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Résolution sur la question tchécoslovaque – 1922

I. L’opposition

L’exclusion des camarades Iilek, Bolen, etc., fut le résultat des violations répétées de la discipline dont ces camarades se sont rendus coupables dans le Parti. Après que leur représentant, le camarade Iilek, de même que celui de la direction du Parti, le camarade Sméral, eurent donné à Moscou leur assentiment à une résolution qui constatait qu’il n’y avait aucune divergence fondamentale dans le Parti Communiste Tchécoslovaque et qui, en même temps, critiquait le manque de pratique dans un certain nombre de questions, il était du devoir de tous les camarades qui reconnaissaient ce manque de pratique de se mettre à l’œuvre afin de le combler.

Au contraire, l’opposition exigea l’existence d’un organe de fraction, Kommunista, se mettant ainsi en contradiction avec la résolution du 3° Congrès interdisant la formation de fractions.

Quelques jours avant la réunion de la Commission de la Conférence du Parti, l’opposition accomplit une franche violation de la discipline en lançant, malgré l’avertissement de la Direction, un appel qui soutenait les plus graves accusations contre le Comité Directeur. Par le refus de retirer ces accusations, l’opposition a particulièrement irrité la Commission et la Conférence du Parti et provoqué par là son exclusion.

Devant l’Internationale tout entière, l’opposition a lancé une accusation contre la majorité et contre Sméral, en disant qu’ils travaillaient pour une coalition gouvernementale avec les éléments de gauche de la bourgeoisie. Cette accusation est en contradiction avec l’action publique du Parti et doit être reconnue comme étant absolument injustifiée. Dans le programme de l’opposition, tel qu’il a été exprimé par Vajtauer, il y a des réclamations d’un caractère syndicaliste et anarchiste qui ne sont pas des conceptions marxistes.

Le fait que l’opposition se solidarise avec ce programme prouve que dans les questions fondamentales elle ne représente qu’une déviation anarchiste-syndicaliste des principes de l’Internationale Communiste.

Cependant, le 4° Congrès, estimant inopportune l’exclusion de l’opposition, réintègre cette dernière avec un blâme et une suspension de toutes fonctions jusqu’au prochain congrès du Parti Communiste tchécoslovaque.

La décision du Congrès de ne pas confirmer, pour cause d’inopportunité, l’exclusion de l’opposition ne doit pas être interprétée comme une approbation de la ligne de conduite et du programme de l’opposition. Cette décision est dictée par les considérations suivantes : la Direction du Parti a négligé d’expliquer auparavant à l’opposition que la formation d’un organe de fraction est inadmissible, et c’est pourquoi l’opposition se croyait en droit de lutter pour l’existence d’un tel organe.

La Direction du Parti a laissé s’accomplir toute une série d’actes d’indiscipline et a affaibli de la sorte le sentiment de la nécessité de la discipline et de la responsabilité chez l’opposition. Le 4° Congrès laisse les camarades exclus dans le Parti, si l’opposition reconnaît la nécessité de remplir strictement ses obligations, si elle se soumet sans récriminer à la discipline du Parti.

Cette soumission a la discipline oblige l’opposition à renoncer aux affirmations et aux accusations qui sapent l’unité du Parti et qui ont été reconnues sans fondement et fausses par les recherches de la Commission. Elle l’oblige à obéir à tous les ordres du Comité Directeur.

Quand un camarade se considère comme lésé dans ses droits, il n’a qu’à s’adresser aux organismes compétents du Parti (Comité Exécutif, Conférence Nationale) et, en dernière instance, aux organes de contrôle de l’Internationale Communiste. Jusqu’à la décision de la plus haute instance, chacun doit se soumettre à la décision de l’organisation du Parti.

II. La presse

La presse doit être uniquement dirigée par le Comité Directeur du Parti.

Il est inadmissible que l’organe central du Parti se permette, non seulement de mener une politique particulière, mais encore de considérer cela comme son droit. Même quand la rédaction pense que la Direction responsable a commis une faute dans un cas concret, il est de son devoir de se soumettre à la décision dont il s’agit. La fonction de rédacteur ne constitue pas une surinstance, mais comme toutes les fonctions du Parti, elle est subordonnée au Comité Directeur.

Cela ne veut pas dire que les rédacteurs n’aient pas le droit d’exprimer les nuances de leur pensée dans les articles de polémique signés de leurs noms. Les discussions sur les affaires du Parti doivent être faite dans la presse commune du Parti. Elles ne doivent pas cependant être faites d’une façon qui pourrait mettre en danger la discipline. Le Comité Directeur et toutes les organisations du Parti doivent préparer leurs actions par une discussion à l’intérieur des organisations.
III. Les défauts du Parti

Le 4e Congrès confirme les thèses de l’Exécutif élargi de juillet, qui avait indiqué les défauts du Parti Communiste tchécoslovaque et qui déclarait qu’ils provenaient de la transition du Parti du social-démocratisme au communisme. Le fait que ces défauts ont été reconnus aussi bien par le Comité Directeur que par l’opposition leur crée le devoir de travailler ardemment à les corriger.

Le Congrès affirme que le Parti avance trop lentement dans la suppression de ces défauts ; ainsi le Parti a insuffisamment songé à la propagation des idées communistes parmi les soldats tchèques, quoique sa légalité et le fait que les soldats tchèques ont le droit de voter le lui permettaient.

Le 4° Congrès exige du Parti Communiste tchécoslovaque de se consacrer plus qu’il ne l’a fait jusqu’ici à la question du chômage. Vu l’extension du chômage et la situation précaire des chômeurs, le Parti Communiste tchécoslovaque a le devoir de ne pas se contenter de telle ou telle démonstration, mais de mener une agitation systématique et une action démonstrative méthodique parmi les chômeurs de tout le pays. Il a le devoir de lutter de la façon la plus énergique pour les intérêts des chômeurs, tant au Parlement que dans les conseils communaux, d’accorder l’action parlementaire avec l’action des syndicats dans la rue.

L’action parlementaire doit avoir un caractère beaucoup plus démonstratif, elle doit présenter aux masses, sous une forme nette, l’attitude du Parti Communiste devant la politique de la classe dominante et leur donner la volonté de conquérir le pouvoir dans l’Etat.

Vu les grandes luttes économiques qui ont lieu en Tchécoslovaquie et qui peuvent chaque jour se transformer en une lutte politique, le Comité Directeur doit être réorganisé de façon à pouvoir rapidement et résolument prendre position sur chaque question. Les organisations et les membres du Parti doivent, sans hésitation, maintenir la discipline.

Les questions du front unique et du gouvernement ouvrier ont été heureusement résolues par le Parti. La Direction du Parti a, avec raison, repoussé quelques erreurs, comme par exemple la conception du camarade Votava tendant, à propos du gouvernement ouvrier, à la création d’une combinaison purement parlementaire.

Le Parti doit savoir qu’un gouvernement ouvrier n’est possible que si l’on réussit, par une large et énergique agitation des masses d’ouvriers social-nationalistes, social-démocrates et indifférents, à convaincre ces derniers de la nécessité d’une rupture avec la bourgeoisie, à séparer de celle-ci une partie des paysans et de la petite bourgeoisie des villes qui souffrent de la cherté de la vie, et à les enrôler dans les rangs du front anticapitaliste ; dans ce but, le Parti doit s’immiscer dans chaque conflit par des démarches décisives pour l’élargissement des conflits, chaque fois que c’est possible, afin d’inculquer aux masses le sentiment que le Parti Communiste tchécoslovaque est un centre d’attraction vers le front unique de tous les éléments anticapitalistes.

Pour que le gouvernement ouvrier puisse se former et se maintenir, le Parti doit concentrer toutes ses forces et réunir en de puissants syndicats les ouvriers exclus des syndicats d’Amsterdam. Il doit, tout au moins, recruter une partie des ouvriers et des paysans pour la défense des intérêts de la classe ouvrière. De cette façon on évitera la naissance du fascisme qui prépare la vie à l’oppression de la classe ouvrière par la violence armée de la bourgeoisie.

C’est pourquoi la propagande et la lutte pour le gouvernement ouvrier doivent toujours être liées avec la propagande et la lutte pour les organes de masses du prolétariat (comités de défense, comités de contrôle, conseils d’entreprises). Il est également nécessaire de dérouler devant le yeux des ouvriers le programme du gouvernement ouvrier (report des charges de l’Etat sur les propriétaires, contrôle de la production par les organes ouvriers, armement du prolétariat). Il est nécessaire de montrer aux ouvriers la différence entre la coalition social-démocrate bourgeoise et le gouvernement ouvrier basé sur les organes du prolétariat.

Tous les membres du Parti ont à collaborer à cette œuvre. Ce n’est pas la propagation de fausses accusations et la méfiance contre les chefs du Parti, mais c’est une critique impartiale de leurs défauts, un travail quotidien et positif pour les corriger, qui feront du Parti un véritable Parti Communiste apte à accomplir les tâches que les événements de Tchécoslovaquie poseront devant lui.