Centre MLM de belgique

Réaffirmons la nécessité de « balayer tous les génies malfaisants » !

La légitime tendance à être radical, à aller au fond des choses, débouche, faute d’un cadre théorico-idéologique fort, systématiquement sur des positions objectivement contraire à l’intention initiales.

Ainsi, le courant anarchiste qui, parti de l’idée de libérer les individus, fini par considérer presque tous les individus (les « citoyens ») comme des oppresseurs, comme des ennemis.

Ainsi, le courant antiraciste qui, parti de l’idée de combattre des oppressions spécifiques fondées sur des considérations racistes, fini par privilégier les relations avec des racistes « racisés » plutôt qu’avec les antiracistes « non-racisés ».

Le prolétariat belge a fait l’expérience d’une abominable bourgeoisie catholique défendant, par exemple, bec et ongle le travail des enfants (c’est le « droit naturel du père » de décider si son fils peu descendre à la mine, la loi n’a pas à s’en mêler) et se rachetant une conscience en versant son obole aux organisations caritatives aidant les « bons pauvres ».

Les pétromonarchies semi-féodales/semi-coloniales nous donnent la version islamique contemporaine : l’exploitation maximale et raciste des prolétaires immigrés (indiens, philippins), confinant à l’esclavagisme (et notamment l’esclavagisme sexuel), combinée à une posture morale achetée à coup d’aumônes.

Tous les discours sur le contenu progressiste, libérateur, féministe, universaliste de l’islam ont exactement la même valeur que les discours sur le contenu progressiste, libérateur, féministe, universaliste du catholicisme. Cela peut être l’interprétation sincère et légitime de quelques-uns. Mais la religion ne fait que refléter (et par la suite consolider) une base socio-économique donnée.

Le mouvement Islam (acronyme d’Intégrité - Solidarité - Liberté - Authenticité - Moralité) est l’expression d’une petite bourgeoisie représentant une tranche particulière, mais substantielle de l’émigration marocaine (et berbère plutôt qu’arabe) de la fin des années ’60 et du début des années ’70 en Belgique. Cette immigration qui, tout en subissant l’exploitation capitaliste et une oppression politico-administrative (avec les obstacles initiaux fait au regroupement familial par exemple), a néanmoins, à ses propres yeux et en fonction de ses critères de primo-arrivant d’une région misérable, « réussi ».

Ils se sont en masse, sinon tout à fait sortis du salariat pour devenir commerçant, du moins propriétaires de multiples appartements. Le plan qu’avait la bourgeoisie belge pour eux (travaillez ici puis rentrez chez vous), certains l’avaient pour eux-mêmes : l’achat d’une maison pour leur retraite (voire de maisons pour leurs enfants) au Maroc est quasiment systématique dans cette génération.

La bourgeoisie belge n’a pas pensé l’immigration marocaine en terme d’intégration parce que, répétons-le, le plan initial était de renvoyer ces immigrés au pays une fois leur force de travail suffisamment exploitée ou rendue inutile par un changement de la natalité indigène et/ou les progrès de la mécanisation.

Les témoignages abondent que, dans la sélection des candidats à l’émigration, les éléments susceptibles de favoriser l’intégration (par exemple la maîtrise de la langue française) étaient des handicaps à la sélection. Les entreprises belges craignaient une fusion de cette immigration dans la classe ouvrière telle que constituée socio-politiquement à l’époque, c’est-à-dire avec un haut niveau de conscience, d’organisation et de combativité politico-syndicale.

Il y a une coupure radicale, générationnelle, entre cette génération réactionnaire, à la fois raciste et « racisée », à la fois exploitée et fière de sa réussite économique, et celle de leurs enfants et petits-enfants.

Ceux-ci sont arrivés sur le marché de l’emploi alors que la crise générale du capitalisme avait créé un sous-emploi massif et endémique. Le racisme et leurs handicap socio-économique, comme enfants d’émigrés, les ont massivement pénalisés sur le marché de l’emploi.

Certains et certaines membres de ces nouvelles générations, au prix d’efforts que les non-racisés ne peuvent deviner, ont pu faire un parcours socio-professionnel qu’un Belge de 3e ou 4e génération trouverait « normal ». D’autres sont coincés dans une spirale de marginalisation où ils perdent jusqu’aux codes élémentaires jugés nécessaires à une intégration (le langage « de la rue » a toujours existé, mais certains en vienne à ne plus connaître que celui-là).

Il y a eu glissement d’une situation où il était normal d’être prolétaire, et où l’objectif socio-économique était d’être commerçant, vers une situation où la condition de prolétaire devient un objectif socio-économique en soi. L’idéal petit-bourgeois réalisé par la génération précédente existe encore : il suffit de voir le nombre infini de petits commerces, snacks, enseignes franchisées, etc. qui ouvrent (et ferment...). Mais la crise du capital crée des conditions économiques telles que l’activité commerciale/artisanale indépendante n’offre plus une perspective de masse à cette nouvelle génération.

Des partis et mouvements comme Islam sont aveugles à cela. Comme tous les bourgeois et petits-bourgeois, ils voient dans leur réussite le seul fruit de leur mérite. Ils ne remettent pas en cause le capitalisme ou l’économie de marché. Au contraire ! Ils en sont les premiers défenseurs et partant, sont prêts à commettre pour leur profit tous ce que la bourgeoisie belge a commis sur leur dos. « Racisés », ils sont prêt à « raciser » (les Noirs, les Roms, les Juifs…). Eux-mêmes sont prêts à toutes les oppressions et à tous les racismes, pourvu qu’eux, hommes arabo-berbero-musulmans-hétéros, aient la position dominante.

Que les discours islamistes (avec la charia comme projet politique, la non-mixité dans les transports en commun, etc.) du mouvement Islam fassent le miel des islamophobes, c’est bien évident. Pointant chacun la spécificité (les uns pour la valoriser, les autres pour la dévaloriser), islamistes et islamophobes sont dans la même relation d’interdépendance que les sionistes et les anti-sémites.

Les forces démocrates bourgeoises (y compris ce groupe social qui, issus de l’immigration marocaine, n’aspire qu’à se fondre dans l’establishment belge) sont pour partie dans le déni : le mouvement Islam ne seraient qu’une minorité, pas du tout représentative, extrémiste, etc. Rien n’est plus faux, Islam représente bel et bien un courant authentique, profondément ancré, massif, d’une petite-bourgeoisie tout à la fois de formation récente mais aux repères idéologiques anciens, réactionnaires et patriarcaux.

Mais cette petite-bourgeoisie est « racisée » (et de fait, elle l’est), qu’elle est de la « bonne » communauté. Alors nos très radicales Bruxelles Panthères (Structure partageant peu ou prou la même idéologie que le PIR en France) et nos très radicaux ex-PTB vont leur faire la cour et frayer avec le mouvement Islam.

Mais sur quel terrain cet accord tant désiré peut-il se réaliser ?

- Si la société belge est largement empreinte de racisme, les lois ne le sont plus, sauf en direction de ceux dont le mouvement Islam n’a cure : les nouveaux migrants.

- Les violences policières ? Islam ne reproche à la police que son racisme et, en bon mouvement réactionnaire qu’il est, son « laxisme ».

La base d’unité sur ces fronts sont faibles.

Reste la Palestine, la sainte Palestine, la Mère de toutes les Causes.

Les maoïstes marocains l’ont toujours dit :

« si vous voulez faire la part, parmi les Marocains qui soutiennent la Palestine, entre ceux qui sont animé d’un chauvinisme par procuration (la Palestine est « à nous ») mâtiné d’antisémitisme, et ceux qui sont animé d’une volonté de libérer un peuple de l’oppression, regardez leur position sur le Sahara occidental, regardez leur position sur l’oppression des peuples et minorités dans les pays arabes. »

Le soutien à la Palestine était, dans les années ’70, un ferment de conscience politique révolutionnaire dans le monde arabe. Il était souvent persécuté pour cela. Aujourd’hui, c’est devenu un dérivatif d’autant plus efficace qu’en Palestine même l’hégémonie des forces réactionnaires (Hamas à Gaza et Fatah en Cisjordanie) est totale.

Un soutien à la Palestine qui est délibérément focalisé sur elle et non-critique quand au caractère politique des forces de la résistance, devient l’espace privilégié de cohabitation entre forces réactionnaires authentiques et progressistes fourvoyées.

Nous disions que la légitime tendance à être radical, à aller au fond des choses, débouche, faute d’un cadre théorico-idéologique fort, systématiquement sur des positions objectivement contraire à l’intention initiale. Nous retrouvons ici ce phénomène ou la prétendue radicalité dans le soutien à la libération de la Palestine débouche sur le soutien à des forces réactionnaires et oppressives. Parce que le Hamas représente la résistance à Israël (et, de fait, il la représente), il faudrait le soutenir comme s’il s’agissait de soutenir la cause de la Palestine elle-même.

En suivant ce fil caractérisé par le manque de principe, l’absence d’un projet politique propre, les choix opportunistes se suivent et se ressemblent : on soutiendra par exemple le régime iranien, ou celui de Assad, ou même le califat de Daesh, « parce qu’il est contre Israël et les États-Unis », même si ces régimes sont réactionnaires et persécutent de la pire des manières leurs propres minorités nationales et religieuses.

Calicot de l'"Appel belge pour la libération de GIA". Relevons ici l'erreur dans le patronyme du militant emprisonné

La tentative récente d’OPA de Bruxelles Panthères, d’ex-PTB/ex-Egalité, et de la « Plate-forme Charleroi-Palestine », sur la campagne pour la libération du communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah est une parfaite illustration de cet opportunisme issu d’un radicalisme sans principe. Cette campagne a été initiée et portée depuis plus de 15 ans par le Secours Rouge. On peut reprocher au Secours Rouge son éclectisme politique et idéologique, fondamentalement anti-parti, il n’en reste pas moins qu’il soutient les prisonniers communistes en valorisant leur authentique identité politique.

Bruxelles Panthères et les ex-PTB, réunis dans l’« Appel belge pour la libération de Georges Abdallah », ont porté sur ce terrain leur opportunisme et leur confusionnisme. Il y a d’abord eu une pétition pour que le ministre belge des affaires étrangères fasse pression sur les autorités françaises, pétition dont l’absurdité confine au ridicule (espérer que le ministre Reynders fasse pression sur Macron pour libérer Abdallah !), jusqu’à la tribune offerte à un youtubeur français proche de Dieudonné.

L’islamisme « soft », le communautarisme, le soutien non-critique et exclusif à la Palestine, sont des dérives opportunistes dans lesquels des personnes et des forces progressistes s’enlisent au point de risquer de perdre leur caractère progressiste.

Si elles ne l’ont pas déjà perdu.

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste de Belgique
13 avril 2018

vendredi 13 avril 2018


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