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Résolution sur la tactique de l’Internationale Communiste – 1922

I. Confirmation des résultats du III° congrès

Le 4° Congrès constate avant tout que les résolutions du 3° Congrès mondial :

sur la crise économique mondiale et les tâches de l’I.C. ;

sur la tactique de l’I.C. ;

ont été complètement confirmées par le cours des événements et le développement du mouvement ouvrier dans l’intervalle entre les 3° et 4° Congrès.

II. La période de décadence du capitalisme

Après avoir analysé la situation économique mondiale, le 3° Congrès put constater avec la plus complète précision que le capitalisme, après avoir accompli sa mission de développement des forces productrices, est tombé dans la contradiction la plus irréductible avec les besoins, non seulement de l’évolution historique actuelle, mais aussi avec les conditions d’existence humaine les plus élémentaires.

Cette contradiction fondamentale se refléta particulièrement dans la dernière guerre impérialiste et fut encore aggravée par cette guerre qui ébranla, de la manière la plus profonde, le régime de la production et de la circulation. Le capitalisme, qui se survit ainsi à lui-même, est entré dans la phase où l’action destructrice de ses forces déchaînées ruine et paralyse les conquêtes économiques créatrices déjà réalisées par le prolétariat dans les liens de l’esclavage capitaliste.

Le tableau général de la ruine de l’économie capitaliste n’est en rien atténué par les fluctuations inévitables qui sont propres au système capitaliste, dans son déclin comme dans son ascension.

Les tentatives faites par les économistes nationaux bourgeois et social-démocrates pour présenter l’amélioration constatée dans la seconde moitié de 1921 aux Etats-Unis et, dans une mesure bien moindre, au Japon et en Angleterre, en partie aussi en France et dans d’autres pays, comme un indice de rétablissement de l’équilibre capitaliste reposent en partie sur la volonté d’altérer les faits et en partie sur le manque de perspicacité des valets du capital.

Le 3° Congrès, même avant le commencement de la reprise industrielle actuelle, avait prévu cette reprise dans un avenir plus ou moins rapproché, et il l’avait définie dès lors de la façon la plus précise comme une vague superficielle sur le fond de la destruction croissante de l’économie capitaliste.

On peut prévoir nettement dès à présent que si la reprise actuelle de l’industrie n’est pas susceptible, même dans un avenir éloigné, de rétablir l’équilibre capitaliste ou même de guérir les plaies béantes laissées par la guerre, la prochaine crise cyclique, dont l’action coïncidera avec la ligne principale de la destruction capitaliste, ne fera qu’aggraver toutes les manifestations de cette dernière, et par conséquent aussi, dans une mesure extraordinaire, la situation révolutionnaire.

Jusqu’à sa mort, le capitalisme sera en proie à ces fluctuations cycliques. Seules, la prise du pouvoir par le prolétariat et la Révolution mondiale socialiste pourront sauver l’humanité de cette catastrophe permanente provoquée par la persistance du capitalisme moderne.

Ce que le capitalisme traverse aujourd’hui n’est autre que son agonie. L’écroulement du capitalisme est inévitable.

III. La situation politique internationale

La situation politique internationale reflète aussi la ruine progressive du capitalisme.

La question des réparations n’est toujours pas résolue. Tandis que les conférences des Etats de l’Entente se succèdent, la ruine économique de l’Allemagne se poursuit toujours et menace l’existence du capitalisme dans toute l’Europe Centrale. L’aggravation catastrophique de la situation économique de l’Allemagne contraindra l’Entente à renoncer aux réparations, ce qui accélérera la crise économique et politique de la France ou bien déterminera la formation d’un bloc industriel franco-allemand sur le continent ; et ce fait aggravera la situation économique de l’Angleterre et sa position sur le marché mondial ; il opposera politiquement l’Angleterre au Continent.

Dans le Proche-Orient, la politique de l’Entente a subi une faillite complète. Le traité de Sèvres a été déchiré par les baïonnettes turques. La guerre gréco-turque et les événements subséquents ont montré avec évidence l’instabilité de l’équilibre politique actuel. Le fantôme d’une nouvelle guerre mondiale impérialiste est apparu clairement. Après avoir, pour des motifs de concurrence avec l’Angleterre, aidé à déterminer l’œuvre commune de l’Entente dans le Proche-Orient, la France impérialiste est de nouveau poussée par ses intérêts capitalistes dans le front commun du capitalisme contre les peuples de l’Orient.

Par là, la France capitaliste prouve aux peuples du Proche-Orient qu’ils ne sauraient mener leur lutte de défense contre l’oppression qu’aux côtés de la Russie des Soviets et avec l’appui du prolétariat révolutionnaire du monde entier.

En Extrême-Orient, les Etats victorieux de l’Entente ont essayé de réviser, à Washington, la paix de Versailles, mais ils n’ont fait ainsi que se donner un répit en réduisant pour quelques années une catégorie seulement d’armements, à savoir le grand nombre des navires de guerre. Ils n’ont pas obtenu une solution de la question. La lutte se poursuit toujours entre l’Amérique et le Japon, elle entretient la guerre civile en Chine. La côte du Pacifique reste, après comme avant Washington, un foyer de grands conflits.

L’exemple des mouvements de libération nationale aux Indes, en Egypte, en Irlande et en Turquie, montre que les pays coloniaux et semi-coloniaux constituent les foyers d’un mouvement révolutionnaire grandissant contre les puissances impérialistes et des réservoirs inépuisables de forces révolutionnaires qui, dans la situation actuelle, se tournent objectivement contre toute l’existence de l’ordre bourgeois mondial.

La paix de Versailles est liquidée par les faits. Mais elle ne fait pas place à un accord général des Etats capitalistes, à une suppression de l’impérialisme ; elle crée au contraire de nouveaux antagonismes, de nouveaux armements. La reconstruction de l’Europe est impossible dans la situation donnée. L’Amérique donnée. L’Amérique capitaliste ne veut faire aucun sacrifice pour la restauration de l’économie capitaliste européenne.

L’Amérique capitaliste plane comme un vautour sur l’agonie du capitalisme européen dont elle sera l’héritier. L’Amérique réduira l’Europe capitaliste en esclavage si la classe ouvrière européenne ne s’empare pas du pouvoir politique et ne s’applique pas à réparer les ruines de la guerre mondiale et à commencer la construction d’une République Fédérative des Soviets d’Europe.

Les derniers événements qui se sont déroulés en Autriche sont éminemment caractéristiques de la situation politique de l’Europe. Sur l’ordre de l’impérialisme de l’Entente, salué avec joie par la bourgeoisie autrichienne, la fameuse démocratie – fierté des leaders de l’Internationale de Vienne, pour laquelle ces derniers ont constamment trahi les intérêts du prolétariat et qu’ils avaient confiée à la garde des monarchistes, des social-chrétiens et des nationalistes, qu’elle aidait à se rétablir au pouvoir – a été anéantie d’un trait de plume à Genève et remplacée par la dictature ouverte d’un simple plénipotentiaire de l’Entente.

Le Parlement bourgeois même est supprimé en fait et remplacé par un commis des banquiers de l’Entente. Après un court semblant de résistance, les social-démocrates ont capitulé et aidé à l’exécution de ce honteux traité. Ils se sont même déclarés prêts à entrer de nouveau dans la coalition sous une forme à peine masquée, pour empêcher une résistance du prolétariat.

Ces événements en Autriche, ainsi que le dernier coup d’Etat fasciste en Italie, démontrent d’une manière frappante l’instabilité de toute la situation et prouvent surabondamment que la démocratie n’est qu’un simulacre, qu’elle n’est en réalité que la dictature masquée de la bourgeoisie, que cette dernière remplace, le moment venu, par la réaction ouverte la plus brutale.

En même temps, la situation politique internationale de la Russie des Soviets, le seul pays où le prolétariat ait vaincu la bourgeoisie et maintenu son pouvoir pendant cinq années gcontre les assauts de ses ennemis, est renforcée dans une mesure considérable.

A Gênes et à La Haye, les capitalistes de l’Entente ont tenté de contraindre la République des Soviets de Russie à renoncer à la nationalisation de l’industrie et de la charger d’un fardeau de dettes qui la transformerait, en fait, en une colonie de l’Entente. L’Etat prolétarien de la Russie des Soviets fut cependant assez fort pour résister à ces prétentions. Dans le chaos du système capitaliste en cours de dissolution, la Russie des Soviets, de la Bérézina à Vladivostok, de la côte de Mourmansk aux montagnes d’Arménie, est un facteur croissant de puissance en Europe, dans le Proche et l’Extrême-Orient.

Malgré les tentatives du monde capitaliste, pour étouffer la Russie au moyen du blocus financier, celle-ci sera en état d’aborder sa restauration économique. Dans ce but, elle utilisera aussi bien ses propres ressources économiques que la concurrence entre capitalistes, qui contraindra ceux-ci à mener des négociations séparées avec la Russie des Soviets. Un sixième du globe est au pouvoir des Soviets. L’existence seule de la République des Soviets de Russie agit sur la société bourgeoise comme un élément de la Révolution mondiale. Plus la Russie Soviétique se relève et se consolide économiquement, et plus ce facteur révolutionnaire prédominant accroîtra son influence dans la politique internationale.

IV. L’offensive du Capital

Le prolétariat de tous les pays, excepté la Russie, n’ayant pas profité de l’état de faiblesse du capitalisme, déterminé par la guerre, pour lui porter des coups décisifs, la bourgeoisie put, grâce à l’aide des socialistes-réformistes, écraser les ouvriers révolutionnaires prêts au combat, consolider son pouvoir politique et économique et commencer une nouvelle offensive contre le prolétariat. Toutes les tentatives de la bourgeoisie pour remettre en marche la production et la réparation industrielle après l’orage de la guerre mondiale furent faites aux dépens du prolétariat.

L’offensive universelle et systématique organisée par le capital contre toutes les conquêtes de la classe ouvrière entraîna tous les pays dans son tourbillon. Partout le capital réorganisé réduit impitoyablement le salaire réel des ouvriers, prolonge la journée de travail, rogne les modestes droits du prolétariat dans l’industrie, oblige dans les pays à bas cours les ouvriers, réduits à la mendicité, à payer les frais de la misère déterminée dans la vie économique par la dépréciation du change, etc.

L’offensive du capital, qui a pris au cours de ces dernières années des proportions gigantesques, oblige les ouvriers de tous les pays à mener des luttes défensives. Des milliers et des dizaines de milliers d’ouvriers ont accepté le combat, dans les branches les plus importantes de la production. Des groupes toujours nouveaux d’ouvriers entrent dans la lutte, venant des branches les plus déterminantes de la vie économique (cheminots, mineurs, métallurgistes, fonctionnaires de L’Etat et employés municipaux).

La plupart de ces grèves n’ont eu jusqu’à présent aucun succès immédiat ; mais cette lutte engendre dans des masses nouvelles et de plus en plus considérables d’ouvriers autrefois retardataires une haine infinie contre les capitalistes et le pouvoir d’Etat qui les protège. Cette lutte imposée au prolétariat ruine la politique de communauté de travail avec les entrepreneurs, menée par les social-réformistes et les bureaucrates syndicaux. Cette lutte montre même aux couches les plus arriérées du prolétariat le rapport évident entre l’économie et la politique.

Chaque grande grève devient aujourd’hui un grand événement politique. A cette occasion, il est apparu que les partis de la II° Internationale et les chefs syndicaux d’Amsterdam, non seulement n’apportent aucune aide aux masses ouvrières engagées dans de durs combats défensifs, mais même les abandonnent et les trahissent au profit des entrepreneurs, des patrons et des gouvernements bourgeois.

C’est une des tâches des Partis Communistes de clouer au pilori cette trahison inouïe et continuelle et de l’illustrer dans les luttes quotidiennes des masses ouvrières. C’est le devoir des Partis Communistes de tous les pays d’étendre et d’approfondir les nombreuses grèves économiques qui éclatent partout et, si possible, de les transformer en grèves et en luttes politiques. C’est de même le devoir naturel des Partis Communistes de profiter des luttes défensives pour renforcer la conscience révolutionnaire et la volonté de combat des masses prolétariennes de façon que, lorsqu’elles seront assez fortes, elles puissent passer de la défensive à l’offensive.

L’aggravation systématique des antagonismes entre le prolétariat et la bourgeoisie par suite de l’existence de ces luttes est inévitable. La situation reste objectivement révolutionnaire et la moindre occasion peut aujourd’hui devenir le point de départ de grandes luttes révolutionnaires.

V. Le fascisme international

La politique offensive de la bourgeoisie contre le prolétariat, telle qu’elle se manifeste de la manière la plus éclatante dans le fascisme international, est dans le plus étroit rapport avec l’offensive du capital sur le terrain économique. Etant donné que la misère accélère l’évolution de l’esprit des masses dans un sens révolutionnaire, processus qui englobe les classes moyennes y compris les fonctionnaires, et ébranle la sécurité de la bourgeoisie qui n’a plus dans la bureaucratie un instrument docile, les méthodes de contraintes légales ne suffisant plus à la bourgeoisie.

C’est pourquoi elle s’applique partout à créer des gardes-blanches spécialement destinées à combattre tous les efforts révolutionnaires du prolétariat et qui servent en effet le plus en plus à écraser les tentatives du prolétariat pour améliorer sa situation.

Le trait caractéristique du fascisme italien, du fascisme « classique », qui a conquis pour un temps tout te pays, consiste en ce que les fascistes non seulement constituent des organisations de combat strictement contre-révolutionnaires et armées jusqu’aux dents, mais encore essaient par une démagogie sociale de se créer une base dans les masses, dans la classe paysanne, dans la petite bourgeoisie et même dans certaines parties du prolétariat, en utilisant adroitement pour leurs buts contre-révolutionnaires les déceptions provoquées par la soi-disant démocratie.

Le danger du fascisme existe maintenant dans beaucoup de pays en Tchécoslovaquie, en Hongrie, dans presque tous les pays balkaniques, en Pologne, en Allemagne (Bavière), en Autriche, en Amérique et même dans des pays comme la Norvège. Sous une forme ou sous une autre, le fascisme n’est pas impossible non plus dans des pays comme la France et l’Angleterre.

Une des tâches les plus importantes des Partis Communistes est d’organiser la résistance au fascisme international, de se mettre à la tête de tout le prolétariat dans la lutte contre les bandes fascistes et d’appliquer énergiquement sur ce terrain aussi la tactique du front unique ; les méthodes illégales sont ici absolument indispensables.

Mais la folle équipée fasciste est le dernier atout de la bourgeoisie. La domination ouverte des gardes-blancs est dirigée d’une façon générale contre les bases mêmes de la démocratie bourgeoise. Les plus grandes masses du peuple travailleur se persuadent de plus en plus du fait que la domination de la bourgeoisie n’est possible que par une dictature non déguisée sur le prolétariat.

VI. La possibilité de nouvelles illusions pacifistes

Ce qui caractérise la situation politique internationale au moment actuel, c’est le fascisme, l’état de siège et la vague montante de la terreur blanche contre le prolétariat. Mais cela n’exclut pas la possibilité que, dans un temps assez rapproché, dans des pays très importants, la réaction bourgeoise ouverte soit remplacée par une ère « démocratique-pacifique ».

En Angleterre (renforcement du Labour Party aux dernières élections), en France (prochaine période inévitable du « bloc des gauches »), cette phase de transition « démocratique-pacifiste » est vraisemblable et elle peut ranimer les espoirs pacifistes dans l’Allemagne bourgeoise et social-démocrate.

Entre la période actuelle de la domination de la réaction bourgeoise ouverte et la victoire complète du prolétariat révolutionnaire sur la bourgeoisie, il y a diverses étapes, et différents épisodes passagers sont possibles. L’Internationale Communiste et ses sections doivent envisager aussi ces éventualités, elles doivent savoir défendre les positions révolutionnaires dans toutes les situations.

VII. La situation dans le mouvement ouvrier

Pendant que, par suite de l’offensive du capital, la classe ouvrière se voit obligée de prendre une attitude défensive, le rapprochement et finalement la fusion des partis du Centre (Indépendants) avec les socialistes-traîtres déclarés (social-démocrates), s’accomplissent. A l’époque de l’élan révolutionnaire, même les centristes, sous la pression de l’état d’esprit des masses, se déclarèrent pour la dictature du prolétariat et cherchèrent la voie menant à la III° Internationale. Pendant la vague descendante de la révolution, qui n’est d’ailleurs que temporaire, ces centristes retombent dans le camp de la social-démocratie d’où au fond ils ne s’étaient jamais dégagés.

Alors qu’aux époques de lutte révolutionnaire de masse, ils avaient adopté une attitude sans cesse hésitante et vacillante, ils refusent de participer maintenant aux luttes défensives et retournent au camp de la II° Internationale, qui a toujours été, consciemment ou non, contre-révolutionnaire. Les partis centristes et l’Internationale 2 1/2 sont en cours de décomposition.

La meilleure partie des ouvriers révolutionnaires, qui se trouvait momentanément dans le camp du centrisme, passera avec le temps à l’Internationale Communiste. Par-ci, par-là, ce passage est déjà commencé (Italie). L’écrasante majorité des chefs centristes liés actuellement à Noske, Mussolini, etc. deviendront au contraire des contre-révolutionnaires endurcis.

Objectivement, la fusion des partis de la II° Internationale et de l’Internationale 2 1/2 peut être utile au mouvement ouvrier révolutionnaire. La fiction d’un parti révolutionnaire en dehors du camp communiste disparaît ainsi. Dans la classe ouvrière, deux groupes seulement lutteront désormais pour la conquête de la majorité la II° Internationale, qui représente l’influence de la bourgeoisie au sein du prolétariat, et la III° Internationale, qui a levé le drapeau de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat.

VIII. La division dans les syndicats

La fusion des Internationales II et 2 1/2 a indubitablement pour but de préparer une « atmosphère favorable » à une campagne systématique contre les communistes. La scission méthodique des syndicats par les chefs de l’Internationale d’Amsterdam est une partie de cette campagne. Les hommes d’Amsterdam reculent devant toute lutte contre l’offensive du capital et continuent plutôt leur politique de collaboration avec les patrons. Pour n’être pas gênés par les communistes dans cette alliance avec les entrepreneurs, ils cherchent à supprimer complètement et systématiquement l’influence des communistes dans les syndicats.

Mais comme les communistes ont cependant, dans beaucoup de pays déjà, conquis la majorité dans les syndicats ou sont en train de la conquérir, les hommes d’Amsterdam ne reculent ni devant les exclusions en masse, ni devant la scission formelle des syndicats. Rien n’affaiblit autant les forces de la résistance prolétarienne contre l’offensive du capital que la division des syndicats.

Les chefs réformistes des syndicats le savent bien. Mais comme ils s’aperçoivent que le terrain se dérobe sous eux et que leur faillite est inévitable et proche, ils s’empressent de diviser les syndicats, ces instruments irremplaçables de la lutte de classe prolétarienne, pour que les communistes ne recueillent plus que les débris et les éclats des anciennes organisations syndicales. Depuis août 1914, la classe ouvrière n’a pas vu pire trahison.

IX. La conquête de la majorité

Dans ces conditions, l’indication fondamentale du 3° Congrès mondial : « Conquérir une influence communiste dans la majorité de la classe ouvrière et mener au combat la partie décisive de cette classe », subsiste dans toute sa force.

La conception suivant laquelle, dans l’équilibre instable actuel de la société bourgeoise, la plus grave crise peut subitement éclater par suite d’une grande grève, d’un soulèvement colonial, d’une nouvelle guerre, ou même d’une crise parlementaire, garde toute sa force aujourd’hui encore plus qu’à l’époque du 3° Congrès. Mais c’est précisément pour cela que le facteur « subjectif », c’est-à-dire le degré de conscience, de volonté, de combat et d’organisation de la classe ouvrière et de son avant-garde, acquiert une importance énorme.

La majorité de la classe ouvrière d’Amérique et d’Europe doit être gagnée ; c’est la tâche essentielle de l’I.C. à présent comme auparavant.

X. Dans les pays coloniaux

Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, l’I.C. a deux tâches :

créer un noyau de parti communiste qui défende les intérêts généraux du prolétariat ;

appuyer de toutes ses forces le mouvement national révolutionnaire dirigé contre l’impérialisme, devenir l’avant-garde de ce mouvement et mettre en relief et renforcer le mouvement social au sein du mouvement national.

XI. Le gouvernement ouvrier

Le gouvernement ouvrier (éventuellement le gouvernement paysan) devra partout être employé comme un mot d’ordre de propagande général. Mais, comme mot d’ordre de politique actuelle, le gouvernement ouvrier présente la plus grande importance dans les pays où la situation de la société bourgeoise est particulièrement peu sûre, où le rapport des forces entre les partis ouvriers et la bourgeoisie met la solution de la question du gouvernement ouvrier à l’ordre du jour comme une nécessité politique.

Dans ces pays, le mot d’ordre du « gouvernement ouvrier » est une conséquence inévitable de toute la tactique du front unique.

Les partis de la II°Internationale cherchent, dans ces pays, à « sauver » la situation en prêchant et en réalisant la coalition des bourgeois et des social-démocrates. Les plus récentes tentatives faites par certains partis de la II° Internationale (par exemple en Allemagne), tout en refusant de participer ouvertement à un tel gouvernement de coalition, pour le réaliser en même temps sous une forme déguisée, ne sont rien moins qu’une manœuvre tendant à calmer les masses protestant contre de semblables coalitions et qu’une duperie raffinée des masses ouvrières.

A la coalition ouverte ou masquée bourgeoise et social-démocrate, les communistes opposent le front unique de tous les ouvriers et la coalition politique et économique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement définitif de ce dernier. Dans la lutte commune de tous les ouvriers contre la bourgeoisie, tout l’appareil d’Etat devra tomber dans les mains du gouvernement ouvrier et les positions de la classe ouvrière en seront renforcées.

Le programme le plus élémentaire d’un gouvernement ouvrier doit consister à armer le prolétariat, à désarmer les organisations bourgeoises contre-révolutionnaires, à instaurer le contrôle de la production, à faire tomber sur les riches le principal fardeau des impôts et à briser la résistance de la bourgeoisie contre-révolutionnaire.

Un gouvernement de ce genre n’est possible que s’il naît dans la lutte des masses mêmes, s’il s’appuie sur des organes ouvriers aptes au combat et créés par les couches les plus vastes des masses ouvrières opprimées. Un gouvernement ouvrier résultant d’une combinaison parlementaire, peut aussi fournir l’occasion de ranimer le mouvement ouvrier révolutionnaire.

Mais il va de soi que la naissance d’un gouvernement véritablement ouvrier et le maintien d’un gouvernement faisant une politique révolutionnaire doivent mener à la lutte la plus acharnée et, éventuellement, à la guerre civile contre la bourgeoisie.

La seule tentative du prolétariat de former un gouvernement ouvrier se heurtera dès le début à la résistance la plus violente de la bourgeoisie. Le mot d’ordre du gouvernement ouvrier est donc susceptible de concentrer et de déchaîner des luttes révolutionnaires.

Dans certaines circonstances, les communistes doivent se déclarer disposés à former un gouvernement avec des partis et des organisations ouvrières non-communistes. Mais ils ne peuvent agir ainsi que si des garanties sont données que ces gouvernements ouvriers mèneront vraiment la lutte contre la bourgeoise dans le sens indiqué plus haut. Dans ce cas, les conditions naturelles de la participation des communistes à un semblable gouvernement seraient les suivantes :

La participation au gouvernement ouvrier ne pourra avoir lieu qu’avec l’approbation de I’Internationale Communiste ;

Les membres communistes du gouvernement ouvrier restent soumis au contrôle le plus strict de leur parti ;

Les membres communistes du gouvernement ouvrier restent en contact étroit avec les organisations révolutionnaires des masses ;

Le parti communiste maintient absolument sa physionomie et l’indépendance complète de son agitation.

Malgré ses grands avantages, le mot d’ordre de gouvernement ouvrier a aussi ses dangers, de même que toute la tactique du front unique. Pour parer à ces dangers, les partis communistes ne doivent pas perdre de vue que, si tout gouvernement bourgeois est en même temps un gouvernement capitaliste, il n’est pas vrai que tout gouvernement ouvrier soit un gouvernement vraiment prolétarien, c’est-à-dire un instrument révolutionnaire de pouvoir du prolétariat.

L’Internationale Communiste doit envisager les éventualités suivantes :

Un gouvernement ouvrier libéral. Il y a déjà un gouvernement de ce genre en Australie ; il est également possible dans un délai assez rapproché en Angleterre ;

Un gouvernement ouvrier social-démocrate (Allemagne) ;

Un gouvernement des ouvriers et des paysans. Cette éventualité est à prévoir dans les Balkans, en Tchécoslovaquie, etc. ;

Un gouvernement ouvrier avec la participation des communistes ;

Un véritable gouvernement ouvrier prolétarien qui, dans sa forme la plus pure, ne peut être incarné que par un Parti Communiste.

Les deux premiers types de gouvernement ouvrier ne sont pas des gouvernements ouvriers révolutionnaires, mais des gouvernements camouflés de coalition entre la bourgeoisie et les leaders ouvriers contre-révolutionnaires. Ces « gouvernements ouvriers » sont tolérés dans les périodes critiques de la bourgeoisie affaiblie pour tromper le prolétariat sur le véritable caractère de classe de l’Etat, ou même pour détourner l’attaque révolutionnaire du prolétariat et gagner du temps, avec l’aide des leaders ouvriers corrompus.

Les communistes ne devront pas participer à de pareils gouvernements. Au contraire, ils devront démasquer impitoyablement devant les masses le véritable caractère de ces faux « gouvernements ouvriers ». Dans la période de déclin du capitalisme, où la tâche principale consiste à gagner à la révolution la majorité du prolétariat, ces gouvernements, objectivement, peuvent contribuer à précipiter le processus de décomposition du régime bourgeois.

Les communistes sont prêts à marcher aussi avec les ouvriers, social-démocrates, chrétiens, sans parti, syndicalistes, etc., qui n’ont pas encore reconnu la nécessité de la dictature du prolétariat. Les communistes sont également disposés, dans certaines conditions et sous certaines garanties, à appuyer un gouvernement ouvrier non communiste.

Mais les communistes devront à tout prix expliquer à la classe ouvrière que sa libération ne pourra être assurée que par la dictature du prolétariat.

Les deux autres types de gouvernement ouvrier auxquels peuvent participer les communistes ne sont pas encore la dictature du prolétariat ; ils ne constituent pas encore une forme de transition nécessaire vers la dictature, mais ils peuvent constituer un point de départ pour la conquête de cette dictature. La dictature complète du prolétariat ne peut être réalisée que par un gouvernement ouvrier composé de communistes.

XII. Le mouvement des conseils de fabrique

Aucun Parti Communiste ne saurait être considéré comme un parti communiste de masses véritable, sérieux et solide, s’il n’a pas de forts noyaux communistes dans les entreprises, les usines, les mines, les chemins de fer, etc. Dans les circonstances actuelles, un mouvement ne saurait être considéré comme systématiquement organisé dans les masses prolétariennes s’il ne réussit pas à créer, pour la classe ouvrière et ses organisations, des comités d’usines comme base de ce mouvement. La lutte contre l’offensive du capital et pour le contrôle de la production est sans espoir si les communistes ne disposent de points d’appui solides dans toutes les entreprises et si le prolétariat ne sait créer ses propres organes prolétariens de combat dans les entreprises (comités de fabriques, conseils ouvriers).

Le Congrès estime que c’est une des tâches essentielles de tous les partis communistes de s’ancrer dans les industries bien plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent et d’appuyer le mouvement des conseils de fabriques ou de prendre l’initiative de ce mouvement.

XIII. L’Internationale Communiste : parti mondial

L’Internationale Communiste doit de plus en plus être organisée en un Parti Communiste Mondial, chargé de la direction de la lutte dans tous les pays.
XIV. La discipline internationale

Pour appliquer internationalement et dans les divers pays la tactique du front unique, la discipline internationale la plus stricte est plus nécessaire que jamais dans l’Internationale Communiste et dans ses différentes sections.

Le 4° Congrès exige catégoriquement de toutes ses sections et de tous ses membres la plus stricte discipline dans l’application de la tactique, qui ne saurait être fertile que si elle est appliquée dans tous les pays, non seulement en paroles, mais aussi en actes.

L’acceptation des 21 conditions implique l’application de toutes les décisions tactiques des Congrès mondiaux et de l’Exécutif comme organe de l’I.C. dans l’intervalle des Congrès mondiaux.

Le Congrès charge l’Exécutif de déterminer et de surveiller de la manière la plus stricte l’application des décisions tactiques par tous les partis. Seule, la tactique révolutionnaire nettement tracée par l’I.C. assurera la victoire la plus prompte possible de la révolution prolétarienne internationale.

Le Congrès décide d’ajouter comme supplément à cette résolution le texte des thèses adoptées par l’Exécutif, en décembre 1921, relativement au front unique [Thèses sur l’unité du front prolétarien], ces thèses exposant exactement et en détail la tactique du front unique.