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Résolution sur l’Internationale des Jeunesses Communistes - 1922

7 novembre 1922

1.
Le 2° Congrès mondial de l’Internationale des Jeunesses Communistes a décidé, d’accord avec les résolutions du 3° Congrès de l’I.C., de subordonner au point de vue politique les Jeunesses Communistes aux Partis Communistes.

Il a décidé également de réorganiser les J.C., qui n’étaient jusque là que des organisations d’avant-garde renfermées en elles-mêmes et uniquement politiques, en grandes organisations de masses de la jeunesse ouvrière qui se donneront pour tâche de représenter les intérêts de la jeunesse ouvrière dans tous les domaines, dans les cadres du travail de la classe ouvrière et sous la direction politique des P.C.

Toutefois, comme auparavant, les J.C. doivent rester des organisations politiques, et la participation à la lutte politique doit continuer à être à la base de leur action.

La lutte pour les revendications économiques quotidiennes de la classe ouvrière et contre le militarisme était considérée jusqu’ici comme le moyen direct le plus important d’éveiller et de conquérir les grandes masses de la jeunesse ouvrière. Les nouvelles tâches exigent une réorganisation des formes de travail ainsi que de l’activité des organisations. L’accomplissement d’un travail méthodique de formation communiste au sein de l’organisation ainsi qu’un travail parmi les masses des adolescents non affiliés à l’organisation a été reconnu indispensable.

L’application des décisions du 2° Congrès mondial, qui ne pourra être obtenue que par un travail long et persévérant, s’est heurtée à certaines difficultés du fait que la plupart des J.C. avaient pour la première fois à accomplir de pareilles tâches.

La crise économique (appauvrissement, chômage) et l’assaut de la réaction ont obligé plusieurs organisations à devenir illégales, ce qui a diminué le nombre de leurs membres. L’esprit révolutionnaire a baissé dans toute la classe ouvrière à la suite de l’affaissement momentané de la vague révolutionnaire.

Cette situation a eu sa répercussion sur la jeunesse ouvrière, dont l’esprit s’est modifié pendant cette époque, et qui a manifesté moins d’intérêt pour la politique. En même temps, la bourgeoisie, ainsi que la social-démocratie, redoublaient d’efforts pour influencer et organiser la jeunesse ouvrière.

Depuis leur 2° Congrès, les Jeunesses ont partout appliqué le principe de la subordination aux Partis Communistes ; pourtant les rapports entre ces derniers et les Jeunesses ne s’effectuent pas encore dans le sens de l’application intégrale des résolutions du Congrès International. La raison en est surtout que souvent les partis n’accordent pas dans une mesure suffisante aux Jeunesses l’appui indispensable au développement de leur activité.

Au cours des quinze derniers mois, des mesures pratiques ont été prises dans la plupart des J.C. pour le remaniement des organisations dans le sens des résolutions du 2° Congrès mondial, de sorte qu’existent déjà les conditions premières pour la transformation des J.C. en organisations de masses. Par la propagande en faveur des revendications économiques de la jeunesse ouvrière, les J.C. ont, en outre, dans toute une série de pays, frayé une voie qu’elles devront suivre pour continuer à influencer les grandes masses et ont déjà entrepris toute une série de campagnes et même de luttes concrètes.

Les J.C., jusqu’à maintenant, ne se sont pas encore entièrement transformées en organisations de masses, tant au point de vue numérique qu’au point de vue de la liaison organique avec les masses, liaison nécessaire pour pouvoir influencer et diriger constamment ces dernières ; aussi ont-elles encore des tâches importantes à accomplir sous ce rapport.

2.
L’offensive du Capital a fortement atteint la jeunesse ouvrière. La baisse des salaires, la prolongation de la journée de travail, le chômage, l’exploitation de la main-d’œuvre, atteignent la jeunesse non seulement au même degré que la classe ouvrière adulte, mais revêtent souvent pour elle des formes encore pires.

La jeunesse ouvrière est employée contre la classe ouvrière adulte ; on se sert d’elle pour abaisser les salaires, pour briser les grèves, pour augmenter le chômage des ouvriers adultes. Cette situation dangereuse pour toute la classe ouvrière est maintenue et intensifiée par l’attitude traîtresse de la bureaucratie syndicale réformiste, qui néglige les intérêts de la jeunesse ouvrière, les sacrifie même parfois, et éloigne les masses des ouvriers adolescents de la lutte de la classe ouvrière adulte.

Souvent même, cette bureaucratie refuse l’entrée des syndicats aux jeunes. La croissance ininterrompue du militarisme bourgeois augmente également les souffrances des jeunes ouvriers et des paysans, profondément opprimés pendant leur séjour à la caserne qui les prépare au rôle de chair à canon des guerres impérialistes futures.

La réaction sévit surtout contre la jeunesse européenne : en certains endroits elle interdit la formation d’organisations de Jeunesses Communistes, même là où il existe des Partis Communistes.

Les deux Internationales des Jeunesses social-démocrates sont restées inactives jusqu’à présent en présence de la misère de la jeunesse ouvrière ; elles ont fait bloc et ont tenté d’étouffer la volonté des jeunes ouvriers de lutter avec les adultes contre la bourgeoisie. La création de ce bloc ne tendait pas seulement à éloigner de la lutte et du front unique les masses opprimées de la jeunesse ouvrière ; elle était spécialement dirigée contre l’internationale Communiste ; elle devait conduire à bref délai à la fusion des Internationales des Jeunesses social-démocrates.

L’Internationale Communiste proclame la nécessité absolue de l’établissement du front unique entre la Jeunesse ouvrière et la classe ouvrière adulte ; elle exhorte les Partis Communistes et tous les ouvriers. du monde entier à appuyer énergiquement les revendications de la Jeunesse ouvrière en lutte contre l’offensive du Capital, contre le militarisme bourgeois et contre la réaction.

Elle salue avec joie la lutte que l’Internationale des Jeunesses Communistes mène pour des revendications vitales, pour l’unité du front de la Jeunesse ouvrière, pour le front unique entre les ouvriers adolescents et adultes, et lui donne son entier appui. Les attaques du Capital qui menacent de plonger la Jeunesse ouvrière dans la misère la plus profonde et d’en faire une victime impuissante du militarisme et de la réaction doivent se briser à la résistance de fer de toute la classe ouvrière.

3.
Pour développer son activité et résoudre les problèmes qui surgissent dans la voie de la conquête et de l’éducation des masses, le mouvement des Jeunesses Communistes a besoin d’être compris et soutenu activement par les partis communistes.

Les intérêts et la force politique du mouvement des Jeunesses Communistes doivent être soutenus d’une façon efficace par la collaboration intime du Parti et de la Jeunesse dans tous les domaines et la participation permanente des J.C. à la vie politique des partis.

Ce soutien, ce concours sont indispensables aux Partis Communistes dans leur lutte et dans leur œuvre de réalisation des résolutions de l’Internationale Communiste. Ils sont également la base d’un mouvement véritable des J.C. Les partis communistes doivent aider les J.C. au point de vue de l’organisation. Ils doivent désigner un certain nombre de leurs membres, choisis parmi les plus jeunes, pour collaborer à l’œuvre des J.C. et créer des organisations des Jeunesses là où le Parti possède déjà les siennes.

Etant donné que les J.C. ont maintenant pour tâche de concentrer leur activité sur les masses de la Jeunesse ouvrière, les P.C. devront surtout intensifier la création et le travail des J.C. (noyaux et fractions) dans les entreprises et les syndicats. Les Partis et la Jeunesse devront avoir une représentation réciproque dans tous leurs organes respectifs (noyaux, groupes locaux, directions régionales, comités centraux, congrès, fractions, etc.).

Les J.C. devront prendre racine dans les masses de la jeunesse ouvrière en intensifiant leur propagande économique, en s’occupant continuellement, d’une manière concrète, de la vie et des questions intéressant les jeunes ouvriers, en représentant continuellement leurs intérêts et en dirigeant la jeunesse dans la lutte commune qu’elle doit soutenir avec la classe ouvrière adulte.

C’est pourquoi les P.C. doivent soutenir activement le travail économique des J.C. dans les noyaux et les fractions, dans les ateliers, dans les écoles et surtout dans les syndicats, où il est nécessaire de réaliser la collaboration la plus étroite entre membres des J.C. et des P.C. Dans ces organisations, la tâche des membres du Parti est de veiller surtout à ce que les ouvriers adolescents et les apprentis entrent dans les syndicats ouvriers et y jouissent des mêmes droits que les autres membres ; ils doivent insister pour que les cotisations des jeunes soient proportionnées à leurs salaires, et qu’il soit tenu compte de leurs revendications dans la lutte syndicale et lors de la conclusion des contrats collectifs, etc.

Les P.C. soutiendront en outre le travail économique syndical des J.C. en appuyant activement toutes les campagnes de ces dernières, en reprenant à leur compte leurs revendications, en en faisant l’objet de leur lutte quotidienne.

Vu la croissance du danger de guerre impérialiste et le renforcement de la réaction, les P.C. devront appuyer le plus possible et diriger pratiquement la lutte antimilitariste des J.C. Les J.C. doivent être les combattants les plus ardents du Parti pour défendre la classe ouvrière contre la réaction.

L’œuvre d’éducation communiste acquiert une grande importance du fait de la réorganisation des J.C. en grandes organisations de masses. En effet, l’éducation et la formation communistes des J.C. deviennent particulièrement nécessaires pour la conquête des masses. L’œuvre d’éducation des J.C. nécessite une organisation spéciale et autonome et doit être réalisée méthodiquement. Le Parti doit soutenir cette œuvre en fournissant abondamment aux J.C. les forces culturelles et les matériaux nécessaires, en aidant à l’organisation de leurs écoles et cours, en réservant aux jeunes des places dans les écoles du Parti, en publiant dans les écoles du Parti des écrits destinés à la jeunesse.

Le Congrès considère comme indispensable que, dans sa presse, le Parti soutienne plus qu’il ne l’a fait jusqu’à présent, la lutte des J.C. ; à cet effet, il fera paraître régulièrement des chroniques et des suppléments spécialement destinés à la jeunesse et, dans tous ses organes, ne perdra jamais de vue les conditions de vie et la lutte des jeunes ouvriers.

Le monde bourgeois qui, dans ses efforts, se heurte à la conscience de la classe ouvrière adulte et à la résistance de la jeunesse ouvrière révolutionnaire, s’efforce surtout d’empoisonner les enfants de la classe ouvrière et de les soustraire à l’influence prolétarienne.

Aussi l’organisation et le développement des groupes d’enfants communistes ont-ils une grande importance. Ces groupes seront, au point de vue de l’organisation, subordonnés à la jeunesse et dirigés par elle ; le Parti appuiera cette œuvre en fournissant des forces et en participant à la direction des groupes d’enfants. La presse des enfants communistes, dont la création a déjà été entreprise par les J.C. de divers pays, devra être soutenue par le Parti.

Une collaboration particulièrement intime entre les J.C. et les partis est indispensable dans les pays où la réaction oblige le mouvement communiste à devenir illégal.

Montrant l’importance particulière de l’œuvre communiste tendant à la conquête des masses de la jeunesse ouvrière, le 4° Congrès souligne l’importance particulière qu’acquiert actuellement l’Internationale des Jeunesses Communistes, salue en cette dernière le combattant le plus ardent de la cause de l’Internationale Communiste et considère les Jeunesses Communistes comme la réserve de l’avenir.