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Ulrike Meinhof : Déclaration au procès – 1974

Ce procès est une manœuvre dans la stratégie de conduite psychologique de la guerre que mènent l’« Office fédéral de police judiciaire », le bureau du procureur fédéral et la justice contre nous, il vise à faire tomber l’intérêt politique que représente notre procès en Allemagne de l’Ouest et à cacher la stratégie d’anéantissement du « procureur fédéral », ce qui est une partie de leur programme.

Le but de cette manœuvre est, par le biais de condamnations individuelles, de présenter de nous une image divisée, et en mettant au pilori certains d’entre nous, de rompre le contexte politique d’ensemble qu’ont tous les procès contre les prisonniers de la R.A.F. (Rote Armee Fraktion-Fraction Armée Rouge) face à l’opinion publique et de rayer de la mémoire des hommes, le fait qu’il y a une guérilla urbaine révolutionnaire en R.F.A. et à Berlin Ouest.

Nous, la R.A.F., ne participerons pas à ce procès, nous ne le mènerons pas.

La lutte anti-impérialiste, si cela ne doit pas rester un slogan creux, cela signifie : anéantir, briser, détruire le système de domination impérialiste sur le plan politique, économique et militaire et aussi les institutions culturelles qui lui permettent de produire l’homogénéité des élites dominantes, ainsi que des systèmes de communication assurant son emprise idéologique.

L’anéantissement militaire de l’impérialisme veut dire sur le plan international anéantir les alliances militaires de l’impérialisme U.S. tout autour du globe, ici : de l’O.T.A.N. et de l’armée fédérale, cela signifie sur le plan national anéantir les formations armées de l’appareil d’Etat qui incarnent le monopole de la violence des classes dominantes et son pouvoir dans l’Etat, ici : la police, la police des frontières (Bundesgrenzschutz), les services secrets.

Cela signifie sur le plan économique : anéantir la structure du pouvoir des trusts multinationaux, cela signifie sur le plan politique : anéantir les bureaucraties, organisations, appareils de pouvoir étatiques, autant que non étatiques qui dominent le peuple.

La lutte anti-impérialiste n’est pas, et ne saurait être une lutte de libération nationale, le socialisme dans un pays.

Aux organisations transnationales du capital, aux alliances militaires globales de l’impérialisme U.S., à la coopération des services secrets, à l’organisation internationale du capital correspond de notre côté, du côté du prolétariat, de la lutte des classes révolutionnaires, des mouvements de libération nationales anti-impérialistes du tiers monde, de la guérilla urbaine dans les centres de domination de l’impérialisme, l’internationalisme prolétarien.

« Un peuple qui en opprime d’autres, ne saurait s’émanciper lui-même », dit Marx, et il est clair depuis la Commune de Paris, qu’un peuple vivant dans un Etat impérialiste qui essaie de se libérer dans le cadre national s’attire la vengeance, le pouvoir armé ; l’hostilité mortelle des bourgeoisies de tous les Etats.

Ainsi l’O.T.A.N. est maintenant en train de mettre sur pied une réserve d’intervention en cas de troubles internes qui aurait ses bases en Italie.

Ce qui donne son importance militaire à la guérilla métropolitaine, et ici à la R.A.F., aux brigades rouges en Italie, à la S.L.A. et à d’autres groupes aux U.S.A. c’est le fait que ses objectifs d’opération dans le cadre de la lutte de libération des peuples du tiers monde sont à l’intérieur des lignes, c’est le fait que dans la lutte solidaire avec les mouvements de libération du tiers monde elle peut attaquer l’impérialisme sur ses arrières, d’où il exporte ses troupes, ses armes, ses instructeurs, sa technologie, ses systèmes de communication et son fascisme culturel pour opprimer et exploiter les peuples du tiers monde et pour anéantir les mouvements de libération.

Voilà la définition stratégique de la guérilla métropolitaine dans le cadre de l’internationalisme prolétarien : déclencher la guérilla, la lutte armée, la guerre populaire dans l’arrière-pays de l’impérialisme, au cours d’un processus prolongé - car la révolution mondiale n’est assurément pas une affaire de quelques jours, de semaines, de mois, elle ne se fera assurément pas par quelques soulèvements populaires, n’est assurément pas un processus court, assurément pas la prise du pouvoir de l’appareil d’État - comme la conçoivent les partis révisionnistes et les groupes pour la formation de partis révisionnistes, ou du moins ceux qui prétendent le concevoir, car ils ne conçoivent rien du tout.

Dans les métropoles, le concept d’État national est devenu une fiction, qui n’est couverte par rien, ni par la réalité de la classe dominante, ni par sa politique, ni par la structure du pouvoir.

Elle ne peut même plus s’appuyer sur les frontières linguistiques depuis qu’il y a dans les pays riches de l’Europe occidentale, des millions de travailleurs immigrés.

On assiste plutôt en Europe à un internationalisme du prolétariat en voie de formation à travers l’internationalisme du capital, à travers de nouveaux médias, à travers la dépendance réciproque du développement économique, à travers l’élargissement de la communauté européenne - et les appareils syndicaux s’appliquent déjà depuis des années à l’assujettir, le contrôler, l’institutionnaliser et l’opprimer.

La fiction de l’État national à laquelle agrippent les groupes révisionnistes avec leur forme d’organisation, correspond à leur fétichisme légaliste, leur pacifisme, et sa limitation petite-bourgeoise, leur incapacité de penser de façon dialectique.

La petite bourgeoisie a toujours été étrangère à l’internationalisme prolétarien - et sa position de classe - et sa base de reproduction excluent - que cela soit autrement - elle pense, agit et s’organise toujours en tant que complément de la classe dominante.

L’argument selon lequel les masses ne seraient pas encore assez avancées ne fait que nous rappeler, à nous R.A.F. et révolutionnaires, détenus dans l’isolement, dans les bâtiments spéciaux, dans les sections spéciales, subissant le lavage de cerveau, en prison ou encore dans l’illégalité les arguments avancés par les cochons colonialistes en Afrique et en Asie depuis 70 ans, les noirs, les analphabètes, les esclaves, les peuples colonisés, torturés, opprimés, affamés, souffrant sous le joug du colonialisme - « ne sont pas encore assez avancés » pour prendre eux-mêmes en main, en tant qu’êtres humains, leur administration, l’industrialisation, leur école, leur avenir.

Et dans les prisons il y a en effet à peine un seul détenu, qui devant cet espèce de porc d’avocat commis d’office, ne comprenne pas tout de suite et ne reconnaisse en lui le porc colonialiste, la classe dominante, le masque, le singe.

Seul un cochon colonialiste peut avoir l’idée, que les détenus seraient des « profanes » face à la justice de classe, ce qui est une insulte au peuple, et relève du mépris des masses.

Ce sont les sales phrases de la petite bourgeoisie qui ne craint rien, autant que la violence prolétarienne, révolutionnaire, libératrice et par là-même, l’illégalité et la prison, parce qu’elle craint d’être expropriée du rôle de domination ridicule et chauviniste que peuvent jouer les petits bourgeois dans le système impérialiste.

Notre action du 14 mai 1970 est et reste l’action exemplaire de la guérilla métropolitaine.

Elle contient, a contenu, tous les éléments pratiques de la stratégie de la lutte armée anti-impérialiste : ce fut la libération d’un prisonnier d’entre les mains de l’appareil d’État, ce fut une action de guérilla - l’action d’un groupe qui s’était armé et devint le noyau politico-militaire par sa décision de faire cette action.

Ce fut la libération d’un révolutionnaire, d’un cadre, d’un type dont nous avions incontestablement besoin, nous qui avions décidé de nous armer, de construire l’armée rouge, de développer la guérilla métropolitaine, de mener la lutte anti-impérialiste plutôt que de continuer tout simplement à en jaser.

Nous l’avons libéré parce que nous avions besoin de lui pour ce que nous avions décidé de faire lutter.

Rien n’a changé depuis, et je parle ici, je fais une déposition afin de dire que les flics sont en train d’assassiner Andréas, je le dis surtout pour que vous nous aidiez à empêcher cela, vous allez peut être scander alors quelque chose avec un contenu politique et un sens politique et alors vous pourriez avoir une idée de solidarité et de lutte de classe.

L’action a été exemplaire, parce qu’il s’agit dans la lutte anti-impérialiste, de libération de prisonniers en général - de la prison que le système est devenu longtemps pour toutes les couches exploitées et opprimées du peuple, sans aucune perspective historique, sans autre avenir que la mort, la terreur, le fascisme, la barbarie.

Libération de l’emprisonnement dans la totale aliénation de soi, de l’état d’exception politique et existentiel ou le peuple est la proie de l’impérialisme, de la culture de consommation, des médias, des appareils de contrôle de la classe dominante, en proie à la dépendance du marché et à l’appareil d’Etat qui incarne l’aliénation et la domination de la bourgeoisie sur le peuple.

C’est par la violence, armés, que nous avons pris ce dont nous avions besoin, que nous avons exproprié la justice de ce type sur lequel elle réclame son droit de possession, tout comme elle réclame de tous les prisonniers et de tous les prolétaires que nous employions, valorisions, notre force de travail uniquement au service de la classe dominante- pour les buts du capital.

Or nous sommes décidés à n’utiliser notre force de travail que pour la lutte de libération, à ne plus nous vendre sous quelque chantage que ce soit et à ne plus rien produire qui ne soit la lutte anti-impérialiste, la politique révolutionnaire, le contre-pouvoir prolétarien, c’est-à-dire la contre-violence.

La guérilla ici, et il n’en n’a pas été autrement au Brésil, en Uruguay, à Cuba, pour le Che en Bolivie, part toujours de rien, et la première phrase, celle de sa constitution est la plus difficile.

On est un groupe de camarades qui ont décidé d’agir, de quitter le stade de la léthargie, du radicalisme verbal, d’assemblées, de réunions, de discussions toujours davantage sans objet - et de lutter.

Mais on manque encore.

Il s’avère que ce ne sont pas uniquement les moyens qui manquent, il s’avère, et maintenant seulement, quel type d’individu nous avons besoin.

C’est l’individu métropolitain qui est issu du processus de putréfaction et des contextes de vies mortels, faux, aliénés du système : l’usine, le bureau, l’école, l’université, et les groupes révisionnistes.

Les effets de la division du travail entre vie professionnelle et vie privée, de la division entre travail manuel et travail intellectuel, les processus de travail hiérarchiquement organisés, toutes ces déformations psychiques de la société marchande, cette société métropolitaine passée au stade de putréfaction et de stagnation, apparaissent.

Mais c’est ce que nous sommes, c’est de là que nous venons. Nous sommes l’engeance des procès d’anéantissement et de destruction de la société métropolitaine, de la guerre de tous contre tous, de la concurrence, de chacun contre chacun, du système où règnent la loi de la peur, de la contrainte, du rendement, le carriérisme, la division du peuple en hommes et femmes, en jeunes et vieux, en étrangers et allemands, où règnent les luttes de prestiges.

Et c’est de là que nous venons de l’isolement, de la maison individuelle de série, des cages à lapins, des cités en béton, des banlieues, des cellules de prisons, des recoins des cellules de prisons, des asiles et sections spéciales.

C’est de là que nous venons du lavage de cerveau par les médias de la consommation du châtiment corporel, de l’idéologie de la non-violence, de la dépression, de la maladie, du déclassement, de l’humiliation et de l’insulte, de tous les exploités de l’impérialisme.

C’est de là que nous venons de la prostitution de la bourgeoisie, de l’emprisonnement dans l’éducation bourgeoise et l’éducation prolétaire, jusqu’à ce que nous ayons compris la détresse de chacun de nous, comme la nécessité de nous libérer de l’impérialisme, comme étant la nécessité de mener la lutte anti-impérialiste.

Que cela dépend de nous si l’oppression se perpétue, si nous nous prolétarisons, si nous abandonnons la double vie et luttons.

Que la cause du peuple, des masses, des O.S., des lumpen, des prisonniers, des apprentis, des hommes dans les asiles de nuit, des masses les plus basses dans notre pays et des mouvements de libération du tiers monde est notre cause autant que notre cause, la lutte armée anti-impérialiste, est leur cause.

Notre cause est la cause des masses et inversement, quand bien même celle-ci ne pourra devenir et ne deviendra réelle qu’au cours d’un processus prolongé de développement de la guerre du peuple.

« Il n’y a pas de raison, écrivait Lénine, en 1916 ; contre le cochon colonialiste et renégat Kautsky, de supposer sérieusement que dans le capitalisme, là majorité des prolétaires puissent être regroupés dans une organisation.

Ensuite et c’est l’essentiel, il ne s’agit pas tant de la quantité des membres que de la signification objective et réelle de sa politique.

Cette politique représente-t-elle les masses ? c’est-à-dire sert-elle les masses ? Sert-elle à la libération des masses du capitalisme ?

Ou bien représente-t-elle les intérêts de la minorité et la réconciliation avec le capitalisme ?

Nous ne pouvons pas prévoir avec précision quelle partie du prolétariat suit, et suivra les social-chauvinistes et les opportunistes.

C’est dans la lutte que cela se révélera, cela se décidera en dernier ressort dans la révolution socialiste.

Si nous voulons rester des socialistes notre devise est d’aller vers les masses les plus défavorisées, les masses réelles, c’est la signification profonde de la lutte contre l’opportunisme, cela en est tout le contenu."

Nous avons libéré ce type parce qu’il est un révolutionnaire et il l’a déjà été à ce moment-là.

Parce qu’il incarnait déjà ce dont la guérilla, l’offensive politico-militaire contre l’Etat impérialiste ont besoin, a savoir la volonté d’agir, la capacité de se définir uniquement et exclusivement en fonction des buts et les nécessités, des tâches et du travail qui en découlent.

Parce que dès le début, lui seul pouvait tenir la discussion ouverte, le processus d’apprentissage collectif, et pouvait empêcher et interdire que la discussion ne dégénère ou ne se termine en luttes pour le pouvoir.

Parce que dès le début, il n’y avait en lui plus rien de ce qu’est l’impérialisme, il n’était pas aliéné dans ses relations avec les autres.

Parce qu’il est un type qui n’avait en lui plus rien de petit bourgeois, qu’il a toujours, dans chaque situation, et envers tous et chacun pensé et agit de manière prolétarienne, désintéressée et partiale.

La fonction de direction dans une organisation révolutionnaire est la suivante : déterminer l’orientation, pouvoir distinguer dans chaque situation ce qui est essentiel de ce qui est accessoire, ce qui revient à dire, ne jamais perdre de vue le but : la révolution et les principes du communisme ; faire preuve de collectivisme et d’altruisme toujours et à chaque seconde.

Dans le processus de constitution de la guérilla, c’est-à-dire du groupe qui a commencé à lutter, il se débarrasse des représentations des rapports de production bourgeois qu’il a dans son psychisme, de l’Etat qui est sous sa peau et dans les rapports de communication déterminés par la concurrence, car il apprend au cours du développement de l’action de guérilla à se définir par rapport aux buts et à prendre pour objet les conditions de la lutte, car chaque individu apprend dans le procès du travail collectif justement ceci, s’orienter, penser de manière prolétarienne, désintéressée, anticapitaliste et antiimpérialiste.

Nous ne parlons pas du centralisme-démocratique parce que la guérilla urbaine ne saurait avoir un appareil centralisé, dans la métropole qu’est la R.F.A.

Elle n’est pas un parti, mais une organisation politico-militaire qui développe sa fonction de direction collectivement à partir de chaque unité individuelle - le groupe - avec pour tendance la dissolution dans un processus d’apprentissage collectif au sein du groupe, le but étant toujours l’orientation autonome et tactique des militants, de la guérilla, des cadres.

La structure du groupe est collective, c’est-à-dire les lois du marché, de la division du travail, de la séparation entre vie professionnelle et vie privée sont abrogées en son sein.

Le groupe devient libre de domination dans le processus de conquête de sa liberté d’action.

Les structures de direction autoritaires n’ont aucune base matérielle dans la guérilla parce qu’entre autre le développement volontaire de la force productive de chaque individu est la condition de l’efficacité de la guérilla révolutionnaire : intervenir avec de faibles forces pour déclencher la guerre populaire.

Comme Andréas l’est et l’a été dès le début, à savoir un révolutionnaire il se trouve dans la ligne de mire des flics, qui utilisent actuellement, la conduite psychologique de la guerre, à savoir l’office fédéral de la police judiciaire, le bureau du procureur fédéral et la presse de Springer mènent contre nous.

En essayant par la conduite psychologique de la guerre de détruire l’objet : à savoir la politique révolutionnaire, la lutte armée anti-impérialiste et d’anéantir ses effets sur l’opinion publique en nous présentant comme une affaire d’individus isolés, ils nous présentent comme ce qu’eux-mêmes ils sont ; et présentent les structures de la R.A.F. comme celles de leur propre domination à l’image de l’organisation et du fonctionnement de leur propre appareil de domination.

Comme le Ku Klux Klan, comme la mafia - dans la mesure où les principes de domination impérialistes sont le chantage, la dépendance, la concurrence, la consommation, la séduction, la protection, la manipulation, la brutalité qui marche sur des cadavres, etc.

De telles projections sont possibles parce que chacun vivant dans ce système est habitué à se voir avec les yeux des autres.

Ce sont les autres qui déterminent ce que vaut la force de travail, que chacun est obligé de vendre pour pouvoir vivre, jamais nous-mêmes.

La radio et la télévision s’adressent à nous, comme s’il y avait une compréhension, un accord, une parenté entre ces faits sur l’écran et nous, et il y en a effectivement dans la mesure où les institutions dont ils sont les employés et celles pour lesquelles le peuple est obligé de travailler, sont les mêmes : ce sont les institutions de l’impérialisme.

Le cochon s’adresse à nous, en tant que ce que nous sommes réduits à être dans ce système, objets de domination et d’exploitation, acheteurs et consommateurs, individus guidés de l’extérieur, ce que la culture de consommation n’a fait que totaliser.

C’est la maladie de l’individu métropolitain, le regard de l’extérieur, la perte de la conscience de soi.

Ce qui donne son caractère choquant à notre action, c’est que des gens agissent sans se voir par les yeux des autres, et sans s’en occuper, que des gens agissent en partant des expériences réelles, celles qu’ils ont faites eux-mêmes, et celles du peuple.

Car la guérilla part des faits qui sont l’expérience vécue du peuple : l’oppression, l’exploitation, la terreur des médias, l’insécurité de la vie en dépit de la technologie extrêmement poussée et l’immense richesse de ce pays ; les maladies psychiques, les suicides, les brutalités, les cruautés infligées aux enfants, la misère des écoles, la misère du logement.

C’est ce qui a rendu notre action si choquante pour l’impérialisme ; que l’opinion publique, populaire ait très vite pris la R.A.F., pour ce qu’elle est - la chose qui est le résultat logique et dialectique des rapports en vigueur, la praxis qui en tant qu’expression des rapports réels rend au peuple sa dignité et redonne un sens à ses luttes, aux révolutions, aux défaites, et aux efforts, aux révoltes échouées du passé.

La chose qui rend au peuple la possibilité d’avoir conscience de son histoire.

La guérilla permet à chacun de se rendre compte de quel côté il est, de trouver, de reconnaître où il se trouve en fin de compte et de déterminer sa place dans la société de classe et de l’impérialisme.

Car il y en a beaucoup qui pensent qu’ils sont du côté du peuple, mais dès qu’il y a des heurts avec la police, dès que le peuple commence à lutter, ils se sauvent, ils dénoncent et freinent et se mettent du côté des oppresseurs.

C’est le problème que Marx a tant de fois formulé : à savoir qu’une personne n’est pas ce qu’elle croit être, mais quelle est sa fonction réelle, son rôle dans la société de classes ; qu’elle est déterminée par ce système et ses contraintes, si elle n’agit pas par elle-même, si elle ne lutte pas, si elle ne prend pas les armes.

Par le moyen de la conduite psychologique de la guerre les flics essaient de détruire l’image des réalités que la guérilla a corrigé, c’est-à-dire que :

- ce n’est pas le peuple qui a besoin, pour exister, des sociétés par actions et des usines, mais c’est la classe des capitalistes qui est, elle, dépendante du peuple ;

- ce n’est pas pour protéger le peuple des " criminels " que la police fonctionne, mais c’est pour protéger le système, l’ordre d’exploitation qu’est l’impérialisme des actions du peuple ;

- la justice a besoin du peuple pour continuer à agir mais le peuple n’a pas besoin de cette justice pour vivre ;

- nous n’avons pas besoin de l’impérialisme pour vivre mais l’impérialisme lui, a besoin de nous pour exister.

Dans ce but ils ne font qu’incarner ce qu’ils représentent et ce qu’ils sont, ce qu’est l’anthropologie du capitalisme, des juges, procureurs, matons et fascistes : le porc qui se complait dans ses aliénations, qui ne vit qu’en réprimant, exploitant, torturant des autres et dont la seule raison et le seul moyen d’exister est défaire carrière, de faire de la lèche, d’écraser, d être le concurrent, de vivre aux dépends des autres.

Par l’exploitation, la faim, la misère, le dénuement de quelques milliards d’êtres humains dans le tiers monde et ici même.

La bourgeoisie a accumulé toute sa haine envers le peuple, contre nous, et plus particulièrement contre Andréas en pratiquant la conduite psychologique de la guerre.

La notion de conduite psychologique de la guerre inclue celle de « plèbe », de « rue », d’« ennemi ».

La bourgeoisie a reconnu en nous une menace pour elle, la seule menace capable de la mettre en péril.

La détermination, la résolution à faire la révolution, à pratiquer la violence révolutionnaire, à la praxis, révolutionnaire, à l’action politico-militaire contre le système du pouvoir impérialiste.

Toutes les persécutions contre la guérilla, contre nous R.A.F., ne sont pas seulement dirigées contre nous, mais démasquent ceux qui en sont à l’origine, les dirigent, les produisent, leurs ambitions, leurs peurs, leurs peaux de salauds.

Se nommer soi-même avant-garde n’a pas de sens, être avant-garde est une fonction pour laquelle on ne peut se déclarer comme tel, ou postuler, c’est une fonction que le peuple donne à la guérilla par sa propre conscience, dans le processus ou le peuple prend conscience de lui-même et se dresse - en se reconnaissant lui-même - dans l’action de guérilla, en découvrant par l’action de la guérilla sa place dans l’histoire, en faisant de la nécessité, en soi, de détruire le système, une nécessité reconnue, pour soi, par l’action de la guérilla, qui a déjà fait de cette nécessité, la sienne propre.

Car ceci est la dialectique de la stratégie des luttes anti-impérialistes, le fait que dans sa défense, sa réaction, le système, par l’escalade de la contre-révolution, est amené à transformer l’état d’exception politique en état d’exception militaire, se démasquant, apparaissant à tous comme l’ennemi et amenant par les moyens mêmes de sa terreur, les masses à prendre position contre lui.

Marighella :

« Le principe de base de la stratégie révolutionnaire dans la situation de crise politique permanente est de développer aussi bien dans les villes que dans les campagnes une telle quantité d’actions révolutionnaires que l’ennemi soit obligé à transformer la situation politique du pays en une situation militaire, de cette façon l’insatisfaction s’étendra à toutes les couches du peuple, et les seuls responsables pour tous les méfaits seront les militaires. »

Et A.P. Puyan, un camarade iranien :

« ... du fait de l’oppression de la violence contre- révolutionnaire renforcée contre les combattants de la résistance, toutes les couches et classes oppressées seront encore plus massivement réprimées.

De ce fait les classes dirigeantes augmentent les contradictions entre les classes opprimées et elles-mêmes, et en créant un tel climat, la conscience politique des masses fait un grand bon en avant ».

Marx :

« Le progrès révolutionnaire se fait par là création d’une contre-révolution puissante et unifiée, par la création d’un ennemi qui amènera le parti de l’insurrection à atteindre par la lutte la maturité qui fera de lui le véritable parti révolutionnaire. »

Si en été 1972, les flics ont décrétés la mobilisation générale contre nous, avec 150000 hommes, en faisant participer la population à la chasse à l’homme par la télévision, en utilisant l’intervention du chancelier fédéral, en centralisant tout le pouvoir policier entre les mains de la police fédérale (Bundeskriminalamt) à cette époque déjà, un groupe de révolutionnaires, numériquement faible, mettait toutes les forces personnelles et matérielles, à l’intérieur de l’Etat, en branle et, il devenait matériellement possible de voir que la stratégie de la lutte anti-impérialiste, la destruction, la défaite de la puissance armée était :

JUSTE, POSSIBLE, ÉTAIT RÉALISTE ET RÉALISABLE.

- Qu’il dépend de nous si l’oppression se perpétue et également de nous qu’elle soit détruite.

- Que l’impérialisme ait vu tactiquement un monstre mangeurs d’hommes mais vu stratégique-ment, un tigre de papier.

Aujourd’hui les porcs sont en train d’assassiner Andréas.

Nous autres prisonniers, membres de la R.A.F. et d’autres groupes anti-impérialistes commençons aujourd’hui une grève de la faim.

La poursuite-liquidation des flics contre la R.A.F. et leur conduite psychologique de la guerre contre nous s’expriment aujourd’hui par le fait que la plupart d’entre nous sont emprisonnés dans l’isolement depuis des années, cela signifie détention-liquidation.

Mais nous sommes décidés à ne pas nous arrêter, à penser à lutter, nous sommes décidés à faire tomber la pierre que l’impérialisme a levé contre nous sur ses propres pieds.

Les flics sont en train d’assassiner Andréas - comme ils l’avaient déjà essayer en lui supprimant l’eau au cours de la grève de la faim au cours de l’été 1973.

A cette époque l’opinion publique et les avocats crurent qu’après quelques jours il aurait de nouveau de l’eau - en réalité le propre médecin de la prison de Schwalstadt lui déclarait alors qu’après neuf journées passées sans rien boire et il disait " vous êtes mort dans dix heures ou vous buvez du lait ".

Le ministre de la « justice » du land de Hessen Hempfler venait de temps en temps se rendre compte et le corps des médecins de prison était en réunion pendant ce temps au ministère de la « justice » à Wiesbaden.

Il existe un décret déclarant qu’en Hesse les grèves de la faim doivent être brisées par la privation forcée de liquide, les plaintes déposées pour tentative de meurtre par le porc-médecin ont été rejetée.

Nous déclarons maintenant que si les flics réalisaient effectivement leurs intentions et leurs plans en coupant l’eau à Andréas, tous les grévistes de la faim emprisonnés de la R.A.F. réagiront immédiatement en refusant de prendre toute forme de liquide, il en sera de même si un quelconque des prisonniers grévistes est privé de liquide quel que soit le lieu et la personne qui fasse l’objet de cette tentative de meurtre

mercredi 22 mai 1974


La Fraction Armée Rouge