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Spinoza, l’Éthique - 5ème partie : l’épicurisme comme morale matérielle naturelle et « divine »

1. L’épicurisme masqué de Spinoza

Ce qui suit logiquement de la démarche de Spinoza, c’est que toutes les choses sont une expression de « Dieu » et par conséquent veulent se maintenir. En effet, toute chose est créée selon des déterminations bien précises (par Dieu ou la Nature, ce qui ici chez Spinoza revient au même). Ces déterminations sont la seule définition de la chose en particulier, elle n’est rien d’autre et ne peut être rien d’autre.

Par conséquent, « l’effort par lequel chaque chose s’efforce de persévérer dans son être n’est rien en dehors de l’essence actuelle de cette chose. » En latin, Spinoza appelle cet effort le « conatus. »

L’être humain obéit à des détermination très précises, comme d’ailleurs tous les êtres vivants, et ces déterminations sont en pratique les mêmes que dans l’épicurisme.

Spinoza explique que la « volonté » de l’humain est l’effort de se persévérer dans son âme et « l’appétit » l’effort de se persévérer dans son corps ; le « désir » est en fait un « appétit » dont on a conscience.

Le reste va de même : « l’âme est sujette, quand elle est passive, à de grands changements et passe tantôt à une perfection plus grande, tantôt à une moindre ; et ces passions nous expliquent les affections de la joie et de la tristesse.

Par joie j’entendrai donc, par la suite, une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande. Par tristesse, une passion par laquelle elle passe à une perfection moindre.

J’appelle, en outre, l’affection de la joie, rapportée à la fois à l’âme et au corps, chatouillement ou gaieté ; celle de la tristesse, douleur ou mélancolie. (…)

L’amour, dis-je, n’est autre chose qu’une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ; et la haine n’est autre chose qu’une tristesse qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure. (…)

Nous connaissons par ce qui vient d’être dit ce que sont l’espoir, la crainte, la sécurité, le désespoir, l’épanouissement et le resserrement de la conscience.

L’espoir n’est rien d’autre qu’une joie inconstante né de l’image d’une chose future ou passée dont l’issue est tenue pour douteuse. La crainte, au contraire, est une tristesse inconstante également née de l’image d’une chose douteuse.

Si maintenant de ces affections on ôte le doute, l’espoir devient la sécurité, et la crainte le désespoir ; j’entends une joie ou une tristesse née de l’image d’une chose qui nous affectés de crainte ou d’espoir.

L’épanouissement ensuite est une joie née de l’image d’une chose passée dont l’issue a été tenue par nous pour douteuse.

Le resserrement de conscience enfin est la tristesse opposée à l’épanouissement. »

2. La quête du bonheur (forcément matériel)

Spinoza amène l’épicurisme à un niveau scientifique, en synthétisant la réalité autant que son époque le permettait. L’objectif reste le même : le « contentement intérieur » chez Spinoza, la « tranquillité de l’âme » chez les épicuriens (« l’ataraxie »).

Spinoza dépasse Avicenne et Averroès, car chez ceux-ci, il fallait (comme chez Aristote) que les humains qui sont sages penchent du côté du moteur divin, situé en-dehors du monde.

Or, Spinoza fait se pencher les humains vers « Dieu » en tant que « Nature », donc vers la réalité elle-même. Spinoza est à l’origine de l’éthique fondée sur la réalité matérielle elle-même.

Il dit ainsi :

« La béatitude n’est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même, et cet épanouissement n’est pas obtenu par la réduction de nos appétits sensuels, mais c’est au contraire cet épanouissement qui rend possible la réduction de nos appétits sensuels. »

L’objectif n’est plus ici la sagesse permettant de saisir abstraitement le monde, comme chez Averroès, mais la sagesse permettant de synthétiser le monde. Spinoza est le premier à faire le grand saut ; c’est le premier d’entre nous dans l’histoire.

Il n’y a plus d’opposition entre la pensée et la matière ; la vie a un sens :

« Nul ne peut avoir le désir de posséder la béatitude, de bien agir et de bien vivre, sans avoir en même temps le désir d’être, d’agir et de vivre, c’est-à-dire d’exister en acte. »

3. La morale fondée sur la nature de la matière et la matière de la nature

Spinoza appelle à une loi naturelle, mais à une loi naturelle comprise rationnellement, car les humains sont particulièrement avancés dans les « affections » du corps (c’est-à-dire pour nous, la vigueur du reflet du mouvement de la matière éternelle en mouvement dialectique).

D’un côté, Spinoza peut donc dire que :

« La connaissance du bon et du mauvais n’est rien d’autre que l’affection de la joie ou de la tristesse, en tant que nous en avons conscience. »

Et de l’autre, que :

« Le bien suprême de l’âme est la connaissance de Dieu et la suprême vertu de l’âme de connaître Dieu. »

Il n’y a pas de contradictions, car les affections ont lieu matériellement, de manière naturelle, et que Dieu est lui-même la nature...