Centre MLM de belgique

UC(ML)B : Unissons-nous contre les deux superpuissances et le capital monopoliste belge ! – 1977

Critique du Programme d’AMADA-TPO

UNISSONS-NOUS CONTRE LES DEUX SUPERPUISSANCES ET LE CAPITAL MONOPOLISTE BELGE ! – CRITIQUE DU PROGRAMME D’AMADA-TPO

Eric POLLET, janvier 1977

[Paru en brochure en janvier 1977, ce document a été publié en plusieurs parties sous le même titre dans Unité Rouge, numéros 73 à 76 (13 août-15 novembre 1976). Quelques corrections, de pure forme, ont été apportées à la brochure.]

 INTRODUCTION

La classe ouvrière de Belgique a pour tâche stratégique de faire la révolution socialiste. Dans la situation actuelle, le moyen tactique principal de parvenir à ce but est la lutte contre les préparatifs de guerre de l’Union soviétique et des Etats-Unis et pour la sauvegarde de la paix et de l’indépendance nationale. La classe ouvrière doit prendre la tête d’un large front uni contre les deux superpuissances et le capital monopoliste belge.

Cette question doit être au centre de toute l’activité révolutionnaire. Son enjeu est clair : il s’agit pour la classe ouvrière et les marxistes-léninistes de définir et d’appliquer la juste ligne tactique qui permettra de défendre l’indépendance nationale dans la perspective de la révolution socialiste.

Le mouvement marxiste-léniniste de notre pays a cependant dans l’accomplissement de cette tâche un grand retard, tant théorique que pratique. Ce n’est qu’en 1975 que, pour la première fois, les trois organisations AMADA-TPO, LC(m-l) et l’UC(ML)B commencèrent à élaborer leurs positions sur les questions posées par le danger d’une troisième guerre mondiale. Ces positions s’écartaient à des degrés divers des principes du marxisme-léninisme. AMADA-TPO, en particulier, développa une ligne ultra-gauche, de type trotskiste (« La politique étrangère de la Chine », début 1975). LC(m-l) et l’UC(ML)B se montraient passifs et sous-estimaient l’importance de la tâche. LC(m-l) n’a toujours pas, à notre avis, pris conscience de cette déviation.

La Ière Conférence nationale de l’UC(ML)B (avril-mai 1975) et le Ier Plénum du Comité Central de l’UC(ML)B (12 janvier 1976) posèrent les premiers jalons d’une ligne correcte. Entretemps AMADA-TPO était passé, sans explication, de l’extrême-« gauche » à la droite (« Déclaration du Bureau National d’AMADA-TPO sur la lutte contre le deux superpuissances », 19 novembre 1975), et l’UC(ML)B engagea la lutte avec lui en critiquant ses déviations successives (« La volte-face d’AMADA-TPO devant le danger de guerre : de l’opportunisme de ‘gauche’ à l’opportunisme de droite », Unité Rouge 68, 27 janvier 1976).

Au mois de mars de cette année, une clique de putschistes issue du Comité central de l’UC(ML)B et dirigée par Michel Nejszaten tenta d’usurper le pouvoir dans l’organisation pour transformer celle-ci en un groupe anarchiste.

Nejszaten se mit à dire qu’il avait « résolu tous les problèmes de la révolution » et que « la révolution aurait lieu en Belgique, comme dans les autres pays d’Europe, avant la guerre, pourvu qu’il démasque les ’comploteurs’ infiltrés dans la direction des partis et organisations marxistes-léninistes. »

En lançant de pareilles provocations, Nejzaten et consorts se sont placés eux-mêmes en dehors du mouvement communiste.

AMADA-TPO publia ensuite son « Programme pour la paix, l’indépendance nationale, la démocratie populaire et le socialisme » (8 mai 1976) et son « Programme pour les élections communales » (supplément TPO 63, 23 juin 1976). Tout en aménageant, en retouchant son opportunisme dans ses aspects les plus flagrants (notamment en ce qui concerne la coupure établie entre la lutte pour l’indépendance nationale et la lutte pour la révolution socialiste, ainsi qu’à propos de la formation de l’armée du prolétariat, AMADA-TPO a maintenu l’essentiel de son erreur et il commence à la « théoriser » de façon révisionniste.

En même temps, il pose l’antagonisme avec notre organisation, à qui il attribue frauduleusement des positions trotskistes.

Son opportunisme porte principalement sur 1) la nature de l’impérialisme, en particulier à propos des pays du « deuxième monde » ; 2) l’appréciation de la situation internationale ; 3) la perspective stratégique de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat ; 4) la politique d’alliances de la classe ouvrière. AMADA-TPO tente de justifier ses erreurs en se réclamant du Parti Communiste chinois, dont il interprète la juste ligne marxiste-léniniste de façon tendancieuse.

Afin de jouer leur rôle d’avant-garde dans la défense de l’indépendance nationale et la préparation à la guerre, comme dans toutes les questions posées par la révolution, les organisations marxistes-léninistes doivent en tout premier lieu s’unifier, pour former le Parti communiste de Belgique et souder la cohésion des rangs du prolétariat.

Elles doivent liquider entièrement les déviations de droite et de « gauche », établir une solide base de principe et concrétiser dans un programme véritablement marxiste-léniniste la tactique et les revendications de la classe ouvrière dans sa lutte pour la paix, l’indépendance nationale et le socialisme. Cette tâche doit s’accomplir sur la base d’une lutte idéologique positive au sein du mouvement. Ceci suppose une attitude correcte, honnête devant la critique et l’autocritique.

Or, dans sa polémique avec l’UC(ML)B, AMADA-TPO s’est toujours montré beaucoup plus à son aise dans le maniement de l’insulte, de la calomnie, des procès d’intention que dans l’argumentation politique. La discussion actuelle est une nouvelle illustration de ce fait.

AMADA-TPO écrit, dans son « Programme pour la paix, l’indépendance nationale, la démocratie populaire et le socialisme » p. 57) que « la direction de l’UC est animée seulement par son intention de combattre AMADA ». Le chapitre 6 de sa brochure, intitulée « Marxistes-léninistes, unissez-vous pour démasquer et détruire entièrement le groupe de trotskistes et de provocateurs qui dirige l’UC(ML)B » est entièrement consacré à cette « réfutation » ridicule.

Le procès d’intention prend un tour crapuleux quand AMADA-TPO affirme que l’UC(ML)B s’emploie à « cacher ses véritables intentions » (Programme…, p. 27).

Ces sous-entendus sont évidemment lancés sans preuve d’aucune sorte. En réalité, la question dépend du principe qu’« une ligne juste se développe dans la lutte contre les lignes fausses » C’est la loi sur laquelle AMADA-TPO prétend fonder sa politique contre nous.

Mais il est clair que l’absence de principe est entièrement de son côté. Comment qualifier autrement les falsifications de nos positions, auxquelles AMADA-TPO se livre sans cesse ? Ainsi, d’après lui, l’UC(ML)B pose que « la situation actuelle est fondamentalement la même que la situation d’avant la première guerre mondiale » (Programme…, p. 65) ; ne s’oppose pas au Pacte de Varsovie et fait du mot d’ordre « Retraite des troupes belges de l’Alliance atlantique et de l’OTAN » son « mot d’ordre central » en lieu et place du mot d’ordre : « Renforcement de la défense nationale indépendante pour la mobilisation des masses populaires » (Programme…, supplément p. 2) ; rejette la lutte pour une démocratisation radicale de l’armée bourgeoise (Programme …, p. 95), etc.

Ces mensonges grossiers tomberont d’eux-mêmes pour tous les lecteurs qui se mettront en peine de connaître les positions politiques réellement en présence. La manœuvre vise un double but : il s’agit, pour la direction d’AMADA-TPO, premièrement, de justifier son scissionnisme en « prouvant » que l’UC(ML)B suit une ligne trotskiste ; deuxièmement, de neutraliser notre critique, pour accréditer plus facilement ses propres erreurs.

 I. A PROPOS DE LA SITUATION INTERNATIONALE

1. DÉFINITION DE NOTRE EPOQUE. LE RAPPORT ENTRE LA RÉVOLUTION ET LA CONTRE-RÉVOLUTION DANS LE MONDE

Notre époque est celle de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne.

A présent, les facteurs de révolution et les facteurs de guerre se renforcent. Cependant, que la guerre provoque la révolution ou que la révolution conjure la guerre, l’initiative historique est passée définitivement aux mains des peuples. La tendance principale dans le monde est à la révolution.

CRITIQUE DE AMADA-TPO

Dans toute sa propagande, AMADA-TPO insiste sur la situation catastrophique qui, selon lui, existe actuellement dans le monde. Si, de l’avis du mouvement communiste international, la situation est excellente, pour AMADA-TPO elle est, au contraire, « extrêmement grave » (TPO 55, 2 mars 1976, p. 12). Après avoir, pendant des années, voulu inciter le prolétariat à la lutte au moyen d’un triomphalisme spontanéiste que nous n’avons cessé de critiquer, AMADA-TPO verse à présent dans l’autre extrême : celui du défaitisme : il s’agirait maintenant de secouer la classe ouvrière en lui insufflant l’effroi devant la menace d’agression russe. Il part en guerre contre « la position trotskiste de la direction d’UC ‘les facteurs de la révolution dominent’ (Programme …. 55), mais il a lui-même ôté toute consistance à cette attaque en citant malencontreusement (malencontreusement pour lui) les camarades chinois, selon qui

« à l’heure actuelle, l’excellente situation mondiale est marquée surtout par l’éveil et le développement du tiers monde (…) » (Ibid, p. 9).

Telle est bien la réalité devant laquelle AMADA-TPO reste aveugle :

« Depuis plus d’un demi-siècle, le grand courant du mouvement révolutionnaire prolétarien et le mouvement de libération nationale ont sapé petit à petit, le barrage de l’impérialisme. Ce sont surtout les deux superpuissances, USA et URSS, qui se trouvent dans une situation très difficile, leur décadence s’accentuant de jour en jour. Ainsi, leur faible nature de colosse aux pieds d’argile, fort en apparence et faible en réalité, leur nature fragile de tigre en papier est complètement dévoilée. Il n’y a que les révisionnistes qui, vivant et dépendant de l’impérialisme, répandent le mythe de la « force vitale » de l’impérialisme. La réalité démontre que surestimer la force des deux hégémonies et sous-estimer celle du peuple, est sans fondement. Avec l’aiguisement continu de toutes les contradictions fondamentales du monde d’aujourd’hui, la décadence de l’impérialisme et en particulier des superpuissances s’aggravera obligatoirement. Personne ne peut changer cette tendance générale du développement de l’histoire » (L’impérialisme aujourd’hui, trad. du chinois, 1976, p. 15).

« La politique agressive de l’impérialisme américain et du social-impérialisme soviétique, qui ont pris la place des fascistes hitlériens, est dangereuse, mais on peut y faire face et s’y opposer. Les peuples du monde ont aujourd’hui la possibilité et la force de se dresser en un grand front sur lequel viendront s’écraser tous les plans et les complots impérialistes et révisionnistes ». (Le 9 mai appelle les peuples à la vigilance, Zëri i Popullit, Albanie aujourd’hui, 22, 1975).

AMADA-TPO rejette cette analyse marxiste-léniniste selon laquelle le rapport de force est favorable à la révolution et aux peuples. Il estime, quant à lui, que

« dans la situation mondiale, le rôle décisif (je souligne) du capitalisme d’Etat de la Russie devient de plus en plus clair » (TPO 54, 18 février 1976, p. 2).

Dans ces conditions, on posera inévitablement que les forces de guerre l’emportent sur les forces de paix, et c’est bien ce que fait AMADA-TPO :

« L’apparition des Russes dans l’arène des dominateurs du monde a modifié les rapports entre les forces de la paix et celles de la guerre. Les forces de la révolution avancent rapidement dans le monde entier, spécialement dans le tiers monde. Voilà un aspect de la chose. Mais cette réalité ne peut pas empêcher que les forces de la guerre en ce moment sont proportionnellement beaucoup plus grandes et plus fortes. Aujourd’hui, les forces de la révolution ne peuvent pas de développer suffisamment vite pour empêcher une guerre mondiale ». (TPO 56, 17 mars 1976, p. 11).

Abordant la situation révolutionnaire dans le tiers monde, AMADA-TPO écrit que, bien que beaucoup de pays d’opposent aux complots russes, dans l’ensemble, le tiers monde reste néanmoins désarmé devant eux :

« Dans les premières années à venir il n’est pas possible qu’ils (les peuples) mettent dehors les envahisseurs russes comme ils l’ont fait avec les Américains en Corée et au Vietnam ». (Ibid.).

Une telle appréciation méprisante est-elle conforme à la réalité et à l’analyse marxiste-léniniste ? C’est un fait que sous son masque « internationaliste », le soi-disant « allié naturel des peuples » parvient encore à tromper son monde, mais l’expérience montre que, dans la lutte, les peuples prennent progressivement conscience de la véritable nature du social impérialisme soviétique et qu’ils apprennent à le combattre efficacement. Cette lutte remporte d’importants succès dès aujourd’hui. L’expulsion des Soviétiques hors d’Egypte en est le dernier exemple marquant. A ce sujet, les camarades chinois écrivent :

« L’Afrique, autrefois endormie dans les ténèbres, déborde aujourd’hui de vitalité, est en pleine effervescence. (…) partout l’on réagit avec force aux contraintes et au chantage exercés par le social-impérialisme soviétique, dont les pressions brutales, les lettres de menace et les essais pour s’imposer ont dû être repoussés à plusieurs reprises – faisant la preuve du courage de ces pays, de ces peuples ne craignant pas de se dresser pour manifester leur mépris envers l’hégémonisme des superpuissances.

En Amérique latine, la lutte des pays et des peuples contre le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme gagne aussi en profondeur. (…) A travers leurs luttes, les pays latino-américains ne cessent de renforcer leur unité, et ils sont tous d’accord, tout en s’efforçant de se débarrasser de la dépendance d’une superpuissance, pour demeurer vigilants devant les tentatives de l’autre superpuissance qui ne peut s’assurer l’hégémonie chez eux ».
(Jen Kou-ping, Développement des facteurs de révolution et des facteurs de guerre, P.I., 1, 1976, p. 19-20).

Selon AMADA-TPO, le tiers monde est donc provisoirement condamné à l’inconscience. La République populaire de Chine et les autres pays socialistes, où près d’un milliard d’hommes construisent le socialisme et qui constituent le principal rempart de la paix, sont absents de son « analyse ». Mais c’est à propos de l’Europe occidentale qu’il livre le fond de sa pensée.

« Aujourd’hui en Europe, dit-il, les forces de paix sont plus faibles que dans les années 30. Elles ne sont pas capables d’empêcher une 3ème guerre mondiale. »

Ayant écrit que

« les nouveaux partis et organisations communistes authentiques en Europe sont très jeunes. Ils ont entre cinq et treize ans d’existence. Leurs liens avec les masses sont encore faibles. Seul un demi à un pour cent de la population est derrière eux »,

AMADA-TPO précise à propos de ces intéressantes statistiques que

« nous ne devons pas seulement analyser les phénomènes dans leur situation actuelle, mais aussi dans leur développement futur »,

Puis il pose la question :

« ce développement peut-il avoir pour conséquence que dans le cinq, dix ou quinze années prochaines les forces de paix l’emportent sur les forces de guerre ? »

Et il répond par la négative : les forces marxistes-léninistes même si elles s’accroîtront, ne pourront

« briser l’empire des forces de guerre pro-russes sur la classe ouvrière » (Programme…, p. 53 et 54).

Cette position est fausse, à un triple point de vue.

Tout d’abord, il est erroné d’envisager le rapport de force et l’issue d’une guerre mondiale en Europe comme une question à caractère régional, en faisant complètement abstraction de la situation internationale dans son ensemble. Seuls les chauvins peuvent ignorer que la classe ouvrière internationale et les peuples du monde forment une chaîne dont les maillons sont de plus en plus unis dans la lutte contre l’impérialisme, l’hégémonisme, le colonialisme, le néocolonialisme et la réaction. Seuls les chauvins peuvent se répandre en déclarations ultra-défaitistes à propos de leur pays, de leur continent, parce que ceux-ci ne sont pas actuellement à l’avant-garde de la révolution dans le monde. La position marxiste-léniniste sur cette question est la suivante :

« La lutte révolutionnaire anti-impérialiste des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine frappe et mine sérieusement les bases de la domination de l’impérialisme, du colonialisme et du néo-colonialisme, elle est une force puissante dans la défense de la paix mondiale de notre temps. C’est pourquoi, dans un certain sens, l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat international dépend en définitive de l’issue de la lutte révolutionnaire menée par les peuples de ces régions, qui constituent l’écrasante majorité de la population mondiale ».
(Parti Communiste chinois, Propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international).

Ensuite, l’appréciation de la situation doit tenir compte des différents aspects de la réalité. L’influence prédominante du révisionnisme et du réformisme sur la classe ouvrière des pays capitalistes, l’utilisation par l’URSS et les partis révisionnistes du masque « socialiste » et du pacifisme social-démocrate, qui sont actuellement l’obstacle principal à la révolution, ne doivent pas cacher l’essor et l’élévation du niveau des luttes ouvrières de ces dernières années ni les virtualités révolutionnaires que ces luttes recèlent. Pour AMADA-TPO, la perspective est entièrement négative :

« Dans ces pays (d’Europe occidentale), la révolte croît contre la crise capitaliste et les faux PC veulent en profiter. Leur but : jeter à la porte les capitalistes privés pro-Américains et les pro-Européens, mettre ces pays, les deux-trois années à venir, sous contrôle économique, politique et militaire de la Russie. Ce développement se fera, dans les deux-trois années à venir, dans toute l’Europe du Sud et secouera toute cette région. C’est le maillon central de l’offensive historique que la Russie a commencée pour conquérir la domination du monde sur une Amérique affaiblie ». (TPO 54, 28 février 1976, p. 1).

Voilà pour le point de vue « historique » de l’ennemi. Voici maintenant toujours selon AMADA-TPO, le point de vue de la classe ouvrière :

« Lorsque les masses commencent à se détourner du capitalisme, (elles) se tournent d’abord vers les partis qui leur promettent le « socialisme » sans lutte révolutionnaire, sans effusion de sang et sans sacrifice, par la voie ’parlementaire pacifique’ ». (Programme…, p. 54).

Bref, la révolte du prolétariat s’engluera dans le réformisme ; elle sert et ne peut servir que le révisionnisme… En réalité, dans toute l’Europe occidentale, la classe ouvrière et le peuple travailleur accentuent leur lutte. Au Portugal, en Grèce, en Espagne, le régime fasciste a été et est la cible de combats grandioses.

Les récents résultats des élections au Portugal, qui signifient une cuisante défaite pour le parti révisionniste de Cunhal, montrent à quel point l’analyse d’AMADA-TPO est unilatérale ; ils font éclater l’opportunisme de la tactique qu’AMADA-TPO préconise pour ce pays et qui consiste à restreindre la lutte à la défense de la pseudo-démocratie bourgeoise. Partout les masses renforcent leur solidarité et donnent à la lutte un caractère politique. Le camarade Enver Hoxha a récemment indiqué à ce propos que :

« Les masses travailleuses, leurs forces les plus conscientes, se dressent à coup sûr pour défendre leurs intérêts vitaux et transformer cette situation de crise en situation favorable à l’avance de la cause de la révolution ».

Enfin, en analysant réellement la situation actuelle dans son développement futur », comme le dit AMADA-TPO, et en l’analysant de façon révolutionnaire et non de façon réactionnaire, on doit voir qu’à l’époque de crise, de révolutions et de guerres qui s’ouvre actuellement, les progrès de la conscience, de la mobilisation et de l’organisation de la classe ouvrière sont incomparablement plus grands qu’en période « pacifique ».

La révolution va se développer beaucoup plus rapidement. Les lamentations sur « les faibles effectifs » et le « peu d’influence » des marxistes-léninistes en Europe relèvent d’un point de vue social-démocrate qui place la question du nombre au-dessus de la question de la ligne politique. En suivant une juste stratégie et une juste tactique, les communistes d’Europe, même avec leur petit nombre relatif, seront le moteur de la lutte du prolétariat.

Une appréciation subjective de la réalité peut donner lieu au développement d’une juste ligne. Le manque de confiance d’AMADA-TPO dans la classe ouvrière et les peuples l’amène immanquablement à se détourner de ces forces fondamentales de la révolution et à chercher des alliés « plus puissants » dans le camp ennemi. C’est ce que nous examinerons en critiquant sa stratégie et sa tactique.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur la classe ouvrière internationale, les larges masses populaires et les peuples du monde que l’on peut défendre réellement la paix et faire la révolution et – si la guerre éclate – que l’on pourra remporter la victoire sur l’agresseur.

2. LES QUATRE CONTRADICTIONS FONDAMENTALES ET LA DIVISION DU MONDE EN TROIS ZONES

Le monde contemporain connaît quatre grandes contradictions : celle qui oppose les nations opprimées à l’impérialisme et au social-impérialisme ; celle qui oppose le prolétariat à la bourgeoisie dans les pays capitalistes et révisionnistes ; celle entre les pays impérialistes et social-impérialistes, et la contradiction qui oppose les pays socialistes aux pays impérialistes et social-impérialistes.

Le monde est actuellement partagé en trois zones :

1) Les Etats-Unis et l’Union soviétique, superpuissances hégémoniques qui luttent pour la domination du monde et qui constituent les deux foyers d’une nouvelle guerre mondiale ;

2) Les pays impérialistes de moyenne puissance (Europe, Canada, Japon…) soumis à des degrés divers aux vexations, aux pressions, à la domination des superpuisssances ;

3) Les pays en voie de développement (Afrique, Asie, Amérique latine).

Le tiers monde qui comprend la R.P. de Chine, est actuellement le fer de lance du camp de la paix et de la révolution.

La rivalité entre les deux superpuissances mène inévitablement à la guerre. L’URSS, en particulier, puissance « montante », représente le danger de guerre principal dans le monde.

Le deuxième monde occupe une position intermédiaire : il participe au partage impérialiste du monde, tout en résistant dans une certaine mesure à l’hégémonisme des deux superpuissances.

CRITIQUE DE AMADA-TPO

a) Sur les deux superpuissances

Jusqu’à ces derniers temps, AMADA-TPO reconnaissait que les Etats-Unis sont, comme l’Union Soviétique, une superpuissance hégémonique agressive. La première déclaration du Bureau National précisait notamment que :

« aussi bien l’Union soviétique que les Etats-Unis se préparent fébrilement à une guerre pour la domination du monde » (TPO 48, 26 novembre 1975).

Conséquent avec cette position, AMADA-TPO rejetait toute alliance des peuples avec l’impérialisme américain contre le social-impérialisme :

« Les peuples africains doivent combattre les Russes comme l’ennemi principal et le plus dangereux. Cela signifierait-il qu’ils doivent s’allier à l’impérialisme américain ? L’Amérique est affaiblie, mais elle regroupe ses forces, surtout dans les régions qui sont vitales pour elles : l’Europe occidentale et le Moyen-Orient. La progression et la pénétration russes en Afrique peuvent signifier qu’une partie de la bourgeoisie africaine cherche l’appui de l’Amérique (…). Les peuples africains doivent continuer à combattre l’impérialisme américain pour empêcher que les USA (n’)entraînent une partie de l’Afrique dans une guerre contre les Russes »(TPO 52, 21 janvier 1976, p. 10).

A présent, AMADA déclare que face à l’URSS, « l’ennemi principal » (programme…, p ; 24),

« les Etats-Unis sont tellement affaiblis qu’ils n’ont plus la force de mener une politique d’hégémonisme (Ibid., Supplément p. 5).

De là à conclure une alliance avec eux, il n’y a qu’un pas, qu’AMADA-TPO a franchi.

« ... les pays d’Europe de l’Ouest peuvent conclure une alliance défensive avec les Etats-Unis, basée sur les principes suivants : souveraineté nationale, indépendance et ‘compter sur ses propres forces’, également et non-ingérence mutuelle » (Ibid. p. 9).

Et si AMADA-TPO s’oppose « à la politique militaire qui fait dépendre de l’Amérique la défense de l’Europe » (il faut lui rendre cette justice), c’est uniquement parce que cette politique « signifie l’impuissance et la soumission de l’Europe occidentale » aux agresseurs… russes ! (TPO 57, 31 mars 1976, p. 4). Il ne voit apparemment aucun inconvénient à ce que cette défense reste soumise à l’hégémonisme américain.

Dans le domaine économique, AMADA-TPO considère que les multinationales américaines représentent dans nos pays un facteur de prospérité, dont il recommande implicitement le maintien et la protection :

« Si les faux PC arrivent au pouvoir en Europe occidentale, écrit-il, ils mettront les « multinationales » c’est-à-dire les capitalistes américains à la porte. Une grande partie de l’économie de l’Europe occidentale est actuellement contrôlée par ces multinationales (…). La prise du pouvoir par les faux PC entraînera inévitablement un profond délabrement économique (TPO, 54, 18 février 1976, p. 2).

C’est là, bien entendu, le point de vue des monopoles américains et celui de leurs « alliés », les monopoles européens, et nullement le point de vue du prolétariat révolutionnaire. Le mot d’ordre de la classe ouvrière est : ne pas tolérer qu’une quelconque superpuissance établisse son hégémonie, se garder de « laisser le tigre entrer par la porte de derrière tout en refoulant le loup par la porte de devant ».

Voici ce qui commande notre tactique : bien qu’acculés à la défensive, les Etats-Unis n’en ont pas pour autant renoncé à leurs plans hégémoniques, à leurs visées agressives de grande puissance. Ils s’agrippent à leurs sphères d’influence, en particulier en Europe occidentale et méridionale. Les Etats-Unis et surtout l’URSS sont des fauteurs de guerre : le danger d’une troisième guerre mondiale provient de la rivalité de deux superpuissances, - ainsi qu’AMADA-TPO continue d’ailleurs à le reconnaître (Programme …, p. 6). Ceci ne va pas sans contradictions de sa part, AMADA-TPO écrivant à la fois que

« Les Etats-Unis (…) n’ont plus la force de mener une politique d’hégémonisme »,

et que

« Les peuples (…) doivent (…) obliger les Etats-Unis à abandonner leur politique hégémonique » ! (Programme…, supplément, p. 5).

Il doit reconnaître que

« La possibilité existe encore qu’au début de la guerre mondiale, notre pays soit occupé par l’impérialisme américain et que les coups devront d’abord être dirigés contre cet occupant étranger » (Programme …, p. 59).

A ceci AMADA-TPO ajoute qu’« à mesure que l’impérialisme américain s’affaiblit, cette possibilité diminue, mais cette réserve n’est pas du tout décisive. En effet, même engagée dans une perspective de « défense », une guerre menée en Europe occidentale par les Etats-Unis contre l’URSS peut très bien revêtir un caractère impérialiste, témoins les déclarations faites l’année passée par Schlesinger, à l’époque ministre de la guerre, relative à l’usage d’armes atomiques tactiques en cas d’agression soviétique en Europe et de défaite de l’Occident.

Ce que la bourgeoisie – et les opportunistes qui lui emboîtent le pas – présentent comme « le parapluie nucléaire américain » ne signifie pas, dans ce cas, autre chose que la tactique de la terre brûlée. La vérité des rapports politiques et militaires entre les Etats-Unis et l’Europe Occidentale a été très clairement exposée par le gouvernement américain lui-même :

« Kissinger a (…) fait valoir que les troupes américaines stationnées en Europe défendaient d’abord les intérêts américains » (Le Monde, 11 mars 1976).

En voyant dans les Etats-Unis un allié du camp de la paix, AMADA-TPO se met en contradiction avec le mouvement communiste international et trahit le front anti-hégémonique.

La position du gouvernement albanais est la suivante :

« après la grave défaite qu’ils ont subie en Indochine, les impérialistes américains s’efforcent de toutes les manières de se ressaisir, de maintenir leur prétentions bien connues à la « grandeur » et au « rôle dirigeant » de l’Amérique dans le monde. Tout en feignant d’être devenus plus « raisonnables », plus « pacifiques », « plus humanitaires », plus « traitables » avec les autres pays et plus « accommodants » avec leurs alliés et en promettant de « revoir » leur politique, ils rassemblent en réalité leurs forces et se préparent à se lancer dans de nouvelles aventures et attaques contre la liberté, l’indépendance des peuples et des Etats souverains » (Nesti Nase, Le temps œuvre en faveur de la cause des peuples et de la révolution, Albanie aujourd’hui, supplément 5, 1975).

La presse chinoise a indiqué récemment qu’

« à l’heure actuelle, les deux parties (les Etats-Unis et l’URS) déploient tous leurs efforts pour arracher à l’autre une suprématie quantitative et qualitative. En dépit de tous les accords à venir, elles continueront cette escalade, et l’équilibre est à jamais rompu ». Dans le monde d’aujourd’hui, seules (…) les deux (je souligne) superpuissances sont en état de déclencher une nouvelle guerre mondiale, elles sont le foyer de cette guerre ».
(Jen Kou-ping, Développement des facteurs de révolution et des facteurs de guerre, Pékin Information, 1, 1976, p. 20).

L’équilibre rompu l’est à l’avantage de l’URSS, en ce qui concerne le domaine des armements et les préparatifs de guerre. L’URSS est en posture d’offensive, les Etats-Unis sont sur la défensive. Ce fait entraîne nécessairement des conséquences dans la tactique des marxistes-léninistes. Le communiqué de Shangaï signé en 1972 entre la R.P. de Chine et les Etats-Unis, dans lequel les deux pays mentionnent les divergences fondamentales existant entre leurs politiques respectives et indiquent en même temps nombre de points communs, en est le principal exemple.

Les marxistes-léninistes utilisent les contradictions existant au sein du camp de l’ennemi. Ceci ne signifie pas qu’ils peuvent conclure une alliance et faire cause commune avec une superpuissance hégémonique contre l’autre. De même, en critiquant le gouvernement américain de se faire le complice de la propagande soviétique sur la prétendue « détente », la Chine indique à juste titre que le principal danger de guerre émane de l’URSS, mais elle n’introduit pas pour autant les Etats-Unis dans le front anti-hégémonique international.

« L’hégémonie mondiale est le contenu politique impérialiste, dont le prolongement est la guerre impérialiste. Les contradictions opposant les deux superpuissances sont inconciliables puisqu’elles se disputent en vue de l’hégémonie mondiale. Ou tu l’emportes sur moi, ou c’est moi qui l’emporte sur toi » (Pékin Information, 40, 1975, p. 11).

Le camarade Enver Hoxha a rappelé ce principe que

« Du moment que l’impérialisme américain et l’impérialisme révisionniste représentent deux superpuissances impérialistes et affichent une stratégie contre-révolutionnaire commune, il est impossible que la lutte des peuples contre eux ne se ramène pas à un seul courant. Il n’est pas possible de s’appuyer sur un impérialisme pour s’opposer à l’autre » (Rapport d’activité sur Comité Central du Parti du Travail d’Albanie présenté au VIe Congrès du PTA, p. 31).

Une telle alliance avec les Etats-Unis ne pourrait s’envisager que s’ils cessaient d’être une superpuissance, c’est-à-dire s’ils cessaient d’être un fauteur de guerre mondiale, une menace pour la paix.

La position défendue sur l’OTAN dépend directement de celle que l’on adopte sur les Etats-Unis. Sur ce point, l’incohérence d’AMADA-TPO est poussée à son comble, puisqu’il recommande à la fois de dissoudre le pacte et de le maintenir ! Nous lisons à la page 1 de TPO 58 (14 avril 1976) sous la plume du bureau National :

« Dans la situation actuelle, nous n’exigeons pas la dissolution de l’OTAN »

et à la page 11 du même journal, sous l’intitulé « programme minimum » :

« Dissolution de l’OTAN et du Pacte de Varsovie » !

(Bien entendu, la véritable position d’AMADA-TPO, celle qui découle logiquement de sa ligne, est la première, conforme à l’attitude adoptée envers l’impérialisme américain. C’est elle d’ailleurs qui en définitive est retenue dans le « Programme … » (supplément, p. 9-11).

Le mouvement communiste international indique que l’OTAN qui continue à être manipulé par les Etats-Unis, n’a pas abandonné ses visées agressives :

« Ainsi, bloc du Pacte de Varsovie ou bloc de l’OTAN, chacun organise sans cesse des manœuvres de guerre dirigeant le fer de lance sur l’autre : bâtiments de guerre et avions de l’un et de l’autre se suivent et se surveillent. Devant tout cela, comment peut-on parler de ’détente’, ’d’atmosphère favorable au développement pacifique’ » ?
(Jen Kou-ping, Ibid. p. 21).

Le gouvernement albanais s’est prononcé pour la liquidation des deux blocs agressifs, l’OTAN et le Pacte de Varsovie :

« Selon notre point de vue, pour que des pas concrets soient accomplis dans le sens de l’établissement d’une atmosphère de compréhension et de confiance réciproque et d’une coopération sincère et sur un pied d’égalité entre les pays européens, il est indispensable de mettre fin aux zones d’influence en Europe, de liquider les blocs agressifs de l’OTAN et du Pacte de Varsovie et il faut que chaque pays prenne des mesures pour qu’il n’y ait plus ni bases ni troupes étrangères sur son territoire, qu’il n’accorde aucune facilité ni aucun privilège d’aucune sorte aux Etats-Unis et à l’Union Soviétique et qu’il ne permette sur son sol aucune espèce d‘activité dirigée contre d’autres pays ». (Nesti Nase, Ibid.)

B) Sur le deuxième monde

AMADA-TPO s’attaque à l’UC(ML)B qui, selon lui, « nie le contenu véritable du terme « deuxième monde », parce qu’elle

« se place en fait sur la position des trotskystes, qui disent que dans leur essence tous les pays impérialistes ont le même caractère et que les pays impérialistes de moindre importance n’ont que ’certaines contradictions’ avec les Etats-Unis et n’en sont contrôlés que « dans une certaine mesure » (Programme…, p. 17).

D’après AMADA-TPO, tous les impérialistes n’auraient dont pas, dans leur essence, le même caractère. Ainsi, l’essence « particulière » des pays impérialistes du deuxième monde donnerait à ceux-ci une double propriété particulière.
Premièrement, il s’agirait de pays absolument pacifiques.

AMADA-TPO nous prête la

« théorie qui affirme que tous les pays impérialistes ont les mêmes ambitions impérialistes et les mêmes intentions belliqueuses » (Ibid., p. 20).

Cette théorie, évidemment absurde, est si peu la nôtre que nous écrivions :

« AMADA nie la distinction existant entre la source des guerres modernes, qui est l’impérialisme pris en général (…) et les principales forces d’agression et de guerre à un moment donné, les principaux fauteurs de guerre concrets ».

Mais AMADA-TPO nous apprend que cette distinction, de toute évidence marxiste-léniniste est … « trotskyste » ! (Ibid., p. 18). Ce que AMADA-TPO essaie maladroitement de nier, c’est qu’il y a bel et bien quelque chose de commun à tous les, impérialistes – le monopole, l’exportation des capitaux, la recherche du profit maximum – et que la manière (pacifique ou violente) dont ils mènent leur politique spoliatrice, et leur capacité de spolier, ne dépendent justement pas de leurs « ambitions » ou de leurs « intentions », mais d’un facteur objectif, le rapport de force où chaque impérialiste est pour sa part engagé, tant à l’égard des autres impérialistes, ses concurrents, qu’à l’égard des peuples du monde.

Sous prétexte que les pays du deuxième monde ne peuvent plus faire figure d’agresseurs à l’échelle mondiale, AMADA-TPO se met à nier toute possibilité d’agression d’aucun pays de cette zone, et ce à l’égard du tiers monde :

Non, seules les deux superpuissances ont encore pleinement les caractéristiques des dominateurs, brigands et fauteurs de guerre impérialistes. Seules les deux superpuissances sont aujourd’hui capables de poursuivre le « travail » des anciennes puissances coloniales (Ibid. p. 10).

Les agressions militaires, récentes ou actuellement en cours, perpétrées par les impérialistes français et britanniques au Tchad, en Irlande, au Dhofar, apportent un cruel démenti à de telles affirmations. L’impérialisme belge ne fait pas exception à ce tableau ou bien AMADA-TPO a-t-il complètement « oublié » les agressions militaires contre le peuple congolais en 1969 et 1964 ?

Non, l’essence de l’impérialisme, sa nature agressive, rapace et belliciste, cette nature ne peut changer. Nous nous opposons à la guerre impérialiste, par conséquent nous devons nous opposer au fondement qui fait naître cette guerre : le système impérialiste. Seule la destruction du système impérialiste, ayant à sa tête les deux superpuissances, permettra de supprimer la guerre dans le monde.

Deuxièmement, selon AMADA-TPO, le principe essentiel des rapports entre le deuxième monde et le tiers monde ne serait plus, comme autrefois, la spoliation, mais le « dialogue » (Ibid., p. 21-22).

A l’époque actuelle, le tiers monde lutte avec succès pour l’établissement d’un nouvel ordre économique ; le rapport de force évolue en sa faveur. Comme l’écrit AMADA-TPO, « la situation objective a changé » : l’impérialisme et l’hégémonisme ne peuvent plus agir à leur guise. D’autre part, sous la pression des deux superpuissances, le deuxième monde a intérêt à se rapprocher du tiers monde et à s’unir avec lui contre l’hégémonisme.

Mais il ne résulte absolument pas de ces faits que l’Europe occidentale et le Japon auraient abandonné leurs visées de monopolistes exploiteurs ; leurs exportations vers le tiers monde ne cessent-elles pas de croître, et ces exportations auraient-elles miraculeusement perdu leur caractère impérialiste ?

AMADA-TPO dit – et fait dire aux camarades chinois – que les rapports entre le deuxième monde et le tiers monde ont changé, dans leur essence. Mais qu’en est-il en réalité ?

« Les pays du tiers monde ont subi pendant longtemps l’asservissement et le pillage éhonté du colonialisme et de l’impérialisme. Bien que ces pays aient à présent acquis l’indépendance politique, leur réseau économique national d’Etat est, malgré tout, toujours à des degrés divers, contrôlé par l’impérialisme. L’ancien système économique n’a pas encore fondamentalement changé. L’impérialisme, et surtout les deux superpuissances USA et URSS, avec le néo-colonialisme, mène de plus belle l’exploitation et le pillage du colonialisme, surtout celui des superpuissances, en faisant que les pays pauvres deviennent encore plus pauvres, et les pays riches encore plus riches, la différence entre eux devenant de plus en plus grande, créent un antagonisme aigu entre les pays riches et les pays pauvres ». (L’impérialisme aujourd’hui, p. 87).

L’impérialisme doit composer. En même temps, il cherche à modifier la forme de son exploitation et de sa domination. L’exportation de capitaux prend la forme « d’aide » et « d’investissement dans des entreprises mixtes », qui constituent en même temps un moyen de contrôle ; au point de vue militaire, les impérialistes n’ont pas cessé d’envoyer des détachements dans le tiers monde et ils tirent de la vente d’armes d’immenses profits ; dans le domaine culturel et technique, la « coopération » constitue pour eux un moyen de contrôle et de pression économiques et politiques. Les masses d’ouvriers africains et asiatiques immigrés en Europe occidentale subissent chaque jour, dans leurs conditions de vie et de travail misérables, l’effet de la domination du deuxième monde.

AMADA-TPO nous accuse d’assimiler en fait les pays du deuxième monde aux superpuissances, mais c’est bien plutôt lui qui met ces pays sur le même pied que ceux du tiers monde. Il cesse pratiquement de les considérer comme des pays impérialistes. Il confond les caractères essentiels de l’impérialisme et les rapports de force qui existent aujourd’hui dans le monde entre les différentes zones. Ceci l’entraîne à envisager les pays du deuxième monde d’une façon unilatérale, à ne parler que de leur « dialogue » avec le tiers monde, pour passer presque sous silence la spoliation impérialiste.

« Après la mort de Lénine, de grands changements sont intervenus dans la situation mondiale ; mais l’époque n’a pas changé, et les principes fondamentaux du léninisme ne sont pas périmés, ils demeurent le fondement théorique sur lequel se guide aujourd’hui notre pensée ».

Voilà en quels termes Chou En-laï, introduisant son rapport au dixième congrès du Parti communiste chinois, avertissait tous ceux qui seraient tentés de jeter par-dessus bord les principes du marxisme-léninisme, sous prétexte « que la situation objective a changé ». Les caractéristiques du capitalisme et de l’impérialisme, quant à leur essence, sont clairement définies par le marxisme-léninisme.

« Le profit est le moteur et la finalité de la production capitaliste. Dans les différentes étapes du développement du capitalisme, et bien que ces étapes possèdent des particularités différentes, ce moteur et cette finalité ne peuvent changer » (L’impérialisme aujourd’hui, p. 51).

Du point de vue politique, Lénine a indiqué que l’impérialisme, par essence, tend toujours vers la violence, la réaction, le renforcement de toute forme d’oppression.

AMADA-TPO cite le révisionniste Kautsky, qui parlait d’une « autre politique bourgeoise (…) toujours sur la base du capital financier » (Programme … p. 23), et nous dit que cela fut réfuté par Lénine, mais cette citation n’est-elle pas très imprudente de sa part, car AMADA-TPO a-t-il au fond inventé autre chose, à présent que « la situation objective a changé » ? Comme il arrive souvent, une « situation objective nouvelle » est l’occasion pour les opportunistes de développer une « théorie nouvelle ». Lorsque Khrouchtchev et sa clique ont lancé leur ligne de « passage pacifique », ils ne s’y sont pas pris autrement, toutes proportions gardées.

« Le principal argument utilisé par les dirigeants du PCUS pour justifier leur ligne de ‘passage pacifique’ opposée à la révolution, c’est que les conditions historiques ont changé.

L’appréciation faite par les marxistes-léninistes des changements intervenus dans les conditions historiques après la seconde guerre mondiale et les conclusions qu’ils en tirent sont foncièrement différentes de celles de Khrouchtchev.

Les marxistes-léninistes soutiennent qu’après cette guerre, les conditions historiques ont fondamentalement changé. Le changement s’est affiné surtout par l’accroissement considérable des forces socialistes prolétariennes et l’énorme affaiblissement des forces impérialistes. L’après-guerre a vu surgir un camp socialiste puissant, un grand nombre d’Etats nouvellement indépendants, une succession de luttes armées révolutionnaires, un nouvel essor des mouvements de masse dans les pays capitalistes et un grand élargissement des rangs du mouvement communiste international. Le mouvement révolutionnaire national et démocratique d‘Asie, d’Afrique et d’Amérique latine sont devenus les deux courants historiques majeurs de notre temps.

Peu après la guerre, le camarade Mao Tsétoung a fait ressortir à plusieurs reprises que le rapport de forces sur le plan mondial était à notre avantage et non à celui de l’ennemi ; et que cette nouvelle situation ‘a ouvert pour la libération de la classe ouvrière et des nations opprimées du monde des possibilités encore plus larges et des voies encore plus efficaces’. » (Forces révolutionnaires du monde entier, unissez-vous, combattez l’agression impérialiste ! Œuvres choisies, tome IV).

« Le camarade Mao Tsétoung soulignait par ailleurs :

« Provocations de troubles, échec, nouvelle provocation, nouvel échec, et cela jusqu’à leur ruine – telle est la logique des impérialistes et de tous les réactionnaires du monde à l’égard de la cause du peuple ; et jamais ils n’iront contre cette logique. C’est là une loi marxiste. Quand nous disons : ‘l’impérialisme est féroce’, nous entendons que sa nature ne changera pas, et que les impérialistes ne voudront jamais déposer leur couteau de boucher, ni ne deviendront jamais des bouddhas et cela jusqu’à’ leur ruine’ ». Rejetez vos illusions et préparez-vous à la lutte, Œuvres choisies tome IV).

« Partant du fait que les changements intervenus dans les conditions de l’après-guerre jouent encore plus en faveur de la révolution, et de la loi de l’immuabilité de la nature même de l’impérialisme et de la réaction, les marxistes-léninistes ont tiré des conclusions révolutionnaires, estimant qu’il faut pleinement mettre à profit l’excellente situation révolutionnaire qui se présente, œuvrer activement pour développer les luttes révolutionnaires et se préparer à faire triompher la révolution, en fonction des conditions spécifiques de chaque pays.

Mais Khrouchtchev, lui, en a conclu qu’il faut s’opposer à la révolution et la rejeter. Il soutient qu’avec le changement dans le rapport de forces sur le plan mondial, la nature de l’impérialisme et de la réaction a changé, la voie commune de la Révolution d’Octobre n’a plus cours et que la théorie marxiste-léniniste sur la révolution prolétarienne est devenue désuète ». (Parti Communiste chinois, La révolution prolétarienne et le révisionnisme de Khrouchtchev).

Sans atteindre ces conséquences extrêmes, les thèses d’AMADA-TPO n’en ouvrent pas moins la porte à de lourdes erreurs stratégiques.

1. Si l’on estompe la différence entre le deuxième monde et le tiers monde, on nie la nécessité de la lutte acharnée et prolongée que doivent mener les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine contre l’asservissement impérialiste pour l’indépendance politique et économique véritable. Des phrases telles qu’AMADA en aligne (parcimonieusement) sur cette lutte (cf. Programme…, p. 17) sont alors en grande partie des phrases creuses.

2. Du point de vue du deuxième monde, l’analyse unilatérale qu’AMADA-TPO tend à protéger « son » impérialisme et à rejeter les tâches internationalistes du prolétariat. AMADA-TPO est incapable de soutenir de façon conséquente les colonies et néo-colonies dans leur lutte révolutionnaire contre l’impérialisme, l’hégémonisme et la réaction. Il développe au contraire des positions chauvines qui lui font partager la perspective des moyennes puissances et qui l’éloignent de celle des peuples opprimés.

« Pour sortir de leur crise de surproduction, les pays du deuxième monde veulent étendre leurs marchés. Le tiers monde a un grand besoin de machines, d’usines et de technologies pour développer rapidement l’économie nationale, et les pays du deuxième monde sont prêts à les leur livrer » (Programme…, p. 16).

Loués soient les pays du tiers monde qui aideront le deuxième monde à sortir de sa crise ! Mais la crise ne serait-elle pas plutôt un effet de la lutte de libération du tiers monde ? Et le deuxième monde ne tenterait-il pas plutôt de se décharger du fardeau de la crise sur le tiers monde aux dépens de celui-ci ?

« Le réveil et l’émergence du tiers monde ont exacerbé les contradictions inhérentes à l’économie capitaliste et réduit progressivement la possibilité pour les pays impérialistes, et les superpuissances en particulier, de faire porter à autrui le fardeau de leurs crises économiques. Les pays occidentaux reconnaissent d’ailleurs que leur ‘prospérité’ économique est basée sur ‘le bas prix du pétrole et des matières premières’. Avec la venue du tiers monde, la période est à jamais révolue où les impérialistes pouvaient piller les produits de base à leur gré. Néanmoins, ils tentent par tous les moyens de rejeter le poids de la crise sur les pays du tiers monde. Mais les peuples du tiers monde sont aujourd’hui debout, ils ne craignent pas de tenir tête aux impérialistes, en particulier aux superpuissances ». (L’Occident capitaliste se débat dans la crise économique, Pékin Information, 6, 1976, p. 14).

3. L’assimilation presque complète des pays du deuxième monde et du tiers monde, ainsi que leur bourgeoisie respective, amène AMADA-TPO à confondre ce qu’il appelle la « démocratie populaire » avec l’étape de démocratie nouvelle que doivent parcourir les pays coloniaux et semi-coloniaux. (Cette question sera examinée dans le cadre de la discussion sur la stratégie).

 II. A PROPOS DE LA STRATÉGIE ET DE LA TACTIQUE DES COMMUNISTES DE BELGIQUE

1. L’ETAPE STRATÉGIQUE DE LA RÉVOLUTION

En Belgique, pays capitaliste développé, l’étape de la révolution est celle de la révolution socialiste. La classe ouvrière, en alliance avec le peuple travailleur doit détruire l’Etat capitaliste et établir la dictature du prolétariat. Dans notre pays, la contradiction principale oppose le prolétariat à la bourgeoisie.

L’analyse de la situation nationale et des tâches qui en découlent est subordonnée à la conjoncture internationale. Aujourd’hui, les Etats-Unis et l’URSS sont les principaux ennemis des peuples, les pires exploiteurs et oppresseurs, les fauteurs d’une troisième guerre mondiale. L’URSS, en particulier, fait peser la principale menace de guerre sur l’Europe occidentale et sur le monde.

« La lutte contre les préparatifs de guerre des deux superpuissances, la lutte pour la sauvegarde de la paix et de l’indépendance nationale est actuellement notre tâche tactique centrale. Aujourd’hui, cette tâche constitue le front principal de la lutte du prolétariat de Belgique, de sa marche vers la révolution socialiste ». (Déclaration du Ier Plénum du Comité Central de l’UC(ML)B sur la lutte pour la paix et l’indépendance nationale).

La classe ouvrière de Belgique doit prendre la tête d’un large front anti-hégémonique, faisant partie intégrante du front mondial contre les deux superpuissances.

CRITIQUE A AMADO-TPO

A) La révolution en deux étapes en Belgique

Lénine a indiqué l’importance que revêt la lutte pour l’indépendance nationale, à l’époque de l’impérialisme. Ceci concerne essentiellement les pays coloniaux ou semi-coloniaux, soumis à une impitoyable oppression nationale. Mais les pays capitalistes développés, peuvent, eux aussi, connaître le même assujettissement. Aussi la question de l’indépendance nationale, de sa sauvegarde ou de son rétablissement, se trouve parfois à l’avant-plan des tâches du prolétariat, également dans ces pays-là. C’est en particulier le cas dans les périodes de guerre et de fascisme.

En ce sens le VIIème Congrès de l’Internationale Communiste indiqua, devant la menace imminente de la Seconde Guerre mondiale, que « la défense de la paix et de l’Union Soviétique était le mot d’ordre central » du prolétariat de tous les pays.

A l’heure où le social-impérialisme suit les traces d’Hitler et où il dispute la domination du monde à son rival américain, la classe ouvrière internationale et les peuples du monde doivent, de même qu’au cours des années ‘30, porter le coup principal aux principaux ennemis et unifier leur lutte contre l’URSS et les Etats-Unis.

Notre tâche stratégique – faire la révolution socialiste – et notre tâche tactique centrale – sauvegarder la paix et l’indépendance nationale – sont intimement liées. La lutte pour la paix et l’indépendance nationale est le moyen principal de progresser sur la voie de la révolution. Elle constitue aussi notre obligation première : la classe ouvrière de Belgique doit donner la priorité à son devoir internationaliste en prenant sa place dans un front anti-hégémonique et, en retour, la révolution ne peut vaincre dans notre pays sans que le prolétariat mène la lutte contre les deux superpuissances (en particulier contre l’URSS, qui fait peser la menace de guerre la plus grave) et sans qu’il unisse dans cette lutte le peuple travailleur sous sa direction.

L’opportunisme opère une coupure entre la tâche tactique et la tâche stratégique : à la limite, il liquide l’une au profit de l’autre.

L’opportunisme de « gauche » ne considère que la contradiction principale au sein de chaque pays pris en particulier et néglige la contradiction principale au niveau international. Il aide ainsi les pires ennemis des peuples.

L’opportunisme de droite sous-estime la tâche fondamentale du prolétariat – l’établissement du socialisme et du communisme - et la sacrifie à la défense de l’indépendance nationale : celle-ci – au lieu d’être un moyen d’accéder au pouvoir devient, au contraire, un prétexte pour y renoncer.

Dans sa première déclaration (TPO, n° 48, 26-11-75), le Bureau National d’ AMADA-TPO concentrait ainsi toute son attention sur la tâche tactique et restait muet sur son lien avec la stratégie.

« Révolution socialiste ou guerre de résistance contre les superpuissances » (c’est moi qui souligne), tel fut le mot d’ordre central du meeting national tenu par AMADA-TPO le 13 mars 1976 (TPO, n° 56, 17-3-76).

Cette formule a l’avantage de résumer parfaitement une ligne politique qui, au lieu d’unir la revendication de l’indépendance à celle du socialisme, les oppose l’une à l’autre.

A présent AMADA-TPO écrit dans son Programme… (p. 103) :

« Si l’on détruit le lien entre l’étape de l’indépendance nationale et celle de la révolution socialiste, on débouche inévitablement dans le révisionnisme ».

Mais y a-t-il précisément un meilleur moyen de détruire le lien entre la lutte pour l’indépendance et la lutte pour le socialisme qu’en postulant aujourd’hui la nécessité de deux « étapes » distinctes de la révolution ?

Le problème qui se pose – celui des phases transitoires à accomplir pour parvenir au socialisme dans la conjoncture d’une oppression nationale – est certainement complexe, et AMADA-TPO s’y entend à l’embrouiller davantage encore ! En réalité, il ne parvient même pas à poser correctement la question des critères qui dominent cette matière.

AMADA-TPO écrit d’une part :

« Nous vivons depuis le début de ce siècle à l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne. Les forces de production en Europe de l’Ouest sont mûres pour la révolution socialiste.

La situation politique concrète est-elle mûre pour la révolution prolétarienne et peut-elle l’être dans les prochains cinq ou dix ans ? Le danger d’une guerre mondiale augmente sérieusement. Si cependant un pays ou un groupe de pays en Europe étaient mûrs politiquement pour la révolution socialiste, la classe ouvrière doit y établir la dictature du prolétariat ; le régime socialiste permettrait alors de mobiliser pleinement toutes les forces des masses laborieuses pour la défense de l’indépendance nationale et de la paix mondiale. Aucun pays n’est cependant politiquement mûr pour la révolution socialiste, et ceci ne sera pas non plus le cas dans l’avenir immédiat » (Programme…, p. 60).

En d’autres mots : dans les pays capitalistes développés, où les conditions économiques sont mûres pour le socialisme, si l’avènement de la dictature du prolétariat n’est pas actuellement à l’ordre du jour dans l’immédiat ou à bref délai, cela est imputable uniquement à une cause d’ordre subjectif : le manque de préparation politique, idéologique, organisationnel de la classe ouvrière.

Nous sommes d’accord avec cette position (sous une réserve, que nous dirons tout à l’heure).

AMADA-TPO écrit d’autre part :

« Maintenant qu’une guerre d’agression social-fasciste est à l’ordre du jour, l’objectif immédiat de la classe ouvrière n’est plus le renversement de la bourgeoisie belge dans son ensemble » (Ibid, p. 83).

En d’autres mots : aujourd’hui en Belgique, la classe ouvrière ne peut pas établir la dictature du prolétariat : elle doit, au contraire, s’interdire de prendre le pouvoir, par égard au front uni à établir avec la bourgeoisie nationale.

C’est une formule que nous aurons à citer encore, car elle traduit bien tout l’opportunisme d’AMADA-TPO.

Il est clair que ces deux positions de nos camarades sont contradictoires et qu’elles sont de nature à fonder deux tactiques opposées. Comment peut-on, en effet, se mettre au travers de la lutte pour le socialisme en invoquant un impératif d’ordre objectif (le compromis nécessaire avec une partie de la bourgeoisie), tout en posant que sur la voie de la révolution socialiste, aujourd’hui en Belgique, le seul obstacle est d’ordre subjectif [1] ?

C’est, bien entendu, sur la seconde de ces deux déclarations de principe qu’AMADA-TPO construit son programme. L’idée centrale, la ligne de force qui domine tout ce programme est bien la suivante : le prolétariat ne peut actuellement fixer à sa lutte l’objectif du socialisme. Bien qu’il cite (de façon étourdie !) Dimitrov selon qui, dans la lutte pour le gouvernement de front unique, « il est nécessaire de se préparer pour la révolution socialiste » (Ibid., p. 88), AMADA-TPO va jusqu’à condamner toute propagande en ce sens, sous prétexte que les révisionnistes font de la démagogie sur le même thème !

« Le Parti Communiste chinois dit clairement (?!) que le mot d’ordre de ‘révolution socialiste’ fait le jeu du social-impérialisme : il dirige les ouvriers exclusivement contre leur propre bourgeoisie et détourne l’attention des plans de domination et de guerre du social-impérialisme » (Ibid, p. 63).

Aux opportunistes aucune raison n’est décidément trop mauvaise pour rejeter loin de soi les tâches de la révolution.

Qu’en est-il au juste du rapport entre la lutte pour l’indépendance nationale et la lutte pour le socialisme ?

Il est évident qu’en développant une tactique de front uni sur la base d’une large alliance de classes (qui peut inclure des fractions ou des représentants de la bourgeoisie), la classe ouvrière ne poursuit pas son but révolutionnaire de la même façon que lorsqu’elle marche directement sur ses objectifs de classe exclusivement prolétariens.

Il y a donc, effectivement, un obstacle objectif à l’instauration immédiate du socialisme. (C’est pourquoi nous ne pouvons être entièrement d’accord avec la déclaration sans nuance faite par AMADA-TPO à la page 60 de son Programme…, citée plus haut, mais plutôt que de s’appesantir sur une telle erreur, qui dans son cas ne tire vraiment pas à conséquence, il faut inciter AMADA-TPO à méditer la substance de la juste position stratégique qui lui a échappé à cet endroit et à en tirer toutes les conséquences).

Aux dirigeants social-démocrates qui s’opposaient au front unique avec les communistes sous prétexte qu’ils étaient « pour la démocratie », tandis que les communistes sont « pour la dictature », Dimitrov répondit à la tribune du VIIe Congrès de l’I.C. :

« Mais est-ce que actuellement nous vous proposons le front unique pour proclamer la dictature du prolétariat ? Vous savez bien que nous ne vous le proposons pas pour l’instant ». (Œuvres choisies, Sofia, t. 1, p. 616).

La tactique « unir tout ce qui peut être uni » contre l’ennemi commun, le fascisme, l’hégémonisme, suppose certaines concessions faites aux alliés. Cependant ces concessions ne vont nullement jusqu’à renoncer à faire la révolution, et Dimitrov, dans le même discours, en définissait très clairement les limites : il ne s’agissait en aucun cas d’établir « un certain stade intermédiaire démocratique entre la dictature de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat », mais il faut, disait le grand dirigeant marxiste-léniniste, comparer les phases parcourues par la lutte antifasciste à des « formes de transition conduisant à la révolution prolétarienne » :

« Camarades ! Nous exigeons de chaque gouvernement de front unique une toute autre politique. Nous exigeons de lui qu’il réalise des revendications révolutionnaires radicales, déterminées, répondant à la situation. Par exemple : le contrôle de la production, le contrôle des banques, la dissolution de la police, son remplacement par la milice ouvrière armée, etc.

Il y a quinze ans, Lénine nous appelait à concentrer toute notre attention sur la recherche des formes de transition ou de rapprochement conduisant à la révolution prolétarienne ! Le gouvernement de front unique s’avéra peut-être, dans une série de pays, une des principales formes de transition.

Les doctrinaires de « gauche » ont toujours passé outre à cette indication de Lénine ; tels des propagandistes bornés, ils ne parlaient que du ‘but’ sans jamais se préoccuper des ‘formes de transition’. Quant aux opportunistes de droite, ils tendaient à établir un certain ‘stade intermédiaire démocratique’ entre la dictature de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat, pour inculquer aux ouvriers l’illusion d’une paisible promenade parlementaire d’une dictature à une autre.

Ce ‘stade intermédiaire’ fictif, ils l’intitulaient aussi « forme transitoire’ et ils se référaient même à Lénine ! Mais il n’était pas difficile de dévoiler cette filouterie, car Lénine parlait d’une forme de transition et de rapprochement conduisant à la « révolution prolétarienne » et non pas d’on ne sait quelle forme de transition entre la dictature bourgeoise et la dictature prolétarienne.

Pourquoi Lénine attribuait-il une importance quasi considérable à la forme de transition conduisant à la révolution prolétarienne ? Parce qu’il avait en vue la « loi fondamentale de toutes les grandes révolutions », la loi d’après laquelle la propagande et l’agitation seules ne peuvent remplacer pour les masses leur propre expérience politique lorsqu’il s’agit de faire ranger véritablement les grandes masses de travailleurs aux côtés de l’avant-garde révolutionnaire, sans quoi la lutte victorieuse pour le pouvoir est impossible » (Ibid., p. 657).

Cette longue citation était réellement utile, parce que nous y apprenons avec précision ce que comporte le préalable de la lutte antifasciste – et ce qu’il ne comporte pas.

Lorsque les impérialistes japonais eurent envahi la Chine, le camarade Mao Tsétoung montra la nécessité d’élargir le front révolutionnaire et d’y introduire le Kuomintang. Au point de vue théorique, il indiqua dans son rapport au VIIe Congrès du Parti communiste chinois (1945) que cette « phase » de la lutte s’inscrivait dans l’étape stratégique de la révolution démocratique bourgeoisie, l’étape de démocratie nouvelle qui avait cours en Chine à l’époque, et qu’elle ne constituait donc pas, en soi, une étape stratégique de la révolution chinoise (cf. Mao Tsétoung, Œuvres choisies, t. 3, p. 248-249).

Pour éclairer l’aspect pratique de cette question, il faut citer ce que disait Dimitrov dans son discours de clôture au VIIe Congrès de l’I.C. :

« Je voudrais vous mettre en garde contre toute simplification et tout schématisme sur cette question. La vie est plus compliquée que tous les schémas. Il est faux, par exemple, de présenter les choses comme si le gouvernement de front unique était une étape indispensable sur la voie de ’instauration de la dictature du prolétariat. C’est aussi faux qu’il était faux autrefois de présenter les choses comme si dans les pays fascistes, il n’y avait aucune étape intermédiaire, la dictature fasciste étant obligatoirement et directement remplacée par la dictature du prolétariat.

Le fond de la question se réduit à savoir si le prolétariat lui-même se trouvera prêt, au moment décisif, à renverser immédiatement la bourgeoisie et à instaurer son pouvoir, avec la possibilité dans ce cas de s’assurer le soutien de ses alliés, ou bien si c’est le mouvement de front unique qui se trouvera simplement en mesure, à l’étape donnée, d’écraser ou de renverser le fascisme, sans passer immédiatement à la liquidation de la dictature de la bourgeoisie. (…) » (Ibid. p. 690).

Dimitrov déclarait ceci à propos de la menace de fascisme à l’intérieur du pays, mais il est clair que cela vaut aussi pour la menace de l’hégémonisme, car, comme le dit si bien AMADA-TPO,

« le régime socialiste permettrait (…) de mobiliser pleinement toutes les forces des masses laborieuses pour la défense de l’indépendance nationale et de la paix mondiale » (Programme…, p. 60).

Il faut aussi mettre en relief l’indication essentielle de Dimitrov selon laquelle, loin d’être un obstacle à la révolution, la constitution du front unique contre le fascisme et pour la paix est au contraire un moyen pour la classe ouvrière de « s’en approcher ». A ce propos, Dimitrov précise dans son texte du 1er mai 1936, « Le front unique de lutte pour la paix » :

« La lutte pour le maintien de la paix est, dans les conditions actuelles, une lutte contre le fascisme, une lutte révolutionnaire, en réalité.

Le maintien de la paix est un danger mortel pour le fascisme car, en augmentant ses difficultés intérieures, il aboutit à saper la dictature fasciste de la bourgeoisie ; le maintien de la paix favorise l’accroissement des forces de la révolution ; il permet de surmonter la scission dans les rangs du mouvement ouvrier ; il aide le prolétariat à devenir la classe dirigeante dans la lutte de tous les travailleurs contre le capitalisme ; il mine les fondements du régime capitaliste ; il accélère la victoire du socialisme » (Ibid., p. 737)

B) Le contenu de classe de « l’Etat de démocratie populaire ».

Quel est le caractère de l’Etat de démocratie populaire préconisé par AMADA-TPO ? Quel est son programme ? Ce sont les questions que nous devons examiner à présent.

Comme pour tout problème théorique, AMADA-TPO multiplie à ce propos un certain nombre de positons contradictoires, mais il est possible de tracer ce qui, dans cette confusion, représente la tendance dominante (toujours droitière).

Caractère de l’Etat de démocratie populaire

AMADA-TPO n’est visiblement pas très fixé lui-même sur le caractère de l’Etat qu’il appelle à instaurer. Dans son programme électoral, il déclare :

« Nous luttons pour un Etat de démocratie populaire qui défend l’indépendance nationale contre une agression russe. L’Etat de démocratie populaire signifie briser la dictature du grand capital, éliminer le pouvoir du grand capital ; c’est un Etat tout à fait nouveau, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’unité révolutionnaire de la classe ouvrière et des classes laborieuses ; c’est un Etat qui protège aussi les intérêts des fractions patriotiques et démocratiques de la bourgeoisie » (TPO n° 63, 23-6-76, supplément, p. 3). [2]

A prendre cette définition à la lettre, cet Etat de démocratie populaire-là, nous y souscrivons entièrement : ce n’est pas autre chose qu’une forme de la dictature du prolétariat ! [3] En soi, la protection des intérêts de la bourgeoisie patriotique est une concession parfaitement compatible avec ce régime. AMADA-TPO s’en rend d’ailleurs lui-même bien compte puisqu’il écrit aussi :

« La dictature du prolétariat conclura les compromis nécessaires, entre autres avec certaines forces bourgeoises patriotiques… » (Programme…, p. 111).

AMADA-TPO parle aussi d’une « dictature démocratique révolutionnaire de toutes les classes patriotiques et démocratiques sous la direction de la classe ouvrière » (Ibid. p. 104-107) ? S’agirait-il de cet Etat de la période transitoire qui, selon l’expression employée par Dimitrov au Ve Congrès du Parti ouvrier Bulgare (1948), exerce les fonctions de la dictature du prolétariat et qui est appelé à assurer le développement du pays, dans la vie du socialisme (Dimitrov, Œuvres choisies, Sofia, t. 2, p. 708-709) ? Non, cette conception marxisme-léninisme est étrangère à la théorie d’AMADA-TPO sur la révolution en deux étapes, telle qu’elle ressort d’autres endroits de son programme. Ainsi, AMADA-TPO écrit :

« Le Parti Communiste chinois pose (!) clairement (!) la tâche stratégique (je souligne) suivante aux communistes de l’Europe occidentale : ‘mobiliser tous les peuples pour qu’ils soient prêts idéologiquement et matériellement à une guerre d’agression’ » (Programme…, p. 63).

Cette tâche est réellement la nôtre, mais il est entièrement faux qu’elle fonde notre stratégie ; il est tout aussi faux d’attribuer un tel opportunisme aux camarades chinois qui, au demeurant, observent parfaitement le principe de la non-ingérence et de l’égalité entre les partis communistes.

Pour qu’il n’y ait aucun doute sur le contenu de ce qu’AMADA-TPO appelle « notre tâche stratégique », il écrit aussi :

« En détruisant les forces d’occupation étrangères par l’insurrection nationale, la révolution remplit des tâches strictement nationales et démocratiques » (Ibid., p. 109).

Voilà donc le contenu de cette « dictature démocratique révolutionnaire des classes patriotiques ». Et de fait, lorsque nous passerons aux choses concrètes, nous verrons vite que la « protection des intérêts bourgeois » est comprise très largement ! Dimitrov, nous l’avons vu, critiquait les tenants opportunistes de la « paisible promenade parlementaire d’une dictature à une autre ». AMADA-TPO évite ce piège, dans lequel le révisionnisme moderne est finalement tombé, mais c’est pour s’en ouvrir un autre sous ses pas, en prônant un Etat de démocratie populaire qui s’apparente étroitement à celui que doivent établir les pays arriérés, à la première étape de la révolution, et en interdisant par conséquent à la classe ouvrière de s’assigner aujourd’hui comme objectif le renversement de la bourgeoisie et l’installation de son propre pouvoir.

Quelle que soit la forme que pourra prendre la phase de transition dans notre pays, nous devons distinguer tout ce qui l’oppose nécessairement à la forme d’Etat transitoire qu’ont à établir les révolutions dans les pays du tiers monde.

En effet, si la revendication de l’indépendance nationale relève du démocratisme bourgeois et si elle possède donc un point commun avec la première étape de la révolution des pays arriérés, ce point ne concerne que la superstructure. La base socio-économique de la lutte révolutionnaire est entièrement différente dans les deux cas.

Les pays du tiers monde, pays féodaux ou semi-féodaux, coloniaux ou semi-coloniaux, doivent accomplir en premier lieu l’étape de la révolution bourgeoise. Ceci signifie, au point de vue économique, qu’on ne touche pas aux fondements du capitalisme. Au point de vue politique, il s’agit d’établir la dictature des ouvriers et des paysans ; la bourgeoisie nationale peut être associée à ce régime, en raison de ses positions anti-impérialistes, démocratiques.

Pour les pays capitalistes développés, aucune étape ne peut les séparer du socialisme.

« Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. A quoi correspond une période de transition politique, où l’Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat » (Marx, Critique du programme de Gotha).

Programme de l’Etat de démocratie populaire

En Belgique, la révolution bourgeoise est accomplie depuis longtemps (1930) et seul le socialisme peut constituer une étape nouvelle. Mis actuellement l’indépendance nationale du pays est soumise à une grave menace. Tous les éléments tactiques et stratégiques de notre programme doivent se fonder correctement sur ces deux aspects de la réalité nationale.

Or, AMADA-TPO, dans la mesure où il déjà élaboré ce programme, s’écarte de ce point de vue. Ceci apparaît clairement dans la position prise à l’égard de la bourgeoisie belge, tant au point de vue politique et militaire qu’économique.

Nous avons déjà critiqué la conciliation d’AMADA-TPO envers la politique spoliatrice dans le tiers monde de la bourgeoisie européenne en général. Une pareille attitude opportuniste a son pendant dans la qualification d’ « indécise » (TPO, n° 48, 26-11-75) dans le front antihégémonique, appliquée à une bourgeoisie impérialiste qui, à l’heure actuelle, a partie liée avec l’impérialisme américain. Ceci amène AMADA-TPO, ainsi que nous le verrons en critiquant sa tactique -, à soutenir « notre » bourgeoisie comme si elle s’opposait réellement aux deux superpuissances.

Dans le domaine militaire, le Bureau National a commencé par déclarer qu’il faudra faire fusionner les milices ouvrières armées avec les unités bourgeoises patriotes pour former ainsi le « noyau de l’armée socialiste » (TPO, n° 48, 26-11-75). Cette position a provoqué une sévère critique de principe de notre part, et dans la deuxième mouture du programme, nous lisons que le peuple doit, au cours de la guerre, édifier ses propres forces armées indépendantes (Programme…, p. 107).

Il n’est plus question de les unir à l’armée de la bourgeoisie. Nous ignorons s’il s’agit d’une rectification qui n’ose pas dire son nom ou d’une incohérence de plus, mais quoi qu’il en soit AMADA-TPO s’abstient toujours de proclamer l’essentiel : il élude ce fait qu’à un moment ou à une autre, l’armée bourgeoise, pilier principal de l’Etat capitaliste, devra être démantelée, détruite de fond en comble, et AMADA-TPO trompe le peuple en lui faisant croire qu’à défaut de cette condition, « l’édification d’une armée populaire révolutionnaire et l’armement général des classes laborieuses sont les facteurs décisifs de la transition à la société socialiste » (Ibid.). Le marxisme-léninisme pose en principe qu’

« il n’est pas grande révolution qui ait évité et puisse éviter la « désorganisation » de l’armée. Car l’armée est traditionnellement l’instrument qui sert à perpétuer l’ancien régime, le rempart le plus solide de la discipline bourgeoise, de la domination du Capital, et l’école de la soumission servile et de la subordination des travailleurs au Capital. La contre-révolution n’a jamais toléré, et ne pouvait tolérer la présence des ouvriers en armes à côté de l’armée. En France, écrivait Engels, après chaque révolution, les ouvriers étaient armés ; ‘pour les bourgeois qui se trouvaient au pouvoir le désarmement des ouvriers était donc le premier devoir’.

Les ouvriers en armes étaient l’embryon de l’armée nouvelle, la cellule d’organisation du nouvel ordre social. Écraser cette cellule, empêcher la croissance, tel était le premier souci de la bourgeoisie. Le premier souci de toute révolution victorieuse, - Marx et Engels l’ont maintes fois souligné – a été de détruire la vieille armée, de la licencier, de la remplacer par une nouvelle. La nouvelle classe sociale qui accède au pouvoir n’a jamais pu et ne peut maintenant parvenir à ce pouvoir et l’affermir autrement qu’en décomposant à fond l’ancienne armée (‘désorganisation’, clament à ce propos les petits-bourgeois réactionnaires ou simplement poltrons) ; autrement qu’en forgeant peu à peu, dans une dure guerre civile, une nouvelle armée, une nouvelle discipline, l’organisation militaire nouvelle de la nouvelle classe. Cela, l’historien Kautsky le comprenait jadis. Le renégat Kautsky l’a oublié » (Lénine, La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, t. 28, p. 294).

Et AMADA-TPO est en bonne voie pour l’oublier. Ce qu’il tend à oublier également, c’est qu’il ne peut y avoir dans notre pays de révolution socio-économique sans l’expropriation des capitalistes. De quel droit vend-il les intérêts du prolétariat en promettant aux capitalistes qu’ « après l’instauration du régime de démocratie populaire » (je souligne) (…), les entreprises patriotiques ne sont pas expropriées » (Programme … p. 111) ? Comment, dans ces conditions, prendre au sérieux les déclarations sur « l’âpre lutte de classe » qu’AMADA-TPO compte soi-disant poursuivre à cette époque (Ibid) ? Et quel sens concret peut-on accorder au bavardage sur « l’élimination de toutes (je souligne) les forces capitalistes en Europe » à l’issue de la guerre (Programme TPO, p. 3) ?

La fusion de l’armée prolétarienne et de l’armée bourgeoise patriotique peut être juste dans le cas d’un Etat de démocratie nouvelle du tiers monde, puisque cet Etat est, par définition, dirigé par plusieurs classes conjointes et que la bourgeoisie progressiste y est une alliée du prolétariat.

De même il est naturel, dans ces pays, de ne pas exproprier la totalité des capitalistes, puisqu’ils peuvent encore jouer un rôle positif dans l’accomplissement de l’étape de la révolution démocratique bourgeoise.

Mais de telles dispositions n’ont pas leur place dans le programme communiste d’un pays capitaliste développé où « le système de production est pourri jusqu’à la moëlle » comme doit l’avouer AMADA-TPO lui-même (Programme TPO, p. 3). L’indépendance nationale assurée, seul le rapport de force entre les classes définira les progrès de la révolution sociale et l’étendue de ses conquêtes.

Une dernière remarque d’ensemble à propos du programme populaire d’AMADA-TPO.

Ce programme est fabriqué selon la méthode du schématisme abstrait.

Ayant posé que « la guerre est certaine » (TPO, ° 56, 217-3-76) et sous prétexte qu’il est nécessaire, en élaborant la ligne, d’« étudier les phénomènes dans leur mouvement, (…) leur passé et leur situation présente pour comprendre comment ils évolueront dans l’avenir » (Programme…, p. 58), AMADA-TPO se croit autorisé à présenter les choses comme si cette guerre avait déjà éclaté. Il en résulte une « analyse » abstraite d’une situation imaginaire. (C’est pourquoi il sera oiseux d’en examiner en détail toutes les propositions ; il suffit d’en critiquer l’orientation générale).

AMADA-TPO écrit à juste titre qu’il est erroné d’attendre que le pays soit attaqué et occupé par les superpuissances pour désigner celles-ci comme l’ennemi principal (Programme…, p. 59), mais ceci ne signifie pas que l’existence ou la suppression de l’indépendance nationale, en un mot que la situation de fait, ne jouerait aucun rôle dans la définition de notre tactique.

Actuellement, dans notre lutte révolutionnaire, nous nous trouvons immédiatement aux prises avec « notre » bourgeoisie, ennemi à abattre, parce qu’opposé au socialisme et allié (à des degrés différents) aux deux superpuissances ; en cas d’occupation totale du territoire national, d’annexion, etc. par une superpuissance, la contradiction principale dans la société belge change, et la tâche prioritaire est de chasser l’occupant et de renverser les collaborateurs et les traîtres.

Mais AMADA-TPO va plus loin encore. Comme il faut bien donner une apparence concrète à sa projection, il plaque sur la réalité une reconstitution qui transpose, trait pour trait, les données de la Seconde Guerre mondiale, dans notre pays et dans le monde : agression et occupation par les troupes russes, coalition antisoviétique comprenant notamment les Etats-Unis et une partie de la bourgeoisie européenne… Ce procédé mécaniste, qui consiste à tenir pour une réalité actuelle ce qui n’est qu’une possibilité dans l’avenir, sert naturellement à merveille le parti pris opportuniste de droite d’AMADA-TPO ; il permet d’obscurcir plus encore notre tâche stratégique et d’incliner à l’alliance avec ces ennemis que sont l’impérialisme américain et la bourgeoisie belge.

2. LES PRINCIPES DE LA TACTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE DANS LA LUTTE POUR LA PAIX, INDÉPENDANCE NATIONALE ET LE SOCIALISME

A. La classe ouvrière et les communistes défendent leur propre programme d’indépendance nationale, qui se démarque entièrement du programme (éventuel) de la bourgeoisie en ce domaine.

Ce programme comporte : 1) des revendications minimum, immédiates (contre les pactes agressifs ; contre la politique militaire réactionnaire de la bourgeoisie et pour la démocratisation de l’armée ; contre la politique impérialiste et hégémoniste à l’égard du tiers monde ; pour la capacité de résistance et pour le maintien du niveau de vie de la classe ouvrière et du peuple travailleur ; pour le soutien à la lutte révolutionnaire de libération du tiers monde ; 2) des revendications transitoires, qui sont à l’ordre du jour en période révolutionnaires (armement du prolétariat, contrôle ouvrier…).

B. Sur cette base, les communistes appellent à la formation d’un large front uni national anti-hégémonique qui s’oppose aux menaces et aux menées agressives des deux superpuissances et qui se prépare à la guerre, idéologiquement et politiquement, militairement et matériellement. La force dirigeante de ce front doit être la classe ouvrière ; les autres forces fondamentales sont les larges couches des masses laborieuses (paysans travailleurs, employés, intellectuels travailleurs) ; les fractions ou les représentants patriotes de la bourgeoisie sont appelés à faire partie de cette coalition.

Les communistes soutiennent toute mesure qui favorise l’unité politique et économique des peuples et des pays d’Europe, qui renforce leur autonomie vis-à-vis des Etats-Unis et de l’URSS ; ils soutiennent, de même, toute mesure prise par les pays européens qui est de nature à rapprocher ceux-ci du tiers monde, en opposition à l’hégémonisme.

A l’intérieur du front, les communistes doivent à tout moment sauvegarder leur autonomie politique, idéologique et organisationnelle.

CRITIQUE A AMADA-TPO

Les deux principes essentiels de la tactique communiste, que nous venons de rappeler, bien qu’ils soient affirmés par AMADA-TPO, sont, en grande partie rejetés par lui dans les faits : ni ses analyses ni ses prises de position sur des questions politiques concrètes ne satisfont à ces impératifs du marxisme-léninisme.

A. La classe ouvrière et la bourgeoisie n’ont pas, dans la question nationale, comme dans aucune question, des intérêts identiques. Au contraire, leurs intérêts respectifs sont opposés les uns aux autres.

La classe ouvrière défend l’indépendance nationale, parce que celle-ci facilitera sa lutte pour le socialisme ; la bourgeoisie, qui s’oriente sur le principe du profit, selon les circonstances, trahit l’indépendance nationale ou bien elle la défend – de façon instable et temporaire -, sans autre but que de maintenir en vie son système d’exploitation.

Le prolétariat, qui a réellement besoin de l’indépendance nationale et qui mène la lutte en ce sens comme une partie intégrante de sa lutte de classe révolutionnaire, a, pour principe de mobiliser pleinement toutes ses forces ainsi que celles du peuple travailleur, en unité avec la classe ouvrière internationale et les peuples du monde ; la bourgeoisie impérialiste, quand elle combat réellement l’hégémonisme, n’en reste pas moins une classe exploiteuse et oppressive ; en tant que telle, elle compte avant tout, dans sa lutte de résistance, sur les armements et la technique et elle s’oppose nécessairement au large déploiement révolutionnaire des forces prolétariennes et populaires.

Si donc, les intérêts de ces deux classes antagoniques peuvent, à certains moments et dans une certaine mesure, se rapprocher face à l’ennemi principal, il n’en reste pas moins vrai que, tant dans leurs objectifs que dans leurs méthodes, les deux lignes en présence sont contradictoires.

Devant cette réalité, AMADA-TPO adopte une position hésitante, conciliatrice. Il se déclare avec crânerie opposé au soutien de « la politique militaire globale de la bourgeoisie indépendante » (Programme…, p. 68) et affirme se défier de son efficacité (Ibid., p. 108 ; Programme… supplément, p. 11), mais dès qu’il s’agit de se mesurer aux positions communistes de l’UC(ML)B sur cette question, ses belles déclarations de principe s’effondrent lamentablement et il se montre dans son inconsistance.

Prenant prétexte de la juste position des camarades chinois qui préconisent de renforcer la défense nationale pour tenir tête à la menace militaire russe, AMADA-TPO s’élève contre l’UC(ML)B quand elle lui fait remarquer qu’il nous incombe à tous, communistes belges, de spécifier le caractère de classe de cette défense nationale et de combattre « notre » bourgeoisie sur ce terrain comme sur tous les autres terrains de la lutte de classe. AMADA-TPO accuse l’UC(ML)B de « s’emporter rageusement contre le mot d’ordre de défense nationale (cf. Programme… p ; 94-95), mais cette accusation ridicule ne révèle que sa propre incapacité à comprendre notre tâche spécifique de communistes sur ce front.

Pour le prolétariat, le « mot d’ordre le plus essentiel » n’est pas, contrairement à ce que prétend AMADA-TPO le « renforcement de la défense nationale » sans plus (Ibid.p. 99-100), mais bien le développement du front uni prolétarien et du front uni des classes laborieuses sous la direction de la classe ouvrière contre l’hégémonisme et contre le grand capital qui trahit l’intérêt national. (A cet endroit, l’opportunisme des accusations que nous lance AMADA-TPO apparaît de façon amusante, quand il reproche à l’UC(ML)B d’être opposée non seulement à la défense nationale mais « également » aux formes de renforcement de l’indépendance nationale « qui correspond directement aux intérêts immédiats et historiques du prolétariat » : ainsi l’UC(ML)B n’est pas seulement opposée à la défense nationale bourgeoise, elle le serait aussi à la défense nationale prolétarienne !).

Nous pourrions poursuivre sur l’aspect militaire – combien important – de la question, en mettant en regard les « vaillantes » déclarations d’AMADA-TPO relatives à l’âpre lutte que déclenchera la bourgeoisie contre toute mesure révolutionnaire démocratique (cf. Ibid. p. 111) et les accusations contre le prétendu « trotskisme » de l’UC(ML)B, qui indique le caractère nécessairement relatif de toute réforme politique et militaire réalisée sous le pouvoir capitaliste (cf. Ibid., p. 96).

Qu’ AMADA-TPO se rappelle seulement ces importantes déclarations de Lénine, toujours très actuelles, même – et surtout – en période de guerre et de fascisme :

« Toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique (…) à l’époque de l’impérialisme, ne sont ‘réalisables’ qu’incomplètement, sous un aspect tronqué et à titre tout à fait exceptionnel… » (t. 22, p. 157).

B. La construction du front uni anti-hégémonique impose l’unification des communistes et s’appuie principalement sur l’alliance de la classe ouvrière, des paysans travailleurs et des autres couches du peuple travailleur.

Tout le programme d’AMADA-TPO est imprégné de l’idée que l’alliance du prolétariat et de la bourgeoisie indépendante est le facteur essentiel, principal de la défense du pays contre la menace d’agression soviétique. La nécessité de cette alliance lui paraît à ce point impérative qu’il préconise de remettre, pour cette raison, la révolution socialiste aux calendes grecques ! Cette alliance entre le prolétariat et la bourgeoisie serait au fondement du front uni national.

Pour imposer cette position de droite, AMADA-TPO s’est mis en devoir de blanchir la bourgeoisie monopoliste, en lui trouvant toutes sortes de qualités patriotiques.

La Première Déclaration du Bureau National faisait état de « monopoles indépendants » que le prolétariat, selon lui, devrait « soutenir ». C’était là une position très tranchée – et qui ne correspond actuellement à aucune réalité –, que nous avons critiquée à l’époque (cf. Unité Rouge. n° 68).

Le programme électoral de TPO parle de « lutter contre le capital monopoliste » et ne fait plus aucune allusion aux fameux « monopoles indépendants », du moins pour la situation actuelle.

Tels sont les deux extrêmes d’une ligne qui, dans la plupart de ses positions, se caractérise par le flou et l’hésitation.

Le Programme … illustre bien ce flottement dans la question. On y lit que la possibilité d’entraîner une partie de la bourgeoisie dans un front contre une guerre d’agression social-fasciste, augmente (Programme…, p. 26) (AMADA-TPO se tait, bien entendu, prudemment sur la position de cette bourgeoisie à l’égard de l’impérialisme américain) ; plus loin, cette « possibilité qui augmente » est devenue réalité : la bourgeoisie apparaît comme une alliée (du fait qu’elle est une ennemie secondaire !) (Ibid. p ; 62-63, 93).

Ces nuages de brouillard se dissipent dans la position de trahison selon laquelle la classe ouvrière ne doit pas préparer aujourd’hui le renversement de la bourgeoisie « dans son ensemble » (Ibid., p. 83). Et tout devient on ne peut plus clair quand AMADA-TPO prétend protéger ses « alliés » bourgeois de la révolution, alors même qu’ils seraient membres d’une coalition hégémonique : selon AMADA-TPO il est interdit de renverser la bourgeoisie et de faire la révolution socialiste, dans l’hypothèse d’une occupation américaine que le gouvernement belge soutiendrait (Ibid., p. 64-65). Les monopoles sacrés « indépendants » peuvent être contents de leurs nouveaux défenseurs.

Comme il s’agit d’une question concrète, d’une question de fait, le premier point à élucider est évidemment de savoir de quelle partie de la bourgeoisie monopoliste il s’agit au juste.

AMADA-TPO a donné une réponse à cette question : pour lui, le meilleur représentant de la bourgeoisie patriotique n’est autre que le fascisant pro-américain Vanden Boeynants, partisan affirmé d’une armée de métier ! (TPO, n° 57, 31-3-1976) [4].

Replaçons à présent la question du front anti-hégémonique sur ses bases marxistes-léninistes. C’est un fait qu’AMADA-TPO est dans l’erreur, dans tous les aspects que revêt cette question.

Nous voudrions souligner les points suivants.

1. Si l’on veut réellement construire le front anti-hégémonique, la principale question à résoudre est celle de l’unité de la classe ouvrière elle-même, et avant tout celle de son parti.

Nous n’insistons pas ici sur ce point, parce que notre position est suffisamment connue, mais c’est le point principal, qui conditionne tout ce qui suit. Remarquons seulement qu’il a suffi de la diversion créée par Nejszaten pour que le Comité central d’AMADA-TPO, qui le 15 février 1976 se déclarait prêt à l’unité avec l‘UC(ML)B, se dérobe par la suite et reprenne de plus belle sa lutte à outrance contre nous.

Remarquons aussi que le Comité central d’AMADA-TPO s’achemine à présent vers l’« unité » avec la clique Clarté. Tout ceci procède du même opportunisme et a pour seul effet de semer la division et la confusion dans la classe ouvrière et de rendre impossible une véritable politique révolutionnaire anti-hégémonique.

Le front uni prolétarien se construit dans la lutte contre le révisionnisme et le réformisme. Sur ce point également, AMADA-TPO renonce à ses tâches révolutionnaires. Semant des illusions sur la bourgeoisie monopoliste, il était inévitable qu’AMADA-TPO en vînt à jeter également la confusion sur son principal appui au sein du mouvement ouvrier, la social-démocratie. C’est le pas qu’il a franchi en appelant à « voter pour les forces favorables à l’indépendance nationale et à la démocratie dans le PSB », dans les communes où AMADA-TPO ne se présente pas (TPO, n° 71, 29-9-76).

Dans le cadre de la formation du front national anti-hégémonique, les communistes doivent rechercher toutes les forces patriotiques et démocratiques et les unir contre l’ennemi principal, les deux superpuissances, et contre le grand capital belge traître à l’indépendance nationale. De telles forces existent certainement parmi les responsables de la social-démocratie, mais nous ne pouvons être d’accord avec AMADA-TPO ni sur son analyse du PSB dans son ensemble ni sur sa tactique électorale.

« Nous partons du point de vue, écrit AMADA-TPO, qu’au sein du PSB le débat à propos du problème de la menace de guerre russe et de la défense de l’indépendance nationale n’est pas encore tranché ».

La vérité est que la ligne générale du PSB est le soutien inconditionnel au capital monopoliste, dans tous les domaines. La direction de ce parti est passible du même jugement que celui qui frappe la bourgeoisie elle-même : la classe ouvrière ne peut lui faire aucune confiance en ce qui regarde la défense de l’indépendance nationale et de la démocratie en général.

Le petit nombre de responsables qui prennent sur ces questions une attitude positive, doit être incité à rallier le front anti-hégémonique, mais il est injustifiable, dans la situation actuelle, d’appeler à voter pour eux, parce qu’ils demeurent entièrement les otages de leur parti (c’est sur la base du programme du PSB qu’ils se présentent aux électeurs).

En l’absence d’un cartel électoral, d’un accord concerté d’unité d‘action, la classe ouvrière et le peuple n’ont aucune espèce de garantie que ces candidats défendront réellement leurs intérêts. Il est vrai que, du moment que l’accord avec le programme d’AMADA-TPO lui-même n’est pas considéré comme nécessaire pour pouvoir figurer sur ses propres listes électorales, notre critique ne doit pas être compréhensible à cette organisation, mais nous dirons de notre côté que devant une telle absence de principes, toute discussion à propos de la tactique, sur une base communiste, devient impossible.

2. Le prolétariat doit rechercher l’alliance des larges couches du peuple travailleur.

AMADA-TPO se débarrasse de cette question fondamentale en quelques phrases négligentes. Il est dit dans le Programme TPO :

« Les employés sont les plus proches ouvriers ; nous défendons l’unité entre les ouvriers et les employés dans la lutte active contre le grand capital. Les petits paysans, les petits indépendants et les intellectuels travailleurs subissent tous le joug de l’exploitation et de l’oppression du grand capital. (… » (p. 5).

De telles déclarations ne sont que du remplissage, dans l’ensemble de la prose qu’ AMADA-TPO consacre à l’alliance privilégiée qu’il voudrait conclure avec la bourgeoisie.

En outre, il est erroné de voir dans les employés, plutôt que dans les paysans, les alliés les plus proches de la classe ouvrière. Cette position qui privilégiée la petite bourgeoisie intellectuelle a été expressément condamnée par le camarade Enver Hoxha, en ces termes :

« Les révisionnistes actuels, sous prétexte que le rôle de la paysannerie serait secondaire, surtout dans les pays capitalistes développés, cherchent à nier l’importance de la grande alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie pour donner la primauté à l’alliance de la classe ouvrière et de l’intelligentsia. Dans certains autres pays, les révisionnistes substituent à l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, celle de la classe ouvrière et des souches petites-bourgeoises des villes et de leurs environs. Par ces théories et ces pratiques ils visent à détacher de la classe ouvrière son alliée la plus proche et la plus déterminée au combat. La thèse léniniste selon laquelle l’alliance de la casse ouvrière et de la paysannerie est une force sociale capable de renverser la bourgeoisie et de construire le socialisme, est pleinement valable pour notre époque également. » (Rapport présenté au VIe Congrès du Parti du Travail d’Albanie, p. 231).

3. Venons-en à présent à ce qui pour AMADA-TPO constitue la pièce maîtresse du front : l’alliance du prolétariat et de la bourgeoisie nationale.

Les communistes doivent prendre sur cette question une position de principe, fondée sur l’expérience historique, et procéder à une analyse correcte de la situation actuelle.

La bourgeoisie du deuxième monde défend ses intérêts impérialistes et, dans ce but, elle pactise avec les superpuissances hégémoniques. D’une manière générale, elle ne défend réellement l’indépendance nationale que lorsqu’elle y est acculée : l’exemple de la coalition anti-hitlérienne le prouve.

Aujourd’hui la situation concrète montre une tendance de la bourgeoisie européenne à affirmer son indépendance ; cette tendance va se renforçant avec les années. La possibilité existe qu’en cas de guerre une fraction de la bourgeoisie se range contre les agresseurs, et les communistes doivent savoir utiliser cette possibilité. La bourgeoisie belge est dans ce cas. Cependant, il importe de voir qu’actuellement, elle cherche surtout à se concilier les faveurs des deux surperpuissances, à faire reconnaître ses droits dans le partage impérialiste.

Sous cette apparente « neutralité » se cachent les liens qu’elle a noués avec les Etats-Unis et l’URSS. La bourgeoisie belge dépend largement de l’impérialisme américain. La Belgique, membre de l’Alliance atlantique et de l’OTAN, fait partie d’une coalition hégémonique ; d’autre part, signataire des Accords d’Helsinki, le gouvernement belge s’est fait le complice de la politique munichoise, dite « politique de détente » de l’URSS.

Les velléités de Tindemans à construire une Europe indépendante doivent être soutenues ; en même temps, il importe d’en voir clairement les limites.

A l’égard des Etats-Unis, le premier ministre a déclaré que « dans le domaine de la défense, il est clair, pour nous en tout cas, qu’il est impossible d’organiser nous-mêmes notre défense. Nous voulons rester dans le système intégré de l’OTAN. A l’intérieur de ce système, nous plaiderons pour le renforcement de l’Euro-groupe (groupe de l’OTAN qui réunit les membres européens de l’alliance), pour une standardisation des armements à l’intérieur de ce groupe pour qu’il prenne des initiatives à côté de ce qui est fait à l’U.E.O. (Union de l’Europe occidentale) » (Le Monde, 21-22 septembre 1975).

A l’égard de l’URSS, le gouvernement belge, peu de temps avant Helsinki, s’est compromis en signant le 25 juin 1975 une « Déclaration belgo-soviétique » dans laquelle les deux pays s’affirment notamment « convaincus que la coopération entre le Belgique et l’URSS contribuera au maintien de la sécurité et de la paix en Europe et dans le monde en conformité avec la charte des Nations-Unies » et « résolus à favoriser le développement du processus de la détente et à déployer des efforts particuliers pour lui donner un caractère « durable » ; ils disent attacher « une importance particulière à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe qui, grâce à la volonté de ses participants, permettra le renforcement des relations pacifiques en Europe » (La Libre Belgique, 26 juin 1975).

A l’avenir, rien ne nous garantit que le pouvoir ne sera pas aux mains de nouveaux Quisling [5] et tout indique au contraire que la bourgeoisie belge voudra continuer à s’appuyer sur son « alliance » avec l’impérialisme américain.

AMADA-TPO fait état des aspects contradictoires de la bourgeoisie du deuxième monde. Il a lu dans un article de Pékin Information que, des deux tendances, c’est la tendance à l’affirmation de l’autonomie qui se renforce, et il en conclut (en tronquant la citation) que c’est devenu actuellement la tendance « principale » en Europe (cfr. Programme…, p. 24).

Une attitude foncièrement opportuniste, une interprétation erronée des positions du Parti Communiste chinois et le refus de toute analyse concrète, telles sont les sources de cette position, comme de la tactique d’AMADA-TPO dans son ensemble.

En résumé, AMADA-TPO met tout sens dessus dessous : il lutte avec acharnement contre l’unification (et même contre l’unité d’action) avec les marxistes-léninistes ; il cherche par priorité l’alliance avec une bourgeoisie monopoliste anti-hégémonique qui n’existe que dans son imagination ; au sein de la petite bourgeoisie, il privilégie les employés par rapport à paysannerie, en tant qu’alliés « les plus proches » de la classe ouvrière.

Il n’y a dans cette conception du front national, rien de marxiste-léniniste ; il s’agit d’une politique opportuniste à cent pour cent.

Nos tâches marxistes-léninistes sont de : « 1) construire l’unité de la classe ouvrière (ce qui suppose en premier lieu l’unité des communistes) dans la lutte contre le capitalisme et contre les dirigeants révisionnistes et réformistes traîtres à l’indépendance nationale ; 2) construire le front anti-hégémonique national autour du front uni prolétarien.

 CONCLUSION

Bien que la lutte contre le fascisme et la guerre ne détourne pas la classe ouvrière et les communistes de la révolution, mais au contraire, comme a dit Dimitrov, les en rapproche, la bourgeoisie néanmoins – et les opportunistes qui servent ses intérêts – peuvent obscurcir ce fait.

Le principal facteur de la lutte pour l’indépendance nationale est toujours la lutte armée du peuple lui-même.

En cas de guerre, le prolétariat et les masses laborieuses de notre pays auront pour tâche d’apporter leur contribution à la libération de tous les peuples soumis à l’hégémonisme.

AMADA-TPO part d’un autre point de vue, d’un point de vue de faiblesse et de défaite, qui l’incite à chercher la principale protection dans les armes de la bourgeoisie. Pour l’obtenir à coup sûr, il interpose une étape démocratique précédant l’étape de la révolution socialiste et il incline à l’alliance avec l’impérialisme américain (qu’il qualifie pourtant lui-même de superpuissance hégémonique) ainsi qu’avec la bourgeoisie belge (à laquelle il avoue ne pouvoir se fier).

De telles conceptions stratégiques et tactiques, si elles sont maintenues, développées et mises en pratique conduiront immanquablement à la trahison de la classe ouvrière et du marxisme-léninisme.

Ce qui caractérise la ligne élaborée par AMADA-TPO, c’est « l’oubli » de notre tâche stratégique, et c’est « l’oubli » de l’esprit de parti. Une ligne qui traite d’autres communistes en ennemis et qui concilie gravement avec la bourgeoisie, résulte du même opportunisme, du même manque de confiance dans le prolétariat et dans le mouvement communiste (manque de confiance d’ailleurs ouvertement affirmé dans le Programme …) et de la même confiance dans la bourgeoisie et l’impérialisme.

Les idées maîtresses du Programme… sont que le social-impérialisme représente la force décisive dans le monde et que sans la bourgeoisie la victoire sur l’hégémonisme n’est pas possible.

Nous avons déjà fait ressortir l’idéalisme qui domine le programme d’AMADA-TPO. AMADA-TPO ne part pas de la réalité concrète mais d’un a priori selon lequel la situation nationale et internationale présente reproduirait exactement la situation créée par la Seconde Guerre mondiale (et il parle en fait comme si cette situation était déjà là). Même la conjoncture tend effectivement à présenter des analogies avec les années précédant la guerre de 1939-1945, il n’est pas du tout justifiable d’en postuler une répétition mécanique.

A propos de la méthode, il faut critiquer aussi l’aspect métaphysique dont sont empreints les raisonnements d’AMADA-TPO. Ceci apparaît nettement, d’une part, dans la façon dont AMADA construit sa politique d’alliances et, d’autre part, dans la manière dont il prétend faire siennes les positions d’ailleurs falsifiées des camarades chinois.

Prenons l’exemple des alliances. AMADA-TPO voit dans les Etats-Unis pratiquement un allié pour cette raison qu’il est un ennemi moins dangereux que l’URSS. Dans le même sens, il déclare que la bourgeoisie belge est l’alliée du prolétariat pour cette raison qu’elle est un ennemi secondaire par rapport aux superpuissances. Mais un ennemi moins dangereux ou un ennemi secondaire qui ont des contradictions avec l’ennemi le plus redoutable et l’ennemi principal, sont-ils des alliés ? Ils peuvent l’être, mais ils ne le sont pas nécessairement. En réalité, cela dépend de la position politique que ces ennemis prennent sur le front de la lutte en question.

Les Etats-Unis ne pourraient être l’allié des peuples dans leur lutte contre l’hégémonisme que s’ils cessaient eux-mêmes d’être une superpuissance hégémonique, que s’ils avaient clairement intérêt au maintien de la paix. Les monopoles belges ne pourraient être l’allié du prolétariat dans sa lutte pour l’indépendance nationale que s’ils s’opposaient réellement à l’hégémonisme des Etats-Unis et de l’URSS.

Le fait qu’ils ont des contradictions, les uns avec l’URSS, les autres avec les deux superpuissances, apporte de l’eau à notre moulin, mais ne suffit pas à les placer dans le camp des peuples révolutionnaires. AMADA-TPO confond l’utilisation par le prolétariat des contradictions existant entre nos ennemis (ce qu’on appelle « réserves indirectes ») et les alliances de prolétariat (« réserves directes »). Cette conclusion est caractéristique de la pensée révisionniste.

Second exemple, relatif à la politique de la R.P. de Chine et à celle des communistes dans les pays capitalistes.

En 1975, AMADA-TPO croyait à une contradiction absolue entre les deux tactiques en présence. Aujourd’hui, il croit à une concordance absolue. C’est ce que montre notamment la mauvaise querelle qu’il cherche à l’UC(ML)B en essayant d’opposer de façon antagoniste notre attitude négative envers la politique militaire de la bourgeoisie belge et l’attitude positive de la République populaire de Chine envers le renforcement de la défense nationale des pays du deuxième monde. (cf. Programme…, p. 29 et 94).

Comment cette question se pose-t-elle en principe ?

La réponse se trouve dans les « Propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international » :

« Il est nécessaire pour les pays socialistes d’engager des négociations de différentes sortes avec les pays impérialistes. Et il est possible d’aboutir à certains accords par ces négociations si l’on s’appuie sur la juste politique des pays socialistes et sur la pression des masses populaires des différents pays. Mais les compromis nécessaires entre pays socialistes et pays impérialistes n’exigent pas des peuples et des nations opprimées qu’ils en fassent autant, qu’ils fassent des compromis avec les impérialistes et leurs laquais. Personne ne devrait jamais exiger au nom de la coexistence pacifique, que les peuples et nations opprimés renoncent à leur lutte révolutionnaire. » (In Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, p. 33-34) (Cette position est explicitée dans l’article « Deux politiques de coexistence pacifique diamétralement opposées », in « Débat…, p. 297-301).

Les communistes du monde entier poursuivent les mêmes objectifs tactiques et stratégiques : le maintien de la paix, la libération des peuples, l’établissement du socialisme et du communisme. Tous ils œuvrent aujourd’hui à la formation et au renforcement du front anti-hégémonique mondial des peuples et des pays du tiers monde et du deuxième monde.

Mais ils ont, en même temps, des tâches spécifiques et des moyens d’action correspondants, selon leur situation politique. Dans les pays capitalistes, les communistes visent au renversement de leur bourgeoisie (du moins quand ils ne sombrent pas dans l’opportunisme), et c’est une tâche qu’ils sont les seuls à pouvoir diriger, tandis que les pays socialistes cherchent à entretenir avec ces mêmes Etats les rapports de la coexistence pacifique.

Ceci a nécessairement des répercussions sur leurs tactiques respectives. Rappelons à AMADA-TPO la façon dont Staline, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, exprimait à Laval, le soutien du gouvernement soviétique à la politique de défense nationale de la France, alors que les communistes des pays capitalistes démocratiques recevaient de l’Internationale la directive de ne pas voter les budgets de guerre.

De même, aujourd’hui, la R.P. de Chine incite les pays européens, dans les rapports d’Etats à Etats qu’elle entretient avec eux, à renforcer leur défense, ce qui correspond à sa juste politique d’unir tout ce qui peut être uni contre les deux superpuissances, et les communistes de ces pays doivent lutter pour que notre défense nationale soit organisée selon l’intérêt du prolétariat et non selon l’intérêt de la bourgeoisie.

Lorsqu’une tactique frontiste est appliquée, le danger principal est l’opportunisme de droite. C’est ce que Dimitrov indiqua au VIIe Congrès de l’I.C. et c’est ce que la pratique a par la suite pleinement confirmé, dans les différents pays d’Europe occidentale. En Belgique notamment, une conception opportuniste de droite de l’alliance avec les Américains, les Anglais et la bourgeoisie patriotique a été un facteur essentiel de la trahison ultérieure du PCB (Drapeau Rouge).

Le PCB (Voix du Peuple) et ses héritiers Clarté et l’Exploité ont poursuivi cette tradition. Aujourd’hui AMADA-TPO s’engage à son tour dans la même voie.

Pour cacher ce danger, AMADA-TPO présente l’opportunisme de « gauche » comme le danger principal. (Une mise en garde contre l’opportunisme de droite ne lui paraît nécessaire que pour l’époque de la démocratie populaire ! (cf. Programme…, p. 111)).

Il fait diversion en lançant une attaque calomnieuse contre le prétendu « trotskisme » de l’UC(ML)B. Envers sa propre base, le Bureau National, pour imposer sa « nouvelle ligne », a pris soin de préparer l’opinion et d’intimider les opposants, en écrivant que

« le centralisme démocratique ne peut fonctionner pleinement que lorsque tous les cadres et militants transforment en permanence leur conception du monde » (TPO, n° 58, 14-4-76).

Mais tout montre qu’en réalité, c’est en premier lieu le Bureau National lui-même qui a pour tâche impérative et urgente de « changer sa conception du monde ». La ligne du Bureau National d’AMADA-TPO est une préparation idéologique et politique à la trahison de la révolution socialiste et de l’indépendance nationale. Elle est contraire à la juste ligne marxiste-léniniste du mouvement communiste international.


[1Nous comprenons bien que ce facteur subjectif dépend lui-même de données objectives, mais celles-ci sont étrangères à la définition de l’étape stratégique : il s’agit de conditions générales de l’impérialisme qui sont à la base de l’embourgeoisement d’une partie de la classe ouvrière.

[2Nous citerons par la suite ce texte sous la référence « Programme TPO ».

[3En revanche, quand AMADA-TPO se met en devoir de définir ce qui, à son avis, est la dictature du prolétariat, il la présente comme une dictature de classes conjointes, réunies dans une alliance on ne peut plus large ! « La dictature du prolétariat est une forme particulière de l’alliance de classes entre le prolétariat, l’avant-garde des travailleurs et les couches nombreuses de travailleurs non prolétariens (petite bourgeoisie, petit patron, paysan, intellectuel, etc ;) ou la majorité de ces couches. C’est une alliance dirigée contre le capital, une alliance qui a pour but le renversement total du capital, la destruction totale de la résistance de la bourgeoisie et de ses tentatives de restauration, une alliance qui a pour but l’instauration et la consolidation définitive du socialisme » (Programme…, p. 112). Le fait qu’AMADA-TPO se cache ici derrière une citation – non signalée – de Lénine (t. 29, p. 385), ne le sauvera pas de l’accusation d’opportunisme.
Lénine, après avoir défini la dictature du prolétariat de façon générale et mis en avant ce principe fondamental que la classe ouvrière qui prend dans ses mains la domination politique, la prend seule, Lénine parle sur cette base de la nécessité d’arracher les classes moyennes à l’influence de la bourgeoisie et de les rallier au prolétariat et à sa dictature, ou tout au moins de les neutraliser.
AMADA-TPO, lui, se saisit uniquement de ce deuxième élément de la définition léniniste et le coupe de son contexte, en passant sous silence les questions essentielles : quelle classe dirige l’Etat (le prolétariat et lui seul) et quelle alliance forme la base de cette direction (la classe ouvrière et la paysannerie coopératrice). On ne peut comprendre alors la définition des alliances donnée par AMADA-TPO que comme celle de classes qui se trouvent à la tête de l’Etat.
Nous ne pensons pas qu’il y ait ici de la part d’AMADA-TPO une tentative délibérée de réviser le marxisme-léninisme, mais il est en tout cas inadmissible de s’écarter de la définition exacte de la dictature du prolétariat, en particulier dans un texte programmatique. Ce n’est du reste pas la première fois qu’AMADA-TPO s’expose à cette critique (cf. notre brochure « Critique du programme électoral d’AMADA », 1974, p. 9). Dans les deux cas, il y a infléchissement du communisme dans le sens de la petite bourgeoisie.

[4Lors d’une réunion publique, tenue en juillet à Bruxelles, le Président d’AMADA-TPO a désavoué cet article, en parlant à son propos d’« opportunisme de droite ». Nous nous réjouissons de cette déclaration, mais le Président se trompe lourdement sil pense sauver ainsi l’ensemble de sa ligne. En réalité, l’article critiqué n’est qu’une bonne illustration de ce qu’AMADA-TPO appelle « les monopoles indépendants » (et dont il n’a, à notre connaissance, jamais donné d’autres exemples). La concrétisation de la ligne a seulement fait apparaître de manière plus flagrante son insoutenable opportunisme, voilà tout.

[5Quisling : homme d’Etat bourgeois norvégien, qui se proclama premier ministre en avril 1940, sous l’occupation nazie. Son nom est devenu synonyme de traître à l’indépendance nationale.

jeudi 6 janvier 1977


Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique (UCMLB)