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Programme d’unité d’action de l’U.G.T. et de la C.N.T. − 1938

publié par le journal Frente Rojo le 18 mars 1938, rédigé à Barcelone

La C.N.T. et l’U.G.T., pénétrées du souci constant de remporter la victoire, d’assurer la défense des conquêtes politiques et économiques obtenues par le prolétariat pendant la révolution, et de tendre de toute manière à leur extension, créent un Comité national de liaison, dont elles définissent les fonctions sur les bases suivantes :

DÉFENSE NATIONALE

L’U.G.T. et la C.N.T. reconnaissent les énormes succès obtenus par la création de l’armée populaire, par la consolidation de sa combativité et le perfectionnement de la qualification de son commandement et sont décidées à renforcer tous les éléments susceptibles de faciliter la création de l’armée régulière combative qui sera la garantie de la victoire dans la guerre actuelle et dans tous les conflits armés avec l’extérieur qui pourraient éclater à la suite de cette victoire.

Le maintien et le renforcement des liens fraternels dans les rangs de l’armée, sous le drapeau de l’antifascisme, doit être le souci permanent de la C.N.T. et de l’U.G.T.

Les syndicats doivent par tous les moyens aider à la formation de fortes réserves qui permettront de compléter les cadres de l’armée populaire, qui assureront à l’armée les possibilités de mener sans interruption des opérations offensives et la relève régulière des troupes du front.

Dans ce but les syndicats veilleront à ce que leurs adhérents exécutent avec enthousiasme l’ordre de mobilisation.

Ils mèneront parmi les ouvriers une campagne en faveur de la préparation militaire ; ils prendront part à la préparation prémilitaire ; ils prendront toutes mesures pour éviter les arrêts dans la production consécutifs au départ des ouvriers envoyés à l’armée et, pour cela, ils s’occuperont de la préparation professionnelle des femmes et des hommes que l’on dispense d’être mobilisés dans l’armée.

Les deux organisations (U. G.T. et C.N.T.) prévoient la conservation le renforcement de l’institution des commissaires politiques dans l’armée et se prononcent pour que dans le corps des commissaires soient représentées régulièrement, et avec équité, toutes les forces antifascistes.

L’U.G.T. et la C.N.T. s’engagent à ce que cette participation régulière des forces antifascistes soit observée rigoureusement et infailliblement.

Au même titre et avec les mêmes droits que les commissaires militaires des troupes du front, doit fonctionner l’institution des commissaires dans la marine, la flotte et dans l’aviation, ainsi que parmi les corps de troupes de l’arrière.

Les deux organisations feront tous leurs efforts pour que les liens d’amitié qui unissent les officiers de l’ancienne armée aux nouveaux officiers issus du peuple se resserrent de plus en plus, sans pour autant permettre le retour des côtés négatifs qui régnaient avant le 19 juillet, dans l’ancienne armée.

Les organisations de l’U.G.T. et de la C.N.T. s’efforceront d’obtenir du gouvernement les fonds nécessaires pour le développement intensif des travaux de fortification, de construction et de réfection des routes et voies ferrées, ainsi que la construction de refuges pour la population civile.

Le contact étroit avec les combattants étant le souci constant des syndicats, ils les considèreront comme leurs adhérents, s’occupant de leurs besoins et des besoins de leurs familles, mais cela sans s’immiscer dans les fonctions ayant un caractère purement militaire.

Les motifs qui poussent l’U.G.T. et la C.N.T. à donner une expression commune à ces revendications immédiates, sont le désir de vaincre rapidement et définitivement le fascisme, d’appliquer une démocratie authentique dans toutes les organisations et dans les domaines de l’activité militaire, d’utiliser l’institution des commissaires pour l’épuration et la consolidation de l’armée populaire et, par leur expérience, leur force, aider en fait les gouvernements [espagnol et catalan] en facilitant leurs tâches dans une grande mesure.

L’INDUSTRIE

La C.N.T. et l’U.G.T. reconnaissent la nécessité de l’accroissement de la production industrielle de notre pays, surtout de l’industrie de guerre, par la coordination et l’intensification des efforts des syndicats dans ce domaine.

Les deux organisations s’efforceront d’assurer un arrière fort et discipliné et devront inculquer à tous les ouvriers, sans distinction de spécialité, un esprit d’abnégation et de sacrifice en accord avec les exigences du moment, afin que, sans ménager leurs forces, ils s’appliquent à satisfaire les besoins de la guerre.

C’est dans cet esprit que l’U.G.T. et la C N.T. défendront les mesures suivantes :

L’INDUSTRIE DE GUERRE

Le service du ravitaillement militaire doit mettre en vigueur l’unité de direction des usines de guerre en accord avec le Conseil national d’industrie de guerre qui sera créé avec la participation de la C.N.T, et de l’U.G.T.

Adaptation de toutes les usines et entreprises qui peuvent être utilisées pour la défense du pays, aux besoins de l’industrie de guerre.

Centralisation de toutes les matières premières, en premier lieu de celles servant au ravitaillement de l’industrie de guerre.

Les transports, qui par leur caractère sont appelés à répondre aux besoins de la guerre, doivent être réquisitionnés, militarisés et remis à la disposition des gouvernements en réservant la partie tout à fait indispensable pour éviter des interruptions dans l’industrie et le commerce à l’arrière.

Les organisations syndicales de l’U.G.T. et de la C.N.T. collaboreront à la création rapide d’une puissante industrie de guerre.

Les syndicats doivent se poser comme tâche immédiate et obligatoire, l’éducation des ouvriers dans l’esprit de la vigilance aiguë envers toute sorte de sabotage et de négligence dans la production et de lutter contre de tels faits, en relevant le rendement du travail et en améliorant la qualité de la production.

LA NATIONALISATION

Il est indispensable de procéder de la manière la plus urgente à la nationalisation des mines, des chemins de fer, de l’industrie lourde, de la flotte marchande, des banques et de toutes les autres branches de l’industrie, indispensables au relèvement de l’économie nationale après les décisions conformes des organes d’Etat compétents.

Les entreprises nationalisées doivent être centralisées et leur travail doit être systématisé.

LES CONSEILS NATIONAUX D’INDUSTRIE ET LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’ÉCONOMIE

Pour exécuter ce plan de nationalisation de l’industrie, ainsi que pour organiser la production d’après un plan général, l’U.G.T. et la C.N.T. proposent de créer immédiatement un Conseil supérieur économique de l’État avec la participation des deux organisations syndicales.

Le Conseil supérieur économique élaborera le plan de l’économie nationale avec l’aide des conseils nationaux d’industrie, auxquels participent aussi les syndicats ; il réglementera, en particulier dans les branches nationalisées de l’industrie, la production, la répartition, les crédits, les prix et la nomenclature des marchandises, l’importation et l’exportation des denrées, le taux de la plus-value, le commerce, etc. utilisant tous les moyens indispensables pour assurer son fonctionnement sans interruption.

Le gouvernement promulguera les lois dans le domaine de l’économie nationale après accord avec le Conseil national économique.

Le Conseil national économique organisera l’inspection du travail dans toutes les branches de la production.

LA PRÉPARATION PROFESSIONNELLE

Outre les mesures réalisées et à réaliser par le gouvernement dans le domaine de l’éducation professionnelle, les syndicats contribueront à élever le niveau culturel technique et professionnel des ouvriers par l’organisation de cours spéciaux et d’écoles subventionnées par l’Etat.

MUNICIPALISATION DES ENTREPRISES URBAINES

La C.N.T. et l’U.G.T. reconnaissent comme indispensable la régularisation ou la réorganisation sur la base de la municipalisation de ceux des services communaux qui l’exigent, par leur importance et leur caractère.

Estimant que les biens immobiliers sont propriété de l’Etat, les propriétés urbaines, à l’exception de celles qui ne rapportent qu’un petit revenu, doivent passer sous la gestion des municipalités sur la base des lois promulguées par le gouvernement à cet effet.

LA COLLECTIVISATION

L’U.G.T. et la C.N.T. estiment qu’il est indispensable de donner un statut légal aux entreprises collectivisées et qu’il est nécessaire dans ce but, de promulguer des lois qui établissent la nature des entreprises collectivisées qui doivent être conservées et les conditions dans lesquelles elles doivent travailler (leur structure leurs fonctions, le volume de leur production, etc.).

Les entreprises collectivisées qui n’appliqueront pas ces lois devront être liquidées.

L’Etat doit aider les entreprises collectivisées qui exécuteront ces lois et qui fourniront un bon rendement.

Les lois sur les entreprises collectivisées doivent être élaborées et proposées au gouvernement par le Conseil supérieur économique de l’Etat.

SALAIRE, PRIX ET RAVITAILLEMENT

L’amélioration du niveau de vie des ouvriers et la lutte contre la cherté et la pénurie des denrées de consommation courante sont une nécessité pressante.

C’est pourquoi la C.N.T. et l’U.G.T. estiment qu’il est indispensable d’appliquer les mesures suivantes :

Les syndicats doivent redoubler de vigilance dans la lutte contre les spéculateurs. Cette tâche incombe en premier lieu aux organisations syndicales des ouvriers et employés des hôtels et restaurants, des boulangeries et aux autres syndicats de l’alimentation et des travailleurs du commerce.

Il faut encourager la formation de puissantes coopératives de consommation pour la vente au détail et l’organisation de coopératives. de production en appliquant à ces dernières des lois les plus strictes, de même que la création de centres coopératifs importants pour le commerce d’exportation sous le contrôle sévère de l’Etat et en conformité avec les instructions du Conseil économique.

D’autre part, il faut élaborer un plan d’importation des denrées alimentaires de première nécessité dans le but d’assurer aux ouvriers et à leurs familles la ration de vivres à des prix qui concordent avec leurs salaires.

Le gouvernement doit de même contrôler et réglementer la consommation intérieure de tous les produits qui sont à la base de notre politique d’exportation.

L’U.G.T. et la C.N.T. estiment qu’il est indispensable d’établir un salaire minimum en concordance avec le coût de la vie et en tenant compte, d’une part, de la qualification des ouvriers et, d’autre part, de la productivité de chacun d’eux.

Dans ce sens, elles défendront le principe suivant « celui qui travaille plus et mieux, touche un salaire plus élevé » et cela indépendamment du sexe et de l’âge - et tant que l’exigeront les intérêts du relèvement de l’économie nationale.

Dans ce but il est nécessaire de créer une Commission nationale de réglementation des salaires et des prix, avec la participation des centrales syndicales.

Il doit être fourni aux ingénieurs et aux techniciens, tant dans les entreprises collectivisées que dans celles de l’Etat, toutes les conditions matérielles indispensables à leurs travaux scientifiques et de production, qui faciliteront l’augmentation de la productivité du travail.

LE COMMERCE

Les deux organisations sont unanimes à estimer qu’il est indispensable d’appliquer un contrôle sévère sur le commerce extérieur, en ce qui concerne l’importation et l’exportation, afin d’assurer au pays les matières premières et les fonds de devises étrangères.

Le commerce extérieur doit se baser sur les conditions suivantes :

Les ouvriers doivent de manière conforme être représentés dans les organismes du commerce qui seront créés sous la direction du Conseil supérieur économique.

En ce qui concerne les bénéfices découlant du commerce extérieur, les lois en vigueur doivent être appliquées.

LE CONTRÔLE OUVRIER

Le Comité de coordination estime que le contrôle ouvrier représente en lui-même une des plus appréciables et des importantes conquêtes des ouvriers.

Le Comité de coordination considère qu’actuellement il est nécessaire de promulger une loi sur le contrôle ouvrier, afin de définir les droits et les obligations des ouvriers.

Dans ce but, il estime qu’il est indispensable d’appliquer les mesures suivantes :

Le gouvernement doit publier une loi sur le contrôle ouvrier en indiquant les fonctions des ouvriers dans le domaine du contrôle de la production et de son efficacité, sur la participation des ouvriers à la direction et aux bénéfices, sur les conditions de travail des ouvriers et les règlements de protection de la législation sociale.

Les organismes de contrôle ouvrier sont élus sur la base démocratique, par le vote direct, avec la participation de tous les ouvriers de l’entreprise intéressée, ce qui garantira l’application de la véritable démocratie ouvrière et la défense des intérêts des ouvriers.

L’AGRICULTURE

L’U.G.T. et la C.N.T. se prononcent pour la nationalisation immédiate de la terre, qui doit être remise en jouissance de préférence aux collectivités et coopératives agricoles, en premier lieu aux collectivités et coopératives créées par l’U.G.T. et la C.N.T.,tout en respectant la volonté des paysans qui désireraient travailler la terre individuellement.

L’Etat doit mener une politique de soutien des collectivités déjà existantes donnant la préférence à celles de l’U.G.T. et de la C. N. T. ainsi qu’aux collectivités, créées d’après la loi, d’après les principes du volontariat, par des travailleurs de la terre appartenant aux syndicats.

En ce qui concerne les paysans qui travaillent individuellement leurs terres, on institue l’inviolabilité de la petite propriété terrienne sous condition que le paysan prouve que sa terre a été acquise légalement et s’il remplit les conditions requises par la loi.

Les deux centrales syndicales défendront toutes les conquêtes des paysans et tendront à élever la production agricole. Pour cela il est indispensable :

a) De réglementer la culture de la terre, en sorte que la culture individuelle ne gêne pas la culture collective.

b) D’élever le niveau de vie des cultivateurs sur la base de la hausse des prix des denrées agricoles, afin que les paysans touchent pour leurs denrées des prix correspondants aux prix pratiqués pour les marchandises manufacturées qu’ils achètent, ce qu’il faut régulariser.

c) Le gouvernement doit donner aux paysans, et de préférence aux collectivités et coopératives de l’U.G.T. et de la C.N.T., la possibilité d’acquérir des instruments aratoires, des semences, des engrais, etc. .., ainsi que des crédits par l’intermédiaire de la Banque agricole nationale dont l’existence est une nécessité.

d) Il faut stimuler la création de fermes expérimentales (écoles agricoles), au moins une par région pour la préparation d’agronomes, de mécaniciens, d’organisateurs et d’administrateurs des collectivités et des coopératives.

e) Développer l’industrialisation de l’agriculture et la rationalisation des cultures agricoles.

MESURES SOCIALES

L’U.G.T. et la C.N.T. considèrent qu’il est indispensable de procéder à la révision de la législation du pays dans le but d’affermir les conquêtes obtenues par le prolétariat et d’abolir les lois allant à l’encontre de ces conquêtes.

De promulguer des lois sur la protection contre les accidents du travail et sur l’assistance sociale, qui évitent aux ouvriers toutes privations et souffrances en cas d’accident, de maladie et de vieillesse.

Le gouvernement doit élaborer des lois pour assurer le sort des familles des ouvriers.

Il est indispensable de réviser toute la législation civile, criminelle, commerciale, etc.

Les deux centrales syndicales estiment qu’il est indispensable de procéder au rachat des richesses nationales, des organisations économiques et à leur régularisation juridique, afin d’assurer l’indépendance totale du pays.

La C.N.T. et l’U.G.T. sont disposées à aider la production en facilitant dans tous les domaines : politique, syndical, commercial, l’application de tous les moyens et mesures capables de hâter la victoire.

Tous les organismes représentatifs, tant syndicaux que gouvernementaux, qui seront créés dans les buts sus-indiqués doivent en accord avec les deux organisations comprendre la participation de l’U.G.T. et de la C.N.T. sur la base de la représentation proportionnelle d’après les forces de chacune des organisations dans la localité intéressée.

Les deux organisations s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires pour que dès la fin de la guerre contre les fascistes, il soit garanti au peuple espagnol, et particulièrement à la classe ouvrière, le libre choix de la forme de gouvernement conforme aux sacrifices actuels et qui assurera à notre pays une véritable démocratie.

Le Comité national de coordination doit à chaque moment donné et dans chaque cas concret analyser les problèmes concernant la libre expression de l’opinion et l’application impartiale de la justice.

SUPPLEMENT

L’U.G.T. et la C.N.T. ont examiné la proposition de la Confédération nationale du travail sur la participation des organisations syndicales au gouvernement.

Après l’examen de cette question, elles adoptèrent les résolutions suivantes :

1. L’U.G.T. qui a jusqu’ici considéré qu’elle était représentée au gouvernement par le Parti socialiste et maintenant par les Partis socialiste et communiste, estime que la solution définitive de cette question appartient aux autorités constitutionnelles compétentes du pays et aux partis politiques adhérant au Front populaire.

2. L’U.G.T. reconnaissant les particularités de la situation de la C.N.T. déclare ne pas s’opposer à la participation de la C.N.T. au gouvernement.

Les deux organisations examineront incessamment la question de leur adhésion au Front populaire.

samedi 27 février 2016


La guerre d’Espagne