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Triomphe du BJP en Inde : un approfondissement des contradictions inter-impérialistes

La situation en Inde est donc absolument terrible. La victoire de Narendra Modi est complète (voir l’article L’Inde et la tentative de donner naissance à une nation « safran »). Ajoutons quelques détails pour avoir un panorama détaillé sur ce pays de 1,2 milliards de personnes qui, avec ces élections, se transforme en pièce d’importance dans le jeu d’échecs impérialiste.

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Déjà, le Bharatiya Janata Party (BJP) va dominer de manière absolue. Ce parti ultra-nationaliste a obtenu 284 sièges sur 543, et avec ses alliés le chiffre monte même à 340. La principale force d’opposition a 58 sièges. Elle est balayée.

Cela signifie qu’il y a une marge absolue pour réimpulser le capitalisme bureaucratique en Inde. Il y a le soutien populaire, une véritable vague safran (de la couleur fétiche de la religion hindoue), mais pas seulement : les agences de notation et la finance indienne avaient pratiquement « adoubé » Modi, alors que ce dernier avait déjà obtenu, en mars et en avril, plus du 1/3 du temps dans les grands médias (soit 7,5 fois plus que son principal concurrent, Rahul Gandhi).

Quant à l’impérialisme américain, il a fait sauter officiellement l’interdiction de visa en raison des « manquements » lors de l’affaire des émeutes anti-musulmanes au Gujarat, et Obama lui-même a invité Modi à venir lui rendre visite...

Tout cela rentre dans le cadre des contradictions inter-impérialistes : l’Inde est un pays semi-colonial semi-féodal, mais s’imbriquant de manière avancée dans le système impérialiste mondial et étant elle-même un expansionnisme, c’est-à-dire un pays semi-colonial semi-féodal relativement avancé sur le plan militaire (comme par exemple la Turquie).

Trois pays sont ainsi directement concernés, voire visés par l’élection de Modi : le Pakistan, ennemi « héréditaire » produit par la partition organisée par l’impérialisme britannique, la Chine voisine, ainsi que l’Afghanistan, pays colonial dominé par les États-Unis et aux multiples factions talibanes appuyées par différentes forces (Inde, Pakistan, Russie...).

Un autre pays touché par tout cela est bien entendu le Népal. Le renégat Pushpa Kamal Dahal connu sous le nom de « Prachanda » a passé une semaine en visite en Chine le mois dernier, rencontrant même le président, avant d’aller rencontrer le premier ministre indien.

Tout cela est très clair : la crise du capitalisme bureaucratique indien – dont la croissance s’essouffle, se retrouvant à moins de 5 % de croissance au lieu de 10 % - se précipite et amène mobilisations fascistes de masse et centralisation politique.

Dans un pays comme l’Inde, c’est d’une grande signification. Il faut ainsi voir qu’une partie significative des candidats à ces élections avait un passé criminel... Cela a été le cas pour des Etats comme le Maharashtra à hauteur de 20 %, le Jharkhand à 26 %, les chiffres tournant autour de 9-12 % en moyenne. Les élections s’achètent à coups d’alcools et d’argent.

Et là, on a une force organisée qui triomphe, avec qui plus est tout un appareil de milices fascistes, les RSS, et également une idéologie très précise, la hindutva, le culte de l’hindouisme comme religion sacrée et exigeant la « grande Inde » comme base nationale.

C’est une grande transformation, un saut qualitatif dans l’organisation du capitalisme bureaucratique indien. Tout comme avec l’Islam dans d’autres pays, l’hindouisme devient prétexte à un romantisme permettant l’instauration de régimes fascistes particulièrement capables de mobiliser les masses.

Cela signifie ici par conséquent que la minorité musulmane de l’Inde, formant 17 % de la population environ, est une cible idéologique de choix. C’est un « obstacle » à l’idéologie ultra-nationaliste de Narendra Modi et du BJP. Et cela signifie que plane ici très concrètement l’ombre des pogroms de masses.

La tentation génocidaire est ici extrême pour les classes dominantes indiennes, qui avec l’hindouisme disposerait d’une idéologie les légitimant parfaitement, maintenant le système de castes tout en modernisant le pays.

L’Inde est donc à un tournant : soit elle sombre dans le fascisme mobilisant les masses et ne se contenant plus, comme jusqu’à présent, de leur passivité et de leur dispersion. Soit elle refuse cela et bascule dans la révolution démocratique. Mais le Parti Communiste d’Inde (Maoïste), malgré les délires (opportunistes) de certains en Europe, est dans une situation terriblement difficile.

Idéologiquement et culturellement, il y a une vague populaire safran, et le PCI(M) n’est pas en mesure de s’y opposer, pas plus que ses sympathisants du type d’Arundhati Roy, écrivain progressiste politiquement mais dont l’oeuvre est une aberration du type post-moderniste, et dont le « classique » célébré par la bourgeoisie internationale, Le Dieu des Petits Riens, a même été écrit en anglais.

Il y a quelques jours, la police indienne s’est également « occupée » du professeur d’université Saibaba à New Delhi, l’accusant d’être un porte-parole en quelque sorte non officiel des naxalites. L’Etat exerce une pression gigantesque, plaçant les maoïstes devant des responsabilités très difficiles à gérer.

Mais il n’y aura pas le choix et les marxistes-léninistes-maoïstes, riches en Inde d’une longue et glorieuse histoire, sauront trouver les ressources nécessaires pour faire face à la vague safran, protégeant l’unité populaire et la culture indienne face à la tentative d’en génocider des parties entières afin de construire une idéologie nationaliste et romantique conformes aux intérêts des impérialistes ainsi que de la bourgeoisie bureaucratique et des grands propriétaires terriens d’Inde.

mercredi 21 mai 2014


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