Centre MLM de belgique

Romain Rolland : Comment empêcher la guerre ? − 1936

Le problème de la sauvegarde de la paix domine aujourd’hui la discussion politique. Cette question angoissante préoccupe, à l’heure où nous sommes, tous les hommes qui réfléchissent. La conquête sanglante de l’Abyssinie par Mussolini, l’insolente rupture des engagements librement consentis par Hitler et ses formidables préparatifs de guerre dans la zone rhénane − voilà ce qui signale aux peuples l’approche quotidienne d’une nouvelle guerre mondiale plus terrible encore que celle de 1914.

Les hommes et les peuples veulent la paix. Mais il ne suffit pas de la vouloir, encore faut-il connaître en toute clarté les moyens et les actions les mieux appropriés pour empêcher la guerre et sauver la paix. Toute confusion sur ce sujet ne fait qu’aider les fauteurs de guerre. Le gouvernement hitlérien parle aussi de la paix, mais il ne le fait qu’afin de pouvoir encore mieux précipiter le rythme de ses armements pour se jeter un beau jour sur les peuples endormis par ses mensonges. On ne pourra empêcher la guerre et sauver la paix que si les masses désireuses de la paix savent discerner ceux qui la veulent réellement de ceux qui n’en parlent qu’afin de mieux pouvoir dissimuler leurs préparatifs de guerre.

Le mouvement mondial contre la guerre et le fascisme, issu du premier grand congrès universel contre la guerre convoqué à Amsterdam, en été 1932, grâce à l’initiative des grands protagonistes de la paix ; Henri Barbusse et Romain Rolland, veut aider à établir la clarté là où elle peut encore manquer et fournir aux millions d’ouvriers, paysans et intellectuels qui veulent sincèrement la paix, des armes pour une lutte victorieuse contre la guerre et pour la sauvegarde de la paix.

Tel est le but de ces publications sur la stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre et le fascisme, éditées par le Comité mondial contre la guerre et le· fascisme. Dans ces cahiers, des personnalités dirigeantes du mouvement de la paix, des ouvriers, des paysans, des intellectuels, des femmes, des jeunes· et des étudiants préciseront les tâches concrètes de la lutte contre la guerre.

COMMENT EMPÊCHER LA GUERRE ?

 INTRODUCTION

Les articles qu’on va lire ont soulevé des polémiques passionnées. Écrits pour la défense de la Paix, ils n’ont pas fait l’union dans les pacifismes.

Il était utile qu’il en fût ainsi. Depuis trop longtemps les esprits s’engourdissaient dans une conception, trop vague pour être efficace, du pacifisme.

Le mot de paix recouvre aussi bien les cimetières que les moissons. La paix peut être le silence apeuré que font régner les tyrans sur les peuples asservis, − ou l’ordre laborieux que les peuples libres ont voulu et conquis. Elle peut être la paix de ruse et d’attente qui prépare aux États de proie la victoire par les armes, à l’heure qu’ils ont choisie. Ou la paix vigilante et forte, qui oppose sa digue au flot de la guerre qui s’amasse. Et il y a aussi la paix qui ne fait rien que répéter : « Paix ! », qui ne veut rien que ne point voir la guerre qui vient, que l’écarter le plus longtemps du champ de sa vision, de son enclos − (ce qui se passe au dehors, qu’il se passe d’elle !) − et faire sa paix avec qui menace le reste de l’univers.

Oui, il est bien, il est sain que nous fassions le tri de toutes ces paix, que nous écartions les paix manquées ou impotentes, celles qui abusent l’intelligence ; celles qui paralysent la volonté, − et que nous disions quelle est notre Paix.

Notre Paix est celle des peuples libres, des hommes libres de tous les pays, qui doivent s’unir et s’uniront contre la guerre et ses fauteurs de tous les pays, contre les fascismes de tous les pays − du nôtre et des autres, − contre tout ce qui menace la liberté, la dignité humaine, le progrès social. Car tout ce qui est humain est nôtre. Et tout ce qui est l’ennemi de l’humanité, coopérant dans la justice et l’égalité, tous les racismes, tous les impérialismes − le nôtre et les autres − est notre ennemi. Notre Paix est, comme notre pensée tout entière, sur le plan international.

On doit lutter contre le fascisme, à l’intérieur. Mais on ne peut lutter efficacement contre le fascisme à l’intérieur, si on ne le combat à l’extérieur, où il puise ses forces et ses ressources, d’où il reçoit ses directives. Il serait inouï qu’à l’heure où l’avidité et l’orgueil des fascismes reconstitue partout l’idée d’Empire ou de primauté d’une race élue, établie par la force, sur le reste des peuples, nous ne dressions point notre étendard de l’Internationale des peuples libres et librement associés, pour défendre leur existence et leurs droits menacés ! Nous faisons tous partie d’un même organisme universel, dont tous les membres sont parcourus par le même sang, et sont soumis aux mêmes fluctuations. La guerre, la paix sont indivisibles. Sur vingt fronts différents, l’humanité livre aujourd’hui la même bataille, pour assurer son avenir de justice et de liberté.

Nous revendiquons notre place dans les rangs de la grande armée du Progrès, qui renouvelle l’ordre social. Notre Paix mondiale est celle de l’ordre nouveau Révolutionnaire, qui seul peut réviser et qui révisera les injustices et les erreurs de l’ordre ancien. Paix et Révolution sont liées. Par la nécessité et par l’élan irrésistible de la Révolution, la Paix ! Et par la Paix, le large cours puissant et fécondant de la Révolution !

 LE PLUS GRAND DANGER

Six mois après qu’il fut adressé à la Conférence plénière du Mouvement mondial contre la guerre et le fascisme, le message de Romain Rolland, qu’on lira plus loin, est plus actuel que jamais. On y trouve non seulement une explication des raisons pour lesquelles Mussolini a pu conquérir l’Abyssinie, Romain Rolland nous dit encore d’où, à l’heure actuelle, provient la plus grande menace contre la paix.

POUR LA CONFÉRENCE PLÉNIÈRE DU MOUVEMENT MONDIAL CONTRE LA GUERRE ET LE FASCISME RÉUNIE, A PARIS, LES 23-24 NOVEMBRE 1935

Chers Camarades,

La Conférence plénière de notre Mouvement contre la Guerre et le Fascisme s’ouvre à l’heure où la guerre fasciste est déchaînée. Le feu a pris à l’une des ailes de notre maison. Il nous faut arrêter l’incendie. L’Europe est pleine de matières inflammables et d’incendiaires qui guettent l’instant, comme ceux qui se sont fait la main sur le Reichstag. Le Duce des Chemises noires, qui vient de lancer le peuple italien dans le gouffre de l’expédition d’Abyssinie, espère bien, même s’il succombe, mettre le feu au monde. Associons tous nos efforts à ceux des hommes et des femmes de tous les partis, dans tous les pays, qui veulent maintenir l’indivisible la paix !

Contre la guerre d’Ethiopie, nous bénéficions de l’aide de grandes puissances intéressées, qui ont mobilisé les cinquante Etats de la Société des Nations et une masse importante de l’opinion du monde. Ce sont des forces qui ne sauraient être sous-estimées, et ce premier essai de Rassemblement opéré par la S.D.N., même incomplet, même violé dans l’application tardive et sans franchise des sanctions, est une première victoire, encore précaire, de la volonté de paix qui s’impose à la majeure partie − la plus saine − des nations.

Mais ne nous faisons pas d’illusions ! Nous savons combien cette volonté est incertaine encore et comment elle est trahie par les gouvernements qui s’en réclament. Nous n’oublions pas, un seul instant, qui sont nos alliés de la S.D.N., et par quels mobiles ils sont mûs, tout autres que le souci de la justice internationale.

L’impérialisme mussolinien qui est assailli maintenant par les autres est sans doute le plus grossier, le plus cynique, mais non, à coup sûr, le plus dévorant. Nous, ne laisserons pas oublier que l’Empire Britannique a pour premier objet de garder la route des Indes, de garder la porte de cet Océan Indien, dont il a fait son vivier, − garder sa proie, un immense peuple de trois cents millions d’êtres, tenu en tutelle, non représenté à la S.D.N. que par de méprisables appointés de leur maître britannique, − garder l’empire des affaires.

Nous ne laisserons pas oublier que le mercantilisme tortueux et maladroit du gouvernement français, après avoir balancé entre les deux rivaux méditerranéens, afin d’assurer ses propres rapines, s’est décidé pour le plus fort, après des marchandages sans dignité, contre celui dont il avait encouragé l’expédition d’Éthiopie. Non, aucun de nous ne perd de vue que le combat qui se livre est un combat entre rapaces, − un combat d’Empires.

Et c’est pourquoi notre devoir est de ne jamais cesser d’éclairer les peuples dans ce combat et de tourner celui-ci à leur profit, − d’organiser le front commun international, pour secouer le joug des exploiteurs, en se servant des uns contre les autres.

Le plus grand danger n’est pas dans le champ clos où se mesurent les impérialismes de Grande-Bretagne et d’Italie, flanqués de celui de la France équivoque, et de leur clientèle qui fait cercle autour. En dehors du cercle où les trois guettent la proie, un quatrième attend et s’apprête, et il est le plus menaçant de tous : c’est le Troisième Reich. L’Allemagne hitlérienne trouve son profit à cette guerre, où s’affaiblissent mutuellement ses grands rivaux, et d’où l’un au moins sortira ruiné et ulcéré de vengeance contre les autres. Le silence et les intrigues de Hitler sont plus funestes à l’Europe que les vociférations mussoliniennes.

Nous savons trop bien que l’Allemagne peut escompter les complaisances de l’Angleterre qui, même alertée par la menace de l’armement germanique dans les airs et sur les eaux, tiendra toujours à conserver une forte Allemagne militaire, comme une réserve et un contrepoids en Europe contre la France. Et − le plus honteux ! − en France même, nous le savons, existe un parti de trahison, prêt à aider les travaux de sape de, la diplomatie secrète hitlérienne contre le Front populaire français et l’U.R.S.S. Nous sommes au courant des conversations que poursuit dans l’ombre un pouvoir factieux, armé contre son peuple de décret-loi scélérats.

Contre la fallacieuse garantie de la paix sur le Rhin durant un bail de dix à vingt ans, son égoïsme aux yeux opaques est prêt à lâcher l’invasion germanique sur l’Est de l’Europe, − prêt à sacrifier ses alliés de la petite Entente et de l’U.R.S.S... Comme s’il n’était pas évident, même au bon sens le plus borné, que l’ennemi entretenu et agrandi démesurément par la victoire, se retournera après, contre une France, ruinée d’avance moralement et isolée !

Tant se vérifie une fois de plus, l’expérience que, même chez ceux qui se réclament aujourd’hui le plus bruyamment de la patrie, la question de classe, la question de sac, l’emportera toujours sur la question de patrie ! Les renégats de la République, les enrichis, les engraissés du pouvoir démocratique, sont moins inquiets du flot montant du pangermanisme, que des progrès de la pensée Révolutionnaire ; et ils sont prêts, contre leurs alliés soviétiques, à se faire une barrière de cette Allemagne militaire, contre laquelle ils étaient hier les prêcheurs de haine et d’extermination.

Nous qui avons toujours voulu la réconciliation entre les peuples, entre tous les peuples, et leur intime coopération, − nous demeurons fidèles à cette volonté. Nous n’en exceptons pas les peuples sous le joug des fascismes. Bien loin de là car ce sont ceux qui ont le plus besoin de notre concours, et nous voulons les aider à se délivrer. Nous ne sommes pas, comme nos adversaires, des spéculateurs de la paix, des joueurs qui trichent sur la carte pipée d’une paix qui couvre les pires agressions impérialistes et fascistes. Chez nous, la paix est la pierre angulaire, les fondations mêmes du nouvel ordre social que nous bâtissons. Nous la voulons, non pour un peuple, ou pour un groupe, mais pour tout. Qui touche à un pilier de la maison, toute la maison est ébranlée.

Et le pilier-maître, celui sur qui repose toute la construction, est l’U.R.S.S. Elle représente le plus héroïque effort du Peuple du Travail pour se libérer et s’organiser ; et, par sa colossale réussite, elle offre l’exemple et l’appui pour libérer et organiser le reste des peuples du monde. Dans l’éternel jeu d’intrigues et de bascule des gouvernements impérialistes, elle est, à nous tous, notre bastion. La paix du monde et son avenir illimité ont pour cuirasse les murailles du Kremlin.

Ne les laissons jamais entamer ! Veillons sans relâche sur nos vils ou veules gouvernements, toujours disposés à effectuer ou à laisser faire une trahison, nos maquignons d’affaires d’État et d’industries ! A aucun moment, notre surveillance ne doit se relâcher. Il faut fonder une Permanence internationale de garde contre la guerre et le fascisme. Tant que ce dernier n’est pas brisé chez nos voisins, et chez nous, défense de dormir ! « Delenda est Carthage !... »

Camarades du Mouvement mondial, c’est à vous d’établir, dans votre Conférence plénière, les grandes lignes de notre action. Nous sommes tous d’accord pour élargir notre front de bataille, en y faisant entrer toutes les forces démocratiques et prolétariennes de paix, de progrès et de liberté. Nous n’en sommes plus aux discussions intestines, où s’est pendant trop d’années consumée la meilleure énergie de nos armées. Il s’agit de reconstituer l’unité de la Grande Armée, contre la coalition, près de déborder, des forces d’ exploitation et d’oppression, soutenues par la sombre masse des obscurantismes du passé. Notre travail actuel est, avant tout, de discipline et de coordination dans nos rangs. Place y soit faite, pour le combat, − mais selon un plan étudié en commun, − à tous ceux des différents partis politiques de gauche et d’extrême-gauche, des syndicats maintenant réunifiés, des masses du peuple ouvrier et des campagnes, du prolétariat et de la petite-bourgeoisie sacrifiée, dont les yeux à présent se sont ouverts !

Que les intellectuels revendiquent leur rang, qui doit être le premier dans les dangers de la bataille ! Car la bataille qui se livre est aussi celle de l’intelligence menacée, contre la plus noire réaction. A cette lutte de l’intelligence, il faut que les peuples soient intéressés. Il faut nouer des liens plus étroits entre les libres intellectuels et le peuple. Le temps est passé où les premiers devaient se contenter de la stoïque résistance de « l’un contre tous », de l’indépendance intellectuelle de l’isolé, qui réussit tant bien que mal à sauver sa libre conscience. C’était là une consolation désespérée et dérisoire des vaincus.

Et nous ne sommes pas, et nous ne serons jamais des vaincus. Il nous faut vaincre ; et ce qu’il faut, sera. Car ce qu’il faut est plus qu’une volonté d’individu ou de groupe qui s’insurge contre un destin : c’est la loi même du développement historique, c’est le destin. Intellectuels, ne parlons plus d’indépendance réservée pour quelques privilégiés ! La liberté de l’esprit aussi, est indivisible. Elle est pour tous. La Révolution en marche s’enveloppe des plis de son drapeau. Que retentissent, mariés ensemble, les hymnes de l’ancienne et de la nouvelle épopée, − la « Liberté chérie » − et « L’Internationale ! »

Camarades, au seuil du grand combat où nous sommes engagés, songeons à ceux d’entre nous qui sont déjà tombés sous les coups de l’ennemi, à ceux qui sont encore dans ses mains, à ceux qui, enfermés dans les prisons du monde, souffrent vaillamment pour la défense de nos idéaux, − de quelque parti politique et social qu’ils se réclament : − communistes, socialistes, pacifistes, révolutionnaires, objecteurs de conscience, républicains restés fidèles à l’idéal des Droits de l’Homme de 1789, chrétiens sociaux restés fidèles contre l’Église à l’idéal de l’Évangile, − tous ceux qui ont combattu et qui sont tombés pour la paix et pour la liberté, pour l’Union universelle des travailleurs. Car nous sommes un dans le combat, et toutes les victimes dans le combat, tous les blessés, tous les menacés sont nôtres. Nous les revendiquons tous également.

Je vous convie tout spécialement, avant d’ouvrir notre Conférence, à adresser notre pensée pieuse, notre salut fier et reconnaissant au plus illustre de ces combattants enchaînés, à celui sur qui s’acharne en ce moment tout l’appareil de justice hitlérienne, faite de violence et de mensonge, − notre camarade Thaelmann. A cette heure de notre union mondiale contre la guerre et le fascisme, Thaelmann est plus que le vaillant chef de la classe ouvrière d’Allemagne, de l’avant-garde de notre armée, − il est le vivant symbole de notre cause, il est un drapeau de toute l’armée. Plus il est menacé, plus il nous est sacré. « Thaelmann libre !... » Mais libre ou non ; au nom de Thaelmann, nous vaincrons.

 L’INDIVISIBLE PAIX

Barrons le passage au déluge de sang.

J’ai le tort de voir trop claires des situations compliquées. Je ne suis pas sans voir pourtant leur complexité. Mais il me paraît qu’il s’agit de les classer selon leur ordre d’importance. La confusion provient souvent d’un déséquilibre émotif, qui intervertit les valeurs.

Nous sommes à une des heures les plus critiques de l’histoire.

L’Europe − et le monde à sa suite − sont à la veille de s’embraser. Nous recevons déjà au visage le souffle de la guerre. Je pense pourtant pas qu’il y ait des raisons de s’affoler ; et la situation me paraîtrait, pour notre France, solide et nette, si nous savions la regarder avec des yeux fermes et résolus.

L’Allemagne hitlérienne s’apprête fiévreusement à l’assaut. Les plus sûrs témoins qui, récemment, en reviennent, nous attestent avec angoisse la folle accélération des préparatifs militaires et leur pointe menaçante tournée contre la France. L’Italie mussolinienne est, en dépit des basses compromissions de Laval, un allié perdu pour la France ; en cas de conflit européen, le mieux qu’on puisse en espérer est sa neutralité, et elle n’est point sûre. Mais de toute manière, son usure mortelle dans l’insane expédition d’Abyssinie l’immobilise, en Europe, pour un assez long temps.

Ainsi posée sur l’échiquier, la partie devient d’une clarté parfaite. Le bloc France-Angleterre-U.R.S.S. s’impose. Il suffit seul, mais largement, à parer au danger imminent, et probablement même à l’empêcher d’éclater. Pourquoi donc hésiter, ou tarder ?

Par une chance insigne, les deux causes ennemies à l’intérieur de notre pays, les deux partis, nationalistes et internationalistes, se trouvent d’accord. Tous les patriotes intelligents, qui ont l’amour de la France, savent qu’elle n’a point de plus mortel ennemi, de plus assoiffé de vengeance, que l’Allemagne hitlérienne ; − et cette même Allemagne est l’ennemie irréductible des deux Internationales socialiste et communiste. Il semblerait donc simple que tous les partis s’alliassent, − si la pensée même d’un tel rapprochement et le souvenir d’une trop fameuse Union Sacrée ne leur faisaient craindre d’être dupés.

Mais quoi ? il faut parler franc, et ne rien dissimuler, ni de ce qui sépare irrémédiablement, ni de ce qui rapproche nécessairement. Est-ce que les pires ennemis ne feraient point trêve à leurs débats, pour conjurer leurs forces contre une calamité de la nature : l’eau ou le feu ? Est-ce abdiquer ses convictions que conserver le sens commun ?

Nous sommes actuellement en face d’un fléau menaçant, qui est apparenté à ces calamités de la nature : le déchaînement sur le monde de forces énormes, qui n’obéissent plus à une raison politique, mais à un délire d’orgueil, de désespoir, de fureur et de misère : car il y a de tout cela au fond du national-socialisme hitlérien ; − et certes, les Alliés de la victoire y ont leur large part de responsabilité, et elle n’est pas petite ! Nous y reviendrons tout à l’heure… Mais, pour l’instant, il s’agit d’abord de barrer le passage au déluge de sang.

Il faut dénoncer l’agresseur de demain.

Ici, nous nous trouvons en face de nos amis du « pacifisme intégral », de ceux que nous avons contribué nous-mêmes à former, et qui nous reprochent de les abandonner, − alors que, servant toujours la même cause commune de la paix, nous n’abandonnons que le usque ad absurdum de ceux qui prétendent la servir, en dehors du bon sens et de la vérité. Je m’adresse en particulier à deux d’entre ces amis, que j’estime et que j’aime : l’un, le courageux et sage Félicien Challaye, que nous venons de fêter, et dont la calme intrépidité d’esprit, pendant toute sa vie, est l’honneur de notre France ; l’autre, l’un des historiens les plus probes et les mieux libérés de tous les préjugés d’école et de tradition qui s’opposent à la recherche de la vérité, Georges Michon. Pourquoi faut-il que sur des questions aussi simples se trouvent divisés de vieux compagnons comme nous, dont le commun souci, le souci essentiel, est de défendre la paix ?

Mais cette paix que nous défendons, Challaye, Michon, n’est pas un absolu, qui puisse se passer du bon sens et de la vérité des faits ; ce que l’on construit sans eux est voué à la ruine. Or, que faites-vous d’autre, quand, pour assurer la paix, vous dites, mes amis, qu’il faut se livrer à la bonne foi de ceux qui veulent la guerre et notre destruction ? Quand vous niez qu’ils le veulent, alors que toutes nos enquêtes, directes et indirectes, nous montrent qu’ils s’y préparent, et avec quelle tenace et brûlante frénésie !

Quand vous vous portez garants, contre l’évidence des faits, de la pureté des intentions, de la loyauté des assurances de l’auteur de Mein Kampf, qui n’a jamais renié une ligne de sa Bible de haine raciste et de vengeance antifrançaise, officiellement répandue à des cent mille exemplaires, dans tous les foyers d’Allemagne, et qui a même, dans ce livre, cyniquement démasqué ses plans de mensonge politique, afin de dissocier les Alliés, et de les ruiner, un à un [1] !...

Vous nous accusez, Michon, d’affirmer que « l’agresseur de demain c’est Hitler », et de « disculper ainsi, d’avance, les bellicistes et magnats de l’économie française, à la recherche d’une diversion… » Mais s’il nous est assuré que « Hitler est l’agresseur de demain », irons-nous le dissimuler, mentirons-nous à notre conviction, dans la crainte de faire trop de plaisir « aux bellicistes et magnats français ? » C’est à nous et à vous de faire en sorte que ceux-ci n’aient pas lieu de s’en réjouir longtemps.

Et nous n’y manquerons pas ! Mais par haine et méfiance de l’ennemi intérieur, devrons-nous, comme on y serait conduit par votre raisonnement, ouvrir les portes de notre maison à l’ennemi extérieur ? Ce serait insensé ! N’est-il donc pas possible, dans la confusion délirante de ce temps, de maintenir l’équilibre entre deux solutions extrêmes, également ruineuses, absurdes également : l’abdication devant Hitler et l’abdication devant MM. de Wendel, Schneider et leurs hommes de confiance au Parlement français ? Pour ma part, je le maintiendrai. Je me charge de demeurer armé contre les deux dangers, et je crierai à tous, comme le fils du roi Jean, à Poitiers : « Père, garde-toi à droite ! Père, garde-toi à gauche ! »… Contre ceux du dedans ! Contre ceux du dehors !

Pour le moment, le plus pressé, c’est le danger du dehors. Pourquoi le sous-estimez-vous ?

C’est aujourd’hui qu’on peut s’opposer victorieusement à l’agresseur.

Je ne vous reprocherais pas, Challaye, de sacrifier vos répugnances à la nécessité, si vous la jugiez telle, pour assurer la paix, de tendre votre main loyale aux meurtriers de Klaus et des centaines d’ouvriers, dont le seul crime fut de rester fidèles à la cause prolétarienne, aux mains des assassins de Mühsam et du professeur Lessing, des proscripteurs des juifs, des incendiaires du Reichstag, des tortureurs des prisons de la Gestapo et des camps de concentration !...

Tels de nos grands ancêtres de la Convention ont dit, dans des cas extrêmes :

« Soit flétri mon honneur, mais que la République soit sauvée !... »

Pour que la paix soit sauvée, pour épargner des millions de vies qui seraient sacrifiées dans une guerre nouvelle, que ne sacrifierions-nous de nos justes ressentiments et jusqu’à notre honneur même, − sans pourtant sanctionner par notre acceptation les violations criminelles des droits de l’humanité ! Quelque horreur que nous inspirent les hommes qui tiennent en leurs mains, les destinées de l’Allemagne, jamais nous ne songerions à provoquer la guerre pour les abattre : car ce serait trop payer la chute de ces misérables que la payer du sang des peuples innocents ou victimes de leurs crimes.

Nous qui avons vécu les années de la « grande guerre » dernière, nous avons trop bien expérimenté qu’un peuple n’est pas responsable, dans l’état social actuel, des guerres dont on l’oblige à devenir l’instrument. Le peuple d’Allemagne reste pour nous, même sous la fascination ou sous la peur de Hitler, le grand peuple fraternel qui est depuis des siècles séparé de notre peuple et dressé contre lui, par des malentendus mortels, artificieusement cultivés. Et notre vœu le plus profond, notre effort inlassable, seront toujours de le réunir à nous, dans une ’large et sage coopération internationale. Même à cette heure extrême, en dépit de toutes les menaces nous visons à le faire rentrer dans le cercle des nations unies d’Europe, par un pacte commun d’assistance mutuelle et de non-agression qui les lie solidement.

Mais c’est là justement ce que ses chefs hitlériens se refusent à accepter. Et leur refus montre assez leurs intentions criminelles : ils veulent garder les mains libres, et même, par des traités séparés, s’y faire autoriser, afin de s’assurer la possibilité d’agression contre une partie, séparée, de la communauté européenne. Et c’est ce qu’à défaut même des raisons de justice, le moindre sens politique nous interdit d’autoriser. Car nous voulons, Challaye, non pas l’ombre, mais la réalité, le plein jour de la paix.

Pour assurer la paix de l’Occident, nous serions prêts à traiter, fût-ce avec le diable (comme disait ce Saint-Père, qui, d’ailleurs, a su fort bien le « rouler » !) mais afin de l’enchaîner dans les liens d’un pacte collectif, d’une « paix indivisible », qui le rende inoffensif, sous la garde de l’Europe. Ce que nous n’admettons pas, c’est que vous, Challaye, dans votre crainte fébrile de mécontenter le diable, vous souteniez sa thèse de se passer de « la paix indivisible » − la seule qui contraigne les contractants − pour tomber dans le panneau qu’il nous tend d’une paix particulière et provisoire en Occident, qui lui laisse les mains libres à l’Est, pour piller et ruiner notre plus grand allié !...

Je laisse de côté ce que représente pour nous cet allié − et ce qu’il n’est plus pour vous, Challaye, qui vous en êtes laissé éloigner par les antipathies, les rancunes, les aigres malentendus de ceux qui vous entourent ! − l’U.R.S.S., pour nous le seul espoir certain du progrès social, la forteresse de notre Internationale humaine I Nous n’avons pas le temps d’instituer ici une discussion là-dessus. Le terrain du bon sens nous suffit. En bonne foi, Challaye, n’est-il pas insensé de faire, comme vous le faites, le jeu de notre plus mortel ennemi, en le laissant ruiner tout ce qui nous défend contre lui ? Quelle responsabilité vous assumez !...

Je sais, vous opposez déjà, à la ruée qui viendrait, cette ultime attitude de défense brisée − cet acte de désespoir stoïque, plus que de foi en la victoire. « Si même fondait sur nous l’invasion hitlérienne, qu’elle entre ! Nous saurons bien, par notre résistance passive, l’arrêter !... » Le croyez-vous, Challaye ? Challaye, où est votre peuple de résistants passifs ? Et à supposer qu’il se trouve en Occident, un peuple qui soit prêt actuellement, comme vous, par horreur de défendre sa vie au prix de la vie des autres, à la sacrifier, croyez-vous sincèrement qu’un pareil sacrifice aurait, à l’heure actuelle, raison de la violence destructrice ?

Gandhi, que je vénère, a tenté pour son peuple cette héroïque expérience, et sans doute, il n’y a point renoncé ; mais il n’y a point réussi. Et combien plus de chances de succès lui offrait pourtant cette expérience, parmi trois cents millions d’hommes, habitués depuis des siècles à l’enseignement de l’Ahimsa ! Nous, d’Europe, nous voyons depuis douze ans − depuis la marche sur Rome − les dévastations produites par la victoire brutale des fascismes sans frein, chez les nobles peuples d’Occident, qui n’ont pas su se défendre. Ils ont été asservis, dans leur chair et dans leur esprit, non seulement violentés, outragés, martyrisés, mais brisés moralement, dégradés dans leur âme, acceptants de leur abdication.

Pouvez-vous espérer que notre peuple − s’il s’abandonne, décapité de ses chefs, de son élite irréductible, ouvrière et intellectuelle − résisterait mieux ? Quelle folie de remettre à plus tard, au lendemain de la défaite, une résistance morale et matérielle, qui, seulement aujourd’hui, peut s’opposer victorieusement à l’agresseur !...

Ignavia est jacere, dum possis surgere…

Formons la ronde de la paix.

Et ne voyez-vous pas la cruelle injustice qui vous pousse aveuglément, par juste aversion de la guerre, à dénoncer comme les fauteurs de la guerre les réfugiés d’Allemagne et d’Italie, témoins vivants des dévastations causées par les sauvages dictatures fasciste et naziste, et nous criant : « Au feu ! » quand les flammes commencent à nous gagner ! Ne voyez-vous pas que nous, que vous accusez, nous nous vouons à la tâche écrasante d’empêcher cette guerre qui ruinerait l’entière civilisation, en lui opposant la seule barrière qui puisse tenir contre sa poussée ? Et ne devriez-vous pas nous y aider ?

Non, nous ne voulons pas la guerre ! Nous voulons que la guerre ne soit pas. Et, le voulant, nous voulons les moyens qui, seuls, peuvent encore l’arrêter, − les efforts conjugués des trois puissantes nations qui, pour des motifs divers, ont un besoin impérieux, une nécessité vitale d’une longue paix : la France, l’Empire britannique et l’U.R.S.S. Ah ! je ne puis jurer que le mur compact des trois nations alliées sera encore capable d’empêcher que la guerre ne soit : car rien n’empêche le délire des fous et des Führer ou des Duci frénétiques, de se ruer contre les murs, Mais, du moins, ils s’y briseront.

Quand se déchaîne le feu ou l’eau, il ne faut pas tant de raisonnements, Il s’agit de s’opposer, par toutes les forces, aux ravages. Mais quand le feu est dompté, quand l’inondation est refoulée, le devoir est de remonter aux causes du sinistre et de s’y attaquer, afin de préserver l’avenir. Les causes du fléau hitléro-germanique ne sont pas mystérieuses ; nous n’avons aucun effort à faire, pour les découvrir. Voici plus de quinze ans que nous les avons dénoncées : dès le lendemain des traités d’oppression scandaleuse et d’iniquité, qui ont été sanctionnés à Versailles par les gouvernements alliés. Nous n’avons jamais manqué au devoir de les flétrir et de réclamer leur révision.

C’est un devoir de justice et d’honneur. Un devoir envers la France. Un devoir envers l’humanité… Inlassablement, nous l’avons revendiqué. Nous avons, depuis quinze ans, prévu et annoncé le soulèvement de révolte, à laquelle la stupide implacabilité des vainqueurs de Versailles acculait fatalement un grand peuple, recru de misère et l’outrages, qui veut, qui doit reprendre sa juste place au soleil !

Nous avons même pronostiqué (je pourrais dire : diagnostiqué) le caractère délirant que prendrait cette revendication et l’abus qu’en feraient les premiers chefs de reîtres, qui sauraient incarner le démon de la revanche et l’orgueil national. On ne nous a pas écoutés. On a laissé se discréditer la république allemande, qui aurait pu nous aider loyalement à réconcilier les deux frères ennemis d’Occident. Les chefs de reîtres sont venus.

L’Allemagne est, dans leur poing, une énorme torche allumée. Sous la menace d’embrasement de toute l’Europe, ce n’est plus le temps de discuter une révision des traités qui, arrachée par la force, paraîtrait un acte, non de justice, mais de faiblesse : la cause même de la paix en serait desservie. Il n’est, pour le moment, que de faire le vide autour de la torche. Quand elle sera éteinte, alors c’est à la France de prendre l’initiative de réorganiser la paix européenne, en l’émondant de l’amas de sottises et de crimes contre le bon sens, de crimes contre le droit, dont elle a été souillée. Il faudra réviser, calmement, mais à fond, les traités.

D’ici-là, Europe, tenons-nous les mains, formons la ronde ! La ronde de la paix. Et gare à qui y touche !

Nous ne te défendons pas, nous te prions, Allemagne, d’y entrer.

Mais nous ne te permettrons pas de la briser.

 POUR LA DÉFENSE DE LA PAIX

Pour dissiper l’équivoque au sein des groupements pacifistes.

J’attendais que mon article : Pour l’Indivisible Paix m’ attirât des critiques, et qu’il suscitât la discussion : c’était pour instituer un débat sérieux que je l’avais écrit.

Nous sommes nombreux en France, à nous réclamer du pacifisme. Nous sommes innombrables à vouloir la paix. Mais depuis trop longtemps, nous vivons .dans une étrange peur de définir cette paix, de voir et d’oser dire ce qu’elle exige de nous. J’ai maintes fois tenté − on le verra plus loin − de dissiper l’équivoque, au sein des groupements pacifistes, dont je faisais partie. Ce n’est point ma faute, si dans leurs journaux mes avertissements sont restés sans échos.

Disposant aujourd’hui d’une vaste tribune, j’ai voulu forcer l’attention de ceux qui paraissent peu disposés à entendre. Je comptais ouvrir une large discussion, où les idées, en se confrontant, auraient la possibilité de se clarifier, et dont chacun de nous aurait pu faire son profit. Je ne me suis pas pressé de répondre. Il était bon que chacun eût le temps de prendre position. J’ai recueilli avec la même attention, encouragements et critiques, quand ils se présentaient, comme ç’a été le cas le plus fréquent, avec calme et dignité.

Mais ce que je ne saurais admettre, c’est le ton de violence effrénée que certains ont pris à mon égard. J’ai vu surgir une poignée de furieux qui, excipant pour moi d’une amitié ancienne dont je ne me serais jamais douté, et s’arrogeant sur ma pensée des droits de propriété, m’ont déclaré défunt et se sont mis à piétiner sauvagement sur ma tombe. J’espère leur prouver, tout à loisir que bonhomme vit encore ! Mais je me refuse à répondre à des hommes aussi peu capables de garder la maîtrise de soi et les égards qui sont dus à tout contradicteur sincère. Leur frénésie me rappelle trop celle des années de guerre et les illustres pourfendeurs qui s’armaient du droit et de la liberté. Je suis tout de même trop âgé pour m’escrimer avec les nouveaux P. H. Loyson d’un pacifisme furibond !

Je n’ai souci de répondre ici qu’à mes vieux amis et compagnons du long combat mené ensemble pour la défense de la paix, − à ceux d’entre eux que mon article a pu inquiéter ou attrister, et qui me l’ont dit avec une cordiale émotion, qui m’a touché.

« Je mets au-dessus de tout la défense des opprimés. »

Et d’abord, je leur dois et je me dois de dissiper la singulière faiblesse de mémoire qui leur fait juger nouvelle une position d’esprit que je n’ai cessé d’affirmer publiquement depuis des années. Quand dans Le Barrage du 30 janvier, je les entends dire, à propos de « la résistance morale et matérielle », à laquelle je fais appel contre l’agresseur :

« Mais nous avons de la bonne foi, nous prenons très au sérieux tout ce que nous avons publié, nous avons le respect des serments prononcés, du service juré, qui est, pour nous, celui de la paix sans réserve. C’est notre bonne foi qui vous interroge. »

C’est à moi de m’étonner, à mon tour, et de répliquer :

« Mais moi aussi, j’ai le respect de ce que j’ai écrit, de ce que j’ai publié. Et ma bonne foi depuis longtemps vous a répondu. N’avez-vous donc pas lu les lettres ouvertes et les appels que je vous ai adressés et publiés, depuis, dans le volume : Par la Révolution, la Paix ? Permettez-moi de vous en remettre les textes sous les yeux ! »

I. − Lettre du 13 avril 1933 à Georges Pioch, président de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix (« Par la Révolution, la Paix  », pp. 82-85) :

« Non, je ne dis pas avec Bertrand Russell : - « Tout vaut mieux que la guerre... » Le pire des maux est l’avilissement, le reniement d’un homme ou d’un peuple : c’est le néant, c’est la fosse. »

II. − Adresse du 15 mars 1933 au Congrès National de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix, dont j’étais le président d’honneur (Par la Révolution, la Paix, pp. ,119-123) :

J’y proteste contre les déclarations de principe de la Ligue, qui sont :

« La Ligue place le pacifisme au-dessus de tout. − Quand on adhère à la Ligue, on prend ses responsabilités pour lutter sur un terrain unique : celui du pacifisme. »

Et je dis : Non !

« Le pacifisme ne saurait, sans démoralisante abdication, être placé au-dessus de tout, − au-dessus des luttes désespérées des exploités et des opprimés… Ou l’on est contre l’oppression, ou on est pour elle, on est complice. Il faut choisir… Affirmez nettement votre ligne d’action ! Pour ce qui est de moi, j’affirme la mienne. Je mets au-dessus de tout la défense des opprimés par l’état social, et leurs efforts pour réaliser une société nouvelle − la défense de la Révolution sociale et des peuples exploités ; et j’ appelle à leur secours les forces alliées des non-violents organisé « et du prolétariat armé » [2].

J’avais si bien, dès ce temps, la volonté de provoquer le grand débat qu’il fallait ouvrir dans les cadres du mouvement pacifiste pour dissiper l’incertitude des pensées et pour fixer les décisions, que je concluais en ces termes, qui excluent tout faux-fuyant :

« Une telle déclaration sortant de la stricte neutralité exigée par la présidence d’honneur de votre Ligue, à l’heure où celle-ci va se décider entre des directions diverses, je vous remets ma démission, et je rentre dans le rang, − mais à la place que m’impose ma conviction : à l’extrême-gauche de l’action. »

Est-ce assez clair ? De quoi vous étonnez-vous donc aujourd’hui ?

Pourquoi les ligues et les journaux pacifistes ont-ils fait le silence sur ce que je leur disais ? Ne serait-ce pas dans le secret désir d’étouffer pieusement le scandale de ma dissidence, comme l’a fait le secrétaire général de War Resisters’ Internationale, Runham Brown, qui s’est refusé obstinément à publier ma protestation de février 1931 contré les illusoires assurances de A. Einstein dans l’efficacité du refus de service de guerre ? (Cf. pp. 65-68 de Par la Révolution, la Paix) ? Et ne serait-ce pas justement la vraie raison de la fureur de certains, que je force aujourd’hui le grand public à entendre ’ce que je leur ai dit à eux depuis longtemps et ce qu’ils s’évertuaient pudiquement à voiler ? Comme l’a écrit l’un d’eux, « le manteau jeté sur l’ivresse de Noé... »

Noé de Bourgogne a la tête bonne. Il n’a point peur de la vérité qui est dans le bon vin. Nous allons en boire encore une bouteille à votre santé !

Le pire serait d’atténuer le danger hitlérien.

Je revendique toute la pensée de mon article : Pour l’Indivisible Paix. − Encore faut-il que cette pensée ne soit pas dénaturée, comme certains s’y sont appliqués, − tel celui qui prétendait changer le titre en « Pour l’indivisible Guerre !... »

Soyons sérieux ! Nous ne vous avons pas attendus pour défendre la paix. Nous continuerons de la défendre, avec vous ou en dehors, par des moyens différents des vôtres. Nous avons la faiblesse de croire que les nôtres sont plus efficaces. Vous en jugez autrement. Vaut-il la peine de nous excommunier ? J !! m’y -refuse. Je rends hommage à vos convictions. Je crois être en droit d’exiger que vous respectiez les miennes et que vous n’ essayiez point de les diffamer.

Tâchons de confronter nos thèses différentes de pacifisme, avec sérieux et loyauté.

Le point de départ de mon article et de notre débat est l’appréciation du danger actuel, de cette angoissante veillée d’armes, dont nous · voulons tous empêcher l’aube sanglante de se lever. Parce que je parle du danger, vous me taxez d’« alarmisme », Ne peut-on fixer le danger en face, sans panique, d’un regard ferme et résolu à lui tenir tête ? En détourner les yeux et se taire me paraît un manque de virilité.

Ce danger, il serait funeste de l’exagérer. Mais il serait pire de l’atténuer. Et vous le faites.

Pour ce qui est de la préparation matérielle de l’Allemagne hitlérienne à la guerre, vous vous appuyez sur l’assurance du capitaine aviateur Henri Bouché, qui nous affirme que « l’Allemagne ne peut avoir avant 18 mois ou deux ans une aviation militaire comparable à celle d’une des puissances » qui lui seraient opposées. Ce témoignage compétent et documenté est d’une réelle importance ; mais il ne saurait nous dispenser d’entendre d’autres témoignages non moins compétents et documentés, que vous laissez complètement de côté. Tel celui de la secrétaire de l’Union anglaise pour le Democratic Control, Dorothee Woodman : « Hitlers Luftflotte starbereit, − Enthüllungen über den tatsachlichen Stand der Hitlerischen Luftrüstungen, 1935, Éditions du Carrefour. »

Tel encore cet autre livre documentaire, qui va paraître dans la première semaine de mars : « Hitlers motorisierte Stassarmee » de A. Müller, − sans parler du gros volume traduit de l’anglais « Hitler treibt zum Krieg. (Dokumentarische Enthüllungen über Hitlers Geheimrüstungen), 1934, Edit. du Carrefour ». Les discuter n’entre pas dans les cadres de cet article de journal. Mais il est indispensable d’en tenir compte si l’on veut apprécier exactement les éléments du problème. Et le résultat de cette confrontation est inquiétant. Même en acceptant d’ailleurs la thèse de Henri Bouché, le délai de 18 mois à deux ans me paraît insuffisant à diminuer le danger.

Le refus d’adhérer à un pacte de sécurité collective montre la mauvaise foi de Hitler.

Je m’accorde pourtant avec Henri Bouché dans ce qu’il dit en conclusion qu’il faut profiter de ce répit pour « organiser et constituer la paix avec tous ceux qui la voudront contre ceux qui ne la voudraient pas ». Mais c’est précisément ce que je demande, en préconisant un pacte de sécurité collective, où l’Allemagne, même hitlérienne, devrait entrer. Or, c’est à quoi elle se refuse. Et dans votre désir fiévreux de la paix, vous vous montrez prêts à lui céder, vous vous satisferiez d’un rapprochement particulier avec l’Allemagne, non garanti et conditionné par un pacte général, qui mette non pas seulement elle, mais chacun des contractants sous le contrôle de tous. Vous ne seriez pas loin de vous indigner que nous ne fassions pas confiance à la bonne foi de l’homme de « Mein Kampf ».

Le seul rappel du nom de ce livre vous exaspère. Vous n’admettez pas que le Führer y bande les forces de sa nation vers

« einen letzten Entscheidungskampf… einer Vernichtung Frankreichs… einer Niederwerfung unseres grimmigsten Hassers » (« Un dernier combat décisif ... un anéantissement de la France ... un écrasement de notre plus féroce ennemi »).

Quand nous vous rappelons que ces textes sont lus et appris dans les écoles et les casernes d’Allemagne, vous ne craignez pas d’écrire que c’est « pour des raisons de politique intérieure » (!) « afin d’amener le maximum de cohésion nationale ! » (Et que pourriez-vous dire alors contre ceux qui en France soufflent la haine contre l’Allemagne ?)

Vous arguez des « circonstances momentanées où le livre a été composé », Et pourquoi donc, si le Führer avait changé, se refuserait-il aussi obstinément à rien changer à ce bréviaire de haine antifrançaise ? Et que faites-vous des solennelles déclarations de ses lieutenants qui, comme Goebbels, le 19 avril 1935, à l’occasion de son 46° anniversaire, ont proclamé à la radio :

« Seine Ziele haben nie geändert » (« Ses buts n’ont jamais changé… Mais ont changé, toujours en conformité avec les situations du moment, les méthodes qu’il a employées pour atteindre ses buts. »)

Que vous puissiez plaider la bonne foi d’un homme qui, après avoir rempli l’Allemagne d’assassinats − (qui de nous n’en connaît les victimes ?) − vient d’oser dire, aux obsèques de Gustloff : − « Nous n’avons jamais commis un attentat » (!) − c’est un étrange aveuglement. Mais même si l’homme était de bonne foi, quand il proteste, à des moments (en retournant votre formule, je pourrais dire : « pour des raisons de politique extérieure ») de son désir de paix, il aurait la meilleure occasion de nous prouver sa sincérité, en acceptant nos offres d’un pacte européen d’assistance mutuelle. A cette adhésion, une Allemagne vraiment pacifique trouverait sa sécurité, comme nous la nôtre ; et je ne puis comprendre que vous lui fournissiez des échappatoires.

Pour que des sanctions soient appliquées il faut être forts et décidés.

Vous faites des réserves sur le caractère de ce pacte. Je voudrais voir quelque sérieux au vôtre, tel que vous le concevez. Dans un article de Feuilles Libres, numéro 7, dont les feuilles pacifistes (Barrage, 23 janvier) reproduisent solennellement la définition, il est dit « que la paix est indivisible en ce sens que tout acte de guerre doit susciter réprobation et boycott de toutes les nations », à l’exclusion de « toute assistance militaire » , de tout moyen militaire.

« Réprobation et boycott... »

Pour le boycott, nous voyons assez ce qu’il en est dans la guerre d’Ethiopie : toutes les lenteurs, toutes les tricheries qui le rendent sans valeur, et que, dès que les sanctions menacent les œuvres vives de l’agresseur, celui-ci menace de la guerre et, précipitamment, les augures de Genève retirent leurs proposions. Que reste-t-il ? « Réprobation... » Un blâme moral ?... Une prière à Dieu ? Une minute de silence ?... Allons, messieurs, soyez sérieux ! Si vous ne voulez point agir, retirez-vous de l’action. Si vous agissez, assumez les responsabilités de l’action ! Pour que des sanctions soient appliquées, il faut être forts et décidés. Il faut s’allier et se lier contre toute infraction à la sécurité européenne. Cette sécurité étant le bien de tous, le pacte doit être ouvert à tous. Si l’un des États s’y refuse, ce n’est pas nous qui le mettons, c’est lui qui se met hors de la sécurité. Et nous n’en devons que plus fermement resserrer le pacte…

« Tenons-nous les mains. Formons la ronde ! La ronde de la paix. Et gare à qui y touche ! [3]

Est-ce menacer ? C’est maintenir contre la menace.

Maintenir quoi ?

La ligue de la paix est ouverte à l’Allemagne.

Ici, la seule partie de votre, critique où je reconnaisse la nécessité d’une mise au point… Maintenir un état de choses vicié par les statuts de l’Europe des traités ? Il est clair pour vous et pour moi que les traités doivent être révisés. Vous le savez bien, que, des premiers, j’ai réclamé leur révision. Je ne cesse pas de la réclamer. Ils sont une blessure ouverte, et qui s’infecte au flanc de l’Europe. Il est urgent de la curer. Nous sommes d’accord. J’ai dit seulement qu’il ne faut point que cette révision paraisse arrachée par la menace à la faiblesse. Il faut être fort pour la proposer, pour l’imposer. Je voudrais que la condition même en fût l’acceptation par l’Allemagne du pacte européen. C’est l’essentiel.

Quand j’ai parlé de « faire le vide autour de l’énorme torche allumée », il se peut que je n’aie pas assez mis l’accent sur a volonté de paix. Mais je ne pensais pas que des pacifistes qui m’ont vu à l’œuvre depuis vingt ans auraient l’imagination assez délirante pour traduire ma phrase : « Quand la torche sera éteinte, alors, c’est à la France de prendre l’initiative, de réorganiser la paix européenne en révisant les traités », par ce commentaire monstrueux : « C’est-à-dire, après que des millions de travailleurs des deux côtés seront tombés glorieusement !... » (Patrie Humaine, 7 février.)

C’est bien la peine d’avoir inlassablement répété depuis dix ans que le fascisme est la guerre, que « le fascisme est l’ennemi qu’il faut briser » (Quinze ans de combat), qu’il est la torche qu’il faut éteindre, et que cette torche ne peut être éteinte, que cet ennemi ne peut être brisé que par la paix. Me faut-il répéter les termes de l’article qui sert d’épilogue à mon volume, Par la Révolution, la Paix :

« La guerre ne peut que servir à la dictature hitlérienne en faisant autour d’elle la concentration forcée de la nation contre l’étranger… Ce n’est pas la guerre, c’est la paix qui est mortelle pour l’hitlérisme, incapable de résoudre par les moyens ordinaires les difficultés économiques et sociales qui le serrent à la gorge. Il suffit qu’il trouve autour de lui une Europe ferme et calme, résolue à l’obliger à la paix, pour que, frappé au cœur de son prestige sans lequel aucun fascisme ne peut vivre, il se trouve en proie aux justes revendications de son. peuple qu’il a abusé, trompé, opprimé, dégradé et mené à la ruine. »

Tel est le sens du « mur compact des trois nations alliées » que je préconise − le mur de paix − bien entendu, avec le concours de toutes les autres nations qui veulent la paix. La comparaison que l’on a osé faire de cette ligne européenne de la paix avec l’encerclement de 1914 est d’une absurde mauvaise foi. La politique française de Delcassé cherchait à humilier et à, isoler l’Allemagne. Et elle n’y a que trop réussi.

Notre politique d’aujourd’hui est d’offrir à l’Allemagne sa libre entrée. dans notre équipe internationale pour la défense de la paix, et d’en assumer avec nous tous les obligations et les garanties. Si elle ne veut pas y entrer, il faudra bien nous passer d’elle. Mais nous ne lui permettrons pas de briser l’équipe − de briser la paix. Qui veut la paix doit vouloir les moyens de la garder. Est-ce qu’il devrait y avoir sur ce sujet la moindre dissidence entre Français loyaux et résolus, voulant la paix ?

L’hitlérisme est l’ennemi du peuple allemand.

Mais il est vrai : si sur la paix, sur sa nécessité, sur son devoir, nous sommes d’accord, nous ne le sommes point sur l’appréciation des divers facteurs qui sont appelés à coopérer à cette paix.

Ici, je parlerai en mon nom personnel, je n’engage personne, − bien que je sache que ma pensée vibre à l’unisson de celle des masses ouvrières du monde. Je dirai donc, sans ménagement, que si, dans l’intérêt et pour la sauvegarde supérieure de la paix du. monde, il me paraît nécessaire d’accepter, de proposer même un pacte général de sécurité européenne, où l’Allemagne d’Hitler ait sa place, − en ce qui me concerne, je ne ferai jamais ma paix avec l’hitlérisme. Mon cœur ne peut y penser sans révolte, et je réprime un frémissement lorsque j’entends des amis que j’estime et dont j’ai vu les réactions passionnées devant l’injustice et le crime, feindre d’ignorer la grande pitié de l’Allemagne martyrisée, faire le silence sur ses bourreaux, sur ceux qui ont depuis des années proscrit, assassiné, avili l’humanité.

Depuis des années, je suis recru chaque semaine, presque chaque · jour, des cris de douleur du peuple allemand, des confidences qui me sont faites, des appels à l’aide, par lettres, par entretiens, par témoignages directs ou indirects. Comment pourrais-je m’en désintéresser ? Dès le premier jour, j’ai déclaré, je le répéterai inlassablement : « Le fascisme est l’ennemi qui faut briser. » Une lutte à mort s’est engagée. Et cette lutte, je suis beaucoup trop internationaliste pour la considérer seulement sur le plan national.

Le grand bourgeois Gœthe exprimait une pensée de propreté et d’honnêteté bourgeoises, quand il disait qu’« il faut balayer devant la porte de sa maison », Oui, il le faut, à condition que la maison ne soit pas celle d’un propriétaire égoïste, à qui peu chaut que les voisins croupissent. Ma maison à moi est l’univers. Je me sens responsable de la misère et des crimes du monde. Et si je suis l’ennemi du fascisme chez moi, je le suis donc dans le monde entier. Car le monde entier est mien. Je mènerai le combat contre l’impérialisme, contre les fascismes, contre tous les fléaux, dans tous les pays, comme dans le mien.

Défendre l’U.R.S.S., c’est nous défendre nous-mêmes.

Un autre article de mon credo, que je ne cherche pas à imposer, mais que je n’ai aucune raison pour voiler, c’est la volonté bien décidée de défendre l’U.R.S.S. − et quand je dis l’U.R.S.S., je ne dis point seulement la Russie, mais le noyau de l’Union future des républiques socialistes du monde − contre les menaces de la réaction. Non que je ne voie, aussi bien que vous − et croyez-le bien, aussi bien qu’elle ! − ses faiblesses et ses erreurs (c’est la rançon de toute œuvre humaine, de toute action). Mais elle est la fille du plus brûlant espoir des peuples du monde, elle est l’incarnation vivante de nos rêves, elle est la réalisation la plus puissante du progrès social.

Je le pressentais depuis longtemps. Depuis que je suis entré en contact direct avec elle, avec ses milliers de travailleurs et de combattants, je me suis senti libéré du pessimisme qui, toute ma vie, a mêlé son goût de cendre à mon pain ; je suis rajeuni… Je me souviens d’un jour lointain de mes vingt ans à Rome, je me souviens… Nouvellement arrivé en Italie, une magique soirée après une course de tout le jour dans la Sabine, j’eus brusquement des larmes de bonheur au spectacle d’une telle beauté, au sentiment que le bonheur était donc possible sur terre : car, jusqu’alors, j’en avais douté…

Quand j’ai reconnu, ces dernières années, en U.R.S.S., que le grand rêve social pouvait être réalisé, j’aurais pu de nouveau connaître ces larmes de bonheur, si mes vieux yeux ne s’étaient déshabitués des pleurs. Je sais que l’U.R.S.S. est la plus vigoureuse garantie du progrès social, que le bonheur humain est sous sa garde, je sais qu’elle est notre vivante forteresse, et que si la forteresse tombait, tomberait aussi l’espoir du monde, notre Occident ne trouverait plus dans ses veines assez de sang pour résister au talon de fer de la massive réaction et à son propre désespoir. Je sais que le monde serait recouvert, − pour combien de siècles ! − sous la vague de boue et de sang de l’asservissement.

C’est pourquoi je dis : « La défense de l’U .R.S.S. ou la mort !... »

Il y a trois ans, dans la lettre mentionnée plus haut au président de la Ligue internationale des Combattants de la Paix, après avoir cité la maxime de Spinoza, qui sert de devise à l’un de mes livres :

Pax enim non belli privatio, Sed vitus est, quœ ex animi fortitudine oritur.
(La paix n’est pas l’absence de guerre. Mais elle est la vertu qui naît de l’énergie de l’âme.)

Je déclarais :

« L’U.R.S.S. a conquis sa liberté elle-même, elle seule, contre la coalition de tous les gouvernements d’Europe, y compris le nôtre. Elle est le plus grand exemple d’ animi fortitudo. Si nous avons à nous ranger à ses côtés, ne disons pas que nous la défendons ! C’est nous que nous défendons en elle. »

Ceux qui s’imaginent que, pour se défendre, il faut s’enfermer dans sa boutique, ceux qui n’ont pas encore compris le vrai sens du grand mot International, ses exigences, ses devoirs − devoirs de combat, devoirs d’alliances, afin d’arriver à conquérir sur le passé la société sans classes du monde entier, − ceux-là, si pures que soient leurs intentions, le passé les guette, ils y retomberont. Je me sépare d’eux, non avec blâme (chaque homme loyal suit la loi de sa conscience), mais avec regret, avec pitié, car je sais qu’un jour ils souffriront en se voyant délaissés par le flot de la vie qui ne s’arrête point. Ce flot nous porte vers l’Union universelle des Républiques socialistes et la Paix du monde, qui sera le fruit sacré de la révolution.

26 février 1936.


[1Et de sa mauvaise foi, il a si bien conscience − (vous ne pouvez l’ignorer, Challaye et Michon ! ) − que Hitler a usé de toutes les armes juridiques pour empêcher que Mein Kampf fût lu et connu, en France, en traduction française, − tout en continuant de répandre à pleines mains dans l’Allemagne ce livre contre la France et ses appels de haine.

[2Voir aussi ma lettre du 12 juillet 1932 à Victor Méric. (Par la Révolution, la Paix, pp. 37-40.)

[3Pour l’indivisible Paix (Vendredi, 24 janvier 1936.)