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Tribune : Témoignage d’une féministe pour l’abolition de la prostitution agressée dimanche à Paris

Voici le témoignage d’une des personnes membres du Collectif Abolition Porno Prostitution (CAPP) agressée dimanche par un groupe d’ultra-Gauche lors de la manifestation du 8 mars à Paris.

Le relayer ici est important, non seulement parce que nous voyons la causes des femmes comme une exigence culturelle à défendre, mais aussi parce que comme expliqué dans le communiqué, les délires postmodernes sur les « travailleuses du sexe » et « le patriarcat cis, hétéro, blanc, bourgeois et capitaliste » sont malheureusement en train de se généraliser en Belgique.

Produit de l’ultra-modernité capitaliste, de la totale décadence des valeurs dans le capitalisme, les postmodernes auteurs de l’agression de dimanche osent donc accuser les personnes du Collectif Abolition Porno Prostitution d’être des fachos. Mais eux-même représentent le loup dans la bergerie, le revers de la médaille capitaliste, qui a un côté identitaire fasciste, un côté identitaire postmoderne ; les uns se nourrissent des autres, avec un seul but : nier les classes, masquer la bourgeoisie, préserver le capitalisme.

Face à cela, il est clair qu’il faut une culture fondée sur la civilisation, une culture féministe fondée sur la civilisation, écrasant la culture non féministe fondée sur le capitalisme. Il faut une journée de lutte en lien avec celles conceptualisées historiquement et mises en avant par le mouvement ouvrier, à travers l’Internationale socialiste des femmes et Clara Zetkin. La date précise du 8 mars ayant ainsi été choisie par Lénine, en référence à une grève d’ouvrières du textile au tout début des révolutions russes de 1917.

Bien entendu, les petits-bourgeois décadents qualifieront de catastrophisme une telle approche. Mais nous n’en avons cure, car c’est bien dans leur nature que de semer des illusions sur la pérennité d’un système capitaliste qui est en train de s’effondrer sous nos yeux. Et quoi que les mêmes puissent en penser, voici pour les camarades du CAPP, ces quelques vers venant de la Chine de l’époque de Mao Zedong, la Chine de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne :

La Moitié du ciel – Yu Fang
 
Encore un effort, mes sœurs,
Malgré la sueur qui couvre nos visages !
Bravons le vent glacé ! Sur nos épaules
Portons dix mille tonnes de terre !
Quand il s’agit de manier la pelle,
De charger les camions, de tirer la charrette,
Nous savons, s’il le faut, l’emporter sur les hommes !
Les femmes de nos jours sont la moitié du ciel !
 
Yu Fang, Littérature chinoise n°1, 1975

« Hier, dimanche 8 mars 2020, je suis allée manifester. Je pensais finir cette journée de lutte pour nos droits en la célébrant joyeusement autour d’un verre, entre amis. Je n’avais pas prévu de passer ma soirée et une bonne partie de ma nuit aux urgences et au commissariat.

À 17h, j’étais, avec une amie du Collectif Abolition Porno Prostitution en train de déballer une banderole pour accueillir l’arrivée de la marche Place de la République.

Tout s’est passé très vite. J’ai vu arriver en courant, derrière mon amie, une quinzaine de personnes vêtues de noir. Elles ont crié “c’est là, c’est elles !”. Mon amie s’est pris un coup de pied dans le dos et s’est effondrée par terre. On nous a arraché notre banderole. J’ai voulu me relever pour la retenir, mais une femme m’a frappée au visage. S’en est suivi une mêlée, je prenais des coups sans savoir si j’avais une, deux ou trois personne sur moi. J’ai repris mes esprits maintenue au sol, dans une flaque, par l’un des CRS qui a stoppé l’agression. D’autres amies du collectif qui se trouvaient un peu plus loin avaient suivi la scène, choquées. Quelqu’un est venu leur demander “C’est ici l’assaut contre les abolos ?”.

Aujourd’hui, je me réveille dans un drôle d’état, l’esprit et le corps meurtris. Je réalise petit à petit.

J’ai été agressée pour avoir voulu déployer une banderole sur laquelle figurait les visages des femmes tuées par le système prostitutionnel.

On m’ a passée à tabac pour m’empêcher de dénoncer l’extrême violence d’un système qui n’est pas, pour moi, un concept abstrait, mais un enfer que j’ai connu de l’intérieur, qui a causé la mort de femmes qui étaient mes amies et qui m’a durablement abîmée.

Et enfin, souillée par cette accusation absurde de fachisme. Qui sont les fachistes ? Une milice qui empêche, par la violence, des femmes de s’exprimer lors d’une manifestation pacifique ? Où celles qui tentent de défendre les victimes d’une industrie meurtrière qui exploite principalement des femmes migrantes, racisées, précaires et réduites au silence ?

Où est la cohérence ?

Je suis blessée par dessus tout d’avoir été la cible de prétendus “antifa”, me considérant moi même comme telle. Mon amie m’a dit, en sortant des urgences “c’est comme si j’avais été tabassée par les miens ou par moi même”. Skizophrénique.

Il se peut que nous ayons été agressées par erreur, même si nous semblions bien identifiées et ciblées par nos assaillants. Mais peu importe, puisque j’ai pu lire sur les réseaux sociaux de nombreux messages de soutien à nos agresseurs, pleins de haine à notre encontre et contre la cause que nous soutenons avec toute notre âme, par amour pour nos sœurs de toutes origines.

Sans compter que le slogan “mort aux fachos, mort aux abolos” n’est pas nouveau et a retenti hier dans de nombreux cortèges, notamment à Bruxelles où un groupe de survivantes a été harcelé par des opposantes. Cette technique employée pour nous faire taire est donc assez fréquente.

Si nous étions peu nombreuses hier, pour porter notre message, c’est que beaucoup d’entre nous craignent (à raison, preuve en est) la violence des activistes pro-prostitution. Nous avons d’ailleurs, avant cette attaque, essuyé plusieurs insultes et menaces de mort du type “on va leur couper la tête”, au sein même de la manifestation.

Aujourd’hui, nous faisons le décompte des agressions subies hier par nos camarades abolitionnistes partout en France et en Europe : en Espagne, en Belgique, à Toulouse, etc, des militantes, dont des survivantes, ont été harcelées, menacées, bousculées ou frappées pour avoir voulu dénoncer l’une des pires des violences masculines. Cela s’inscrit dans une longue série d’agressions. Ce qui s’est passé hier à Paris ne peut donc en aucun cas être considéré comme un fait isolé ou une erreur de cible et soulève de sérieuses questions de fond.

Cette année, j’ai été très émue de constater la gigantesque avancée de l’indignation contre les violences faites aux femmes, notamment en voyant l’augmentation du nombre de manifestantes lors des marches féministes. Le 23 novembre, j’ai pleuré devant la forêts de panneaux “on vous croit”, “ce n’était pas de votre faute” brandies par le mouvement Nous Toutes… Il semble qu’après les récentes actions féministes très médiatisées comme metoo ou la superbe campagne lancée par Marguerite Stern contre les féminicides, il soit désormais assez communément admis que les viols et les meurtre de femmes, c’est mal.

Il reste donc une seule catégorie de femmes pour laquelle cet axiome ne s’applique apparemment pas dans l’esprit de nombreuses “féministes” : les personnes prostituées.

En effet, il serait “putophobe” ou “facho” de dénoncer la violence inconcevable que subissent ces femmes. Cela justifierait même de se faire démolir la mâchoire lors d’une journée mondiale de lutte pour les droits des femmes, ou d’appeler au meurtre de militantes.

J’invite toutes les personnes qui se questionneraient sur la prostitution à lire des choses à ce sujet. Les théories simplistes du strass ou les “enquêtes” de quelques privilégiées qui auraient “testé” le “travail du sexe” par désœuvrement, pourquoi pas. Mais aussi et surtout, les centaines témoignages des premières concernées recueillis par le Mouvement du Nid depuis des décennies, ou sinon, à aller voir la pièce “les survivantes” au théâtre 13. Les travaux d’Andrea Dworkin ou de Claudine Legardinier. Les articles rassemblés sur le site “ressources prostitution”. Les statistiques et recherches de la psychiatre Muriel Salmona sur les conséquences traumatiques des personnes en situation de prostitution, sur le site “mémoires traumatique et victimologie”.

Bref, on ne manque pas de matière. Donc, s’il vous plaît, lisez, réfléchissez et faites preuve d’honnêteté intellectuelle et de bon sens. ”

Clarissa »

mardi 10 mars 2020


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