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Symbolisme et surréalisme - 13e partie : Tristan Tzara et Dada

Les deux grandes jeunes figures s’agitant dans la scène artistique au début du XXe siècle sont Tristan Tzara et André Breton ; Tristan Tzara a initialement joué le rôle moteur.

Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock (1896-1963), est un juif roumain, issu de la haute bourgeoisie et massivement influencé par le symbolisme français ainsi que par Guillaume Apollinaire.

Son pseudonyme, dans cet esprit, associe Tristan du nom du héros de l’opéra de Richard Wagner, Tristan et Isolde, à Tzara signifiant « terre » ou « pays » en roumain.

Suite à la première guerre mondiale, il s’installe à Zurich où vivant dans l’oisiveté artistique, il participe à la fondation d’un « centre de divertissement artistique » appelé le Cabaret Voltaire.

Tristan Tzara, qui connaît à fond le symbolisme, prolonge sa tentative d’exprimer quelque chose de radicalement individuel, avec du rythme. Il suffit de tout mélanger, de copier et de coller, en suivant ses propres envies. Voici comment il exprime son approche :

« Pour faire un poème dadaïste

Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal
Prenez des ciseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voici un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire. »

Voici également comment Tristan Tzara résume le Cabaret Voltaire, en s’exprimant bien entendu de manière « dada », terme pris au hasard afin de célébrer la dimension « poétique » et « avant-gardiste » du style propre aux décadents d’un nouveau genre :

II. 1916. Dans la plus obscure rue sous l’ombre des côtes architecturales, où l’on trouve des detectifs discrets parmi les lanternes rouges – naissance – naissance du Cabaret Voltaire – affiche de Slodky, bois, femme et Cie, muscles du cœur Cabaret Voltaire et des douleurs. Lampes rouges, ouverture piano, Ball lit Tipperary, piano « sous les ponts de Paris », Tzara traduit vite quelques poèmes pour les lire, Mme Hennings – silence, musique – déclaration – fin. Sur les murs : van Rees et Arp, Picasso et Eggeling, Segal et Janco, Slodky, Nadelmann, couleurs papiers, ascendance art nouveau, abstrait et des cartes-poèmes géographiques futuristes : Marinetti, Cangiullo, Buzzi ; Cabaret Voltaire, chaque soir on joue, on chante, on récite – le peuple – l’art nouveau le plus grand au peuple – van Hoddis, Benn, Treß – balalaïka – soirée russe, soirée française – des personnages en édition unique apparaissent, récitent ou se suicident, va et vient, la joie du peuple, cris, le mélange cosmopolite de dieU et de boRdel, le cristal et la plus grosse femme du monde : « Sous les ponts de Paris ».

Arrivée Huelsenbeck – 26. II. 1916.
pan ! pan ! pa-ta-pan
Sans opposition un parfum initial.

Grande soirée – poème simultané en 3 langues, protestation bruit musique nègre / Hoosenlatz Ho osenlatz / piano Typerary Laterna magica démonstration, proclamation dernière !! invention dialogue !! Dada !! dernière nouveauté !!! syncope bourgeoise, musique bruitiste, dernier cri, chanson Tzara danse protestations – la grosse caisse – lumière rouge, policemen – chansons tableaux cubistes cartes postales chanson Cabaret Voltaire – poème simultané breveté Tzara Ho osentlaz et van Hoddis Hü ülsenbeck Hoosenlatz tourbillon Arp – two-step réclame alcool fument vers les cloches / on chuchote : arrogance / silence Mme Hennings, Janco déclaration, l’art transatlantique = peuple se réjouit étoile projetée sur la danse cubiste en grelots.

Le Cabaret a duré 6 mois, chaque soir on enfonça le triton du grotesque du dieu du beau dans chaque spectateur, et le vent ne fut pas doux – secoua tant de consciences – le tumulte et l’avalanche solaire – la vitalité et le coin silencieux près de la sagesse ou de la folie – qui pourrait en préciser les frontières ? – lentement s’en allèrent les jeunes-filles et l’amertume plaça son nid dans le ventre du père de famille. Un mot fut né, on ne sait pas comment Dadadada on jura amitié sur la nouvelle transmutation, qui ne signifie rien, et fut la plus formidable protestation, la plus intense affirmation armée du salut liberté juron masse combat vitesse prière tranquilité guérilla privée négation et chocolat du désespéré. »

Il s’ensuit la naissance d’une galerie (exposant notamment Max Ernst, Lyonel Feininger, Vassily Kandinsky, Paul Klee, Oskar Kokoschka), puis d’un mouvement en tant que tel (« Création mystérieuse ! Revolver magique ! ») en 1917.

Voici un exemple de ce que pouvait lire Tristan Tzara lors de ses activités à Zurich, en l’occurrence en juillet 1916 juste avant la fondation du Cabaret Voltaire permettant d’élargir sa propagande « dada ».

« Manifeste de monsieur antipyrine

DADA est notre intensité : qui érige les baïonnettes sang conséquence la tête sumatrale du bébé allemand ; Dada est la vie sans pantoufles ni parallèles ; qui est contre et pour l’unité et décidément contre le futur ; nous savons sagement que nos cervaux deviendront des coussins douillets, que notre anti-dogmatisme est aussi exclusiviste que le fonctionnaire et que nous ne sommes pas libres et crions liberté ; nécessité sévère sans discipline ni morale et crachons sur l’humanité.

DADA reste dans le cadre européen des faiblesses, c’est tout de même de la merde, mais nous coulons dorénavant chier en couleurs diverses pour orner le jardin zoologique de l’art de tous les drapeaux des consulats.

Nous sommes directeurs de cirque et sifflons parmi les vents des foires, parmi les couvents, prostitutions, théâtres, réalités, sentiments, restaurants. ohi oho, bang, bang.

Nous déclarons que l’auto est un sentiment qui nous assez choyé dans les lenteurs de ses abstractions et les transatlantiques et les bruits et les idées. Cependant nous extériorisons la facilité, nous cherchons l’essence centrale et nous sommes contents pouvant la cacher ; nous ne voulons pas compter les fenêtres de l’élite merveilleuse, car DADA n’existe pour personne et nous voulons que tout le monde comprenne cela, car c’est le balcon de Dada, je vous assure. D’où l’on peut entendre les marches militaires et descendre en tranchant l’air comme un séraphin dans un bain populaire pour pisser et comprendre la parabole.

DADA n’est pas folie, ni sagesse, ni ironie, regarde-moi, gentil bourgeois.

L’art était un jeu noisette, les enfants assemblaient les mots qui ont une sonnerie à la fin, puis ils pleuraient et ciraient la strophe, et lui mettaient les bottines des poupées et la strophe devint reine pour mourir un peu et la reine devint baleine, les enfants couraient à perdre haleine.

Puis vinrent les grands ambassadeurs du sentiment qui s’écrièrent historiquement en chœur :

Psychologie Psychologie hihi
Science Science Science
Vive la France
Nous ne sommes pas naïfs
Nous sommes successifs
Nous sommes exclusifs
Nous ne sommes pas simples
et nous savons bien discuter l’intelligence.

Mais nous, DADA, nous ne sommes pas de leur avis, car l’art n’est pas sérieux, je vous assure, et si nous montrons le crime pour dire doctement ventilateur. c’est pour vous faire du plaisir, bons auditeurs, je vous aime tant, je vous assure et je vous adore. »

Inévitablement, Tristan Tzara devait se faire happer par Paris.

vendredi 6 janvier 2017


Symbolisme et surréalisme