de son cadre national, interviendra dans les luttes de masse pour en prendre la direction. Cependant, dès à présent, il faut élever le niveau de conscience du prolétariat. Notre propagande et notre style de travail doivent peu à peu créer dans les masses un courant de sympathie politique envers le communisme. Ce travail également prépare les conditions de la confiance que le Parti doit gagner dans toute la classe ouvrière pendant la seconde période.

Comment appliquer ces principes du travail de propagande à la situation concrète ?
Le niveau politique de l’avant-garde ouvrière belge est relativement faible. Sur le prolétariat règnent l’idéologie social-démocrate et le révisionnisme. La Belgique a de tout temps été un bastion du réformisme ; les crimes et les erreurs des Partis ouvriers pèsent très lourd sur le mouvement ouvrier de ce pays.

La propagande doit partir du niveau de l’avant-garde. La tâche des communistes est rendue plus difficile encore par l’absence de programme. Il faut pourtant se garder de « parer au plus pressé » en voulant « gagner » les ouvriers principalement sur des revendications et des « fragments de programme », en dehors de toute analyse de classes scientifique.

C’est là actuellement la forme principale de la tentation réformiste. Nous devons centrer notre propagande sur l’explication des principes fondamentaux (les contradictions du capitalisme, l’effondrement de l’impérialisme, la nécessité de la révolution socialiste violente et de la dictature du prolétariat, la nécessité de construire le Parti communiste, etc.) et sur des prises de position idéologiques face aux attaques de la bourgeoisie, de la social-démocratie et du révisionnisme. C’est en ayant conscience de cette situation que nous trouverons le plus de forces pour travailler au programme. L’orientation générale se développera en une plate-forme politique concrète propre à gagner l’adhésion de tous les ouvriers révolutionnaires.

Le travail de propagande exige une activité régulière en direction des grandes usines et des quartiers ouvriers.

Le journal est l’instrument principal de cette activité. Les campagnes éclairent la classe ouvrière sur des questions politiques fondamentales et doivent les aider à mettre en rapport leurs luttes quotidiennes avec les principes de la révolution socialiste. La participation des communistes aux luttes économiques a pour but principal de développer la conscience politique rudimentaire qu’elles suscitent dans l’esprit des ouvriers ; elle est un moyen de propagande et d’agitation politiques, non une fin en soi. Le niveau politique relativement faible du prolétariat ne peut jamais devenir pour les communistes la « justification » d’une agitation syndicaliste, d’une propagande politique au rabais.

Dans le travail de masse, la tâche centrale, vers laquelle convergent tous les efforts, est la construction des cellules. Les cellules assurent à l’organisation une base prolétarienne. La formation communiste de cadres et de militants ouvriers par la pratique de masse, la lutte idéologique et l’éducation politique, jette les fondements du Parti de la classe ouvrière.

Chaque grande usine doit devenir une forteresse du Parti. Les membres de la cellule du Parti reçoivent une éducation communiste et participent à la construction de la ligne et à la lutte idéologique dans le Parti ; ils assurent les tâches d’enquête, de la propagande et de l’agitation, de la participation aux luttes, du recrutement. D’autre part, dans les grèves spontanées, les ouvriers, actuellement, construisent des comités, en dehors des syndicats, pour diriger la lutte. Les communistes soutiennent ces initiatives qui favorisent l’unification de la classe et qui lui apprennent à compter sur ses propres forces en luttant pour ses justes revendications. Ils militent à l’intérieur de ces organisations, de même que dans les syndicats réformistes, afin d’y gagner l’avant-garde aux positions communistes.

L’accomplissement des tâches immédiates envers la classe ouvrière est aussi nécessaire du point de vue du mouvement marxiste-léniniste lui-même. Les enquêtes, l’agitation et la propagande, l’appui donné aux grèves, ont concrétisé nos positions sur la fascisation, la social-démocratie, la combativité ouvrière (de même que la lutte idéologique interne nous apprend à appliquer les principes).

A chaque étape, la construction de la ligne nécessite une connaissance directe de la situation idéologique des trois couches présentes dans les masses, et en particulier de l’avant-garde (degré de conscience, combativité, attitude envers le révisionnisme et la social-démocratie). Notre situation politique actuelle ne nous permet que de connaître les symptômes de la situation (effets de la crise, signes de fascisation), mais la pratique de masse vérifie la justesse de notre orientation et de nos positions de principe. Tant l’audience que reçoit la propagande que les critiques qu’elle suscite, nous permettent d’améliorer progressivement tous les aspects du travail de masse. Chez les progressistes aussi, le développement du Secours Rouge vérifie le bien-fondé de la campagne contre la fascisation. L’enquête dans les autres classes et couches en lutte (manifestations des paysans, des commerçants, des employés, des jeunes, etc.) sont des éléments importants de connaissance directe.

« La seule méthode qui permette de connaitre une situation, c’est d’enquêter sur la société, sur la réalité vivante des classes sociales… » (PLR, p. 259)

Mais c’est surtout du point de vue idéologique qu’il est essentiel pour l’organisation et pour chaque militant de participer activement à la lutte des masses.

« En toute chose, nous autres, communistes, nous devons savoir nous lier aux masses. Est-ce que les membres de notre Parti pourront se rendre utiles en quoi que ce soit au peuple chinois s’ils passent toute leur existence entre quatre murs, à l’abri des tempêtes et à l’écart du monde ? Non, absolument pas. Nous n’avons pas besoin de telles gens comme membres du Parti. Nous autres, communistes, nous devons braver les tempêtes et voir le monde en face, les grandes tempêtes et le monde grandiose de la lutte des masses ». (PLR, p. 303)

« Etre élèves des masses avant de les instruire », est un principe universel. Nous devons apprendre à voir toute question du point de vue de la classe ouvrière, renforcer nos sentiments de classe, respirer du même souffle que les masses, nous soucier davantage de leurs besoins. Comprendre la force des masses, avoir en elles une confiance infinie. En même temps, mesurer notre retard aux exigences politiques de l’avant-garde, faire l’expérience concrète de nos limites. La liaison avec les masses nous met au pied du mur et doit nous stimuler à travailler plus activement.

Les tâches internes

Révolutionnariser notre conception du monde par la lutte idéologique, la critique et l’autocritique.

La lutte idéologique est l’âme de toute notre activité : il faut constituer le noyau marxiste-léniniste prêt à affronter politiquement le feu de la lutte des masses en Belgique. Elle vise en premier lieu à l’unité et à l’éducation des communistes du pays. Là se trouve actuellement le principal terrain de vérification de la ligne : notre lutte fait-elle progresser les marxistes-léninistes vers l’unité et assure-t-elle la cohésion idéologique de l’organisation ?

S’armer de la théorie marxiste-léniniste.

L’assimilation de la théorie marxiste-léniniste sert la construction de la ligne politique. La connaissance dérive de sources directes, notre propre pratique, et de sources indirectes, la pratique du mouvement communiste international, comprise de façon systématique, c’est-à-dire, la théorie. En travaillant au programme nous devons, à l’étape présente, nous appuyer surtout sur la connaissance indirecte, sur l’étude plus que sur l’enquête. Si nous ne commençons pas à maîtriser la philosophie marxiste et les sources scientifiques de la connaissance indirecte, notre connaissance directe ne pourra pas nous mener loin. Le rôle primordial de la connaissance indirecte s’explique tant par des raisons objectives que subjectives. En l’absence d’un Parti communiste authentique, la lutte économique des travailleurs ne peut être une lutte politique, une lutte de classes, qu’à l’état embryonnaire. Les questions stratégiques : la situation et la position des classes dominées par le capital, la question de l’alliance de classes, etc., sont, de ce fait, encore obscures.

Notre propre pratique est encore trop peu développée, et nos moyens théoriques de saisir la réalité encore trop pauvres, pour que nous puissions élaborer des positions justes sur ces questions en nous appuyant principalement sur l’expérience immédiate actuelle :

« … les gens qui transforment la réalité sont constamment soumis à de multiples limitations : ils sont limités non seulement par les conditions scientifiques et techniques, mais encore par le développement du processus objectif lui-même et le degré auquel il se manifeste (les aspects et l’essence du processus objectif n’étant pas encore complètement mis en évidence)… » (Mao Tsé-toung, De la contradiction, I, p. 341)

Nous proposons au mouvement comme tâche fondamentale de la construction du centre de discuter d’un plan d’éducation idéologique et politique qui doit renforcer la conception du monde prolétarienne 1) par l’étude et l’application de la philosophie marxiste-léniniste, 2) par l’étude de la théorie politique et de la théorie économique du marxisme-léninisme, 3) par l’établissement du bilan critique du P « C » B révisionniste.

L’étude marxiste-léniniste obéit à deux principes :

1. Elle doit toujours avoir en vue la pratique et être liée à la pratique : « Il faut s’assimiler la théorie marxiste et savoir l’appliquer ; il faut se l’assimiler dans le seul but de l’appliquer. » (PLR, p.341) « La pensée philosophique du président Mao est, dans son essence, révolutionnaire et critique ; ce n’est qu’en liaison avec la critique révolutionnaire de masse que l’on peut la comprendre à fond et l’assimiler. » (Pékin Information, 45, 1970, p. 5)

La part primordiale de la connaissance indirecte elle-même. ne sera utilement acquise que si le travail d’étude est accompagné par l’activité pratique : « Si l’on veut que les élèves assimilent des connaissances indirectes, on doit intégrer celles-ci à la pratique révolutionnaire. Et c’est ainsi seulement qu’elles peuvent se transformer en savoir authentique. » (Qui rééduque qui ? Pékin Information, 10, 1970, p. 12)

La philosophie, la théorie et les principes nous serviront à construire correctement le Parti et la ligne. L’étude de l’économie et de la politique marxistes devra être menée en fonction des besoins de la construction du programme et en liaison avec les analyses et les enquêtes sur la situation de la Belgique dans l’impérialisme (l’impérialisme mondial, le Marché Commun, les néo-colonies), sur la politique de l’Etat et des monopoles financiers et sur la situation et les contradictions de classes dans le pays. Le bilan du P « C » B ne pourra être établi qu’en liaison avec l’évolution actuelle du mouvement ouvrier belge.

2. Elle doit toujours être liée à la lutte. « Le marxisme, le léninisme, la pensée-maotsétoung s’est développée dans la lutte, et c’est seulement dans la lutte qu’on peut l’assimiler. » (Pékin Information, 10, 1970, p. 12) Le Parti s’édifiera dans la lutte contre le néo-révisionnisme, le révisionnisme moderne et l’opportunisme. Les matériaux bourgeois sur l’économie ne peuvent être employés que dans une critique des formes actuelles de l’économie bourgeoise (théories de « l’équilibre », marginalisme moderne, économétrie, etc.) et révisionniste (par exemple les différents traités sur le « capitalisme monopoliste d’Etat »). La lutte contre le révisionnisme est d’une importance vitale pour les progrès du mouvement : démonter le programme, les positions, les méthodes et le style du révisionnisme devant le mouvement et les ouvriers avancés, connaître les tenants et les aboutissants du révisionnisme pour le chasser des rangs communistes, sont des tâches qui doivent orienter l’ensemble de notre étude. Le travail d’étude est une forme importante de la lutte idéologique.

« … nous devons promouvoir le style d’étude caractérisé par la liaison de la théorie avec la pratique. Si, en étudiant, on ne s’intègre pas à la condition réelle de son idéologie et de la lutte de classes et de la lutte entre les deux lignes, si l’on ne surmonte pas les idées idéalistes et métaphysiques et ne critique pas la ligne révisionniste contre-révolutionnaire, et si l’on ne s’intègre pas profondément aux masses pour participer à la pratique, cela revient à étudier entre quatre murs, sans but. Nous devons garder fermement à la mémoire cet enseignement du président Mao : "Par marxisme, nous entendons un marxisme vivant qui exerce un rôle effectif dans la vie et la lutte des masses, et non un marxisme purement verbal." Ce n’est qu’en liant étroitement la théorie et la pratique, en étudiant consciencieusement, en participant diligemment à la pratique et en réformant consciemment sa conception du monde que l’on peut, encore mieux appliquer la ligne révolutionnaire du président Mao dans les trois grands mouvements révolutionnaires que sont la lutte de classes, la lutte pour la production et l’expérimentation scientifique. » (Pékin Information, 10, 1971, p. 19)

Construire le centralisme démocratique.

Le centralisme démocratique dans le Parti a pour but d’élaborer la ligne politique et d’organiser l’activité sur la base de la ligne de masse, en conformité avec les besoins et les désirs des masses et à la lumière de la théorie. Il s’appuie sur le fait que les niveaux idéologique et politique des militants sont différents : les militants adhèrent inégalement à l’idéologie prolétarienne. Le centralisme démocratique sert à donner plus de responsabilités aux militants les plus révolutionnaires, pour qu’ils concentrent les idées justes, c’est-à-dire définissent la ligne et dirigent la pratique. Etant eux-mêmes exposés à l’influence des idées bourgeoises et petites-bourgeoises, la critique et l’autocritique sont indispensables à tous les échelons. De plus, l’initiative de tous est également nécessaire pour appliquer la ligne et la vérifier.

L’ordre de priorité des tâches influe sur la façon dont le centralisme démocratique est appliqué. Lorsque les tâches internes d’unification et d’étude l’emportent sur les tâches immédiates envers les masses, l’accent, dans le fonctionnement de l’organisation, sera mis sur le centralisme. L’aspect principal de notre activité réside dans la formation de la ligne, avant qu’elle puisse être correctement appliquée et vérifiée. Cela ne signifie pas que l’aspect démocratique est négligeable : tous les membres de l’organisation participent aux tâches principales, à la lutte idéologique à l’étude, au travail de masse. Au point de vue idéologique, la base a fait l’expérience des limites politiques de notre activité, et les camarades les plus conscients poussent au travail théorique ; la présence chez les militants d’une grande volonté d’unité avec les autres organisations marxistes-léninistes est, de son côté, un facteur décisif pour la construction du centre.

La division des tâches doit se faire en fonction des besoins objectifs de l’activité politique du mouvement.

Il incombe aux dirigeants d’édifier le centre (mener la lutte idéologique avec les autres organisations marxistes-léninistes), de construire le programme (tâches d’étude et d’analyses), d’éduquer les cadres dans le travail pour le programme, de contrôler l’orientation de l’activité dans les tâches secondaires, de susciter des enquêtes, des bilans et des critiques.

Les cellules doivent développer la plus grande initiative envers les masses, sous la direction des responsables, afin d’appliquer notre orientation, avec les ouvriers avancés proches des positions marxistes-léninistes. Elles doivent aussi critiquer l’orientation et participer à l’édification du centre. Chaque militant prend part à la construction de la ligne, directement ou indirectement. Les responsables assurent la liaison entre les cellules et les dirigeants. Ils veillent à l’assimilation et à l’application de la ligne, en dirigeant la pratique de leur unité. Avec les cadres ils participent activement au travail du programme et à la lutte idéologique au sein du mouvement.

Tous les militants, de la base au sommet ont des tâches pratiques et des tâches d’étude, mais l’accent est placé sur les unes ou sur les autres selon le degré de responsabilité.

Un travail d’étude intensif ne peut être confié qu’à ceux des camarades qui révolutionnent leur idéologie et qui ont une pratique politique suffisante.

« D’une façon générale, tous les communistes qui ont les aptitudes requises doivent étudier la théorie de Marx, Engels, Lénine et Staline, l’histoire de notre nation ainsi que la situation et les tendances du mouvement actuel ; c’est par leur intermédiaire que se fera l’éducation des camarades dont le niveau culturel est relativement bas. Il importe, en particulier, que les cadres portent une attention toute spéciale à cette étude, et qu’à plus forte raison les membres du Comité central et les cadres supérieurs s’y consacrent avec ardeur. » (Mao Tsé-toung, Le rôle du Parti communiste chinois dans la guerre nationale, II, p. 224)

L’éducation des dirigeants et des cadres, trempés par l’idéologie marxiste-léniniste et liés aux masses, est un élément décisif de l’orientation politique du Parti. Nous ne voulons donc pas d’un « Parti de cadres » où les dirigeants se retranchent dans les tâches théoriques et se coupent de la pratique.

Le fait que les dirigeants doivent être chargés d’un travail pratique de masse est fondé sur des raisons politiques et idéologiques. La liaison des communistes avec les masses se fait au moyen de l’organisation du Parti, mais en outre chaque membre de l’organisation doit avoir, par son activité, un lien direct avec les masses. Les dirigeants, en travaillant dans un secteur d’avant-garde ou en participant à la tâche centrale envers les masses (actuellement, la construction des cellules), ont le moyen d’approfondir par leur propre expérience la ligne politique qu’ils élaborent et de vérifier la justesse de leurs directives. En même temps, cette pratique est une sauvegarde contre le bureaucratisme.

La propagation de la théorie doit être activement menée parmi les travailleurs d’avant-garde.

« C’est seulement en acceptant la propagation des théories révolutionnaires dans leurs luttes réelles, en étudiant diligemment et en apprenant sérieusement dans les livres que les ouvriers et les paysans pourront comprendre les vérités révolutionnaires et avoir une idée claire de la direction dans laquelle ils doivent avancer. S’ils estiment qu’ils n’ont pas besoin d’étudier et d’apprendre dans les livres en raison de leur bonne origine sociale, ils ne seront pas capables de discerner le vrai marxisme du faux et la ligne juste de la ligne erronée et ils adopteront une position erronée et prendront une fausse voie. » (Pékin Information, 10, 1971, p. 19)

La classe ouvrière belge a une glorieuse tradition de luttes. A plusieurs reprises dans son histoire, elle s’est levée en masse contre l’exploitation et l’oppression du capital. Mais elle n’a pas de Parti capable de mener un travail révolutionnaire conséquent.

Aujourd’hui le prolétariat, fidèle à sa tradition, témoigne d’une combativité accrue.

Au cours des dernières années, un mouvement marxiste-léniniste s’est constitué en Belgique. Il s’est fixé comme tâche de construire un Parti communiste authentique. L’unité des organisations et des militants est actuellement le premier pas à franchir dans l’accomplissement de cette tâche.

A l’étape actuelle de la construction du Parti, la théorie est l’aspect dominant dans la contradiction théorie-pratique. Notre devoir est d’indiquer la voie politique de la révolution et les moyens de la parcourir. Une telle tâche nous impose un travail énorme. C’est pourquoi nous mettons et nous continuerons à mettre pendant toute cette étape, l’accent sur le travail théorique, lié à la pratique de masse.

C’est sur cette double base − la reconnaissance de la nécessité de s’unir et l’accomplissement scientifique du travail d’étude, d’analyse et d’enquête − que nous cherchons à construire un centralisme démocratique unique pour tous les marxistes-léninistes de Belgique. Jusqu’à présent les autres organisations marxistes-léninistes ou bien n’ont pas encore reconnu la double exigence de l’unité et de la théorie ou bien ont sur ces questions une attitude ambigue. AMADA s’en est tenu au polycentrisme et à l’urgence primordiale des tâches pratiques. L’esprit fraternel dans lequel nous voulons poursuivre la discussion avec ces camarades ne doit pas nous empêcher de leur dire que leur document de critique de nos positions (X) est néo-révisionniste. Il défend des points de vue et lance des critiques (non argumentées) qui s’écartent nettement du marxisme-léninisme.

Ce texte, dont nous avons relevé les principales erreurs, ne définit pas une seule tâche des marxistes-léninistes et ne fait aucune proposition sérieuse au mouvement. En travaillant de cette façon, il n’est pas possible de progresser. GLCO, en s’abstenant d’une part de faire la critique du néo-révisionnisme et le bilan autocritique de son activité passée, d’autre part en ayant sur le programme une position centriste, n’a pas non plus créé encore les conditions de l’unité.

Nous poursuivrons la lutte avec tous les camarades. L’unité est inéluctable et les marxistes-léninistes rejetteront la Nième forme du programme révisionniste et néo-révisionniste.

Ceux qui luttent contre l’édification du programme par le mouvement unifié prennent une lourde responsabilité. Notre style artisanal actuel freine les progrès de la lutte révolutionnaire.

Nous réaffirmons pour conclure que la tâche des communistes est de créer et de propager la théorie marxiste-léniniste en Belgique.

C’est en effectuant ce travail que nous nous unifierons. Cette unité se renforcera à mesure que, dans une activité commune, nous construirons ensemble la ligne et nous participerons, dans une même conception, aux luttes de la classe ouvrière.

Nous nous sommes efforcés de faire l’analyse du mouvement, de définir nos tâches actuelles, de prendre une position juste sur l’unité et sur le centre, d’arriver à une conception correcte du programme et de définir les bases de la lutte contre le néo-révisionnisme.

Ce sont ces questions que nous mettons au centre de la lutte idéologique dans le mouvement.

 ANNEXE 1 : POINT DE VUE (D’AMADA) SUR L’UNIFICATION DES MARXISTES-LENINISTES ET LES ETAPES DE LA CONSTRUCTION DU PARTI (octobre 71)

1. La question la plus importante qui se pose en ce qui concerne l’unification des marxistes-léninistes est : voulons-nous une unification formelle et bureaucratique ou une unité qui est capable de résister aux tempêtes de la lutte de classe et qui est formée dans la lutte de classe ?

Unification et construction du Parti selon les principes suppose l’édification d’un Centre national.

Un Centre national ne se fait pas par la fusion formelle de marxistes-léninistes capables ni par une lutte idéologique sur des principes abstraits d’édification du Parti.
Une unité sur le principe que le Parti se construit i partir d’un Centre ne peut nous avancer d’un pas, si cette unité n’est pas forgée dans le développement d’une ligne de propagande, d’agitation et d’organisation.

L’étape de la construction du Centre implique une lutte idéologique sur des fragments de programme et d’organisation.

Ces fragments sont une élaboration de la théorie marxiste-léniniste et de la pratique d’un groupe, des principes et des expériences spécifiques.

Les groupes doivent prouver autour de points pratiques et concrets qu’ils peuvent contribuer à l’élaboration et l’application d’une ligne.

2. En plus, il faut tenir compte des conditions spécifiques de la Flandre et de la Wallonie.

La construction d’un seul Parti unifié et la construction d’un Centre national passe par et se fait simultanément avec la construction d’un Centre de direction unique et ferme en Wallonie et en Flandre.

Les tâches immédiates dans cette perspective :

- l’élaboration d’une plate-forme de propagande et d’agitation, des revendications concrètes, pour la lutte salariale et contre les conventions collectives ;

- l’élaboration de la ligne d’organisation, avec comme proposition concrète les 15 points d’AMADA ;

- l’élaboration d’un bulletin de discussion interne sur la ligne politique, la construction du Parti et la ligne d’organisation ;

- l’élaboration d’un journal de propagande unique pour la Wallonie rédigé par une rédaction composée par des délégués de chaque organisation ;

- l’élaboration d’un programme d’étude et la division des tâches d’étude.

 ANNEXE 2 : CRITIQUE D’AMADA SUR LE « PROJET D’UNITÉ DES MARXISTES-LÉNINISTES » DE T.P.T. (Bulletin marxiste-léniniste N° 1, janvier 1972), mai 1972

I - LA POSITION SUR LE CENTRE : UNE POSITION QUI RELEVE DE L’IDEALISME HISTORIQUE

« La position actuelle sur le Parti et le Centre est la seule position que nous sommes capables de formuler d’une manière strictement scientifique selon les principes… » (p. 8)

« Cette position sur le Centre est la seule position que nous sommes capables de définir tout à fait scientifiquement parce que nous connaissons toutes les données objectives du problème, ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne les tâches vis-à-vis des masses (le programme) » (p. 17)

« … chaque pensée de Marx, d’Engels, de Lénine et de Staline doit être pour nous l’objet d’une profonde réflexion, afin que nous en saisissions la substance et l’adaptions correctement, de façon créatrice et non dogmatique (aux périodes auxquelles nous vivons et combattons, aux circonstances historiques concrètes du pays, à notre développement social) au problème à résoudre. » (Enver Hoxha, Étudions la théorie marxiste-léniniste en étroite liaison avec la pratique révolutionnaire.)

Staline parle de la première période dans l’édification du parti ; il dit : dans cette période, il faut construire le centre. C’est la synthèse de cinq années de lutte au sein du mouvement socialiste en Russie. Le centre bolchevik est cristallisé dans une lutte prolongée autour des questions pratiques, autour des tâches, des buts, des formes d’organisation de la lutte révolutionnaire.

QUE FAIRE ? : les économistes mettaient en pratique une ligne politique bourgeoise et réformiste. Lénine répond aux questions des tâches et des buts du mouvement socialiste.

UN PAS EN AVANT… : les éléments petits-bourgeois mettent en avant des formes d’organisation qui feront du Parti une organisation vague, dominée par les intellectuels petits-bourgeois. Lénine défend l’organisation structurée, disciplinée, centralisée.

DEUX TACTIQUES… : le peuple russe se prépare à la révolution. La stratégie des menchéviks : le prolétariat doit suivre la bourgeoisie ; le prolétariat ne peut prendre en main les tâches de direction de la révolution. La stratégie des bolcheviks : préparer activement le prolétariat pour qu’il prenne en main le drapeau de la démocratie populaire.

De ces trois grandes luttes sur les problèmes idéologiques, politiques et organisationnels est sorti un groupe de cadres dirigeants bolcheviks : le Centre.
Quelle leçon tirer de l’expérience bolchévique ?

Les uns disent : les principes marxistes-léninistes nous apprennent qu’il faut un centre. Unissons-nous autour de ce principe. C’est de l’idéalisme historique à cent pour cent. Le centre unique se fera dans la lutte sur les problèmes de la ligne politique, tactique et organisationnelle. Il faut partir de la réalité, de la pratique et non pas des principes. Les principes servent à analyser à éclaircir, à orienter la réalité et la pratique. La connaissance humaine se développe de l’inférieur au supérieur. Nous avons des positions politiques, tactiques, organisationnelles. Nous appliquons de notre mieux le marxisme-léninisme, le matérialisme dialectique dans notre pratique. Nous sommes capables d’indiquer un nombre d’erreurs et de lacunes ; nous formulons des moyens pour les résoudre pas à pas. Nous voulons que les autres organisations marxistes-léninistes nous formulent des critiques. Il faut prendre pour base ce qui existe objectivement comme application (partielle, insuffisante) du marxisme-léninisme à la réalité belge. Il faut se mettre d’accord sur les points négatifs, sur les fautes, sur les erreurs, les lacunes. Il faut se mettre d’accord sur les moyens pour y remédier. C’est sur cette base que le Centre se formera.

Le Centre développera la ligne politique, tactique, organisationnelle à partir de ce qui existe maintenant ; il suivra le chemin que suivent les hommes pour acquérir des connaissances : de l’inférieur au supérieur ; pratique-théorie-pratique.

II - UNE ATTITUDE IDEALISTE VIS-A-VIS DE LA VERITE UNIVERSELLE DU MARXISME-LENINISME

T.P.T. écrit : « Nous sommes une organisation marxiste-léniniste. Cela veut dire que nous nous basons sur les principes. »

T.P.T. nous reproche : « En ce qui concerne la lutte idéologique − et c’est la faute la plus importante − AMADA rejette une « lutte idéologique sur les principes abstraits de la construction du Parti". Comme s’il existait des principes concrets ! Ce sont les opportunistes qui parlent ainsi… La tâche centrale des marxistes-léninistes à l’heure actuelle consiste précisément à arriver à une unité idéologique sur la conception du Parti. »

Nous répondons qu’on peut très bien traiter d’une manière abstraite, formaliste et intellectualiste des « principes » du marxisme-léninisme. Nous ne sommes pas prêts à entamer une discussion − dans le but de s’unir − sur la « conception idéologique du Parti » ou sur les « principes de la construction du Parti ». Nous sommes prêts à discuter sur l’application concrète dans notre travail concret des principes du marxisme-léninisme. Si on veut traiter des principes, on ferait mieux de réfléchir au « principe idéologique suivi avec conséquence » par le Parti Communiste Chinois. C’est le point numéro un « qui aujourd’hui doit retenir particulièrement l’attention de tout le Parti ».

« Il faut s’en tenir au "principe idéologique suivi avec conséquence par notre Parti", à savoir, l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution chinoise. L’histoire du Parti nous apprend : au cours de la grande pratique qu’est la direction de la révolution chinoise, le président Mao s’en est toujours tenu à la conception du monde matérialiste-dialectique et matérialiste-historique, il a persévéré dans l’utilisation de la position, du point de vue et des méthodes du marxisme-léninisme pour ses enquêtes et études minutieuses sur les conditions politiques et économiques des diverses classes de la société chinoise et leurs relations mutuelles, il a analysé de façon concrète la situation des trois parties : l’ennemi, l’ami et nous-mêmes, il a fait le bilan scientifique de l’expérience historique sous ses aspects positifs et négatifs, il a formulé correctement la ligne et les mesures politiques du Parti, continué, sauvegardé et développé le marxisme-léninisme, et conduit ainsi dans leur avance victorieuse le Parti, l’armée et le peuple tout entier. Tchen Tou-sieou, Wang Ming, Liou Chao-chi et d’autres pseudo-marxistes, en revanche, ont tous pour caractéristiques idéologiques : la séparation de la théorie et de la pratique, la rupture entre le subjectif et l’objectif. » (P.I., 27, 1971, L’important est de savoir apprendre)

III - L’IDEALISME DANS LA DEFINITION DE LA CONTRADICTION PRINCIPALE

A - « La contradiction principale dans le mouvement ouvrier se trouve dans la séparation de la spontanéité du mouvement et la théorie révolutionnaire. » (p.3)
Lénine parle d’une part de la spontanéité du mouvement et, d’autre part, de nos tâches d’organisation, de propagande, d’agitation, de nos tâches d’élaboration de la ligne politique. Il parle de l’application de la théorie marxiste à la réalité russe.

B - « La nécessité actuelle de construire le Parti d’une part… l’absence d’unité entre les marxistes-léninistes belges, d’autre part, forment la contradiction principale du mouvement. » (p.11)

La contradiction principale est toujours politique, entre des positions marxistes et des positions bourgeoises. Quelle ligne politique défendons-nous ? Comment menons-nous la lutte idéologique ? Comment appliquons-nous la ligne de masse ? Comment réalisons-nous le centralisme démocratique ? Appliquons-nous correctement le matérialisme dialectique ? C’est là qu’il faut chercher les contradictions dans le mouvement marxiste-léniniste. La lutte idéologique doit se mener sur ces points. T.P.T. suppose que tous ces problèmes sont réglés, qu’il n’y a plus besoin de lutte idéologique sur ces points, quand on affirme : « Le problème est un problème d’organisation » ( p. 17).

IV - LA DEFINITION DE T.P.T. EST IDEALISTE ET METAPHYSIQUE

« Nous sommes une organisation marxiste-léniniste. Cela signifie que nous nous basons sur les principes et que tout le monde peut vérifier ce fait en analysant notre activité. Cette prise de position idéologique doit être maintenue fermement. Si nous doutions de la possibilité d’être d’ores et déjà des marxistes-léninistes… nous n’aurions plus de base valable pour combattre nos ennemis. »

On est marxiste-léniniste quand on fait du progrès dans l’application des principes marxistes-léninistes à la réalité de la lutte des classes. Nous sommes une organisation ML avec des déviations de droite et de gauche. Les déviations de droite et de gauche existent en même temps ; ici, c’est une déviation de droite, là une déviation de gauche qu’il faut combattre en premier lieu. La ligne politique actuellement définie est appliquée ici avec des fautes de droite, là-bas, avec des erreurs gauchistes. Ici la lutte idéologique n’est pas menée du tout, là-bas, il y a lutte à outrance et sans merci. Dans les enquêtes et les bilans, le matérialisme dialectique n’est souvent pas bien appliqué. Dans le travail avec les sympathisants, dans le travail avec des comités d’action, la ligne de masse n’est souvent pas bien appliquée. C’est essentiel de mettre l’accent sur les déviations de droite et de gauche que l’on peut constater dans la pratique de l’organisation. Sinon, il est impossible de stimuler la lutte idéologique chez les militants. T.P.T, ne met pas l’accent sur les déviations de droite et de gauche dans sa propre organisation. C’est se priver de la possibilité de bien mener la lutte idéologique. C’est une attitude métaphysique : on nie les contradictions inhérentes à toute organisation.

Quand T.P.T. avoue les déviations de gauche et de droite, il tombe dans l’idéalisme. « Insuffisance politique, instabilité idéologique, organisation artisanale. » (p,10) A quoi aboutit la reconnaissance de ces contradictions ? A l’affirmation : il n’y a rien à faire à cela, si on ne construit pas le centre.

V - LE PROBLEME DE L’ELABORATION DE LA LIGNE POLITIQUE EST ABORDE D’UNE FACON IDEALISTE

A - Nous possédons une ligne politique embryonnaire qui ·répond aux principaux problèmes, qui nous donne l’orientation générale de nos efforts. Cette ligne politique est une arme très précieuse. Il faut armer les militants de cette ligne politique afin qu’ils en tirent le maximum dans leur travail quotidien. La ligne peut être plus ou moins développée. Un des problèmes essentiel est celui-ci : est-ce qu’on sait tirer le maximum de la ligne que l’on a déjà formulée ?

Ce n’est que de cette manière qu’on sera capable d’apporter des expériences qui contribuent à l’élaboration de la ligne, qui nous mettent sur une nouvelle voie pour analyser les choses. C’est une méthode matérialiste-dialectique que l’on applique ainsi dans le travail d’élaboration de la ligne politique : on va de l’inférieur au supérieur ; pratique-théorie-meilleure pratique. Dire que, « actuellement, la ligne politique n’a pas de fondement scientifique » relève d’une position idéaliste et métaphysique ; cette position mène à la passivité et au pessimisme. Le Parti du Travail d’Albanie nous apprend :

« La grande importance de l’accumulation et de la généralisation de sa propre expérience révolutionnaire dans l’élaboration de la ligne politique… Le Parti du Travail d’Albanie n’a pas élaboré d’un seul coup toute sa ligne politique et son programme pour telle ou telle étape de la révolution. Au début, il a jeté les fondements de sa ligne générale ; il a clairement établi en premier lieu son propre but stratégique et, au cours de son combat pour la révolution, il a ensuite enrichi et complété cette ligne. Après sa fondation, le Parti jeta les bases de sa ligne politique pour la période de la lutte de la Libération nationale. La première conférence du Parti Communiste Albanais, tenue en mars 1943, synthétisait l’expérience révolutionnaire acquise par le Parti durant ses 15 mois d’existence, elle élaborait de façon plus approfondie la ligne générale donnant au Parti un programme plus ou moins général. Mais ce programme n’était pas encore complet. Il le devint par la suite, toujours à travers la synthèse de l’expérience acquise dans la pratique révolutionnaire, dans la lutte pour l’accomplissement des tâches stratégiques et tactiques précédemment établies…

C’est pourquoi, nous ne saurions trouver la ligne politique ou le programme de notre Parti pour une étape déterminée de la révolution dans un seul document… Ces documents et ces œuvres comportent la synthèse de l’expérience accumulée dans la vague de la révolution et de l’édification socialiste et c’est sur cette base que le programme a été enrichi, approfondi et étendu.

Pourquoi le PTA n’a-t-il pas élaboré dès le début d’une étape historique de la révolution un programme complet et global ? L’unique raison, c’est que l’expérience de la direction révolutionnaire n’était pas suffisante. Cette expérience s’acquiert essentiellement dans l’activité pratique révolutionnaire. Ni le marxisme-léninisme, ni l’expérience d’un parti-frère ne donne jamais au parti de la classe ouvrière de tel ou tel pays une ligne politique toute prête et complète. En plus de la théorie marxiste-léniniste qui éclaire la voie, et de l’expérience des partis frères sur laquelle on peut s’appuyer, le parti révolutionnaire de la classe ouvrière a besoin à tout prix de sa propre expérience-révolutionnaire pour élaborer sa ligne politique.

L’application d’un tel principe et l’adoption d’une telle pratique ont fait que la ligne du PTA a été et reste dynamique, qu’elle n’a pas été et n’est pas un programme dogmatique et rigide, mais un programme souple, toujours d’actualité et pénétré d’un esprit créateur. Cela a permis au Parti de vérifier, dans le flot de la pratique révolutionnaire, la justesse de sa ligne et en même temps de la débarrasser des erreurs et des lacunes… » (Albanie aujourd’hui, I, 1972)

B - Dans les textes de T.P.T. on voit un mépris pour l’embryon de ligne politique qui existe déjà. Un mépris pour l’activité révolutionnaire qui met en pratique cette ligne. Un mépris pour l’expérience des masses et des militants qui permet de développer et d’enrichir cette ligne, Dans les textes de T.P.T., on voit la glorification d’un DEUS EX MACHINA qui s’appelle : Centre, Parti, Programme ; on voit l’Idée dans sa forme pure du Centre, du Parti, du Programme.

« Se contenter de soutenir les luttes spontanées et les éclaircir, de les étendre, de les renforcer et de les diriger lorsque le Parti sera solidement lié aux masses, ne suffirait pas à donner à la lutte un caractère communiste. Pour faire progresser la lutte politique... construire la politique. »

Le Parti fait parfaitement progresser la lutte politique quand il soutient, éclaircit, étend, renforce et dirige la lutte des masses ! Et c’est précisément, en soutenant, éclairant, étendant, renforçant et dirigeant les luttes que le Parti se donne la possibilité d’élaborer la ligne politique !

Les ouvriers luttent contre les fermetures d’usines, les licenciements, les impôts, pour les salaires, la sécurité sociale, et pour les droits politiques. « Mais des luttes sont défensives ... même si elles s’étendent ... et se durcissent, elles ne suffisent pas à… abattre le capitalisme… La question que nous devons nous poser : Quel parti devons-nous construire pour arracher la victoire ? »

Les luttes sont-elles défensives parce qu’il n’y a pas de parti ?

Et quand il y aura le parti, seront-elles offensives ? C’est dans la lutte pour les conditions de vie, pour les droits démocratiques que le parti doit démasquer les ennemis de la classe ouvrière. C’est en apportant la clarté politique dans les luttes de masse qu’on éduque la classe ouvrière, qu’on la prépare à renverser ses ennemis de classe.

C - Quand on n’applique pas le matérialisme dialectique pour élaborer et développer la ligne, on rejette, en fait, la ligne de masse comme méthode d’élaboration de la ligne politique.

« Cela revient à dire qu’il faut procéder continuellement à des enquêtes sociales, en partant de la position et en appliquant le point de vue et la méthode marxiste-léniniste, c’est-à-dire commencer par la connaissance sensible et soumettre les nombreuses données de la perception sensible, réunies au cours des enquêtes, à une élaboration qui consiste à rejeter la balle pour garder le grain, à éliminer ce qui est fallacieux pour conserver le vrai, à passer d’un aspect des phénomènes à l’autre, du dehors au dedans, en d’autres termes, les soumettre à une analyse et à une synthèse scientifiques en vue de les porter au niveau de la théorie qui, à son tour, donne lieu à l’élaboration d’une ligne, de principes, et mesures politiques justes, puis appliquer celles-ci et la théorie dans la pratique afin que l’esprit se transforme en matière. » (P.I., 22, 1971)

« Le prolétariat estime que mener des enquêtes et études sur la société, c’est observer et analyser toute chose en partant de la position marxiste et en appliquant le point de vue et la méthode marxistes. C’est seulement avec cette méthode scientifique vérifiée d’innombrables fois par la pratique qu’on peut comprendre véritablement une situation objective, connaitre quelles sont les suggestions et déclarations qui sont justes et quelles sont celles qui sont erronées et ne correspondent pas à la réalité objective, et ainsi réaliser une unité concrète et historique entre la vérité universelle marxiste et la pratique concrète révolutionnaire, connaitre et transformer activement le monde. » (P.I., 22, 1971)

En travaillant dans la grève à Boel, nous avons avancé dans l’analyse des contradictions au sein du syndicat et dans l’analyse de la fascisation des syndicats ; nous avons acquis une expérience intéressante dans le travail de propagande et d’agitation communistes auprès des masses et auprès de l’avant-garde ouvrière. Des choses nouvelles, des problèmes nouveaux ont surgi. Comparez nos articles sur Boel avec l’article sur la grève des employés à Cockerill de T.P.T. Comment fera-t-on l’analyse des employés ? Comment connaître ce groupe social ? Ce n’est qu’en participant à leur lutte qu’on peut avancer dans ces questions, qu’on peut connaître leurs particularités et leurs problèmes. L’article sur la grève des employés ne contient que des phrases générales, rien de concret, rien de nouveau. Tout ça, on le savait par les journaux bourgeois.

D - T.P.T. déclare que la nécessité du Centre a surgi de la « pratique ». « La nécessité du parti correspond au développement de notre pratique et désormais, nous pouvons mener la discussion d’une manière concrète. » « L’absence de Parti est ressentie comme un frein au progrès de notre activité. »

C’est un thème fort important. Mais on ne trouve aucun développement concret de cette thèse dans la brochure. Dans le journal numéro 12, on parle des « questions décisives » qui sont mises en avant par la pratique militante. Qu’est-ce qu’on y trouve ?

« L’Etat capitaliste prépare le fascisme contre la classe ouvrière… Les patrons emploient la force politique de l’Etat contre les luttes économiques des ouvriers en faisant agir les directions syndicales à leur profit… Nous devons savoir à quelle étape est venue cette fascisation… Une autre question. Comment rallier la partie la plus opprimée de la petite bourgeoisie à la classe ouvrière ? »

La ligne politique qu’on a déjà élaborée et la pratique militante qu’on mène sur la base de cette ligne nous permettent de poser des questions beaucoup plus concrètes et spécifiques. Les « questions décisives » qui sont posées dans le journal sont peu élaborées et sérieuses. Dire, dans ces circonstances, qu’on a atteint « les limites de sa pratique » et que « la pratique pose des questions qu’on ne peut résoudre sans un Centre national » est trop facile. Nous estimons d’ailleurs que ces affirmations sont fausses. Elles proviennent d’une attitude méprisante vis-à-vis de la ligne et de la pratique. Il faut prendre la ligne politique au sérieux. Il faut prendre la pratique des militants et des masses au sérieux. Il faut tirer le maximum de la ligne déjà élaborée. Il faut aider les militants à trouver les erreurs, les lacunes. Il faut aider les militants à synthétiser leur expérience qui ouvre de nouvelles perspectives, qui abordent de nouveaux problèmes. Avec les connaissances déjà acquises, il faut analyser minutieusement la pratique existante afin de poser concrètement et sérieusement des questions « vraiment décisives », c’est-à-dire des questions qui sortent de la pratique et qui font progresser la pratique.

VI - LE CENTRALISME DEMOCRATIQUE EST L’APPLICATION DU MATERIALISME DIALECTIQUE DANS L’ORGANISATION

On nie l’importance primordiale des contradictions au sein du groupe, l’importance de la lutte contre les déviations de droite et de gauche. Dans ces circonstances, nous ne voyons pas comment on peut stimuler la lutte idéologique chez les militants de base.

On nie l’importance primordiale de la pratique, de l’application de la ligne politique pour l’élaboration plus approfondie de la ligne. On imprègne les militants de l’idéalisme en leur disant que leur pratique n’a de toute façon rien de scientifique, qu’on ne peut de toute façon pas savoir si les thèses qu’ils défendent sont scientifiques.

Nous nous demandons comment on peut développer dans ces circonstances, la créativité des militants, comment on peut leur apprendre à bien réfléchir et résoudre par leur propre force leurs problèmes.

A partir de ces deux remarques, nous nous posons des questions sur l’éducation dans le sens du centralisme démocratique. L’éducation idéologique dans le sens du centralisme démocratique est au fond l’éducation dans le matérialisme dialectique.
Le matérialisme : partir de la pratique, de l’application pratique et concrète de la ligne.

La dialectique : analyser les contradictions dans les faits, dans la pratique ; étudier le marxisme-léninisme pour répondre aux questions de la lutte politique. Séparer le faux du vrai. Critiquer le faux. Centraliser ce qui est vrai.

Il y a une année, notre organisation a elle aussi fait l’unité sur un document de nature idéaliste ; cela nous a mis sur une voie dangereuse.

« Sans démocratie, il ne peut y avoir de centralisme correct, car les divergences d’opinion, l’absence d’unité de point de vue rendent impossible l’établissement du centralisme. Prétendre le contraire, c’est encore le reflet de la théorie : "Les masses sont arriérées",… N’avoir foi qu’en soi-même et non dans les masses et considérer ses propres idées comme le critère en tout affectera immanquablement l’unité. Si l’on ne permet pas aux autres de parler, les opinions justes ne peuvent s’exprimer et les idées incorrectes ne peuvent être critiquées et corrigées, dans ce cas, comment peut-il y avoir une unité par le centralisme ? Sans celle-ci, il n’y aura pas de véritable unité révolutionnaire. Il semble qu’il y ait un haut degré de centralisme, d’unité et d’union, mais en réalité, ceux-ci sont faux. Pour parvenir à une véritable unité basée sur le centralisme et à une authentique union révolutionnaire, nous devons agir selon la pensée de Mao Tsé-toung et pratiquer le style de travail démocratique et non pas le style de travail patriarcal. »


[1C’est en ce sens que nous comprenons la thèse du VIe Congrès de l’I.C. où AMADA est probablement allé picorer son bien, lui donnant une couleur économiste pour justifier sa propagande et ses méthodes de construction du Parti.

[2Il va de soi que pour les communistes, le niveau principal du centralisme démocratique est le niveau national : c’est lui qui donne tout leur sens aux niveaux inférieurs.

[3Nous ne pouvons pas laisser passer la définition liou chao-chiste du Parti bolchevik, « l’organisation structurée, disciplinée, centralisée », par opposition à « une organisation vague, dominée par les intellectuels petits-bourgeois ». En réalité, Lénine défendait le centralisme démocratique contre l’anarchisme petit-bourgeois.

[4Dans la discussion sur son texte, GLCO dit renoncer à ce point, dont il trouve la « formulation ambiguë, pas claire ». Il n’est plus nécessaire non plus que chaque organisation fasse son projet de programme, mais elle doit donner sa conception sur le travail d’élaboration. Nous devons cependant maintenir notre critique à GLCO sur ce point, parce qu’il ne paraît pas voir la portée de sa correction, estimant que la modification apportée est « secondaire ».

[5GLCO est un spécialiste de la diversion. La seule critique qu’il fasse à UR est relative à la liaison avec les masses, ce qui, à l’étape actuelle, n’est la question centrale que pour les les spontanéistes. Cette question n’entre en ligne de compte que de façon incidente, en ce sens qu’une liaison insuffisante doit empêcher l’accès à une fonction dirigeante dans le centre (cf. Bulletin marxiste-léniniste, I, p.23). Voir aussi le cheval de bataille précédent de GLCO : la question comité-cellule prise abusivement pour le problème central du mouvement à l’époque (p.21 et 80). Tout l’enseignement de Que faire ? ramené par GLCO à ce seul point ! (p.6-7)

[6Ce qui est erroné dans l’article (l’appui au tract du Syndicat général paysan demandant que "les travailleurs, les paysans, les étudiants et les écoliers forment un seul bloc contre le bloc capitaliste") est critiqué par GLCO, mais d’une façon superficielle. La position, dit-il, s’apparente formellement à celle d’un Degrelle. Mais là n’est pas l’essentiel. La faute essentielle, c’est de défendre un principe sous la forme d’un mot d’ordre stratégique, en l’absence de toute analyse. Là où il y a réellement subjectivisme, GLCO ne le voit pas, et ne peut pas le voir, parce qu’il y tombe lui-même : il suffirait, pour le satisfaire de lancer des mots d’ordre plus nuancés. La preuve, c’est qu’il pose comme actuelle la question des revendications de la petite-bourgeoisie et qu’il va jusqu’à en proposer ! (p.56-58)

[7Parce qu’AMADA a noté la nécessité de l’analyse des classes ! On ne saurait être moins exigeant.

[8De Lutte Communiste (appelée « MUBEF » dans le bulletin ml n° 1) aucune réponse n’est encore parvenue ni à notre proposition d’unification ni aux critiques que nous lui avons adressées.

lundi 12 juin 1972


Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique (UCMLB)