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Peuples du monde, unissez-vous dans la lutte pour l’interdiction totale des armes nucléaires – 1971

Trois déclarations du Gouvernement de la République populaire de Chine sur la question de la lutte pour l’interdiction totale des armes nucléaires

DÉCLARATION DU GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE
(30 juillet 1971)

Le 15 juin 1971, le gouvernement soviétique a fait parvenir au Gouvernement de la République populaire de Chine une déclaration proposant de « convoquer une conférence des cinq puissances possédant des armes nucléaires : Union soviétique, Etats-Unis d’Amérique, République populaire de Chine, France et Grande-Bretagne » pour « examiner les problèmes du désarmement nucléaire dans son ensemble ». A ce sujet, le gouvernement chinois tient à faire la déclaration suivante :

Tous les pays du monde, grands ou petits, sont égaux en droits. Il appartient aux différents pays du monde d’examiner et de régler ensemble les affaires qui les concernent, et il est inadmissible que quelques puissances s’en assurent le monopole. C’est un principe régissant les relations internationales que tout pays doit observer.

La prévention de la guerre nucléaire, l’élimination de la menace nucléaire ainsi que l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires sont autant de problèmes qui touchent à la paix et à la sécurité de tous les pays du monde ; et les quelques pays nucléaires n’ont pas le droit de mettre à l’écart la plupart des pays du monde et de tenir arbitrairement une conférence pour examiner des problèmes aussi importants et prendre des décisions à leur sujet.

L’histoire d’après la Seconde guerre mondiale nous montre que les négociations entamées uniquement entre quelques puissances possesseurs de l’arme nucléaire ne peuvent absolument pas régler les problèmes du désarmement nucléaire. En juillet 1963, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique ont conclu un « traité sur l’arrêt partiel des essais nucléaires ». Par la suite, l’Union soviétique et les Etats-Unis ont élaboré ensemble une série de traités sur la soi-disant « limitation » des armes nucléaires dont le traité sur la « non-prolifération des armes nucléaires ».

En novembre 1969, ils ont entamé les entretiens sur la « limitation des armements stratégiques ». Mais cela n’a pu apporter une restriction quelconque à la course des Etats-Unis et de l’Union soviétique aux armements nucléaires. Bien au contraire, ces deux pays procèdent sans discontinuer à l’expérimentation des armes nucléaires, en accroissent sans cesse la production et le stockage et implantent des troupes munies d’armes nucléaires dans de nombreux pays, faisant planer ainsi une grave menace sur la paix mondiale et la sécurité des peuples de tous les pays.

Il y a longtemps que les peuples du monde ont perdu confiance dans les négociations des puissances nucléaires sur le désarmement. Ils ont toutes les raisons d’estimer qu’il est impossible de régler l’ensemble des problèmes du désarmement nucléaire en comptant sur deux superpuissances nucléaires, et qu’il n’est pas possible non plus de les régler même en leur associant encore quelques autres puissances nucléaires.

Face à la menace nucléaire de l’impérialisme, la Chine est obligée de développer son armement nucléaire. Et cela, à des fins uniquement défensives, pour briser le monopole nucléaire de l’impérialisme et éliminer finalement les armes nucléaires. Ses armes nucléaires se trouvent encore au stade de l’expérimentation.

Aujourd’hui, elle n’est pas encore une puissance nucléaire ; et elle ne sera jamais une « superpuissance nucléaire » pratiquant la politique de monopole, de menace et de chantage nucléaires. Elle ne consentira en aucun cas à participer aux prétendues négociations des puissances nucléaires sur le désarmement nucléaire entreprises derrière le dos des pays non nucléaires.

Aussi le gouvernement chinois ne peut-il accepter la proposition du gouvernement soviétique sur la convocation d’une conférence des cinq puissances nucléaires.

La position du gouvernement chinois sur le problème des armes nucléaires est depuis toujours claire et précise :

1. Le gouvernement chinois a toujours préconisé l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires ;

2. Il a déclaré à maintes reprises qu’en aucun moment et en aucune circonstance la Chine ne serait la première à utiliser ces armes ;

3. Il a toujours proposé qu’une conférence au sommet de tous les pays du monde soit convoquée pour discuter de l’interdiction complète et de la destruction totale des armes nucléaires, et que, comme premier pas, cette conférence doive parvenir à un accord sur le non-recours aux armes nucléaires. Le gouvernement chinois tient maintenant à réaffirmer solennellement la position susmentionnée.

Le gouvernement chinois est d’avis qu’en vue de réaliser l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires, les Etats-Unis et l’Union soviétique qui disposent de quantité d’armes nucléaires doivent séparément ou conjointement faire une déclaration en prenant publiquement l’engagement de n’employer les premiers, en aucun moment et en aucune circonstance, des armes nucléaires, de démanteler toutes les bases nucléaires implantées sur les territoires d’autres pays et de retirer leurs armes nucléaires stockées sur ces territoires et leurs troupes nucléaires qui y sont stationnées.

La question de savoir s’ils peuvent agir de la sorte est une épreuve permettant de voir s’ils ont ou non le désir de réaliser le désarmement nucléaire.

Comme par le passé, le peuple chinois œuvrera, de concert avec les peuples du monde entier, en poursuivant ensemble les efforts et en persévérant dans la lutte, pour la réalisation de ces nobles objectifs : l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires.


INTERVENTION DE KIAO KOUAN-HOUA, CHEF DE LA DÉLÉGATION DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE, AU SUJET DE LA PROPOSITION DE L’UNION SOVIÉTIQUE RELATIVE A LA CONVOCATION D’UNE CONFÉRENCE MONDIALE DU DÉSARMEMENT, A LA SÉANCE PLÉNIÈRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’O.N.U.
(24 novembre 1971)

Monsieur le président, Messieurs les représentants,

Dans son intervention du 15 novembre, la Délégation de la République populaire de Chine a déjà explicité la position fondamentale du gouvernement chinois sur la question du désarmement. Je voudrais maintenant faire quelques remarques sur la proposition de la délégation soviétique relative à la convocation d’une conférence mondiale du désarmement.

1. La Chine a été de tout temps pour le désarmement. Mais nous estimons qu’on ne peut affirmer en termes généraux que le désarmement est d’une importance primordiale, ni rejeter la responsabilité de la course aux armements sur tous les pays, ni demander sans discrimination à tous les pays de procéder au désarmement.

A l’heure actuelle, la situation réelle est la suivante : l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme continuent à pratiquer la politique d’agression et de guerre, tandis que de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, comme les autres pays moyens et petits, sont exposés à l’agression et aux menaces.

Ces pays sont obligés de mettre sur pied et de renforcer le potentiel de leur défense pour combattre et prévenir l’agression, l’intervention, la subversion et le contrôle venus de l’extérieur. Par exemple, les peuples vietnamien, lao et cambodgien mènent la guerre de résistance à l’agression américaine, pour le salut national ; le peuple palestinien et les autres peuples arabes poursuivent la lutte pour le droit national à l’existence et le recouvrement des territoires occupés ; la Guinée et d’autres pays africains s’engagent dans la lutte contre l’agression armée et les menaces de subversion des colonialistes ; et les peuples du Mozambique, d’Angola, de Guinée (Bissau), du Zimbabwe, d’Azanie et de Namibie luttent contre la domination colonialiste et l’oppression raciale des Blancs et pour la libération nationale.

S’ils ont pris les armes, c’est simplement parce qu’ils sont obligés de le faire, il n’est donc pas question de course aux armements. Pour les peuples de ces pays et de ces territoires, à l’heure actuelle, la question d’une importance primordiale n’est assurément pas le désarmement, mais la sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté du pays, et la conquête du droit national à l’existence.

Sans établir la distinction entre les agresseurs et les agressés, entre ceux qui menacent et ceux qui sont menacés, on demande à tous les pays de prendre des mesures de désarmement ; cette thèse ne saurait qu’engager le désarmement dans une fausse voie et ne profite qu’aux impérialistes.

2. Un quart du siècle s’est écoulé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Les deux super-puissances ont à ce jour encore plus d’un million d’hommes des forces navales, aériennes et terrestres stationnés à l’étranger, occupant des milliers de bases militaires.

C’est encore ces super-puissances qui refusent obstinément l’interdiction et la destruction des armes nucléaires, développent frénétiquement leur armement nucléaire, se disputent la supériorité nucléaire et se servent de cela comme d’un instrument pour pratiquer leur politique de chantage, d’expansion, d’agression et de guerre. Les menaces pour la paix mondiale et la sécurité des peuples de partout proviennent précisément de ces deux super-puissances.

Dans ces circonstances, il est parfaitement juste que les peuples du monde et tous les pays épris de paix leur demandent de retirer la totalité de leurs troupes de l’étranger, de démanteler toutes les bases militaires implantées en territoire étranger et de prendre des dispositions efficaces pour prévenir la guerre nucléaire.

Il est du devoir de l’Assemblée générale de l’O.N.U. de prendre des mesures effectives et non pour la forme, sérieuses et non superficielles afin de donner satisfaction à cette aspiration légitime et de conjurer le danger d’une nouvelle guerre mondiale, notamment d’une guerre nucléaire.

Le 31 juillet 1963, le gouvernement chinois a déjà fait une déclaration préconisant d’interdire et de détruire les armes nucléaires complètement, intégralement, totalement et résolument, et proposant de convoquer une conférence des chefs de gouvernement de tous les pays du monde pour discuter de cette question.

Il a souligné dans ladite déclaration :

« Que tous les pays du monde, nucléaires ou non nucléaires, proclament solennellement qu’ils interdiront et détruiront les armes nucléaires complètement, intégralement, totalement et résolument. Concrètement parlant, ils s’abstiendront d’employer les armes nucléaires, de les exporter, de les importer, de les fabriquer, de les expérimenter et de les stocker, ils détruiront toutes les armes nucléaires ainsi que leurs vecteurs existant dans le monde et dissoudront tous les établissements de recherche, d’expérimentation et de fabrication des armes nucléaires dans le monde. »

Cette proposition du gouvernement chinois a reçu le soutien de nombreux pays du monde, mais il est regrettable que les deux puissances nucléaires n’y aient pas répondu favorablement jusqu’à ce jour. Par contre, depuis les années 60, elles ont pondu le traité sur l’arrêt partiel des essais nucléaires, le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et d’autres, que certains ont qualifié en termes élogieux de désarmement nucléaire par accumulation.

Mais au fond, c’est sous le couvert du désarmement nucléaire que ceux-ci entreprennent l’expansion des armements nucléaires, consolident le monopole nucléaire des deux super-puissances, profèrent des menaces nucléaires et pratiquent le chantage nucléaire envers les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine comme envers les autres pays moyens et petits.

Ils ont pour idée maîtresse de s’assurer la possession exclusive des armes nucléaires et d’interdire aux autres de s’en doter. Ce qui est évidemment injustifiable. Sans l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires, il est impossible de s’attendre à ce que les pays en proie aux menaces des deux puissances nucléaires ne développent pas l’armement nucléaire à des fins défensives.

3. Pour s’acheminer vers l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires, il convient de saisir la question clé comme premier pas, au lieu de tourner autour du pot en s’accrochant aux problèmes secondaires.

Il faut avant tout que les pays possesseurs d’armes nucléaires s’engagent à ne pas employer les premiers des armes nucléaires l’un contre l’autre, et notamment à ne pas recourir aux armes nucléaires contre les pays non nucléaires et les zones non nucléaires. Il ne doit pas être difficile de prendre un tel engagement si l’on a vraiment le désir d’éviter la guerre nucléaire et de s’acheminer vers l’interdiction complète des armes nucléaires.

Maintenant, beaucoup de pays demandent à créer des zones dénucléarisées et pacifiques ; cela est juste, et ils ont le soutien de la Chine.

Mais pour que ces régions soient réellement à l’abri des menaces de la guerre nucléaire, il faut avant tout que toutes les puissances nucléaires prennent l’engagement de ne pas utiliser des armes nucléaires contre elles, d’en évacuer toutes les forces nucléaires et de démanteler toutes les bases et installations nucléaires qui y sont implantées. Faute de quoi, la création de zones dénucléarisées et pacifiques sera impossible, et le danger d’une guerre nucléaire persistera toujours.

Les deux super-puissances nucléaires ont non seulement produit et stocké quantité d’armes nucléaires sur leurs territoires respectifs, mais encore elles ont implanté des bases nucléaires sur le territoire d’autrui ; leurs avions porteurs d’armes nucléaires survolent continuellement d’autres pays et leurs navires chargés d’armes nucléaires croisent dans tous les océans du monde.

Tout cela fait planer de graves menaces sur la sécurité des peuples de partout. Le peuple japonais en a fait l’expérience. Par conséquent, si les puissances nucléaires ont vraiment le désir de ne pas recourir aux menaces nucléaires et de réaliser ensuite le désarmement nucléaire, elles doivent alors démanteler toutes leurs bases nucléaires implantées en territoire étranger, retirer toutes les armes nucléaires ainsi que leurs vecteurs qui y sont stationnés. Sinon, comment peut-on demander aux autres de croire à leur désir de réaliser le désarmement nucléaire ?

4. Si la Chine développe son armement nucléaire, c’est qu’elle est obligée de le faire sous la menace nucléaire des deux super-puissances. Nous développons l’armement nucléaire à des fins uniquement défensives, pour briser le monopole nucléaire des super-puissances et éliminer finalement les armes nucléaires.

Les armes nucléaires de la Chine en sont encore au stade expérimental et ses essais se font seulement sur son territoire national et dans les limites nécessaires. La Chine ne sera, ni maintenant ni jamais dans l’avenir, une « super-puissance » pratiquant la politique de monopole, de menace et de chantage nucléaires. Dès sa première explosion nucléaire, le gouvernement chinois a déclaré solennellement au monde, et je l’ai réaffirmé en son nom dans mon intervention du 15 novembre : En aucun moment et en aucune circonstance, la Chine ne sera la première à utiliser des armes nucléaires.

Nous n’avons jamais eu qu’une parole. Nous préconisons de détruire totalement les armes nucléaires et de conjurer la guerre nucléaire, mais face au danger de l’agression étrangère, y compris celui d’une attaque-surprise nucléaire, le peuple chinois n’a d’autre choix que de renforcer les préparatifs en prévision d’une guerre, préparatifs entièrement défensifs.

La politique à laquelle nous nous sommes toujours conformés est : si l’on ne nous attaque pas, nous n’attaquerons pas ; si l’on nous attaque, nous contre-attaquerons. Nous souhaitons sincèrement qu’un accord puisse être conclu sur l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires, mais nous ne pouvons pas encore renoncer à une défense nécessaire avant la réalisation de l’interdiction complète et de la destruction totale des armes nucléaires.

5. L’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires, la prévention de la guerre nucléaire et la suppression des menaces nucléaires touchent à la paix et à la sécurité de tous les pays du monde.

Pour une question aussi importante, tous les pays du monde, grands ou petits, possesseurs ou non d’armes nucléaires, doivent avoir le même droit à la parole ; un petit nombre de pays n’a pas le droit de tourner le dos à la grande majorité des pays du monde et de se réunir arbitrairement pour examiner cette question et prendre des décisions.

Je réaffirme ici au nom du gouvernement chinois : la Chine ne consentira en aucun cas à participer aux négociations des puissances nucléaires sur le prétendu désarmement nucléaire dans le dos des pays non nucléaires. La Chine ne se joindra jamais, malgré la possession de quelques armes nucléaires, au soi-disant club des puissances nucléaires.

Le gouvernement chinois a été de tout temps pour la convocation d’une conférence mondiale appelée à discuter de l’interdiction complète et de la destruction totale des armes nucléaires.

La tenue d’une telle conférence doit contribuer réellement au désarmement nucléaire et à l’atténuation des menaces de la guerre nucléaire, et non servir à dissimuler l’expansion des armements nucléaires et à aggraver les menaces d’une guerre nucléaire ; elle doit aider à faire progresser la lutte des peuples du monde épris de paix pour l’interdiction complète des armes nucléaires, et non servir à les endormir et à les mystifier.

Cette conférence doit avoir un objectif clair et précis, à savoir : examiner les problèmes de l’interdiction complète et de la destruction totale des armes nucléaires. Comme premier pas, un accord solennel doit d’abord être conclu dans le sens que toutes les puissances nucléaires s’engagent à n’employer a aucun moment ni en aucune circonstance des armes nucléaires.

Par ailleurs, le gouvernement chinois estime que pour réaliser l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires, les Etats-Unis et l’Union soviétique qui possèdent quantité d’armes nucléaires doivent faire d’abord séparément ou conjointement une déclaration en s’engageant publiquement :

(1) A ne pas être les premiers à utiliser, en aucun moment et en aucune circonstance, des armes nucléaires ; à ne pas recourir aux armes nucléaires contre les pays et zones non nucléaires ;

(2) A démanteler toutes les bases nucléaires implantées en territoire étranger et à retirer toutes les forces armées nucléaires, toutes les armes nucléaires et leurs vecteurs qui y sont stationnés.

Pour ce qui est du niveau de la conférence, nous continuons à préconiser la participation des chefs de gouvernement des différents pays. Mais, nous sommes prêts à écouter et à considérer les opinions différentes. Quant à la question de savoir s’il faut tenir cette conférence dans le cadre des Nations unies ou en dehors de cette organisation, cela peut faire l’objet de consultations et de discussions.

6. La délégation chinoise estime que le projet présenté par la délégation soviétique sur la conférence mondiale du désarmement n’a ni défini clairement les objectifs à atteindre, ni proposé des mesures effectives.

Si l’on suit la proposition soviétique, une telle conférence mondiale du désarmement se transformera immanquablement en un club permanent qui sombrera dans de vains bavardages et ne résoudra aucun problème de fond. Ainsi, tout en parlant du désarmement, on poursuivra indéfiniment l’expansion des armements. Cela ne répond pas aux aspirations des peuples du monde, et nous ne saurions y consentir.

Les négociations internationales sur le désarmement se poursuivent depuis de longues années. Des conférences innombrables ont eu lieu, de même que des déclarations et des accords en nombre incalculable ont été rendus publics. L’O.N.U. a adopté de nombreuses résolutions à ce sujet. Animés de bonne volonté et du désir de faire avancer le désarmement, beaucoup de pays membres ont approuvé ces résolutions, mais les faits impitoyables montrent qu’elles ne sont que du papier sans valeur et que les deux superpuissances s’en servent pour induire en erreur l’opinion mondiale.

La délégation chinoise est d’avis que nous devons dresser le bilan de l’expérience historique des 20 et quelques années écoulées et en dégager les leçons qui s’imposent. Il ne nous faut pas permettre à l’O.N.U. de se convertir en un instrument de la politique de certaines grandes puissances.

Partant de leurs besoins politiques à un moment donné, elles ont fait adopter des résolutions apparemment louables par une majorité qui leur a été acquise grâce à des tactiques multiples.

Mais une fois ces résolutions passées, les super-puissances poursuivent et même intensifient l’expansion des armements et la préparation à la guerre comme si de rien n’était.

Ainsi le résultat ne peut être que celui-ci : plus nombreuses sont les résolutions adoptées par l’O.N.U., plus s’abaisse son prestige. Aujourd’hui, il est temps de changer cette situation peu reluisante. Il nous faut œuvrer pour prendre un nouveau départ.

Nous ne devons pas agir inconsidérément ni prendre une décision à la hâte sur une question aussi importante que le désarmement, mais nous consulter pleinement les uns les autres et poursuivre la discussion pour trouver les moyens de contribuer réellement au désarmement nucléaire et éviter de discuter sans pouvoir prendre de décision, de voir la décision rester lettre morte et de continuer ainsi à décevoir les peuples du monde dans leur attente.

Aussi la délégation chinoise propose-t-elle à la présente session de l’Assemblée générale de ne pas mettre aux voix le projet de résolution soviétique sur la conférence mondiale du désarmement.


NOUVELLE RÉFUTATION DE L’ATTAQUE DU REPRÉSENTANT DE L’UNION SOVIÉTIQUE MALIK CONTRE LA CHINE, PAR KIAO KOUAN-HOUA, CHEF DE LA DÉLÉGATION DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE A L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’O.N.U.
(26 novembre 1971)

Monsieur le président, Messieurs les représentants,

La délégation chinoise estime nécessaire de dire quelques mots sur le discours que Monsieur Malik, représentant de l’Union soviétique, a prononcé le 24 novembre en séance plénière.

1. Le représentant soviétique a tout fait pour nier que l’Union soviétique soit une super-puissance qui, comme les Etats-Unis, tente de s’assurer le monopole des armes nucléaires et poursuit la politique de menace et de chantage nucléaires contre les autres pays.

C’est peine perdue. Personne n’ignore que ce sont précisément l’Union soviétique et les Etats-Unis qui possèdent en quantité des armes nucléaires, qui refusent obstinément et à ce jour encore de prendre l’engagement de ne pas utiliser les premiers les armes nucléaires et continuent à maintenir d’importantes troupes et de nombreuses bases militaires à l’étranger, y compris des forces armées nucléaires et des bases nucléaires.

Les Etats-Unis et l’Union soviétique ont mijoté en commun le traité sur l’arrêt partiel des essais nucléaires et celui sur la non-prolifération des armes nucléaires, et ont tenu absolument à les imposer aux autres dans le but de monopoliser les armes nucléaires et de placer les autres pays sous leur contrôle ; voilà ce que nous ne saurions en aucun cas accepter.

La direction de l’Union soviétique s’est livrée à l’agression, à la subversion, au contrôle et à l’intervention contre d’autres pays ; ce qui est connu des représentants de bien des pays ici présents. La Chine en a été victime et je ne veux pas m’arrêter ici sur cette affaire. Des faits innombrables sont là pour prouver que ce que pratique la direction de l’Union soviétique n’est nullement le socialisme, mais justement comme Lénine l’a indiqué, le socialisme en paroles, l’impérialisme dans les faits, c’est-à-dire le social-impérialisme.

2. Le représentant soviétique a accusé la Chine de jouer un « duo négativiste sino-américain » parce qu’elle s’est prononcée contre la proposition soviétique sur la convocation d’une conférence mondiale du désarmement. C’est de la démagogie à bon marché qui ne vaut pas la peine d’être réfutée.

Au fond, qui est-ce qui exécute un duo avec l’impérialisme américain ? Des forces armées soviétiques, des unités de fusées comprises, se sont implantées massivement en République populaire de Mongolie, au nord de la Chine ; les Etats-Unis, de leur côté, maintiennent de nombreuses bases militaires et nucléaires au Japon même et à Okinawa, à l’est de la Chine. N’est-ce pas là un duo ?

C’est non seulement le cas pour la Chine, mais encore pour l’Europe, le Moyen-Orient, la Méditerranée, l’océan Indien et d’autres parties du monde, dont les affaires, selon la direction de l’Union soviétique, dépendent uniquement de l’accord soviéto-américain. Qu’est-ce donc sinon un duo ?

3. Le représentant soviétique s’est complètement démasqué par son intervention. Il s’oppose à ce que les autres qualifient l’Union soviétique de super-puissance. Cependant, son discours est une expression vivante du comportement d’une super-puissance qui dicte la loi aux autres pays, avec force gestes autoritaires. Il n’appartient qu’à la Chine seule de décider de ce que la délégation chinoise doit dire et faire et de l’attitude qu’elle doit adopter.

Elle n’a pas de leçon à recevoir du représentant soviétique. L’attitude du représentant soviétique envers la Chine est une autre mouture des agissements despotiques auxquels l’autre super-puissance a eu recours il n’y a pas longtemps envers certains pays afro-asiatiques.

Le représentant soviétique a sans doute pris l’habitude de jouer au patriarche dans son petit univers. Selon lui, les autres doivent obéir à tout ce qu’il dit sous peine d’être taxés d’antisoviétiques. Respectés représentants soviétiques !

Vous vous trompez. Il ne s’agit pas là de verser dans l’antisoviétisme, mais de combattre votre chauvinisme de grande puissance et votre politique social-impérialiste, dont nous avons depuis longtemps fait l’expérience.

Le peuple chinois n’a que faire de votre pacotille et votre baguette n’est plus opérante. L’époque où les super-puissances disposaient du monde est à jamais révolue. Les pays moyens et petits dans le monde sont de plus en plus nombreux à discerner toujours plus clairement votre vrai visage. Plus tôt la délégation soviétique s’en rendra compte et mieux cela sera et pour elle-même et pour le travail des Nations unies.

4. Dans son intervention, le représentant soviétique, affichant les airs d’un « combattant vétéran de la paix », s’est employé sans se lasser à vanter la lutte menée depuis plus de 20 ans par l’Union soviétique pour le désarmement.

Un principe simple mais important du marxisme-léninisme est qu’il faut juger d’une personne non à ses paroles mais à ses actes. Il n’y a pas longtemps, l’Union soviétique a signé avec un pays voisin de la Chine un prétendu traité de paix, d’amitié et de coopération qui est en réalité un traité d’alliance militaire.

Encouragé et soutenu par ce traité, ce pays a déclenché une agression armée flagrante contre le Pakistan, un autre voisin de la Chine, aggravant ainsi la tension en Asie.

Ce qui a complètement révélé le vrai visage des dirigeants soviétiques qui se réclament de la « politique étrangère de paix ». Le gouvernement et le peuple chinois préconisent invariablement que les différends entre Etats doivent être réglés par les intéressés au moyen de négociations, et non par le recours à la force.

Le gouvernement et le peuple chinois, comme par le passé, soutiendront résolument le peuple pakistanais dans sa juste lutte contre l’agression étrangère et pour la sauvegarde de la souveraineté et de l’unité nationales.

Bref, pour ce qui est de l’agression et de la lutte contre l’agression, du désarmement et de l’expansion des armements, de la paix et de la guerre, ce qu’il faut, c’est l’action. Proférer des paroles ronflantes, faire le fanfaron et tirer vanité de son ancienneté, tout cela ne sert à rien.

Si le gouvernement soviétique avait vraiment le désir de réaliser le désarmement, en particulier, le désarmement nucléaire, le représentant soviétique devrait alors déclarer solennellement du haut de cette tribune qu’en aucun moment ni en aucune circonstance, l’Union soviétique ne sera la première à utiliser des armes nucléaires et qu’elle démantèlera toutes ses bases nucléaires à l’étranger et en retirera toutes ses armes nucléaires ainsi que leurs vecteurs. Respectés représentants soviétiques !

Oseriez-vous agir de la sorte ? Si vous aviez assez de courage, vous oseriez le faire ; si vous avez mauvaise conscience, vous n’oserez pas le faire, parce que vous êtes braves en apparence, mais couards dans le fond. Nous sommes certains que vous n’avez pas le courage de le faire. En est-il ainsi ? Répondez, je vous prie.

5. Si la délégation chinoise propose à la présente session de l’Assemblée générale de ne pas. mettre aux voix le projet de résolution soviétique sur la convocation d’une conférence mondiale du désarmement, c’est pour permettre à tous les Etats membres de l’O.N.U. de procéder à d’amples consultations et discussions sur une question aussi importante que le désarmement, notamment le désarmement nucléaire.

Nous partons du désir d’œuvrer de telle sorte que l’O.N.U., conformément au principe du consensus, puisse disposer d’un nouveau point de départ qui soit réellement favorable au désarmement.

Nous espérons toujours que notre proposition pourra être prise sérieusement en considération par vous tous. Mais si la délégation soviétique insiste sur la mise aux voix de son projet de résolution, la délégation chinoise se verra obligée de déclarer avec regret qu’elle ne participera pas au vote et qu’elle ne sera nullement engagée par le résultat de ce vote.

J’ai terminé. Merci, Monsieur le président !

mercredi 27 mars 2019


Les documents de 1971