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Symbolisme et surréalisme - 20e partie : une peinture mise en échec

Les surréalistes ont su particulièrement mettre en scène leurs interventions artistiques, étant largement soutenus par une partie de la haute bourgeoise. Sans la vente des œuvres et la reconnaissance sociale à haut niveau, les surréalistes n’auraient pas pu exister en tant qu’artistes.

Plusieurs expositions jouèrent un rôle significatif dans la promotion du surréalisme, qui dans les années 1930 est un courant tout à fait reconnu dans le domaine artistique, considéré comme une avant-garde. Un pays joua un rôle important ici : la Tchécoslovaquie, où les « avant-gardistes » avaient été massivement influencés par Guillaume Apollinaire. La première grande exposition internationale surréaliste en dehors de Paris se déroule donc à la société Mánes des artistes à Prague, avec des œuvres de Jean Arp, Max Ernst, Salvador Dali, Joan Miro, André Masson et Yves Tanguy, ainsi que des Tchécoslovaques Josef Šíma, Jindřich Štyrský, Marie Čermínová dite « Toyen » et Alois Wachsmann.

Un groupe surréaliste fut fondé à Prague en 1934 et en 1935 André Breton et Paul Éluard vinrent lui rendre visite à l’occasion de la première exposition surréaliste tchèque.

A la suite de cela, on a en 1936 une exposition surréaliste internationale à Londres, alors que le Musée d’Art Moderne de New York propose la même année l’exposition Art fantastique, Dada et surréalisme. En 1936 se tient une exposition surréaliste internationale à la galerie des Beaux-Arts de Paris, avec plus de 60 artistes, pour à peu près 300 peintures, objets, collages, photographies et installations.

A cette occasion, Marcel Duchamp réalise le hall en forme de grotte souterraine avec 1200 sacs de charbon suspendus au plafond, avec une seule ampoule fournissant l’éclairage, une lampe de poche étant fournie à chaque visiteur pour contempler les œuvres à l’intérieur. Le sol est un tapis est rempli de feuilles mortes, de fougères et d’herbes, avec un arôme de torréfaction du café remplit l’air et les allées de l’exposition possèdent des noms (Rue surréaliste, Passage des odoramas, Rue de la transfusion de sang...), chacune est bordée de mannequins.

Devant l’entrée, Salvador Dali avait réalisé un taxi arrosé de bruine, avec deux mannequins à l’intérieur : un chauffeur avec un chapeau-requin et une femme en robe assise à l’arrière avec des escargots de bourgognes et de la salade.

André Breton résume cela de la manière suivante :

« Dans la cour de l’exposition, Dalí avait mis un mannequin et une petite douche dans un vieux taxi. Le premier jour, il pleuvait doucement sur ce mannequin qui représentait une dame allant à l’Opéra. Quinze jours après, la dame était couverte d’escargots ; tout était vaseux comme une muqueuse. Elle était devenue le portrait de Dorian Gray. »

Le surréalisme se veut provocateur, car pour lui la poésie doit s’imposer dans la vie quotidienne. Tout est une question de surprise, d’étrangeté, et d’érotisme. Ce sont pour les surréalistes les clefs fondamentales de l’inconscient. Le surréalisme est avant tout littéraire, mais ses interventions peuvent déborder cela, et d’ailleurs la littérature elle-même n’est qu’un vecteur du surréalisme ; il n’y a pas de forme privilégiée.

Voici comment André Breton explique la nature particulière du surréalisme :

« C’est aussi que, pour la première fois sans doute avec le surréalisme, la poésie n’a cessé de fournir à la plastique son appui. Si tel avait été le cas de quelques œuvres isolées dans le passé — de celles que, pour cette raison, le surréalisme met en avant, Uccello, Arcimboldo, Bosch, Baldung, Goya, Méryon, Redan, Rousseau —, du moins jamais encore dans leur ensemble les deux démarches poétique et plastique ne s’étaient ainsi montrées volontairement confondues ».

Cette prétention à la fusion plastique et poétique resta cependant tout à fait vaine. La peinture surréaliste peut ainsi être autant plaisante que déplaisante, dans tous les cas elle se veut surprise et le plus souvent érotique. Mais elle n’a aucune unité, étant tellement subjectiviste que les artistes ont une période surréaliste et s’enfuient dans différentes directions, toutes se révélant des culs-de sac : répétition des mêmes œuvres, basculement dans l’abstraction, etc.

Les tableaux du surréaliste René Magritte (1898-1967) tablent surtout sur la surprise, avec une dimension poétique assez classique. On les reconnaît davantage comme du Magritte que comme du surréalisme.


A l’inverse, les poupées du surréaliste allemand Hans Bellmer (1902-1975) sont particulièrement agressives. Elles marquent également un échec de la peinture, dans la mesure où la peinture ne permet pas assez de mettre en avant le pathologique. On est ici déjà dans la modernité décadente du mode de production capitaliste, dans la destruction et le malsain, le nihilisme.






Les œuvres de l’espagnol Salvador Dali sont ici parmi les plus connues. Salvador Dali se fera exclure du surréalisme pour son soutien à Franco et Adolf Hitler ; cela ne le dérangera pas : il mènera une carrière commerciale ayant un très grand succès, lui-même jouant à l’excentrique de manière parfaitement maîtrisée.


L’un des peintres les plus actifs du surréalisme fut l’allemand Max Ernst (1891-1976), avec des œuvres souvent très différentes les unes des autres, avec beaucoup d’influences diverses, notamment expressionnistes, quittant bien souvent le terrain du surréalisme.




L’espagnol Joan Miró (1893-1983) fut un important acteur du surréalisme, qu’il quitta également finalement par la suite, tendant à l’abstraction.

Les œuvres de l’italien Giorgio De Chirico (1888-1978) furent appréciés des surréalistes, avant qu’ils ne considèrent qu’il était devenu un renégat, organisant même une contre-exposition parisienne, Ci-gît Giorgio De Chirico.

Le peintre français André Masson (1896-1987) participa également au surréalisme, avant d’aboutir à l’abstraction.


L’échec du surréalisme en peinture souligne sa dimension en fait surtout littéraire, comme prolongement du symbolisme-décadentisme. C’est d’ailleurs dans le domaine littéraire que naîtront ses successeurs : le Lettrisme et l’Internationale situationniste.

jeudi 19 janvier 2017


Symbolisme et surréalisme