Centre MLM de belgique

« Stratégie de l’inespoir » : Thiéfaine quitte l’expressionnisme pour passer au fascisme

Nous avons à présent eu l’occasion d’écouter « Stratégie de l’inespoir » de Hubert-Félix Thiéfaine. Lorsque le média communiste MLM Les Matérialiste avait, au lendemain de sa sortie en novembre 2014, publié une critique sans concession de l’album, nous avions préféré attendre, n’ayant pas eu encore l’occasion de nous y confronter. C’est aujourd’hui chose faite... et partageant entièrement la position des camarades, nous republions aujourd’hui leurs commentaires.

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Hubert-Félix Thiéfaine a été un très grand artiste représentant tout un esprit poétique tourmenté typique du début des années 1980 ; son album « Soleil cherche futur », de 1982, est un grand classique. C’est une œuvre à connaître, tout autant que les incroyables bandes dessinées de Fred ayant Philémon comme personnage principal.

Aussi, il est terrible de voir comment on peut passer d’une attitude poétique visant à assumer la souffrance dans la société capitaliste à une posture fasciste. Car tel est le mot qu’il faut employer pour « Stratégie de l’inespoir », sorti aujourd’hui.

Hubert-Félix Thiéfaine fait tout le contraire de ce qu’il faisait. Auparavant, le son était brut, désormais tout est surproduit, dans une réalisation où son fils a joué un rôle important d’ailleurs. Auparavant, la mélodie était à l’arrière-plan d’une véritable petite histoire poétique plus ou moins hermétique, désormais elle est au premier plan de textes très simplistes consistant en une sorte de très pâle copie de Charles Baudelaire version vieux libidineux.

Évidemment, la plupart des mélodies sont elles-mêmes reprises aux vieilles chansons de Hubert-Félix Thiéfaine, et même les intonations… Avec, naturellement, les orchestrations typiquement variété qui tentent de masquer cela, prétendant fournir quelque chose de nouveau, d’unique ! Sony music sort également un coffret collector « édition ultra limitée »...

Auparavant, Hubert-Félix Thiéfaine réfutait la publicité et la médiatisation, étant suivi par un public fervent, jeune, se renouvelant de lui-même de par sa véritable nature populaire ; désormais, tous les médias en parlent, la publicité annonce le nouvel album, Hubert-Félix Thiéfaine se pâmant dans des poses tourmentées.

Hubert-Félix Thiéfaine était une sorte de Arthur Rimbaud confronté à l’horreur de la vie quotidienne à ses débuts ; maintenant, il est une caricature de Charles Baudelaire en mode nihiliste. C’est tellement vrai que Hubert-Félix Thiéfaine se permet un véritable engagement politique.

Et Hubert-Félix Thiéfaine y va franco. Déjà dans les interview, il ose répondre au sujet du titre de l’album :

« C’est un titre que j’avais en tête depuis longtemps. L’inespoir n’étant pas dans le dictionnaire, j’ai cru créer un néologisme. En fait, Verlaine et Drieu La Rochelle l’ont utilisé avant moi. Peut-être que je l’ai lu, qu’il était dans mon inconscient… »

Paul Verlaine le décadent passé catholique ultra et Pierre Drieu La Rochelle le fasciste : le ton est donné. On ne sera guère étonné par conséquent de voir une apologie du romancier fasciste Céline, sous le titre de « Retour à Celingrad », allusion bien sûr à Stalingrad.

Cette chanson au texte incompréhensible, dans l’esprit du roman Voyage au bout de la nuit, fait référence aux œuvres de Céline, parle de l’Allemagne nazie, dans ce qui est en fin de compte une défense de Céline comme véritable artiste tourmenté, à part, « maudit ».

On trouve également la chanson « Karaganda (Camp 99) », où Hubert-Félix Thiéfaine dénonce Staline et le camp de travail de la seconde guerre mondiale lié à cette petite ville kazakh, en profitant pour attaquer Louis Aragon et Elsa Triolet pour leur soutien à l’URSS.

Ajoutons à cela la chanson « Médiocratie », et on a un esprit qui est typique de la « révolte contre le monde moderne ». Hubert-Félix Thiéfaine critique la superficialité de la fascination pour la virtualité au nom de la « fraternité » est purement illusoire si on ne met pas en avant un véritable mode de vie progressiste.

Cependant, Hubert-Félix Thiéfaine se complaît dans la critique d’un monde « climatisé » ; il ne compte pas pour autant défendre l’écologie, les animaux, les opprimés, les exploités. Seul compte son égocentrisme, la société comme prétexte à la mise en avant de lui-même comme « aristocrate » de la morale, de la culture, etc.

On a, avec Hubert-Félix Thiéfaine, un exemple typique d’un artiste petit-bourgeois, critique de la société capitaliste de manière expressionniste, qui bascule dans le fascisme par incapacité de comprendre les valeurs progressistes, les principes de démocratie populaire.