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Tempête hussite et révolution taborite - 9e partie : la tempête hussite

La mise à mort de Jan Hus fut un véritable détonateur. Lors de son procès à Constance, Jan Hus ne se rétracta jamais et il devint le grand martyr de la cause anti-Église en pays tchèque.

Lors de son procès, ce furent d’ailleurs 250 membres de la petite et moyenne noblesse qui protestèrent, puis un message de protestation avec 452 sceaux fut envoyé, expliquant que le procès était « une honte prolongée et une stigmatisation de la Bohême et de la Moravie ».

La condamnation de Jan Hus était un coup porté à la possibilité même pour la noblesse et la bourgeoisie tchèques de remettre en cause l’ordre féodal et surtout la très grande importance du clergé. C’était par conséquent inacceptable et Jan Hus avait fourni la possibilité idéologique de bouleverser la situation.

Sa lettre de « remerciement » (aux seigneurs Jean de Chlum et Wenceslas de Duba) était très parlante en ce sens :

« Je vous en conjure par les entrailles de Jésus-Christ, fuyez les mauvais prêtres mais chérissez les bons selon leurs œuvres, et autant qu’il est en votre pouvoir, ne permettez pas qu’on les opprime. C’est en effet pour cela que Dieu vous a donné le commandement. A mon avis, il y aura dans le royaume de Bohême une grande persécution contre ceux qui servent fidèlement, à moins que Dieu n’intervienne par l’intermédiaire des seigneurs temporels, qu’il a plus éclairées que les seigneurs spirituels dans sa Loi. »

Fort de cette légitimité, une partie significative de la noblesse passa dans le « hussitisme ». Cela lui permettait de remettre en cause la prétention de la royauté à instaurer la monarchie absolue et surtout de briser l’Église catholique et de s’approprier ses propriétés.

La situation était urgente pour la noblesse : entre 1350 et 1419, la part dans la possession des châteaux forts passa de 25 à 33 % pour le roi, de 51 à 44 % pour la haute noblesse, de 18 à 16 % pour la petite noblesse, de 6 à 7 % pour l’Église.

Une grande figure hussite fut alors Nicolas de Dresde. En hiver 1411-1412, l’inquisition de Dresde avait pourchassé un groupe de maîtres et d’étudiants allemands, qui se réfugièrent à Prague.

Parmi eux, Nicolas de Dresde, en fait issu d’une famille allemande de Prague, qui à la suite de la mort de Jan Hus se lanca dans la bataille prônant le droit de prêcher pour les laïcs et les femmes, rejetant le rite de la messe comme une construction historique et critiquant les patriciens de Prague pour leur richesse et leurs comportements. Son action était donc uniquement anti-catholique et anti-allemande.

Nicolas de Dresde remettait également en cause les constructions idéologiques de l’Église catholique : il rejetait le purgatoire, la confession auriculaire et le serment.

Et devant mettre en avant une démarche religieuse pour les besoins de la noblesse et de la bourgeoisie, il mettait en avant une sorte d’Église décentralisée, dans l’esprit de John Wyclif et de la Réforme en général : il devait y avoir le droit de prêcher non pas par le sacerdoce, mais uniquement par une conduite conforme à l’évangile, de plus les prêtres devraient mettre leur bien en communautés.

C’était là conforme à la synthèse de Jan Hus, qui revendiquait la licence pour le peuple de contrôler ses supérieurs en se fondant sur la Bible et la raison, la sécularisation des biens du clergé, la liberté de l’information.

Mais Nicolas de Dresde était également porté par le mouvement populaire, appui fondamental de la remise en cause de l’Église.

En 1403, en plein prêche dans son église, Nicolas de Dresde avait pointé du doigt des riches commerçants et annonça : « Ou bien ces fils du mal seront châtiés par Dieu, ou bien leur propre valetaille les immolera. Leur tête roulera dans le sang ! », puis expliqua alors que les commerçant visés se levaient pour quitter l’église après cela : « Voyez, mes très chers, le diable en personne les emmène hors du sanctuaire ! »

Il opposait la vie dissolue du clergé à la vie simple des apôtres, faisant porter à travers la ville des images illustrant cette comparaison. Sa prédication avait pris un tournant social. De ce fait, il fut contraint à l’exil, afin d’être finalement capturé, puis brûlé vif en 1417.

Ses positions n’étaient pas conformes aux besoins de la noblesse hussite. Le mouvement hussite dans sa version noble était dirigé à la fois contre les prélats et les patriciens, c’est-à-dire d’un côté contre les hauts représentants de la papauté, et de l’autre contre les forces féodales directement liées aux pays allemands.

Ce n’était pas une remise en cause du féodalisme en général. Sur 90 grandes familles féodales, 27 étaient d’ailleurs au sein de la coalition hussite. L’une des figures hussites significatives fut Cenek de Vartenberg, le grand burgrave de Prague, connétable de l’armée du pays, grand propriétaire terrien, gérant qui plus est la plus grande seigneurie de Bohême, celle d’Oldrich de Rozberk encore mineur.

Ce fut Jakoubek de Stribro qui devint le chef du camp hussite à la mort de Nicolas de Dresde, donc de 1417 à 1419, moment où le camp hussite se scinda. Lors de l’insurrection populaire du 30 juillet 1419, il recula en effet, n’osant assumer le nouveau cap pris par le mouvement.

Jakoubek de Stribro avait fait communier ses paroissiens sous les deux espèces (le pain et le vin et non pas le pain seulement comme dans le catholicisme romain, d’où le calice comme symbole), en octobre 1414 ; ce fut à l’époque considéré comme un événement majeur du hussitisme.

Il était une figure religieuse dans l’esprit de la Réforme, avec une ligne minimaliste, avec comme exigences la sécularisation des biens du clergé par le bras séculier, la simplification des cérémonies et du rite de la messe, la traduction des textes liturgiques latins en tchèque, la communion sous les deux espèces pour les laïcs et les enfants.

Mais, parallèlement, les masses s’étaient mises en mouvement, tant la bourgeoisie que la plèbe. A Plzen, le prédicateur Vaclav Koranda avait mené les gueux et les petits artisans à l’assaut des couvents, finissant par même prendre le contrôle de la municipalité. Entre 1416 et 1419, les bourgeois et les pauvres des villes s’étaient unifiés pour mener des actions similaires à Klatovy, Zatec et Domazlice.

La tension grandissait, et le hussitisme finissait même par atteindre deux régions françaises : en Picardie, où il se maintint en tant que tel jusqu’à la fin du 15e siècle, et en Provence-Dauphiné.

Au début de 1419, le pouvoir royal était donc ébranlé par la noblesse hussite et, alors, la réaction catholique tenta de s’affirmer en force. Les églises de Prague occupées par les hussites depuis 1415 furent « libérées », alors que la noblesse rebelle était poussée à rentrer dans le rang.

Il était cependant trop tard : les masses s’étaient mises en branle.

mercredi 23 décembre 2015


Tempête hussite et révolution taborite