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Spinoza, l’Éthique - 6ème partie : science et morale de la totalité

1. Un épicurisme scientifique, un aristotélisme tourné vers la matière seulement

Nous voyons une chose simple à comprendre finalement : l’épicurisme appelait à vivre naturellement, mais selon lui la nature était un hasard. Aristote avait compris l’unité du monde, mais il a eu besoin d’un « Dieu » servant de cause et de moteur.

Avicenne et Averroès ont poussé plus avant le système, et Spinoza l’a amélioré de manière décisive en faisant se confondre la nature et Dieu.

Chez Épicure, les humains devaient vivre simplement, naturellement, alors que chez Aristote, ils devaient être tournés vers la méditation sur le « grand tout. » Spinoza amène l’épicurisme à la science, en ramenant le « Dieu » d’Aristote dans la matière elle-même. Il n’y a plus de contradictions possibles entre Épicure et Aristote :

« Dans la mesure seulement où les hommes vivent sous la conduite de la raison, ils s’accordent toujours nécessairement en nature. »

Spinoza permet à l’épicurien de ne plus être simplement passif, en permettant à l’aristotélicien de se tourner uniquement vers la matière, sans avoir besoin d’un Dieu explicatif (on voit ici le recul que signifiera Rousseau avec son déisme).

Spinoza affirme ainsi qu’il faut être naturel, mais aussi qu’il faut fusionner de manière adéquate avec le reflet dans l’esprit de l’existence de l’univers :

« L’ignorant, outre qu’il est de beaucoup ballotté par les causes extérieures et ne possède jamais le vrai contentement intérieur, est dans une inconscience presque complète de lui-même, de Dieu et des choses et, sitôt qu’il cesse de pâtir, il cesse aussi d’être.

Le sage, au contraire, considéré en cette qualité, ne connaît guère le trouble intérieur, mais ayant, par une certaine nécessité éternelle conscience de lui-même, de Dieu et des choses, ne cesse jamais d’être et possède le vrai contentement. »

2. L’appel à la joie et au bonheur

Spinoza appelle donc au bonheur. Les corps disparaissent, mais en tant que tel ils existeront éternellement car ils sont remplacés par d’autres ; ils sont remplacés et donc leur essence aussi.

Pour caricaturer, la manière de sourire est éternelle car si une personne qui avait celle-ci meurt, une autre plus jeune possède le même type de sourire.

Il faut donc vivre conformément à la réalité divine, c’est-à-dire naturelle, c’est-à-dire matérielle, et être heureux et heureuse. Le bonheur est dans la vie épicurienne rationnelle.

Spinoza peut oser expliquer :

« Entre la raillerie et le rire, je fais une grande différence. Car le rire, comme aussi la plaisanterie, est une pure joie et, par suite, pourvu qu’il soit sans excès, il est bon par lui-même.

Seule assurément une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs. En quoi, en effet, convient-il mieux d’apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ?

Telle est ma règle, telle est ma conviction. Aucune divinité, nul autre qu’un envieux, ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine, nul autre ne tient pour vertu nos larmes, nos sanglots, notre crainte et autres marques d’impuissance intérieure ; au contraire, plus grande est la joie dont nous sommes affectés, plus grande la perfection à laquelle nous passons, plus il est nécessaire que nous participions de la nature divine.

Il est donc d’un homme sage d’user des choses et d’y prendre plaisir autant qu’on le peut (sans aller jusqu’au dégoût, ce qui n’est plus plaisir). Il est d’un homme sage, dis-je, de faire servir à sa réfection et à la réparation de ses forces des aliments et des boissons agréables pris en quantité modérée, comme aussi les parfums, l’agrément des plantes verdoyantes, la parure, la musique, les jeux exerçant le corps, les spectacles et d’autres choses de même sorte dont chacun peut user sans aucun dommage pour autrui. »

Le bonheur est possible, sur une base naturelle par une démarche rationnelle, en se tournant vers « Dieu » c’est-à-dire l’univers, dont on est une composante et dont l’esprit n’est que le reflet.

Tel est le sens du spinozisme pour le matérialisme dialectique.