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Résolution de fondation et plate-forme de l’Internationale Communiste − 1919

3 mars 1919

PLATTEN, président. — ... À présent, je porte à votre connaissance une proposition, présentée par les délégués Rakovsky, Gruber, Grimland, Rudnianszky. Elle est ainsi conçue :

« Les représentants du Parti Communiste de l’Autriche allemande, du Parti social-démocrate de gauche de Suède, de la Fédération ouvrière révolutionnaire social-démocrate des Balkans, du Parti Communiste de Hongrie, proposent la fondation de l’Internationale Communiste.

« 1. La nécessité de la lutte pour la dictature du prolétariat exige l’organisation unifiée, commune et internationale de tous les éléments communistes qui se placent sur ce terrain.

« 2. Cette fondation est un devoir d’autant plus impérieux qu’actuellement on tente à Berne et peut-être tentera-t-on aussi plus tard ailleurs de rétablir l’ancienne Internationale opportuniste et de rassembler tous les éléments confus et hésitants du prolétariat. C’est pourquoi il est nécessaire d’établir une séparation nette entre les éléments révolutionnaires prolétariens et les éléments social-traîtres.

« 3. Si la IIIe Internationale n’était pas fondée par la Conférence siégeant à Moscou, cela créerait l’impression que les Partis communistes sont en désaccord, ce qui affaiblirait notre situation et augmenterait la confusion parmi les éléments indécis du prolétariat de tous les pays.

« 4. La constitution de la IIIe Internationale est donc un devoir historique absolu, et la Conférence communiste internationale siégeant à Moscou doit en faire une réalité. »

Cette proposition suppose que nous revenions sur une résolution quant à savoir si nous sommes une conférence ou un congrès. La proposition vise à la constitution de la IIIe Internationale. La discussion est ouverte.

Après la discussion, le camarade Platten met aux voix la proposition signée par Rakovsky, Gruber, Grimland, Rudnianszky.

« Cette proposition, dit-il, est faite afin d’amener une décision sur la fondation de la IIIe Internationale. »

La résolution fut adoptée à l’unanimité moins 5 abstentions (délégation allemande).

DÉCISION

4 Mars 1919

La Conférence Communiste Internationale décide de se constituer comme IIIe Internationale et d’adopter le nom d’Internationale Communiste. Les proportions des voix accordées ne subissent pas de changement.

Tous les partis, toutes les organisations et les groupes conservent le droit, pendant une durée de huit mois, d’adhérer définitivement à la IIIe Internationale.

* * *

 PLATE-FORME DE L’INTERNATIONALE COMMUNISTE

Les contradictions du système mondial, auparavant cachées en son sein, se sont révélées avec une force inouïe en une formidable explosion : la grande guerre impérialiste mondiale.

Le capitalisme a tenté de surmonter sa propre anarchie par l’organisation de la production.

Au lieu de nombreuses entreprises concurrentes, se sont organisées de vastes associations capitalistes (syndicats, cartels, trusts), le capital bancaire s’est uni au capital industriel, toute la vie économique est tombée sous le pouvoir d’une oligarchie financière capitaliste, qui, par une organisation basée sur ce pouvoir, acquit une maîtrise exclusive. Le monopole supplante la libre concurrence.

Le capitaliste isolé se transforme en membre d’une association capitaliste. L’organisation remplace l’anarchie insensée.

Mais dans la mesure même où, dans les États pris séparément, les procédés anarchiques de la production capitaliste étaient remplacés par l’organisation capitaliste, les contradictions, la concurrence, l’anarchie, atteignaient dans l’économie mondiale une plus grande acuité. La lutte entre les plus grands États conquérants conduisait, avec une inflexible nécessité, à la monstrueuse guerre impérialiste.

La soif de bénéfices poussait le capitalisme mondial à la lutte pour la conquête de nouveaux marchés, de nouvelles sources de matières brutes, de la main-d’œuvre à bon marché des esclaves coloniaux.

Les États impérialistes qui se sont partagés le monde entier, qui ont transformé des millions de prolétaires et de paysans d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, d’Australie, en bêtes de somme, devaient révéler tôt au tard dans un gigantesque conflit la nature anarchique du capital. Ainsi se produisit le plus grand des crimes — la guerre du banditisme mondial.

Le capitalisme a tenté de surmonter les contradictions de sa structure sociale. La société bourgeoise est une société de classes. Mais le capital des grands États « civilisés » s’efforça d’étouffer les contradictions sociales.

Aux dépens des peuples coloniaux qu’il détruisait, le capital achetait ses esclaves salariés, créant une communauté d’intérêts entre les exploiteurs et les exploités — communauté d’intérêts dirigée contre les colonies opprimées et les peuples coloniaux jaunes, noirs ou rouges ; il enchaînait l’ouvrier européen ou américain à la « patrie » impérialiste.

Mais cette même méthode de corruption continue, qui créait le patriotisme de la classe ouvrière et sa sujétion morale, produisit, grâce à la guerre, sa propre antithèse. L’extermination, la sujétion totale du prolétariat, un joug monstrueux, l’appauvrissement, la dégénérescence, la faim dans le monde entier — telle fut la dernière rançon de la paix sociale. Et cette paix a fait faillite. La guerre impérialiste est transformée en guerre civile.

Une nouvelle époque est née. Époque de désagrégation du capitalisme, de son effondrement intérieur. Époque de la révolution communiste du prolétariat.

Le système impérialiste croule. Troubles aux colonies, fermentation parmi les petites nationalités jusqu’à présent privées d’indépendance, révoltes du prolétariat, révolutions prolétariennes victorieuses dans plusieurs pays, décomposition des armées impérialistes, incapacité absolue des classes dirigeantes à diriger dorénavant les destinées des peuples — tel est le tableau de la situation actuelle dans le monde entier.

L’humanité, dont toute la culture a été dévastée, est menacée de destruction. Il n’est plus qu’une force capable de la sauver, et cette force, c’est le prolétariat. L’ancien « ordre » capitaliste n’est plus. Il ne peut plus exister. Le résultat final des procédés capitalistes de production est le chaos — et ce chaos ne peut être vaincu que par la plus grande classe productrice, la classe ouvrière. C’est elle qui doit instituer l’ordre véritable, l’ordre communiste. Elle doit briser la domination du capital, rendre les guerres impossibles, effacer les frontières entre les États, transformer le monde en une vaste communauté travaillant pour elle-même, réaliser la solidarité fraternelle et la libération des peuples.

Entre temps, contre le prolétariat, le capital mondial s’arme pour un dernier combat. Sous le couvert de Ligue des Nations et des bavardages pacifiques, il fait ses derniers efforts pour rajuster les parties disjointes d’elles-mêmes du système capitaliste et diriger ses forces contre la révolution prolétarienne irrésistiblement déchaînée.

À ce nouveau, à cet immense complot des classes capitalistes, le prolétariat doit répondre par la conquête du pouvoir politique, tourner ce pouvoir contre ses propres ennemis, s’en servir comme levier pour la transformation économique de la société. La victoire définitive du prolétariat mondial marquera le commencement de l’histoire de l’humanité libérée.

 LA CONQUÊTE DU POUVOIR POLITIQUE

La conquête du pouvoir politique par le prolétariat signifie l’anéantissement du pouvoir politique de la bourgeoisie. L’appareil gouvernemental avec son armée capitaliste, placée sous le commandement d’un corps d’officiers bourgeois et de junkers, avec sa police et sa gendarmerie, ses geôliers et ses juges, ses prêtres, ses fonctionnaires, etc., constitue entre les mains de la bourgeoisie le plus puissant instrument de gouvernement.

La conquête du pouvoir gouvernemental ne peut se réduire à un changement de personnes dans la constitution des ministères, mais doit signifier l’anéantissement d’un appareil étatiste étranger, la prise en mains de la force réelle, le désarmement de la bourgeoisie, du corps d’officiers contre-révolutionnaires, des gardes blancs, l’armement du prolétariat, des soldats révolutionnaires et de la garde rouge ouvrière ; la destitution de tous les juges bourgeois et l’organisation des tribunaux prolétariens, la destruction du fonctionnarisme réactionnaire et la création de nouveaux organes d’administration prolétariens.

La victoire prolétarienne est assurée par la désorganisation du pouvoir ennemi et l’organisation du pouvoir prolétarien ; elle doit signifier la ruine de l’appareil étatiste bourgeois et la création de l’appareil étatiste prolétarien. Ce n’est qu’après la complète victoire, quand le prolétariat aura définitivement brisé la résistance de la bourgeoisie, qu’il pourra obliger ses anciens adversaires à le servir utilement, les amenant progressivement sous son contrôle, à l’œuvre de construction communiste.

 DÉMOCRATIE ET DICTATURE

Comme tout État, l’État prolétarien représente un appareil de contrainte et cet appareil est maintenant dirigé contre les ennemis de la classe ouvrière. Sa mission est de briser et de rendre impossible la résistance des exploiteurs, employant dans leur lutte désespérée tous les moyens pour étouffer la révolution dans le sang.

D’autre part, la dictature du prolétariat faisant officiellement de cette classe la classe gouvernante, crée une situation transitoire.

Dans la mesure où sera brisée la résistance de la bourgeoisie, elle sera expropriée et se transformera en une masse laborieuse ; la dictature du prolétariat disparaîtra, l’État mourra et les classes sociales finiront avec lui.

La soi-disant démocratie, c’est-à-dire la démocratie bourgeoise n’est rien d’autre que la dictature bourgeoise déguisée. « La volonté populaire » tant prônée est une fiction, comme l’unité du peuple. En fait, des classes existent dont les intérêts contraires sont irréductibles.

Et comme la bourgeoisie n’est qu’une minorinté insignifiante, elle utilise cette fiction, cette prétendue « volonté populaire », afin d’affermir, à la faveur de belles phrases, sa domination sur la classe ouvrière, afin de lui imposer la volonté de sa classe.

Au contraire, le prolétariat constituant l’énorme majorité de la population, use ouvertement de la puissance de ses organisations de masses, de ses soviets, pour écourter la transition vers une société communiste sans classes.

L’essence de la démocratie bourgeoise réside dans une reconnaissance purement formelle des droits et des libertés, précisément inaccessibles au prolétariat et aux éléments à demi-prolétariens, à cause du manque de ressources matérielles, tandis que la bourgeoisie a toutes les possibilités de tirer parti de ces ressources matérielles, de sa presse et de son organisation, pour mentir au peuple et le tromper.

Au contraire, l’essence du système des Soviets — de ce nouveau type de pouvoir gouvernemental — consiste en ce que le prolétariat reçoit la possibilité d’assurer en fait ses droits et sa liberté. Le pouvoir du Soviet remet au peuple les plus beaux palais, les maisons, les typographies, les réserves de papier, etc., pour sa presse, ses réunions, ses syndicats. Ce n’est qu’alors que devient vraiment possible la démocratie prolétarienne.

Avec son système parlementaire la démocratie bourgeoise ne donne qu’en paroles le pouvoir aux masses, et leurs organisations sont complètement écartées et du pouvoir véritable et de la véritable administration du pays.

Dans le système des Soviets, les organisations des masses gouvernent et, par elles, les masses elles-mêmes, les Soviets appelant à l’administration de l’État un nombre toujours plus grand d’ouvriers ; et ce n’est que de cette façon que tout le peuple ouvrier est à peu près appelé à prendre part effectivement au gouvernement de l’État.

Le système des Soviets s’appuie de la sorte sur les organisations des masses prolétariennes, représentées par les Soviets mêmes, les unions professionnelles révolutionnaires, les coopératives, etc.

La démocratie bourgeoise et le parlementarisme, par la division des pouvoirs législatif et exécutif et l’absence du droit de rappel des députés, achèvent de séparer les masses de l’État.

Au contraire, le système des Soviets, par son droit de rappel, par la réunion des pouvoirs législatif et exécutif, et, conséquemment, par l’aptitude des Soviets à constituer des collectivités de travail, lie les masses aux organes des administrations.

Ce lien est encore affermi par le fait que, dans le système des Soviets, les élections ne se font pas d’après les subdivisions territoriales artificielles, mais coïncident avec les unités locales de la production.

Le système des Soviets assure de la sorte la possibilité d’une véritable démocratie prolétarienne, démocratie pour le prolétariat et dans le prolétariat, dirigée contre la bourgeoisie.

Dans ce système, une situation prédominante est assurée au prolétariat industriel, auquel appartient, par suite de sa meilleure organisation et de son plus grand développement politique, le rôle de classe dirigeante, dont l’hégémonie permettra au demi-prolétariat et aux paysans pauvres de s’élever progressivement.

Ces supériorités momentanées du prolétariat industriel doivent être utilisées pour arracher les masses non possédantes de la petite bourgeoisie paysanne à l’influence des gros propriétaires ruraux et de la bourgeoisie pour les organiser et les appeler à collaborer à la construction communiste.

  L’EXPROPRIATION DE LA BOURGEOISIE ET LA SOCIALISATION DES MOYENS DE PRODUCTION

La décomposition du système capitaliste et de la discipline capitaliste du travail rendent impossible, étant donné les relations entre les classes, la reconstitution de la production sur les anciennes bases.

La lutte des ouvriers pour l’augmentation des salaires, même en cas de succès, n’amène pas l’amélioration espérée des conditions d’existence, l’augmentation du prix des produits annulant immanquablement chaque succès.

La lutte énergique des ouvriers pour l’augmentation des salaires dans les pays dont la situation est évidemment sans espoir, par son caractère impétueux et passionné, par sa tendance à la généralisation, rend impossibles dorénavant les progrès de la production capitaliste. L’amélioration de la condition des ouvriers ne pourra être atteinte que lorsque le prolétariat lui-même s’emparera de la production.

Pour élever les forces productrices de l’économie, pour briser au plus vite la résistance de la bourgeoisie, qui prolonge l’agonie de la vieille société, créant par là même le danger d’une complète ruine de la vie économique, la dictature prolétarienne doit réaliser l’expropriation de la grosse bourgeoisie et de la noblesse et faire des moyens de production et de transport la propriété collective de l’État prolétarien.

Le communisme naît maintenant sur les décombres de la société capitaliste ; l’histoire ne laissera pas d’autre issue à l’humanité. Les opportunistes, dans leur désir de retarder la socialisation par leur utopique revendication du rétablissement de l’économie capitaliste, ne font qu’ajourner la solution de la crise et créer la menace d’une ruine totale, tandis que la révolution communiste apparaît pour la vraie force productrice de la société, pour le prolétariat — et avec lui, pour toute la société — comme le meilleur, le plus sûr moyen de salut.

La dictature prolétarienne n’entraîne aucun partage des moyens de production et de transport. Au contraire, sa tâche est de réaliser une plus grande centralisation des moyens et la direction de toute la production selon un plan unique.

Le premier pas vers la socialisation de toute l’économie comporte nécessairement les mesures suivantes : socialisation des grandes banques qui dirigent maintenant la production ; prise en mains par le pouvoir prolétarien de tous les organes de l’État capitaliste régissant la vie économique ; prise en mains de toutes les entreprises communales ; socialisation des branches d’industrie trustées ou syndiquées ; de même, socialisation des branches d’industrie dont le degré de concentration rend la socialisation techniquement possible ; socialisation des propriétés agricoles et leur transformation en entreprises agricoles dirigées par la société.

Quant aux entreprises de moindre importance, le prolétariat doit, en tenant compte de leur grandeur, les socialiser peu à peu.

Il importe de souligner ici que la petite propriété ne doit pas être expropriée et que les petits propriétaires n’exploitant pas le travail d’autrui, ne doivent subir aucune violence. Cette classe sera peu à peu attirée dans la sphère d’organisation sociale, par l’exemple et la pratique démontrant la supériorité de la nouvelle structure sociale qui libère la classe des petits paysans et la petite bourgeoisie du joug des gros capitalistes, de toute la noblesse, des impôts excessifs (principalement par suite de l’annulation des dettes d’État, etc.).

La tâche de la dictature prolétarienne dans le domaine économique n’est réalisable que dans la mesure où le prolétariat saura créer des organes de direction de la production centralisée et réaliser la gestion par les ouvriers eux-mêmes. À cette fin, il sera contraint de tirer parti de celles de ses organisations de masses qui sont liées le plus étroitement avec le processus de la production.

Dans le domaine de la répartition, la dictature prolétarienne doit réaliser le remplacement du commerce par une juste répartition des produits.

Parmi les mesures à cette fin indispensables, il faut indiquer : la socialisation des grandes entreprises commerciales, la transmission au prolétariat de tous les organes de répartition de l’État et des municipalités bourgeoises ; le contrôle des grandes unions coopératives dont l’appareil organisateur aura encore, pendant la période de transition, une importance économique considérable, la centralisation progressive de tous ces organes et leur transformation en un tout unique pour la répartition rationnelle des produits.

De même que dans le domaine de la production, dans celui de la répartition, il importe d’utiliser tous les techniciens et les spécialistes qualifiés — sitôt que leur résistance dans le domaine politique aura été brisée, et qu’ils seront en état de servir, au lieu du capital, le nouveau système de production.

Le prolétariat n’a pas l’intention de les opprimer : au contraire, lui seul leur donnera le premier la possibilité de développer l’activité créatrice la plus énergique. La dictature prolétarienne remplacera la division du travail physique et intellectuel, propre au capitalisme, par l’union, réunissant ainsi le travail et la science.

En même temps qu’il expropriera les fabriques, les mines, les propriétés, etc., le prolétariat doit mettre fin à l’exploitation de la population par les capitalistes propriétaires d’immeubles, transmettre les grandes habitations aux Soviets ouvriers locaux, installer la population ouvrière dans les appartements bourgeois, etc.

Au cours de cette immense transformation, le pouvoir des Soviets doit, d’une part, échafauder un énorme appareil de gouvernement toujours plus centralisé dans sa forme, et, d’autre part, doit appeler à un travail de direction immédiat des couches toujours plus grandes du peuple travailleur.

 LE CHEMIN DE LA VICTOIRE

La période révolutionnaire exige que le prolétariat use d’une méthode de lutte qui concentre toute son énergie, à savoir l’action directe des masses jusque et y compris sa suite logique, le choc direct, la guerre déclarée avec la machine gouvernementale bourgeoise. À ce but doivent être subordonnés tous les autres moyens, tels que, par exemple, l’utilisation révolutionnaire du parlementarisme bourgeois.

Les conditions préliminaires indispensables à cette lutte victorieuse sont : la rupture, non seulement avec les laquais directs du capital et les bourreaux de la révolution communiste — dont les social-démocrates de droite assument aujourd’hui le rôle — mais encore la rupture avec le « Centre » (groupe Kautsky), qui, au moment critique, abandonne le prolétariat et se lie à ses ennemis déclarés.

D’un autre côté, il est nécessaire de réaliser un bloc avec ces éléments du mouvement ouvrier révolutionnaire qui, bien qu’ils n’aient pas appartenu auparavant au parti socialiste, se placent maintenant en tout et pour tout sur le terrain de la dictature prolétarienne sous sa forme soviétiste, c’est-à-dire avec les éléments correspondants du syndicalisme.

L’accroissement du mouvement révolutionnaire dans tous les pays, le danger, pour cette révolution, d’être étouffée par la ligue des États bourgeois, les tentatives d’union des partis traîtres au socialisme (formation de l’Internationale jaune, à Berne), dans le but de servir bassement la ligue de Wilson — et enfin la nécessité absolue pour le prolétariat de coordonner ses efforts — tout cela nous conduit inévitablement à la fondation de l’Internationale communiste, véritablement révolutionnaire et véritablement prolétarienne.

L’Internationale qui se révélera capable de subordonner les intérêts dits nationaux aux intérêts de la révolution mondiale réalisera ainsi l’entraide des prolétaires des différents pays — alors que sans cette aide mutuelle, économique et autre, le prolétariat n’est pas en état d’édifier une société nouvelle.

D’autre part, en opposition à l’Internationale socialiste jaune, l’Internationale prolétarienne et communiste soutiendra les peuples exploités des colonies dans leur lutte contre l’impérialisme, afin de hâter l’effondrement final du système impérialiste mondial.

Les malfaiteurs du capitalisme affirmaient au début de la guerre mondiale qu’ils ne font tous que défendre leur patrie. Mais l’impérialisme allemand révéla sa nature bestiale par une série de sanglants forfaits commis en Russie, en Ukraine, en Finlande.

Maintenant se révèlent à leur tour, même aux yeux des couches les plus arriérées de la population, les puissances de l’Entente qui pillent le monde entier et assassinent le prolétariat. D’accord avec la bourgeoisie allemande et les social-patriotes, le mot de paix sur les lèvres, elles s’efforcent d’écraser, à l’aide de tanks et de troupes coloniales incultes et barbares la révolution du prolétariat européen. La terreur blanche des bourgeois-cannibales a été indescriptiblement féroce.

Les victimes dans les rangs de la classe ouvrière sont innombrables ; elle a perdu ses meilleurs champions : Liebknecht, Rosa Luxemburg.

Le prolétariat doit se défendre en tout état de cause. L’Internationale communiste appelle le prolétariat mondial à cette lutte décisive. Arme contre arme ! Force contre force ! À bas la conspiration impérialiste du capital ! Vive la République internationale des Soviets prolétaires !