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Résolution sur l’Espagne − 1922

29 novembre 1922

[rouge]1.[/rouge] Le Parti Communiste espagnol qui, à la séance de l’Exécutif élargi de février, vota avec la France et l’Italie contre la tactique du front unique, ne tarda pas à reconnaître son erreur et, dès le mois de mai, à l’occasion de la grande grève des aciéries, il expliqua, non par discipline formelle mais avec compréhension, conviction et intelligence, la tactique du front unique.

Cette action prouva à la classe ouvrière espagnole que le Parti est prêt à la lutte pour ses revendications quotidiennes et capable d’y entraîner la classe ouvrière en se plaçant à l’avant-garde du combat.

En persévérant dans cette voie, en saisissant toutes les possibilités d’action pour y convier l’ensemble des organisations ouvrières et pour y entraîner et y conduire le prolétariat, le Parti Communiste espagnol gagnera la confiance des masses et remplira sa mission historique en unifiant leur effort révolutionnaire.

[rouge]2.[/rouge] Le 4e Congrès mondial est heureux de constater que la crise d’indiscipline qui avait miné le Parti au début de l’année s’est heureusement terminée par un renforcement de la discipline intérieure du Parti. Il engage le Parti à persévérer ainsi dans cette voie et il invite la Jeunesse, en particulier, à participer de toutes ses forces à ce renforcement de la discipline intérieure.

[rouge]3.[/rouge] La caractéristique du mouvement ouvrier espagnol est actuellement une décomposition de l’idéologie et du mouvement syndicaliste-anarchiste.

Ce mouvement qui, il y a quelques années, avait réussi à grouper et à entraîner de larges masses ouvrières, a déçu leurs espoirs et leur volonté révolutionnaire en employant non pas la tactique marxiste et communiste de l’action de masses et de l’organisation centralisée de la lutte, mais la tactique anarchiste de l’action individuelle, du terrorisme et du fédéralisme, c’est-à-dire de l’émiettement de l’action.

Aujourd’hui, les masses ouvrières déçues s’en vont et les chefs qui les ont ainsi égarées glissent rapidement vers le réformisme.

Une des tâches principales du Parti Communiste est de gagner et d’éduquer les masses ouvrières déçues et d’attirer les éléments anarcho-syndicalistes qui se rendent compte de l’erreur de leur doctrine en dénonçant le néo-réformisme des chefs syndicalistes.

Mais dans cet effort pour conquérir la confiance des éléments anarcho-syndicalistes, le Parti Communiste doit éviter de faire à leur idéologie, condamnée par l’expérience même du prolétariat espagnol, des concessions de principe et de tactique.

Il doit combattre et condamner dans ses rangs les tendances qui voudraient, sur ce point et dans le but de gagner les syndicalistes plus rapidement, entraîner le Parti dons la voie des concessions. Il est préférable que l’assimilation des éléments syndicalistes se fasse plus lentement, mais que ces éléments soient vraiment gagnés à la cause communiste, plutôt que gagnés rapidement au prix d’une déviation du Parti qui préparerait à ce dernier, pour un avenir prochain, des crises nouvelles et pénibles.

Le Parti espagnol en particulier mettra en lumière et fera comprendre aux anarcho-syndicalistes la tactique révolutionnaire du parlementarisme, telle que le 2° Congrès mondial l’a définie. Pour le Parti Communiste, l’action électorale est un moyen de propagande et de lutte des masses ouvrières, non un refuge pour les carriéristes réformistes ou petits-bourgeois.

Une application répétée de la tactique du front unique gagnera la confiance des masses encore sous l’influence de l’idéologie anarcho-syndicaliste et leur prouvera que le Parti Communiste est une organisation politique de combat révolutionnaire du prolétariat.

[rouge]4.[/rouge] Le mouvement syndical espagnol doit attirer plus particulièrement l’attention et l’effort de notre Parti. Le Parti Communiste doit entreprendre une propagande intense et méthodique dans toutes les organisations syndicales, pour l’unité du mouvement syndical en Espagne.

Pour mener à bien cette action, il doit s’appuyer sur un réseau de noyaux communistes dans tous les syndicats appartenant à la Confédération Nationale et à l’Union Générale et dans tous les syndicats autonomes. Il doit donc repousser et combattre toute idée ou tendance préconisant la sortie des syndicats réformistes.

Si des syndicats ou des groupes communistes sont exclus des syndicats réformistes, les communistes doivent éviter de combler le vœux des scissionnistes d’Amsterdam en sortant par solidarité. Au contraire, ils doivent manifester leur solidarité avec les exclus en restant au sein de l’U.G.T. et en y combattant énergiquement pour la réintégration des exclus.

Si, malgré des efforts soutenus, des syndicats et des groupes restent exclus, le Parti Communiste doit les engager à adhérer à la C.N.T. Les communistes adhérant à la C.N.T. doivent y constituer leurs noyaux liés à la Commission syndicale du Parti. Ils collaboreront sans doute en toute amitié avec les syndicalistes partisans de l’Internationale Syndicale Rouge et n’appartenant pas au Parti. Mais ils conserveront leur organisation propre, n’abdiqueront pas leur point de vue communiste, et discuteront fraternellement avec les syndicalistes les questions sur lesquelles peuvent exister des désaccords.

Pour mener à bien la lutte pour l’unité syndicale, le Parti Communiste créera un Comité mixte pour l’unité du mouvement syndicale espagnol qui sera à la fois un centre de propagande et un centre de ralliement pour les syndicats autonomes qui adhèrent au principe de l’unité.

Le Parti s’attachera à faire comprendre aux masses ouvrières d’Espagne que seules les ambitions et les intérêts de clocher des chefs syndicaux réformistes ou anarcho-réformistes, s’opposent à l’unité syndicale qui est au plus haut point d’un intérêt vital et nécessaire à la classe ouvrière pour son émancipation complète du joug du capitalisme.