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Siraj Sikder, matière en soi et matière pour soi

Siraj Sikder, le grand révolutionnaire du Bengale Oriental, c’est-à-dire du Bangladesh, a formulé une opinion très intéressante concernant l’utilisation de la matière.

Parlant des cliques d’opportunistes qui se forment à l’intérieur du Parti, Siraj Sikder constate que, forcément, il y a une base matérielle pour cela.

On ne peut pas nier les cliques, on ne peut pas nier la réalité. Par contre en comprenant la loi matérielle donnant naissance à ces cliques, on peut les briser et faire en sorte qu’elles n’apparaissent plus, en utilisant alors l’existence de ces cliques à notre profit.

Siraj Sikder explique ainsi que :

« nous pouvons utiliser la connaissances des cliques dans notre propre intérêt. Alors, de matière en soi, elles se transforment en matière pour soi. »

Dans une note qu’il place alors dans son article, Siraj Sikder précise sa pensée, en prenant l’exemple du cancer. Il dit la chose suivante :

« La maladie du cancer existe dans le monde, elle existe que nous y pensions ou pas. Cela signifie que le cancer existe indépendamment de notre pensée.

Ainsi, la matière existe en soi. Mais il y a des personnes qui tentent de comprendre le cancer au moyen de la recherche, c’est à dire ses causes, et son traitement.

Quand ces personnes réussiront, le cancer sera transformé en matière pour soi. Les matérialistes croient en cette transformation, alors que les idéalistes disent que nous ne pouvons pas connaître la nature, ni la contrôler, ni la transformer en matière pour soi. »

Ce que dit Siraj Sikder est d’une très grande importance. Il explique que la matière ne peut pas être réfutée : il ne suffit pas de dire que les cliques, ou le cancer, ne devraient pas exister. Il y a une base matérielle qui est à leur origine.

Mais il ne dit pas que cela. Il dit que leur existence appartient à un processus général, qui est l’évolution de la matière. Il ne s’agit donc pas ici simplement de faire « disparaître » le problème, mais d’utiliser sa propre réalité dans un sens favorable.

On image déjà les cris enragés des bourgeois, qui parleront de folie, de mysticisme, etc. Ce sont là les reproches traditionnels faits aux enseignements du matérialisme dialectique, notamment à l’encontre de Mao Zedong.

En effet, comprendre que chaque chose a deux aspects est impossible pour la bourgeoisie. Un point de vue bourgeois ne peut donc avoir qu’un point de vue unilatéral. Il n’y a pas de compréhension que un devient deux, et que donc ce qui se produit relève d’un processus.

Le cancer ne peut ainsi pas être compris de manière abstraite ; pour en saisir la nature, il faut comprendre à quoi il appartient, de quel processus matériel il relève. On comprend que l’horizon bourgeois, foncièrement borné à l’individu, ne soit pas en mesure de saisir ce qui relève du rapport étroit des humains à leur environnement, sans parler évidemment de tous les processus de symbiose qui existent sur le plan des bactéries.

Le processus de « contrôle de la nature », dont parle Sikder, relève justement de ce processus symbiotique.

Les révisionnistes ayant pris le pouvoir en Union Soviétique en 1953 ont eu une interprétation mécaniste de ce principe de « contrôle », d’où les catastrophes qui s’en sont suivies sur le plan écologiste. On peut constater le même phénomène en Chine populaire, suite à la prise du pouvoir par la clique fasciste du révisionnisme en 1976.

Selon le matérialisme dialectique en effet, la « pensée » n’est que le reflet du mouvement général de la matière. Si ainsi l’humanité prend le « contrôle » de la nature, c’est en fait la matière en général qui se saisit elle-même.

L’humanité est un outil de la matière dans le cadre de son évolution générale – et elle est un outil qui elle-même est une partie de la matière.

C’est là quelque chose de difficile à saisir, parce que la bourgeoisie a tout fait pour affirmer l’individu sur tous les plans, en en faisant une sorte de « Dieu ». La matière devrait se soumettre à l’esprit humain, libre de toute matière – cet idéalisme est bien entendu étranger à Siraj Sikder.

D’ailleurs, si le cancer se transforme de matière en soi en matière pour nous, est-ce que cela sera comme l’humanité le « veut », ou bien selon la réalité matérielle du cancer lui-même ? Bien entendu, cela se déroulera selon la logique des faits, selon la loi interne de la matière, et non pas selon notre « volonté ».

Ainsi, comprise de manière adéquate, la formulation par Siraj Sikder du passage de matière en soi à matière pour soi est extrêmement riche en perspective, et demande une réflexion approfondie.