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Parti Communiste d’Inde Marxiste-Léniniste /Guerre populaire : Crise générale du capitalisme - 1995

Cet article paru sous le titre "On general crisis of capitalism" dans le numéro de juillet-décembre 1995 de People’s War (p.39-72).People’s War est la revue théorique du Parti Communiste de l’Inde (marxiste-léniniste), une des organisations communistes indiennes.

Qu’entend-on par “crise générale du capitalisme” ? En quoi diffère-t-elle de la crise périodique du XIXe siècle ?

La crise générale du capitalisme (CGC) n’est autre que la crise permanente et universelle du capitalisme à l’ère de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne.

On utilise les termes de “crise générale du capitalisme” pour décrire le processus de désintégration du système capitaliste mondial lorsqu’il englobe tous les domaines de l’ordre bourgeois : économie, politique et idéologie.

Dans son ouvrage intitulé Problèmes économiques du socialisme en URSS, le camarade Staline a décrit la CGC de la façon suivante :

“La crise générale du capitalisme mondial est-elle uniquement une crise politique ou n’est-elle qu’une crise économique ?

Ni l’une ni l’autre. C’est une crise générale, c’est-à-dire totale, du système capitaliste mondial, recouvrant à la fois les domaines économique et politique.

Et il est clair qu’à la base de cette crise l’on trouve le déclin de plus en plus marqué du système économique du capitalisme mondial, d’une part, et la puissance économique croissante des pays qui se sont libérés du capitalisme - l’URSS, la Chine et les autres démocraties populaires - d’autre part.” [1]

Pour mieux comprendre la CGC, il convient de dégager les origines et de retracer le développement de la crise capitaliste.

Il est bien connu que les crises économiques ont été une caractéristique inhérente du système capitaliste dès les tout premiers temps de son apparition.

Ceci découle de la contradiction fondamentale du capitalisme - le caractère social de la production et l’appropriation privée du produit.

Les efforts du capitaliste industriel vers l’optimalisation de son profit, par rapport au faible pouvoir d’achat des travailleurs, sont la cause d’une production chaotique, débouchant sur une surproduction et sur des crises économiques périodiques.

Engels avait analysé ceci dans son brillant ouvrage intitulé La condition de la classe ouvrière en Angleterre :

“Les conditions anarchiques de la production et de la répartition modernes des denrées, les conditions de production qui sont régies par le profit au lieu de l’être par le souci de satisfaire aux besoins, les conditions sous lesquelles tout un chacun vaque à ses propres affaires en essayant de s’enrichir - de telles conditions ne peuvent manquer de déboucher sur de fréquentes périodes de stagnation.

Aux premiers temps de l’ère du développement industriel, la stagnation se limitait à l’un ou l’autre secteur de l’industrie par rapport à un marché, mais depuis la centralisation des activités des concurrents, les ouvriers, privés de travail dans un secteur particulier de l’industrie, envahissent un autre secteur, et ils en choisissent de préférence un auquel il est aisé de s’initier. C’est ainsi que les marchandises qui ne trouvent pas d’acheteur sur un marché se fraient un chemin dans un autre, et ainsi de suite. En se combinant progressivement, ces petites crises finissent immanquablement par déboucher sur des crises à grande échelle.” [2]

Dans ses Principes du communisme, Engels a également décrit comment, à l’ère de la concurrence libre, des crises périodiques sont amenées à se produire après chaque période de cinq à sept ans.

Il explique aussi quelles sont les raisons de ce genre de crises :

“Grâce à la machine à vapeur et à diverses autres inventions mécaniques, l’industrie à grande échelle s’est offert le moyen, en un court laps de temps et à peu de frais, d’augmenter la production à un degré quasi illimité.

La libre concurrence, qui est la contrepartie essentielle de la production à grande échelle, a revêtu un aspect extrêmement agressif, et ceci du fait de la facilité avec laquelle on produisait les marchandises.

Un certain nombre de capitalistes se sont rués sur les activités industrielles et très vite, on a fini par produire plus de marchandises qu’on ne pouvait en utiliser. Par conséquent, les marchandises fabriquées à la machine ne pouvaient être vendues, et il s’en est suivi une crise commerciale.

Des usines ont fermé leurs portes, des propriétaires d’usines ont fait faillite, et les travailleurs se sont retrouvés sans pain. Les souffrances ont sévi.

Au bout d’un certain temps, les produits excédentaires ont été vendus, les roues des usines se sont remises à tourner, les salaires ont augmenté, et progressivement, les affaires sont redevenues plus animées que jamais.

Mais cette prospérité n’a guère duré. Une fois de plus, on a produit trop de marchandises, une autre crise en a découlé qui a suivi le même cours que la précédente.

Tout au long de ce siècle, la vie industrielle a fluctué entre des périodes de prospérité et des périodes de crise, des crises similaires se sont produites par intervalles de cinq à sept ans, amenant avec elles la misère intolérable des ouvriers, une effervescence révolutionnaire générale, et exposant aux pires dangers l’ordre tout entier de la société.”

Chaque fois que le capital est confronté à une crise de conversion, c’est-à-dire à une crise de surproduction et à une chute des taux de profit, on assiste à des tentatives de surmonter temporairement la crise en réduisant les coûts de production et en évinçant les capitaux rivaux.

A cette fin, chaque capitaliste individuel augmente la production de marchandises par le biais d’une amélioration des moyens de production, et par une exploitation plus intense de la main-d’oeuvre, de façon à pouvoir atteindre une rentabilité du travail plus élevée que celle de ses concurrents.

Il s’ensuit que le capital et la production atteignent des niveaux de concentration et de centralisation toujours plus élevés, ce qui donne donc naissance à un capital monopoliste bâti sur la ruine des petits capitalistes et de ceux qui ne sont pas viables.

Dans un même temps, le capital cherche à étendre le marché en supprimant les rapports de production précapitalistes et en transformant toute la société en une gigantesque place de marché.

Mais les marchés nationaux deviennent trop limités et étriqués pour le capital monopoliste du fait des opportunités offertes à l’expansion illimitée de la production par les progrès énormes réalisés dans les domaines scientifique et technologique.

Ce qui fait que le capital national, devenu capital monopoliste à cause des niveaux élevés de concentration et de centralisation, tend à s’emparer du marché mondial.

Dans le même temps, afin de compenser la tendance à la chute du taux de profit imputable à la composition organique élevée du capital, le capital monopoliste vise à intensifier davantage son exploitation des colonies en même temps que celle de ses propres nationaux.

Cependant, le développement inégal du capitalisme dans les différents pays fait ressortir les contradictions entre les impérialistes et demeure la principale cause de la guerre impérialiste.

Du fait du développement du stade impérialiste du capitalisme et de la surenchère des efforts en vue de réaliser des profits maximaux, toutes les contradictions et les antagonismes se sont inévitablement intensifiés.

Ils produisent à intervalles réguliers des explosions sociales majeures telles que des guerres mondiales, des crises économiques mondiales dévastatrices, l’apparition du fascisme et la rupture des institutions démocratiques bourgeoises, ainsi que des révolutions socialistes et nationales-démocratiques.

La CGC est apparue au début de la période de stagnation en 1907, lorsque toutes les contradictions fondamentales ont commencé à prendre des proportions plus qu’inquiétantes. Grâce à une étude scientifique des conditions existant avant la guerre, le camarade Lénine, déjà en 1907, avait mis le doigt sur le danger d’une guerre mondiale et avait appelé les prolétaires des pays capitalistes à mettre à profit la crise révolutionnaire qui allait résulter de la guerre, pour qu’ils dirigent la révolution prolétarienne.

Le Septième Congrès de la Seconde Internationale, qui eut lieu à Stuttgart en 1907, s’était longuement penché sur le danger d’une guerre mondiale.

La fameuse Résolution de Stuttgart, formulée par Lénine et Rosa Luxemburg, envisageait que, confronté à une guerre impérialiste, le prolétariat devrait assumer les tâches suivantes :

“S’il apparaît une menace de guerre, il est du devoir de la classe ouvrière et de ses représentants parlementaires du pays impliqué, soutenus par les activités de renforcement du Bureau de l’Internationaliste Socialiste, de concentrer tous leurs efforts afin d’empêcher qu’éclate la guerre, et ce par tous les moyens qu’ils jugeront les plus efficaces et qui, naturellement, varient selon le degré atteint par la lutte de classes et le poids de la situation politique générale.”

“Si la guerre devait quand même éclater, il est de leur devoir d’intervenir en faveur de son dénouement rapide et de mettre tout en œuvre afin de tirer parti de la crise économique et politique provoquée par la guerre pour soulever les peuples et par là-même hâter l’abolition de la classe capitaliste dominante.” [3]

Le Huitième Congrès de la Seconde Internationale, tenu à Copenhague en 1910, avait repris le même thème.

La Conférence extraordinaire organisée à Bâle en novembre 1912 dans le contexte de l’imminence d’une guerre mondiale, avait recommandé aux travailleurs du monde entier d’adopter une position révolutionnaire contre la guerre et de mettre à profit la situation afin de faire progresser la révolution.

Bien que la première phase de la CGC ait débuté avec la Première Guerre mondiale, nous pouvons conclure sans hésiter que déjà en 1907, le capitalisme est entré dans sa période de crise générale, au moment où la fameuse Résolution de Stuttgart était formulée dans le contexte du durcissement des tentatives interimpérialistes en vue de s’assurer l’hégémonie mondiale.Ce durcissement aggrava la stagnation de l’économie mondiale, et du développement des mouvements ouvriers et populaires dans les pays impérialistes comme dans les nations réduites en esclavage.

C’est au cours de cette période qu’est apparu, au sein du Parti bolchevique, un processus destiné à débarrasser le Parti de ses éléments non-prolétariens hésitants, de tous ces liquidateurs, centristes et opportunistes de tout poil, et qu’un Parti d’un type nouveau fut créé en 1912 afin de faire face aux nouvelles possibilités révolutionnaires offertes par l’imminence de la guerre.

Les partis qui furent incapables de comprendre la CGC à l’époque de l’impérialisme et qui traiterènt la crise de la même manière que tout autre crise périodique des années précédentes - les Bernstein, Kautski, Otto Bauer, Adler et Cie -, qui croyaient que le capitalisme pouvait sortir de la crise comme il l’avait fait dans le passé et qui émettaient même la théorie selon laquelle le capitalisme pouvait résoudre sa crise par des moyens pacifiques, ces partis finirent par devenir les larbins de l’impérialisme lorsque la Seconde Guerre mondiale devint effectivement une réalité, et c’est ainsi, qu’en fin de compte, ils trahirent la révolution.

La CGC signifie que le capitalisme entre dans une période d’explosions violentes, telles les deux guerres mondiales, les dizaines de guerres locales et les divers soulèvements populaires à travers le monde que l’on a connus au XXe siècle. La CGC signifie que le capitalisme entre dans une période de crise chronique différente de la crise qui éclatait périodiquement tous les dix ans au cours de l’ère pré-impérialiste.

Auparavant, c’est-à-dire au cours de la période précédant la CGC, les crises cycliques ont servi à résoudre les contradictions et à rétablir l’équilibre au sein du système en ayant recours à des moyens violents et destructeurs.

Selon Marx, ce n’étaient jamais

“que des solutions momentanées et énergiques aux contradictions existantes, des éruptions violentes, destinées à rétablir pendant quelque temps l’équilibre perturbé” [4].

Ces crises éliminaient les firmes plus petites et moins efficaces, elles détruisaient une portion du capital afin de sauver ce qu’il en restait : elles conduisaient à une concentration accrue du capital et on les provoquait (ces crises) afin d’ouvrir de nouveaux marchés.

Elles menaient donc inévitablement à la reprise de la production capitaliste à un niveau plus élevé.

Ces crises cycliques suivaient un cours prévisible - crise, dépression, reprise, prospérité, dans cet ordre - se répétant tous les dix ans environ.

La période de prospérité des anciennes crises cycliques menait à l’absorption des sans-emploi et à une pleine utilisation de la capacité industrielle.

Sous de telles conditions de CGC, cependant, les anciennes crises cycliques ont subi des modifications et elles éclatent avec une intensité nouvelle. Les phases de crise et de dépression sont plus longues et ne sont pas nécessairement suivies d’une reprise et d’une vague de prospérité.

Si c’est néanmoins le cas, ces dernières, lorsqu’elles se produisent, sont de courte durée et sont davantage provoquées par certains stimuli externes tels que la guerre.

En bref, les crises deviennent plus ou moins chroniques, chacune emboîtant le pas à la précédente.

Les mouvements à la hausse au sein de la crise générale, c’est-à-dire les reprises et les périodes de prospérité, se font de plus en plus courts ; la dépression devient la caractéristique normale, interrompue par de brefs mouvements de hausse et de violentes explosions sociales et politiques.

Par exemple, la stagnation qui s’est produite entre 1907 et 1914 n’a donné naissance à aucune vague de prospérité, mais à une guerre mondiale violente et sanglante.

La crise qui a succédé à la Première Guerre mondiale s’est poursuivie pendant deux décennies jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, avec un bref mouvement de hausse au cours des années de stabilisation temporaire entre 1924 et 1929. La Grande Dépression n’a été suivie d’aucune vague de prospérité ni d’aucune reprise réelle, mais n’a pu se terminer que par une nouvelle guerre mondiale.

Comme l’a fait remarquer le camarade Staline :

“La crise économique qui a éclaté dans les pays capitalistes au cours du second semestre de 1929 a duré jusqu’à la fin de 1933.

Après cette date, la crise a connu une phase de dépression, et a été suivie ensuite d’une certaine reprise, d’une certaine tendance à la hausse de l’industrie.

Mais cette tendance à la hausse de l’industrie ne s’est pas transformée en vague de prospérité, comme c’est généralement le cas lors d’une période de reprise.

Au contraire, au cours du second semestre de 1937, une nouvelle crise économique a débuté, s’emparant tout d’abord des Etats-Unis et ensuite de l’Angleterre, de la France et d’un certain nombre d’autres pays.”

“Les pays capitalistes se sont donc trouvés confrontés à une nouvelle crise économique avant même de s’être relevés des ravages de la dernière.” [5]

Plus révélatrice encore, l’observation d’un économiste bourgeois, John Kenneth Galbraith :

“La Grande Dépression des années trente n’a jamais connu de fin. Elle a tout simplement disparu dans la grande mobilisation des années quarante.” [6]

Engels lui-même a insisté sur la nature changeante de la crise dans sa lettre à Bebel en 1886 :

“Nous sommes entrés dans une période beaucoup plus dangereuse pour l’ancienne société que celle des cycles de dix ans” et plus loin, “les crises deviennent chroniques.”

Une autre différence importante entre les anciennes crises cycliques et la CGC, c’est que cette dernière se caractérise par le chômage massif chronique et la sous-utilisation structurelle de la capacité industrielle, et ce, en dépit du développement massif de la puissance de production.

En fait, les forces productives se sont développées à un point tel, à la veille de la Première Guerre mondiale, que, selon une estimation de l’époque, il était possible de procurer les besoins vitaux à tous les citoyens si chacun ne travaillait qu’une seule heure par semaine.

Inutile de dire, aujourd’hui, que seules quelques minutes de travail suffiraient à fournir ces besoins vitaux à chaque personne de la planète.

Mais, ironiquement, c’est ce développement particulièrement gigantesque de la capacité de production qui a donné naissance à la crise mondiale, au chômage généralisé permanent, à l’appauvrissement massif, à la baisse des niveaux de vie et aux guerres mondiales. Les forces productives sont systématiquement détruites par le biais des fermetures d’usines, de la sous-utilisation permanente de la capacité, de la mise hors service de millions d’hectares de terres fertiles, de la destruction de matières premières, de céréales, de cheptels entiers et de marchandises manufacturées, pendant que l’on maintient en permanence des millions de gens à l’inaction et que l’on recourt inévitablement à la “solution finale” à la crise, c’est-à-dire aux guerres impérialistes.

Depuis le début de la CGC jusqu’à ce jour, ces caractéristiques se sont maintenues, bien qu’à des degrés variables selon les époques.

“Même au plus fort de la stabilisation temporaire du capitalisme entre 1924 et 1929, la capacité de production a été constamment sous-utilisée.

En 1928, l’année culminante de la prospérité, le taux d’utilisation de la capacité aux Etats-Unis était de 82%. Et en 1932, ce même taux d’utilisation de la capacité était retombé à 42% à peine.” [7]

Une autre caractéristique étrange de la CGC, c’est que le développement de la production industrielle s’accompagne d’une chute de l’emploi dans l’industrie. Par exemple, entre 1919 et 1927, la production dans les usines américaines avait augmenté de 147 à 170 (sur base 100 en 1914), alors que l’index de l’emploi passait de 129 à 115 (toujours sur la même base).

Tandis que la production industrielle augmentait de 20% au cours de la période de 1924 à 1929, le nombre total de travailleurs salariés diminuait de 2,6%.

Le nombre de travailleurs salariés dans l’industrie avait chuté de 9.039.000 à 8.742.000 aux Etats-Unis entre 1919 et 1929, même si l’index de la production industrielle, lui, avait grimpé de 84 à 119.

En Grande-Bretagne, entre 1923 et 1928, le nombre d’ouvriers au travail dans l’industrie avait chuté de 8.368.000 à 7.898.000, alors que l’index de la production avait grimpé de 88,7 à 96,3.

De sorte que pendant que la production augmentait de 8,5%, l’emploi, lui, baissait de 5,6%.

Au cours de la Grande Dépression de 1929 à 1932, la productivité de la main-d’œuvre (production par homme-heure) s’est accrue de 12% aux Etats-Unis, et ce, par le biais de la rationalisation, de la hausse des cadences, etc., tandis que douze millions de personnes restaient au chômage.

Dans le monde capitaliste dans son ensemble, le nombre total de chômeurs avait atteint le point culminant de 30 millions en 1933.

Par conséquent, des millions de travailleurs sont devenus superflus du fait que leur capacité de production était devenue trop élevée.

La crise sans précédent qui a commencé avec le krach de Wall Street en octobre 1929 et la dépression qui s’est terminée par la Seconde Guerre mondiale ont vu la destruction massive de forces productives équivalentes aux pertes endurées au cours de la Première Guerre mondiale.

En quatre années seulement, entre 1929 et 1933, 200 milliards d’hommes-heures ont été perdus, ce qui signifie une perte de 100 millions d’hommes-années, c’est-à-dire l’équivalent de ce que 10 millions d’hommes peuvent produire en 10 années.

Jusqu’à la fin de 1933, pas moins de 22 millions de sacs de café ont été brûlés ou jetés à la mer.

Le gouvernement américain a dépensé entre 7 et 20 dollars de subsides par acre [8] chez les planteurs de coton et ils ont procédé à la destruction de 11 millions d’arpents (soit 44.000 kilomètres carrés de coton ou une fois et demie la superficie totale de la Belgique !).

En décembre 1931, la production de cuivre a été limitée à 26% de la capacité des mines.

Au Danemark, on a abattu et brûlé du bétail à raison de 5.000 têtes par semaine. En vue de cette opération, le gouvernement a décidé la création d’un fonds spécial de destruction [9].

Aux Etats-Unis, environ 160 milliards de dollars en papier monnaie ont disparu dans l’atmosphère au cours des trois années de 1929 à 1932. Selon le Bureau américain des Statistiques du travail, les salaires totaux aux Etats-Unis ont baissé de 17,2 milliards de dollars en 1921 à 6,8 milliards de dollars en 1932.

En 1934, désireux d’expliquer la nature de la crise, le camarade Staline disait ceci dans son rapport au XVIIe Congrès du Parti :

“La crise économique actuelle, dans les pays capitalistes, se distingue de toutes les crises analogues, entre autres, par le fait qu’elle est la plus prolongée, qu’elle traîne en longueur.

Si, auparavant, les crises se terminaient au bout d’une ou deux années, la crise actuelle entre déjà dans sa cinquième année, en faisant d’année en année des ravages dans l’économie capitaliste dont elle absorbe la graisse amassée au cours des années précédentes. Rien d’étonnant que cette crise soit la plus pénible de toutes” [10].

Donnant les différentes raisons du caractère exceptionnellement prolongé de la crise, le camarade Staline observait encore :

“... la crise industrielle s’est déchaînée dans le cadre de la crise générale du capitalisme, au moment où celui-ci n’a déjà plus et ne peut plus avoir, ni dans les principaux Etats, ni dans les colonies et pays dépendants, la force et la solidité qu’il avait avant la guerre et avant la Révolution d’Octobre ; où l’industrie des pays capitalistes a hérité de la guerre impérialiste la sous-production chronique des entreprises, ainsi que des armées de millions de chômeurs, dont elle ne peut plus se défaire.” [11]

Il expliquait également pourquoi la crise cyclique ne peut opérer de l’ancienne façon :

“Est-ce à dire que nous ayons affaire à une période de transition, que la crise passe à la dépression ordinaire, qui entraînera un nouvel essor, un nouvel épanouissement de l’industrie ?

Non.

En tout cas, à l’heure présente, il n’y a pas de données directes et indirectes qui attestent une reprise imminente de l’industrie dans les pays capitalistes.

Bien plus : tout porte à croire que de telles données ne peuvent pas même exister, du moins dans un proche avenir.

Elles ne peuvent exister, parce que toutes les conditions défavorables qui empêchent l’industrie des pays capitalistes de se relever un peu sérieusement continuent d’agir. Il s’agit de la crise générale du capitalisme qui se prolonge et au milieu de laquelle se déroule la crise économique.

Il s’agit de la sous-production chronique des entreprises, d’un chômage massif chronique, de l’interpénétration de la crise industrielle et de la crise agricole, de l’absence de cette tendance vers un renouvellement quelque peu sérieux du capital fixe qui annonce habituellement le début d’un essor, etc.” [12]

Notre rapport de parti (du PCI-ML) de 1992 résumait comme suit ces caractéristiques de la CGC :

“La principale caractéristique de la crise générale du capitalisme est que le capitalisme dans son ensemble est enlisé dans une crise permanente de surproduction, de sous-utilisation de sa capacité, de chômage permanent de masse et d’inflation.

Cela veut dire que la survie même du capitalisme dépend de la destruction massive continuelle des forces productives.

Ceci est réalisé par les guerres mondiales et les guerres régionales, également par la sous-utilisation des capacités de production.

Cela rend la vaste majorité de la main-d’œuvre redondante.

Cela détruit les excédents de marchandises alors que la majorité des gens dépérissent d’indigence. Dans certains cas les techniques de pointe sont détruites et on en revient même à des méthodes de production arriérées afin de réaliser des profits plus substantiels.”

“Par conséquent, le déclenchement de la crise générale du capitalisme en 1914 a développé davantage encore la condition objective pour une révolution sociale qui, en fait, était apparue avec le commencement de l’époque impérialiste même.

Elle a porté toutes les contradictions de la société vers un point de rupture ; que ce soit la contradiction entre le capital et le travail, celle entre l’impérialisme et les nations opprimées, ou celle entre les diverses puissances impérialistes.

Le conflit entre les forces productives et les rapports de production existants a donc pris une forme explosive, menant dès 1914 déjà au fascisme, aux guerres mondiales et aux révolutions sociales qui continueront jusqu’à la victoire finale de la Révolution socialiste mondiale.” (p 8-9)

Le problème du chômage chronique et de la sous-utilisation de la capacité dans le monde capitaliste pouvait être résolu temporairement grâce à la Seconde Guerre mondiale, comme on l’a expliqué plus haut.

La guerre, qui a vu l’implication de presque tous les pays impérialistes ainsi que la majeure partie du monde colonial, a détruit les forces productives à un degré inégalé dans les annales de l’humanité. 50 millions de personnes ont été tuées, et 50 millions d’autres ont été blessées.

Des biens représentant des milliards de dollars ont été détruits. Des cités entières, même, comme Nagasaki et Hiroshima, ont été détruites.

Ce n’est que par le biais de telles destructions massives des forces productives, par l’incorporation à grande échelle des chômeurs dans les armées et la conversion de l’industrie civile en industrie destinée à la défense que l’on a essayé de résoudre la crise des années 1930.

Et pourtant, la guerre a donné naissance à une intense crise révolutionnaire à l’échelle mondiale et elle a affaibli l’impérialisme dans des proportions importantes.

La crise révolutionnaire a continué pendant presque une décennie après la guerre.

La totalité de l’Europe de l’Est, la Corée du Nord, le Nord-Vietnam et la Chine ont rompu avec le marché du monde capitaliste, aggravant de ce fait davantage encore la CGC.

Le système colonial de pouvoir direct par l’impérialisme a commencé à se démanteler très rapidement au cours de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale.

 Aggravation de la crise générale du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale

A son tour, la Seconde Guerre mondiale, qui était une expression de la CGC, a profondément aggravé cette crise.

Elle a intensifié toutes les contradictions fondamentales qui minaient inlassablement la force et la stabilité du capitalisme dans tous les pays.

Après la guerre, l’aggravation de la CGC s’est manifestée à travers les développements suivants :

1. Terrible affaiblissement de l’impérialisme. Les grands empires capitalistes d’autrefois - la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, la France, l’Italie, etc. - étaient dans un état d’épuisement, de ruine et de dévastation dû à la guerre, confinant presque à la paralysie totale, pendant un certain temps.

Les Etats-Unis sont devenus les seuls bénéficiaires de la guerre et, en fait, ils en sont sortis renforcés. L’hégémonie américaine, même, était un produit de la CGC. Elle pouvait prendre forme, même chancelante, à cause du profond état de crise auquel étaient confrontés tous les autres pays capitalistes.

2. La désintégration du marché capitaliste mondial et une diminution de sa sphère d’opération du fait de la formation d’un marché socialiste. Ceci a été décrit par le camarade Staline comme étant la séquelle économique la plus importante de la Seconde Guerre mondiale.

3. La dépendance croissante des pays capitalistes, particulièrement les Etats-Unis, vis-à-vis de la production d’armements et de matériel militaire de façon à absorber les excédents, à résoudre le problème des restrictions du marché et à augmenter la capacité de production.

Les Etats-Unis, qui étaient la seule nation à s’être relevée plus forte des cendres de la Seconde Guerre mondiale, comptabilisaient plus de 60% de toute la production industrielle du monde capitaliste.

Afin d’avoir une forte emprise sur les marchés et sur les sources de matières premières, la domination stratégique militaire sur le monde était indispensable.

Une économie permanente basée sur les armes, c’est-à-dire une économie de guerre, était donc absolument essentielle pour les Etats-Unis. D’énormes surplus étaient extraits du reste du monde par l’exportation de capitaux et de marchandises.

La gigantesque capacité de production dont ils disposaient grâce à ces surplus devait être orientée vers la production de munitions, d’où le but de lancer des guerres d’agression.

La guerre de Corée, la guerre en Indochine et les dizaines de guerres régionales qu’ils provoquèrent partout dans le monde étaient la conséquence des impératifs économiques décrits plus haut, en dehors de l’objectif politique, de détruire l’influence du camp socialiste. Sans ces guerres, sans la permanence de l’économie de guerre de l’impérialisme américain, ces dernier se seraient écroulés sous le poids de leurs propres contradictions internes.

Par exemple, le chômage aurait même surpassé les points culminants des années 30. Selon des estimations du Département américain du Commerce, si en 1946 le pays était retourné au niveau de production en vigueur en 1940, l’armée des chômeurs aurait compté, non pas un million de personnes comme en 1940, mais 19 millions de personnes.

4. L’effondrement de l’ancien système colonial, marqué par l’éclatement de luttes de libération nationale dans de nombreuses parties du monde colonial et semi-colonial, comme en Inde, en Indochine, en Birmanie, en Corée, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines et dans diverses régions d’Afrique.

5. Le durcissement de la lutte des pays capitalistes pour le contrôle des marchés capitalistes mondiaux devenant de plus en plus étriqués. L’hégémonie de l’impérialisme américain sur le monde capitaliste a commencé par être sapée à cause du déséquilibre dans le développement des pays capitalistes.

Vers le milieu des années 1950, on a fait des tentatives pour former un seul marché européen, et six pays d’Europe se sont réunis pour former la CEE en 1957.

A partir du milieu des années 1960, le Japon aussi a commencé à rogner sur les parts américaines dans le marché mondial.

Tout ceci a miné vers le début des années 1970 l’hégémonie économique américaine par rapport aux autres grandes puissances impérialistes.

6. Le grand développement d’après-guerre des forces démocratiques et socialistes du monde, qui affaiblissent fondamentalement la domination capitaliste et le système capitaliste dans son ensemble.

Le prestige économique et politique de l’URSS, de par son rôle prépondérant dans la défaite de l’Allemagne de Hitler et son relèvement rapide des effets de la guerre ; l’établissement de démocraties populaires révolutionnaires en Allemagne de l’Est, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Yougoslavie, en Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie et en Albanie ; le développement de mouvements puissants de libération nationale en Chine, en Inde, en Indochine, en Birmanie, en Corée, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines et dans diverses régions d’Afrique, atteignant leur point culminant dans la grande révolution chinoise et le développement d’une classe ouvrière et d’autres mouvements populaires partout dans le monde, tout cela a porté de lourds coups aux fondations mêmes du capitalisme et a miné la légitimité propre du système capitaliste.

En résumé, la scène mondiale de l’immédiat après-guerre a été marquée par trois grandes forces dynamiques : le déclin croissant du capitalisme mondial, le développement rapide du socialisme mondial et les efforts de l’impérialisme américain pour maîtriser le monde, efforts intensifiant les contradictions interimpérialistes, mais, de ce fait affaiblissant l’impérialisme dans son ensemble.

C’est en gardant à l’esprit les développements ci-dessus que le camarade Staline a conclu que le capitalisme ne pourrait jamais retrouver une stabilité, même temporaire, comme il le fit durant la période de 1924 à 1929.

Quels étaient alors les facteurs qui ont conduit à la reconstruction du capitalisme, les facteurs qui ont sauvé le capitalisme ? La survie du capitalisme durant les cinq décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale réfute-t-elle la théorie de la CGC ?
Chaque phénomène doit être étudié, analysé et compris historiquement.

Pour comprendre les raisons pour lesquelles une prédiction particulière ne s’est pas transformée en réalité, on doit examiner de près les circonstances historiques concrètes qui sont apparues.

Sur le passé, nous pouvons affirmer avec certitude que la déclaration du camarade Staline au sujet des conditions en vigueur en 1951 sont historiquement correctes.

Car, comme on l’a mentionné plus haut, lorsque le camarade Staline a écrit les lignes ci-dessus, les luttes de libération nationale faisaient rage et évoluaient avec une rapidité surprenante.

Le camp socialiste continuait à se renforcer davantage et la crise au sein des pays impérialistes sévissait au plus haut degré.

Les principaux pays impérialistes ne s’étaient pas encore rétablis de la destruction qu’ils avaient subie au cours de la Seconde Guerre mondiale.

La production industrielle dans la plupart des pays n’avait pas encore rattrapé les niveaux d’avant-guerre.

La désintégration de l’impérialisme et l’avance du socialisme et de la démocratie nationale étaient clairement à l’ordre du jour.

C’est à ce stade critique de l’histoire du monde qu’une combinaison de facteurs a contribué une fois de plus à stabiliser le capitalisme, quelque partielle et temporaire que cette stabilisation ait pu être.

Ces facteurs sont : la restauration du capitalisme en Union soviétique et en Europe de l’Est après la mort du camarade Staline et particulièrement à partir du XXe Congrès du PCUS en 1956 ; la poursuite de la domination coloniale via des méthodes néo-coloniales indirectes avec l’aide des bourgeoisies compradores et des marionnettes politiques dans les pays du tiers-monde, conséquences de la trahison de la plupart des dirigeants des mouvements de libération nationale ; les nouvelles méthodes adoptées par l’impérialisme pour sortir de la crise, telles que l’économie de guerre permanente et la militarisation massive ; l’intervention de l’Etat dans l’économie et la transformation du capitalisme monopoliste en capitalisme monopoliste d’Etat dans tous les pays impérialistes ; des séries de guerres locales et de guerres d’agression menées par les forces combinées de l’impérialisme ; l’importance croissante de la dette publique, suite à l’application de politiques keynésiennes.

Ces facteurs ont contribué à accorder un répit temporaire à l’économie capitaliste mondiale.

Ils ont permis de reculer l’échéance de la CGC.

Cependant, le keynésianisme, qui servait d’idéologie économique officielle du monde capitaliste au lendemain direct de la Seconde Guerre mondiale, a échoué lamentablement dans sa tentative d’empêcher l’aggravation de la CGC.

Après 18 années de prospérité économique, la plus longue période de prospérité de l’histoire du capitalisme, ce dernier retomba une fois de plus dans une stagnation prolongée, et ce dès 1973.

La prospérité, elle-même, avait un caractère illusoire, car elle était basée sur des guerres, sur un appareil militaire, sur le financement et la réglementation par l’Etat.

Elle se prolongeait grâce au gonflement de la dette et à l’accroissement de la spéculation.

Le chômage et la sous-utilisation de la capacité de production ont d’ailleurs continué à exercer leurs effets tout au long de cette période de “prospérité économique”.

Tous les facteurs qui ont donné naissance à la CGC avant la Première Guerre mondiale continuent à agir jusqu’à ce jour, conduisant à une aggravation des contradictions fondamentales dans le monde.

Malgré l’effondrement de toutes les bases socialistes établies, les peuples et nations opprimés du monde, ainsi que le prolétariat mondial, continuent à porter des coups à l’impérialisme et à progresser vers le socialisme.

Les contradictions parmi les diverses puissances impérialistes prennent graduellement un caractère antagoniste et mettent de plus en plus le doigt sur le danger de la fascisation et du déclenchement de guerres interimpérialistes.

La bourgeoisie a déclenché une offensive contre les prolétariats des pays impérialistes en jetant de plus en plus de travailleurs à la rue, en supprimant tous les programmes sociaux et en provoquant un situation d’insécurité sociale parmi les populations.

Le nombre de chômeurs aujourd’hui dépasse de beaucoup celui des années 30.

Le taux de chômage, à la mi-95, était de 12% en France et en Italie, de 15% en Grande-Bretagne, de 13% en Belgique, de 9% en Allemagne, de 6% aux Etats-Unis et de 23% en Espagne.

A la fin de 1994, il y avait 36 millions de personnes sans travail dans les pays capitalistes, ce qui représente 6 millions de plus que les chiffres en vigueur au cours des pires moments de la Grande Dépression des années 1930.

Plus alarmant encore est le fait que le capital pousse de plus en plus de gens à la rue, à cause de l’automatisation, de l’informatisation et du transfert d’industries dans les pays du tiers-monde répondant à une quête de main-d’oeuvre bon marché, et ce, afin d’élever la productivité et d’augmenter la compétitivité dans un monde de concurrence à couteaux tirés.

En outre, du fait de l’exploitation sévère des ressources mondiales par les compagnies multinationales et transnationales, la crise environnementale a atteint des proportions alarmantes et a donné libre cours à des mouvements de protestation à l’échelle mondiale.

L’appauvrissement de la masse, le déclin des niveaux de vie, l’insécurité sociale, l’augmentation drastique du taux de criminalité, etc., sont devenues des réalités quotidiennes dans le monde capitaliste. C’est ce que nous avons déclaré dans notre rapport de parti de 1992 :

“La crise économique mondiale prolongée qui sévit depuis 1973 n’a vu aucun ralentissement dans développement progressif et elle a même engendré des taux négatifs de croissance, un chômage de masse, une inflation (ou plutôt ‘stagflation’, pour reprendre l’appellation de ce nouveau phénomène historique de l’après-guerre) ainsi qu’un excès de la capacité industrielle...”

“La crise actuelle dans le système capitaliste mondial, qui sévit depuis le début des années 1970, est comparable à celle de la Grande Dépression des années 1930.

Mais elle est plus généralisé et de plus longue durée. Les courts soubresauts intermédiaires, que l’on a appelés à tort des reprises, n’ont amené aucune amélioration du chômage massif, ni des taux réels de croissance ni n’ont remédié à l’inflation. L’accroissement de la dépendance vis-à-vis de la dette est aujourd’hui la caractéristique de chaque économie dans un monde où la crise n’a fait que s’étendre dans l’espace et dans le temps.”

“La différence la plus importante entre la crise économique mondiale actuelle et celle des années 1930 réside dans le fait que les gouvernements, au niveau mondial, ont essayé d’appliquer toutes les mesures possibles contre cette crise et qu’ils ont lamentablement échoué.

En outre, ils sont plongés jusqu’au cou dans les dettes, ce qui n’était pas le cas dans les années 1930.”

“L’intervention massive des gouvernements pour sortir de la crise par le biais d’énormes emprunts et du financement des déficits s’avère futile.

Par exemple, en 1982, l’Etat a fourni 30% des besoins totaux dans l’économie des Etats-Unis et du Japon.

En Allemagne et en France, l’Etat a fourni 46% des exigences et, en Hollande, 60%.

Ils ont épuisé toutes les théories de l’arsenal du capitalisme, qu’elles soient keynésiennes, ‘socialistes’, néo-keynésiennes, ou qu’elles préconisent le marché libre.

Par conséquent, le scénario qui s’en dégage serait encore plus horrible que celui des années 1930. Ceci montre également à quel point étaient fragiles, instables et illusoires les fondements de la ‘longue période de 18 années de prospérité’ qu’avaient provoquée la guerre, l’intervention de l’Etat et le développement de la dette jusqu’en 1973.”

La CGC affecte tous les secteurs de la vie - l’économie, la politique, l’environnement et l’idéologie, et depuis 1973, elle accentue toutes les contradictions fondamentales du monde.

Le rapport du parti de 1992 a résumé les développements des deux dernières décennies dans le contexte de la CGC :

“C’est dans le contexte de cette évolution si pénible de la crise générale du capitalisme que l’on doit analyser les changements profonds qui se produisent au sein de la politique mondiale, et tout spécialement dans l’effondrement du statut de super-Etat de l’Union soviétique et de sa désintégration politique ; les développements en Europe de l’Est et en Chine ; l’affaiblissement de la superpuissance américaine ; la naissance d’autres puissances impérialistes ; l’agression impérialiste croissante contre les pays du tiers-monde ; le danger d’une guerre mondiale et la situation révolutionnaire qui gagne en intensité dans le monde d’aujourd’hui.”

 Les différentes phases de la crise générale du capitalisme

Les phases de la CGC ont été mentionnées par le camarade Staline en avril 1952.

On a dit que la première phase avait commencé avec la Première Guerre mondiale et la seconde phase avec la Seconde Guerre mondiale.

“La crise générale du système capitaliste mondial a commencé lors de la Première Guerre mondiale, en particulier avec la séparation de l’Union soviétique vis-à-vis du système capitaliste.

Cela a constitué un premier stade dans la crise générale. Une seconde phase dans la crise générale s’est développée lors de la Seconde Guerre mondiale, spécialement après que les démocraties populaires de l’Europe et de l’Asie se furent retirées du système capitaliste.

La première crise, au cours de la période de la Première Guerre mondiale, et la seconde crise, au cours de la période de la Seconde Guerre mondiale, ne doivent pas être considérées comme des crises séparées et indépendantes, mais comme des stades successifs du développement de la crise du système capitaliste mondial.” [13]

La première phase de la CGC a duré jusqu’en 1923, lorsque la première fournée de révolutions mondiales a été réprimée et que le capitalisme a été en mesure de se stabiliser temporairement.

Cela a été correctement signalé dans notre rapport du parti de 1984.

“Après 1917, une vague révolutionnaire s’est poursuivie durant cinq ou six années environ.

Ensuite, l’impérialisme a eu les coudées plus franches et a commencé à supprimer les mouvements révolutionnaires dans les pays capitalistes ainsi que la vague de soulèvements dans les colonies.”

“Par conséquent, une fois que l’impérialisme s’était retrouvé empêtré dans une crise générale (permanente) et impliqué dans une guerre mondiale, suite au développement accru de ses contradictions générales, et au moment où était apparue la première fournée de vagues révolutionnaires dans différents pays, la première phase de crise permanente de l’impérialisme était passée.” (p.12)

Après les six années de stabilisation qui se sont écoulées entre la fin de 1923 et octobre 1929, le monde a été plongé dans une nouvelle crise grave qui a débouché en une décennie exactement sur la Seconde Guerre mondiale. C’est donc ainsi qu’a commencé la seconde phase de la CGC.

Au cours de la période de quinze ans séparant les deux phases, la CGC a continué à sévir et à s’intensifier, aiguisant par là toutes les contradictions inhérentes du capitalisme.

Au vu de la durée de la seconde phase, on rencontre différentes opinions parmi les marxistes-léninistes.

La conception générale des marxistes-léninistes au cours des années qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale était que la seconde phase allait continuer jusqu’à l’effondrement total de l’impérialisme.

Comme nous l’avons vu plus tôt, toute stabilisation du capitalisme, quelque partielle, relative et temporaire qu’elle puisse être, a été réfutée par le camarade Staline. C’est ce qui a provoqué une grande vague de confusion quant à la durée de la seconde phase et au commencement de la troisième phase de la CGC.

Dans notre rapport du parti pour l’année 1984, nous avons mentionné que le second stade s’était terminé en 1975 et qu’un troisième stade de la CGC lui avait succédé immédiatement.

“En pratique, une vague révolutionnaire s’est répandue à travers le monde jusqu’en 1975.

Au lieu d’une seule zone révolutionnaire, un système socialiste composé de plusieurs zones est apparu.

Par conséquent, la seconde phase de la CGC, et consécutive à celle-ci, la phase de la seconde vague de révolutions qui s’était répandue travers le monde, était terminée.” (p.30)

“Même lorsque l’offensive de la seconde vague de révolution mondiale a temporairement marqué le pas à partir de 1975, on n’a même pas assisté à une stabilisation relative du système capitaliste ; en fait, parce que la situation a continué à s’aggraver tout au long de la troisième phase de la crise générale, et qu’on a assisté à un mûrissement de la situation révolutionnaire, la vague future de cette troisième fournée de révolutions est en train de bouillonner profondément partout, et la situation ressemble tout à fait au calme qui précède la tempête.” (p.64)

Notre conclusion selon laquelle la troisième phase de la CGC avait commencé en 1975 était basée sur la certitude qu’une troisième Guerre mondiale était imminente et qu’une telle guerre allait invariablement donner naissance à une troisième fournée de révolutions.

“Avec l’impérialisme enfoncé jusqu’au cou dans la troisième phase de la crise générale, et l’arrivée imminente d’une troisième guerre mondiale désastreuse, nous devons nous efforcer de transformer la défaite temporaire subie par la révolution socialiste mondiale en victoire et en marche vers l’avant.

A cette fin, les peuples opprimés de la terre entière devraient être mobilisés et préparés sous la direction de la classe ouvrière.

C’est la principale tâche à laquelle chaque parti communiste est confronté de nos jours.

Si nous pouvons consciemment préparer le parti et le peuple à épauler cette tâche, alors, au cours de la troisième phase de la crise générale, qui est amenée à provoquer une troisième fournée toujours plus intense de vague révolutionnaire, plus aiguë encore que les deux précédentes, nous pourrons obtenir de grandes victoires correspondant à la grande vague du futur.”(p.73-74)

En anticipant sur la guerre mondiale, nous avons établi les tactiques à adopter à la fois en cas de présence et en cas d’absence de bases socialistes capables de tenir compte des expériences des deux guerres mondiales.

Nous avons considéré la fin de la guerre en Indochine et la retraite de l’impérialisme américain comme l’achèvement de la seconde phase de la CGC.

Strictement parlant, le Komintern a utilisé le mot phase pour décrire une crise révolutionnaire à l’échelle du monde, et plus spécialement une crise révolutionnaire englobant une partie significative du camp impérialiste.

C’est pourquoi, lors de la défaite en 1923 des révolutions qui avaient éclaté en Europe, on a dit que la première phase de la CGC avait été réalisée, en dépit du fait que la situation révolutionnaire ainsi que la crise allaient s’intensifiant dans la plupart des colonies et des semi-colonies, et ce, même pendant et après la stabilisation temporaire du capitalisme.

Dans ce sens, on peut estimer que la seconde phase de la CGC s’est terminée vers le milieu des années 1950, lorsque les pays impérialistes les plus importants se sont en gros rétablis des ravages de la Seconde Guerre mondiale et lorsque la crise révolutionnaire dans ces pays s’est tassée.

Ceci a été souligné dans le rapport du parti de 1992 :

“Au milieu des années 1950, toutes les puissances impérialistes importantes ont surmonté le problème des pénuries et se sont stabilisées avec l’aide des impérialistes américains.

Après avoir rattrapé les niveaux d’avant-guerre vers le milieu des années 1950, leurs économies ont commencé à se développer rapidement pendant la décennie et demie qui a suivi, pour en fin de compte plonger dans une crise économique mondiale prolongée et ce, à partir des années 1970.

Les facteurs qui ont conduit à l’expansion économique durant 18 longues années, ont été épuisés vers le début des années 1970, donnant naissance à une intensification de la CGC et la rendant encore plus sévère qu’elle ne l’avait jamais été dans le passé.

L’apparition de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est en tant que rivaux impérialistes forts du marché mondial a aussi contribué à l’intensification de la crise générale.” (p.10)

Dans la plupart des pays du tiers-monde, naturellement, la crise révolutionnaire s’est poursuivie, étant donné qu’ils étaient opprimés par l’impérialisme, que ce soit par une domination directe ou indirecte par le biais des méthodes néo-coloniales.

L’existence d’une situation révolutionnaire dans le tiers-monde - un trait qui l’a caractérisé tout au long de l’ère impérialiste - est en soi insuffisante pour déterminer une nouvelle phase de la CGC.

Les luttes dans les pays du tiers-monde sont amenées à affaiblir l’impérialisme et à déboucher sur une intensification de la CGC, comme cela s’est produit au début des années 1970.

La crise économique mondiale dispose de toutes les potentialités pour se transformer en troisième phase de la CGC, c’est-à-dire en une crise révolutionnaire intense dans une partie considérable du camp impérialiste.

Comme l’expliquait le rapport du parti en 1992 :

“La crise économique qui, depuis 1973, se produit en tant que composante de la crise générale du capitalisme apparue en 1914, est la plus longue de l’histoire mondiale.

En fait, la crise économique actuelle avait commencé à la fin des années 1960 en Amérique et, en 1973, elle s’était étendue au reste du monde.

Comme elle a éclaté sous les conditions de la crise générale du capitalisme, lorsqu’il s’est avéré impossible pour le capitalisme de regagner la force et la stabilité qu’il avait avant la Première Guerre mondiale et la Révolution d’Octobre, la crise actuelle n’est pas simplement limitée dans les secteurs de la production et du commerce.

Elle a aussi affecté le système financier, le secteur des services, les accords sur la dette, les échanges avec l’étranger, etc. Elle a également intensifié les contradictions régnant dans les sphères sociales et politiques.” (p.8)

Il est vrai que les deux stades de la CGC étaient en rapport avec les guerres mondiales et, en particulier, avec la rupture de certains pays avec le système capitaliste mondial.

Mais il serait faux de déduire de ceci que les stades de la CGC devraient invariablement être associés aux guerres mondiales ou avec la rupture de certains pays avec le système capitaliste mondial.

Sans aucun doute, une guerre mondiale fournira inévitablement des ouvertures révolutionnaires pour la prise du pouvoir par le prolétariat en créant une crise révolutionnaire intense dans les pays impérialistes importants.

Cela conduira, par conséquent, à une aggravation de la CGC et précipitera l’effondrement du capitalisme.

Le succès des révolutions ne dépend pas simplement de la précipitation d’une crise révolutionnaire, mais de la question de savoir si oui ou non les partis révolutionnaires (les forces subjectives) ont été suffisamment entraînées et nourries de la théorie et des tactiques marxistes-léninistes pour tirer parti avec succès de la crise révolutionnaire qui se développe dans le sillage de la guerre.

Les deux stades décrits par Staline ont été des périodes d’intense crise révolutionnaire et si les forces subjectives avaient été suffisamment entraînées et préparées, la révolution socialiste mondiale aurait pu aboutir.

Le point essentiel lorsqu’on définit un stade de la CGC est donc l’apparition d’une crise révolutionnaire à l’échelle mondiale.

La rupture d’un ou de plusieurs pays avec le système capitaliste mondial, comme cela s’est produit durant les deux stades au cours des deux guerres mondiales, est une conséquence, et non une cause, de l’aggravation de la CGC.

Alors qu’un tel développement mène à une aggravation de la CGC, il est également possible que la défaite des révolutions dans la plupart des parties du monde, à cause de plusieurs facteurs historiques (les plus importants étant la faiblesse des forces subjectives et la force des opportunistes dans les rangs du prolétariat) puisse donner naissance à un équilibre temporaire dans la balance à l’échelle mondiale des forces de classes, et à une stabilisation temporaire du capitalisme.

Une crise révolutionnaire de niveau mondial peut se produire non seulement à partir d’une guerre mondiale, mais aussi d’une grande crise économique et de l’effondrement et de la ruine, sur le plan financier, de quelques économies capitalistes majeures.

Quelle que soit la cause, le critère important pour déterminer si une nouvelle phase de la CGC a commencé ou pas est de définir si oui ou non une crise révolutionnaire intense à l’échelle mondiale est apparue et si oui ou non il y a un affaiblissement objectif des mécanismes de l’Etat dans les pays impérialistes majeurs.

Depuis la fin des années 1980, une crise révolutionnaire a régné dans les anciens pays du bloc soviétique où le pouvoir d’Etat s’est affaibli considérablement.

Mais la crise révolutionnaire est principalement confinée à ces pays et n’a pas acquis le caractère d’une crise révolutionnaire à l’échelle mondiale.

Si la crise révolutionnaire s’étend à une partie considérable du reste du monde capitaliste, nous pouvons dire qu’un troisième et nouveau stade de la CGC a commencé.

A en juger par la cadence à laquelle la crise économique se déroule à présent, nous pouvons certainement dire que nous sommes à la veille d’un nouveau stade de la CGC, à la veille d’un troisième cycle de révolutions.

Que cette situation dure une autre période de cinq ans ou de dix ans, voilà qui est bien malaisé à prédire.

La stabilisation relative du capitalisme et son impact sur les luttes révolutionnaires du peuple

Comme nous l’avons vu dans ce qui précède, la première phase de la CGC, qui a commencé avec la Première Guerre mondiale, a donné naissance à une crise révolutionnaire de dimension mondiale.

Le monde capitaliste entier a été secoué par des soulèvements sociaux violents.

En 1917, la Russie s’est scindée du camp impérialiste et est séparée le premier pays socialiste.

Au cours de la guerre mondiale, la crise révolutionnaire était si aiguë dans les pays capitalistes qu’une action révolutionnaire décisive menée par le prolétariat aurait mené à bien les révolutions dans plusieurs pays d’Europe qui, à leur tour, se seraient également étendues à d’autres parties du monde.

C’était de la faute de la trahison des partis social-démocrates dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche, la France, la Grande-Bretagne, etc., à travers leur slogan de “défense de la patrie”, que les travailleurs ont été désarmés et n’ont pas été à même de saisir le pouvoir de l’Etat.

La crise révolutionnaire s’est poursuivie même après la guerre mondiale. En Europe centrale et de l’Est, il y a eu de sévères pénuries de nourriture et de matières premières, au cours de l’immédiat après-guerre.

En Allemagne, l’ancien régime avait été renversé en novembre 1918. L’effondrement de la machine d’Etat suite à la défaite de l’Allemagne dans la guerre porta le pouvoir aux mains du prolétariat.

En Italie, les usines avaient été occupées par les travailleurs en septembre 1920. C’était le point culminant de la vague de luttes partielles et de manifestations qui avaient eu lieu en 1919-1920.

En Autriche, l’ordre bourgeois avait été maintenu et la révolution des travailleurs anéantie par le parti social-démocrate sous Otto Bauer qui avait formé un gouvernement de coalition avec les partis bourgeois entre 1918 et 1920.

En Hongrie, une république soviétique fut établie en 1919 : elle dura 7 mois.

En Pologne et en Bulgarie aussi, le mouvement révolutionnaire battait son plein.

Ce fut la défaite des révolutions prolétariennes en Europe, défaite due principalement à l’attitude traîtresse de la social-démocratie, qui permit la stabilisation temporaire du capitalisme.

La stabilisation temporaire du capitalisme dans la foulée de la Première Guerre mondiale a pu s’opérer grâce aux quatre facteurs suivants :

1. Le premier a été la guerre civile ouverte et la guerre contre-révolutionnaire menée contre la Russie, la Terreur Blanche en Hongrie, en Pologne, etc.

La défaite des révolutions en dehors de la Russie a contribué directement à la stabilisation du capitalisme.

2. Le second facteur a été la social-démocratie et l’accord de concessions temporaires aux travailleurs.

La social-démocratie a été utilisée comme principale arme par le capitalisme pour sa propre reconstruction après la Seconde Guerre mondiale.

Confrontée à la menace des révolutions prolétariennes, auxquelles la bourgeoisie avait été incapable de s’opposer en un conflit direct, cette même bourgeoisie a conspiré pour distraire l’attention des travailleurs en faisant semblant de leur rendre les sièges du pouvoir par la formation de gouvernements de coalition avec les partis sociaux-démocrates et en accordant un certain nombre de concessions telles que des augmentations salariales, des diminutions de la journée de travail, des promesses de nationalisation et de socialisation, etc.

Toutes ces mesures, naturellement, ont été supprimées au moment où la bourgeoisie a du la consolider sa mainmise sur l’Etat.

3. Le troisième facteur qui a contribué à la reconstruction du capitalisme a été l’utilisation des colossales réserves du capitalisme américain. Les prêts et crédits américains versés en Europe pour redresser et reconstruire l’édifice ébranlé du capitalisme européen.

C’est sur cette base qu’a eu lieu la restauration de l’or en tant qu’étalon.

4. Le quatrième facteur dans la réalisation de la stabilisation partielle du capitalisme a été l’exploitation encore plus intensive des colonies.

Expliquant le sens de “stabilisation”, le camarade Staline disait :

“La stabilisation est la consolidation d’une position donnée et son développement ultérieur. Le capitalisme mondial non seulement ne s’est pas conforté lui-même dans sa position actuelle, il continue à se développer et se développe encore, étendant sa sphère d’influence et accroissant sa richesse.

Il est erroné de dire que le capitalisme ne peut se développer, que la théorie du déclin du capitalisme avancée par Lénine dans son Impérialisme exclut le développement du capitalisme.

Lénine a complètement prouvé dans son pamphlet L’impérialisme que la croissance du capitalisme ne supprime pas, mais qu’elle présuppose et prépare le déclin progressif du capitalisme.” [14]

Plus loin, Staline faisait encore remarquer :

“Les nouvelles caractéristiques qui se sont révélées dernièrement, et qui ont marqué de leur empreinte la situation internationale, sont que la révolution en Europe a commencé à refluer, qu’une certaine accalmie s’est installée, que nous pouvons appeler la stabilisation temporaire du capitalisme, alors que, dans le même temps, le développement économique et la puissance politique de l’Union soviétique connaissent un accroissement.”

“Le fait que la révolution en Europe ait commencé à refluer signifie-t-il que la thèse de Lénine concernant une nouvelle époque, l’époque de la révolution mondiale, ne s’avère plus valable ? Cela signifie-t-il que la révolution prolétarienne en Occident ait été reportée ?”

“Pas du tout. L’époque de la révolution mondiale est un nouveau stade de la révolution, c’est toute une période stratégique, qui dure depuis un certain nombre d’années, peut-être même un certain nombre de décennies. Au cours de cette période, il peut y avoir et il y a certainement des flux et reflux de la révolution.” [15]

La stabilisation opérée par le capitalisme n’était cependant que relative, partielle et temporaire. Elle a servi de base à l’éclatement d’une crise plus aiguë.

Faisant remarquer la nature temporaire de la stabilisation capitaliste et comment elle conduira inévitablement au durcissement de toutes les contradictions fondamentales, le camarade Staline écrivait :

“La stabilisation sous le capitalisme, tout en renforçant temporairement le capital, conduit en même temps inévitablement à une aggravation des contradictions du capitalisme : a) entre les groupes impérialistes des divers pays ; b) entre les travailleurs et les capitalistes de chaque pays ; c) entre l’impérialisme et les peuples de tous les pays coloniaux.” [16]

“Le VIe Congrès du Komintern en 1928 a également expliqué ceci en ces termes : L’intensification de tous les antagonismes internationaux (...) va inévitablement conduire - via les développements ultérieurs des contradictions de la stabilisation capitaliste - à une précarité accrue de la stabilisation capitaliste et à la sévère intensification de la crise générale du capitalisme.” [17]

C’est en mars 1925 que le Komintern a formulé pour la première fois l’affirmation selon laquelle le capitalisme était en phase de “stabilisation partielle, relative et temporaire”.

A cette époque, les Etats-Unis entraient dans une période de prospérité industrielle et on assistait à une reprise considérable en France et en Grande-Bretagne.

En Allemagne, la clé de la situation européenne, l’industrie reprenait et la situation financière s’améliorait, surtout grâce au plan américain de Dawes, avec ses subsides se chiffrant à quelque 800 millions de marks-or.

Dans l’analyse du Komintern, la reprise du capitalisme n’était que partielle et ne pouvait pas durer.

Elle concluait que l’Europe traversait une période d’accalmie située entre deux vagues révolutionnaires et qu’il ne pouvait y avoir de reprise permanente du capitalisme dans la période de crise générale et de révolution prolétarienne.

L’économiste marxiste-léniniste russe Varga, dans son rapport au Ve Congrès du Komintern en 1925, expliquait comment la CGC était en train de faire éclater le système.

A l’époque, les Etats-Unis se trouvaient au point culminant de leur prospérité.

Varga avait scientifiquement prédit que la vague de prospérité allait immanquablement faire place à une crise économique plus profonde.

La prévision s’était avérée exacte moins de 5 ans plus tard avec le krach de Wall Street en 1929.

Le Ve Congrès faisait également ressortir que les capitalistes pratiquaient à la fois une politique de terrorisme et de distribution parcimonieuse de concessions de moindre importance, du fait de leur état de faiblesse et de leur incapacité de gouverner comme par le passé.

Les social-démocrates, les opportunistes et autres réactionnaires dans le monde entier tendirent en vain à interpréter la formulation ci-dessus comme un aveu du Komintern selon lequel la révolution était morte.

Ils affirmaient que le système capitaliste s’était remis de la crise de l’après-guerre et que le vague de prospérité économique allait durer pour toujours.

Même à l’intérieur du Komintern, il n’existait pas un accord unanime quant à la formulation de la “stabilisation”.

Certains comme Zinoviev pensaient que la stabilisation du capitalisme écartait la possibilité d’une révolution immédiate et que les partis communistes ne pouvaient adopter des tactiques révolutionnaires.

Réfutant cela, le camarade Staline dit dans son discours au Plénum commun du comité central et de la commission centrale de contrôle du PCUS, en août 1927 :

“Zinoviev pense qu’une fois qu’il y a stabilisation, la cause de la révolution est perdue.

Il ne comprend pas que la crise du capitalisme et la préparation de son sort se développent comme une résultante de la stabilisation.

N’est-ce pas un fait que le capitalisme a récemment perfectionné et nationalisé sa technique et qu’il a produit une masse considérable de marchandises qui n’arrivent pas à être vendues ?

N’est-ce pas un fait que les gouvernements capitalistes adoptent de plus en plus des caractéristiques fascistes, attaquent la classe ouvrière et renforcent temporairement leurs propres positions ?

Ces fait impliquent-ils que la stabilisation soit devenue durable ?

Bien sûr que non ! Au contraire, ce sont des faits qui tendent à aggraver la crise présente du capitalisme mondial, crise considérablement plus profonde que la crise qui a précédé la dernière guerre impérialiste.”

“Le fait même que les gouvernements capitalistes sont en train d’adopter des caractéristiques fascistes tend à aggraver la situation interne dans les pays capitalistes et donne naissance à l’action révolutionnaire par les travailleurs (Vienne, Grande-Bretagne).”

“Le fait même que le capitalisme rationalise sa technique et qu’il produit une quantité considérable de marchandises que le marché ne peut absorber, ce fait même tend à intensifier à l’intérieur même du camp capitaliste la lutte pour les marchés et pour les domaines propices à l’exportation de capitaux et conduit à la création des conditions favorables à une nouvelle guerre, à une nouvelle redistribution du monde.” [18]

Cette remarquable prédiction du camarade Staline s’est confirmée avec un effet dévastateur deux années plus tard seulement, lorsque le monde entier a été plongé dans la crise économique la plus catastrophique, celle qui éclata en 1929, qui conduisit à une crise révolutionnaire dans le monde entier.

Prévoyant une telle crise, le camarade Staline avait encouragé les révolutionnaires communistes en Europe et dans d’autres pays capitalistes pour qu’ils réorganisent leurs partis et qu’ils les bolchevisent en préparation de la crise.

Au cours de la période de stabilisation partielle et relative, la tâche des partis communistes dans les pays impérialistes ne consistait pas à s’endormir dans l’inaction et dans un glissement rétrograde vers les tactiques prérévolutionnaires, mais de se préparer eux-mêmes à la nouvelle crise révolutionnaire qui menaçait :

“La nouvelle caractéristique spécifique de la position actuelle des partis communistes des pays capitalistes est que la période du flux de la marée révolutionnaire a fait place à une période de reflux, une période d’accalmie.

La tâche consiste à tirer parti de la période d’accalmie que nous subissons pour renforcer les partis communistes, les bolcheviser, les transformer en véritables partis de masse en s’appuyant sur les syndicats, pour rallier les éléments travaillistes au sein des classes non prolétariennes, avant tout parmi la paysannerie, autour du prolétariat, et enfin, pour éduquer les prolétaires dans l’esprit de la révolution et de la dictature du prolétariat.” [19]

En ce qui concerne les pays coloniaux, Staline concluait en mai 1925 qu’ils étaient au seuil de leur 1905 et qu’une relative stabilisation du capitalisme n’avait abouti qu’à une augmentation en nombre et en force du prolétariat dans ces pays, et que la crise révolutionnaire se développait :

“... du fait de l’augmentation des exportations de capitaux des pays développés vers les pays arriérés, augmentation encouragée par la stabilisation du capitalisme, le capitalisme dans les pays coloniaux se développe et continuera à se développer à un taux rapide, en démantelant les anciennes conditions politiques et sociales et en en installant de nouvelles ;”

“... le prolétariat dans ces pays se développe et va continuer à le faire dans des proportions rapides ;”

“... le mouvement ouvrier révolutionnaire et la crise révolutionnaire dans les colonies se développent et continueront à se développer.” [20]

En ce qui concerne les tâches immédiates des partis communistes dans les colonies et semi-colonies au cours de la période de stabilisation partielle, il faisait remarquer :

“Par conséquent, la tâche des éléments communistes dans les pays coloniaux est de s’associer avec les éléments révolutionnaires de la bourgeoisie et par-dessus tout avec la paysannerie, contre le bloc de l’impérialisme et les éléments compromettants de ‘leur propre’ bourgeoisie, afin de mener, sous la direction du prolétariat, une lutte essentiellement révolutionnaire pour la libération du joug de l’impérialisme.”

“Il s’ensuit une seule conclusion : un certain nombre de pays coloniaux sont actuellement en vue de leur 1905.”

“La tâche est d’unir les éléments progressistes des travailleurs dans les pays coloniaux en un seul parti communiste qui sera capable de diriger la révolution occupée à se développer.” [21]

En fait, au cours de la période de stabilisation partielle, il n’y a pas eu reflux du mouvement révolutionnaire dans les colonies et semi-colonies, et cela contraste avec ce qui s’est passé dans les pays capitalistes occidentaux.

Car la stabilisation elle-même s’opéra en grande partie par le biais d’une exploitation plus intense des colonies et des semi-colonies.

Les peuples oppressés résistèrent, naturellement.

En Chine, sous la direction du PCC, plusieurs soulèvements populaires ont eu lieu durant la période même de stabilisation relative du capitalisme.

En Inde, en Egypte, en Indonésie, en Indochine et partout ailleurs, l’on a assisté à une poussée des mouvements populaires, le plus remarquable parmi ceux-ci étant l’insurrection indonésienne de 1926.

Dans la toute première année de stabilisation relative, un mouvement massif de grève balaya l’Egypte et la Tunisie.

La révolte du Rif au Maroc s’était poursuivie jusqu’en 1926, et des poches isolées de résistance armée contre les colonialistes français et espagnols tinrent bon jusqu’au début des années 1930. En Libye, la guerre de libération contre les colonialistes italiens, commencée en 1911, s’était poursuivie avec de brèves interruptions jusqu’en 1932.

On a également assisté à des insurrections en Somalie italienne, au Tchad, au Moyen-Congo, au Cameroun français et en Angola, ainsi qu’à des grèves en Sierra Leone, au Mozambique et à Madagascar, pour ne mentionner que quelques-uns des événements révolutionnaires qui eurent lieu en Afrique tropicale durant la stabilisation relative du capitalisme.

La stabilisation relative et temporaire du capitalisme est donc à mettre en parallèle avec l’équilibre relatif et temporaire des rapports de force de classe et, par conséquent, avec une baisse de régime temporaire du mouvement révolutionnaire dans les pays capitalistes.

En aucune façon, elle n’implique une accalmie du mouvement révolutionnaire dans les colonies et les semi-colonies.

Lors de son Sixième Congrès en 1928, lorsque le capitalisme était à l’apogée de sa prospérité, le Komintern expliquait les raisons qui pouvaient détruire le système impérialiste mondial :

“Le système impérialiste mondial, et avec celui-ci la stabilisation partielle du capitalisme, se corrode pour diverses raisons : tout d’abord, les antagonismes entre les Etats impérialistes ; deuxièmement, la lutte croissante d’importantes masses dans les pays coloniaux ; troisièmement, l’action du prolétariat révolutionnaire dans les patries de l’impérialisme ; et enfin, l’hégémonie exercée sur tout le mouvement révolutionnaire mondial par la dictature du prolétariat en URSS.

La révolution internationale est occupée à se développer. Contre cette révolution, l’impérialisme rassemble ses forces. Des expéditions contre les colonies, une nouvelle guerre mondiale ou une campagne contre l’URSS, sont des problèmes qui figurent maintenant à l’avant-plan dans la politique de l’impérialisme. Ceci doit déboucher sur la mise en action de toutes les forces de la révolution internationale et doit concourir à la faillite inévitable du capitalisme.” [22]

La brillante analyse marxiste réalisée par le Sixième Congrès (avec à sa base le camarade Staline), qui prévoyait un accroissement des crises économiques, de grandes luttes de classe, des guerres impérialistes et des révolutions, a été confirmée de façon dévastatrice avec le développement de la grande crise économique de 1929, la victoire du fascisme hitlérien en 1933, l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 et la série de révolutions prolétariennes qui se sont produites dans le sillage de la guerre mondiale.

De grands changements historiques se sont produits dans la situation mondiale et dans l’équilibre des forces au niveau des classes dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. La désintégration de l’unique marché mondial qui recouvrait tous les secteurs et l’apparition d’un nouveau marché mondial socialiste parallèle ; la fin de l’ancien système colonial de domination impérialiste directe ; la ruine et la dévastation, conduisant à une paralysie virtuelle, des économies de toutes les puissances impérialistes hostiles à l’URSS, etc., ont été des changements momentanés qui ont donné naissance à une nouvelle situation mondiale.

La sphère d’exploitation des ressources mondiales par les pays impérialistes principaux s’est rétrécie au cours des années qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale.

Ces développements avaient conduit Staline à la conclusion qu’il ne pouvait à nouveau y avoir de stabilité relative du capitalisme au cours du déroulement de la CGC.

Il faisait remarquer dans ses Problèmes économiques du socialisme en URSS en février 1952 ce qui suit :

“Le résultat économique le plus important de la Seconde Guerre mondiale, avec ses répercussions sur l’économie, a été la désagrégation du marché mondial, unique, universel.

Ce qui a déterminé l’aggravation ultérieure de la crise générale du système capitaliste mondial.”

“Mais il s’ensuit que la sphère d’exploitation des ressources mondiales par les principaux pays capitalistes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) n’ira pas en s’élargissant mais en se rétrécissant, que les conditions de débouché sur le marché mondial s’aggraveront pour ces pays et que la sous-production des entreprises y augmentera.

C’est en cela que consiste précisément l’aggravation de la crise générale du système capitaliste mondial, à la suite de la désagrégation du marché mondial.”

“C’est ce que constatent les capitalistes, car il est difficile pour eux de ne pas ressentir la perte de marchés tels que l’URSS et la Chine.

Ils s’attachent à remédier à ces difficultés par le ‘plan Marshall’, par la guerre en Corée, par la course aux armements, par la militarisation de l’industrie.

Mais cela ressemble fort au noyé qui s’accroche à un brin de paille.”

“Devant cette situation, deux problèmes se posent aux économistes :

1. Peut-on affirmer que la thèse bien connue de Staline sur la stabilité relative des marchés en période de crise générale du capitalisme, thèse formulée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, soit toujours valable ?

2. Peut-on affirmer que la thèse bien connue, formulée par Lénine au printemps 1916, selon laquelle, malgré sa putréfaction, dans l’ensemble le capitalisme se développe infiniment plus vite qu’auparavant, soit toujours valable ?”

“Je pense qu’on ne saurait l’affirmer. Étant donné les nouvelles conditions dues à la Seconde Guerre mondiale, il faut considérer les deux thèses comme n’étant plus valables.” [23]

Ces lignes du camarade Staline ont engendré beaucoup de controverses et ont servi de sujet à de nombreuses discussions parmi les marxistes-léninistes. Certains ont considéré ces lignes comme étant littéralement la synthèse finale de la situation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Une vue dogmatique a prévalu et prévaut toujours parmi certains partis marxistes-léninistes selon laquelle la production dans le monde capitaliste dans l’ensemble n’atteindra jamais son point culminant d’avant la guerre à cause du rétrécissement de la sphère d’exploitation des ressources mondiales par les pays capitalistes les plus importants, rétrécissement résultant de la perte, dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale, de vastes marchés de premier plan comme la Chine et l’Europe de l’Est.

De là provient le fait qu’ils ne reconnaissent même pas une stabilisation partielle et temporaire du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale et qu’ils pensent qu’il ne peut y avoir de développement du capitalisme dans sa phase de déclin consécutive à la Seconde Guerre mondiale.

Ils refusent de voir les changements qui ont pris place après le décès du camarade Staline : les importantes augmentations de la production qui ont eu lieu dans virtuellement chaque pays capitaliste ; le rôle de l’hégémonie américaine, quelque branlante qu’elle puisse avoir été, en fournissant une stabilité temporaire au monde capitaliste dans son ensemble jusqu’au début des années 1970 ; un marché entre les diverses puissances impérialistes sous l’hégémonie des Etats-Unis - une trêve temporaire - afin de combattre et de contenir la progression du “spectre” du communisme ; le recours aux guerres régionales qui n’en finissent pas ; la course aux armements, les guerres d’agression contre la Corée, le Vietnam, le Laos, le Cambodge, etc., et la guerre froide contre les Etats capitalistes bureaucratiques dégénérés de l’URSS et de l’Europe de l’Est ; tout cela, en créant une demande constante de moyens de consommation et, plus grave, de moyens de destruction, a aidé le capitalisme à surmonter partiellement et temporairement sa crise (on estime que les pertes en forces productives dues aux guerres régionales après la Seconde Guerre mondiale excèdent de loin les pertes encourues durant la Seconde Guerre elle-même) ; le rôle de l’Etat en créant une demande effective dans quasiment chaque pays du monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; le rôle de la dette auprès des consommateurs individuels, des entreprises et de chaque gouvernement pour gonfler artificiellement la production en créant une demande pour les produits ; le développement de la spéculation, des services et des secteurs non productifs pour résoudre les problèmes d’excédents de fabrication ; l’échec du prolétariat de n’avoir pu réaliser la Nouvelle Révolution Démocratique dans les colonies et les semi-colonies et, par conséquent, l’apparition et la consolidation de régimes fantoches ou compradores dans presque tous les pays du tiers-monde, en conséquence de quoi l’impérialisme continue de sucer le sang des peuples du tiers-monde via des méthodes néo-coloniales, et, finalement, la dégénérescence du camp socialiste lui-même après le décès du camarade Staline et sa réintégration graduelle dans un marché mondial unique.

Chacun de ces facteurs joua un rôle dans la mise sur pied d’une stabilisation partielle, temporaire et relative du capitalisme à partir du milieu des années 1950 jusqu’en 1973.

Durant cette période, il y a eu une accalmie générale des mouvements révolutionnaires dans les pays capitalistes (hormis une vague de révoltes estudiantines à la fin des années 1960).

Mais, dans les colonies et les semi-colonies, les mouvements révolutionnaires ont continué à subir des coups durs durant cette période, exactement comme durant la période de la stabilisation partielle de 1924 à 1929.

La guerre d’agression des Etats-Unis contre l’Indochine, et spécialement la guerre du Vietnam, a connu une défaite ignominieuse des mains du peuple héroïque. Le peuple cubain a rejeté le joug de l’impérialisme en 1959.

En 1968, l’impérialisme a été forcé de mettre fin à une domination coloniale directe dans environ quarante pays d’Afrique.

Résumons : alors que la stabilisation relative du capitalisme a des implications directes sur les luttes dans les pays impérialistes, débouchant sur une accalmie temporaire dans le mouvement révolutionnaire, elle n’exerce pas le même impact sur les luttes des pays du tiers-monde.

On ne devrait cependant pas perdre de vue qu’une intensification de la CGC, un durcissement de la contradiction inter-impérialiste et la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie dans les pays impérialistes joueront un rôle en tant que facteur favorable aux révolutions dans les pays du tiers-monde.

L’intensification des contradictions entre les diverses puissances impérialistes et particulièrement la rivalité aiguë et la contestation entre les deux superpuissances pour l’hégémonie mondiale, combinées avec le début d’une longue période de crise économique mondiale qui a commencé au début des années 1970, ont créé des conditions favorables pour les mouvements révolutionnaires, non seulement dans les pays du tiers-monde, mais également dans les pays capitalistes eux-mêmes.

La fin de la guerre froide et l’effondrement de la superpuissance soviétique a encore accentué les contradictions inter-impérialistes dans les années 1990.

La crise actuelle dans l’économie mondiale qui a lieu sous les conditions de la CGC ne permet pas au capitalisme de se stabiliser dans un futur immédiat. Au contraire, elle est amenée à durcir davantage encore les contradictions fondamentales au sein du monde actuel.

Mais nous devrions garder à l’esprit l’observation du camarade Lénine selon laquelle il n’existe pas pour le capitalisme quelque chose qui ressemble à une situation absolument désespérée.

 Situation révolutionnaire et crise révolutionnaire

Dans la littérature marxiste, nous découvrons souvent que ces deux expressions - situation révolutionnaire et crise révolutionnaire - sont parfois utilisées l’une pour l’autre.

Comme cela peut provoquer certaines confusions, il vaut mieux opérer une distinction entre les deux.

Lénine a défini l’impérialisme comme la veille de la révolution socialiste. Cela signifie qu’avec l’avènement de l’impérialisme, les conditions objectives pour le socialisme ont mûri et qu’il était du devoir du prolétariat de former et de développer des partis communistes partout, de se lier avec les larges masses du peuple et de préparer le peuple à une prise révolutionnaire du pouvoir au cours des périodes de crise révolutionnaire.

Une situation révolutionnaire est apparue dans le monde avec l’avènement de l’impérialisme et le début de la CGC.

Alors que, dans les colonies et semi-colonies et les pays dépendants, la situation peut être utilisée pour mener une lutte armée prolongée contre l’impérialisme et ses collaborateurs indigènes, dans les pays impérialistes, il est du devoir des partis communistes d’étendre leur base parmi les masses laborieuses et de préparer eux-mêmes, politiquement, idéologiquement et sur le plan organisationnel, le prolétariat et le peuple d’une façon révolutionnaire dans le but de s’emparer du pouvoir politique lorsque les conditions objectives transforment la situation révolutionnaire en une crise révolutionnaire, soit à la suite d’une guerre mondiale, soit d’une grande crise économique, soit encore à la suite d’une crise provoquée par les coups sévères infligés à l’impérialisme par les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Une crise révolutionnaire signifie non seulement que le peuple est dans un état de fermentation générale et de mécontentement et qu’il refuse de vivre de l’ancienne façon, mais elle présuppose également un extrême affaiblissement de la machine étatique.

Dans de telles circonstances de crises économiques, politiques et sociales, d’affaiblissement général du pouvoir étatique de la bourgeoisie et d’une perte de leur légitimité aux yeux du peuple, le parti, s’il est suffisamment organisé et entraîné selon une ligne révolutionnaire, peut prendre le pouvoir. Une telle crise révolutionnaire existait en Russie, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Pologne, en Bulgarie et dans d’autres pays au cours de la première phase de la CGC pendant et après la Première Guerre mondiale jusqu’en 1923.

Une telle crise révolutionnaire existait dans les pays d’Europe dans la seconde phase de la CGC pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale et s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 1950. Une telle crise existe aujourd’hui en Russie et dans les diverses républiques de l’ancienne Union soviétique et les pays de l’Europe de l’Est.

Mais l’existence de la crise révolutionnaire est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour la victoire de la révolution.

L’existence d’un parti révolutionnaire de masse du prolétariat qui soit bien entraîné et capable d’utiliser avec savoir-faire la crise révolutionnaire grâce à une tactique révolutionnaire correcte est une condition impérative pour la progression victorieuse de la révolution.

Comme Lénine l’avait fait remarquer lors du Second Congrès du Komintern en 1920, il n’y a pas de situation absolument désespérée pour la bourgeoisie. La bourgeoisie trouve toujours un manière de se sortir de chaque crise si le prolétariat n’agit pas de façon décisive pour s’emparer du pouvoir via des moyens révolutionnaires, quelque excellente que puisse être la crise révolutionnaire.

“Il n’existe pas de situation absolument sans issue. La bourgeoisie se conduit comme un forban sans vergogne qui a perdu la tête ; elle commet bêtise sur bêtise, aggravant la situation et hâtant sa propre perte.

C’est un fait.

Mais il n’est pas possible de prouver qu’il n’y a absolument aucune chance qu’elle endorme une minorité d’exploités à l’aide de petites concessions, qu’elle réprime un mouvement ou une insurrection d’une partie des opprimés et des exploités.

Tenter d’en prouver à l’avance l’impossibilité absolue serait pur pédantisme, verbiage ou jeu d’esprit.

Dans cette question et dans des questions analogues, seule la pratique peut fournir la preuve réelle.

Le régime bourgeois traverse dans le monde entier une profonde crise révolutionnaire.

Il faut démontrer maintenant, par l’action pratique des partis révolutionnaires, qu’ils possèdent suffisamment de conscience, d’organisation, de liens avec les masses exploitées, d’esprit de décision et de savoir-faire pour exploiter cette crise au profit d’une révolution victorieuse.” [24]

Que l’existence d’une crise révolutionnaire en elle-même ne garantisse pas la victoire de la révolution a été brillamment mis en évidence par la camarade Staline dans son rapport au XVIIe Congrès en 1934 :

“Certains camarades pensent que, dès l’instant où il y a crise révolutionnaire, la bourgeoisie doit se trouver inévitablement dans une situation sans issue ; que sa fin est par conséquent prédéterminée, que la victoire de la révolution est, par cela même, assurée, et qu’il ne leur reste donc qu’à attendre la chute de la bourgeoisie et à rédiger des résolutions triomphales.

C’est là une grave erreur. La victoire de la révolution ne vient jamais d’elle-même.

Il faut la préparer et la conquérir. Or, seul peut la préparer et la conquérir un fort parti prolétarien révolutionnaire.

Il est des moments où la situation est révolutionnaire, où le pouvoir de la bourgeoisie est ébranlé jusque dans ses fondements, mais où pourtant la victoire de la révolution n’arrive pas, parce qu’il n’y a pas de parti révolutionnaire du prolétariat, de parti ayant assez de force et d’autorité pour entraîner à sa suite les masses et prendre le pouvoir.

Il serait déraisonnable de croire que des cas pareils ne puissent se produire.” [25]

Il est également nécessaire de reprendre une fois de plus les mots les plus souvent cités de Lénine dans lesquels il décrit une situation révolutionnaire et les conditions nécessaires au succès de la révolution :

“Pour un marxiste, il est hors de doute que la révolution est impossible sans une situation révolutionnaire, mais toute situation révolutionnaire n’aboutit pas à la révolution.

Quels sont, d’une façon générale, les indices d’une situation révolutionnaire ?

Nous sommes certains de ne pas nous tromper en indiquant les trois principaux indices que voici :

1. Impossibilité pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchangée ; crise du sommet, crise de la politique de la classe dominante, et qui crée une fissure par laquelle le mécontentement et l’indignation des classes opprimées se fraient un chemin.

Pour que la révolution éclate, il ne suffit pas, habituellement, que la base ne veuille plus vivre comme auparavant, mais il importe encore que le sommet ne le puisse plus.

2. Aggravation, plus qu’à l’ordinaire, de la misère et de la détresse des classes opprimées.

3. Accentuation marquée, pour les raisons indiquées plus haut, de l’activité des masses qui se laissent tranquillement piller dans les périodes pacifiques, mais qui, en période orageuse, sont poussées, tant par la crise dans son ensemble que par le sommet lui-même, vers une action historique indépendante.”

“Sans ces changements objectifs, indépendants de la volonté non seulement de tels ou tels groupes et partis, mais encore de telles ou telles classes, la révolution est, en règle générale, impossible.

C’est l’ensemble de ces changements objectifs qui constitue une situation révolutionnaire.

On a connu cette situation en 1905 en Russie et à toutes les époques de révolutions en Occident ; mais elle a existé aussi dans les années 60 du siècle dernier en Allemagne, de même qu’en 1859-1861 et 1879-1880 en Russie, bien qu’il n’y ait pas eu de révolutions à ces moments-là.

Pourquoi ?

Parce que la révolution ne surgit pas de toute situation révolutionnaire, mais seulement dans le cas où, à tous les changements objectifs ci-dessus énumérés, vient s’ajouter un changement subjectif, à savoir : la capacité, en ce qui concerne la classe révolutionnaire, de mener des actions révolutionnaires de masse assez vigoureuses pour briser complètement (ou partiellement) l’ancien gouvernement, qui ne tombera jamais, même à l’époque des crises, si on ne le fait choir.” [26]

Dans la citation qui précède, les mots “situation révolutionnaire” impliquent en fait une crise révolutionnaire.

La crise révolutionnaire qui prévalait en Russie en 1905 se développa à partir de la situation révolutionnaire qui commençait à mûrir à partir de 1901 et éclata avec les manifestations d’étudiants. Comme la situation se transformait en crise en 1905, la prolétariat russe fit une tentative décisive de coup d’Etat par insurrection armée. L’échec de l’insurrection conduisit à une décennie de régression et d’accalmie relative dans le mouvement révolutionnaire.

La Première Guerre mondiale une fois de plus provoqua une crise révolutionnaire en Russie et plus tard dans le reste de l’Europe. Le processus de transformation d’une situation révolutionnaire en crise révolutionnaire peut être compris à partir des lignes suivantes écrites pendant la guerre, en 1915, par le camarade Lénine :

“Il ne fait pas l’ombre d’un doute que l’Europe de 1915 connaît une situation révolutionnaire, de même que la Russie en 1901.

Nous ne pouvons savoir si la première bataille décisive du prolétariat contre la bourgeoisie se produira dans quatre ans, dans deux ans ou dans dix ans ou plus, et si une seconde bataille décisive ne se produira encore dix ans plus tard.

Mais nous savons fermement et affirmons en toute certitude que, maintenant, notre devoir impérieux et immédiat est de soutenir l’effervescence naissante et les manifestations qui ont déjà commencé.

En Allemagne, la foule a sifflé Scheidemann ; dans beaucoup de pays, la foule a manifesté contre la cherté de la vie.”

“Nous sommes, sans aucun doute, à la veille de la révolution socialiste. (...) Pas plus que nous ne savions en 1901 que la veille de la première révolution russe durerait encore quatre ans, nous ne sommes pas plus renseignés aujourd’hui.

La révolution peut consister, et consistera probablement, en des luttes qui s’étendront sur de longues années et qui comprendront plusieurs périodes d’assauts, entrecoupés de convulsions contre-révolutionnaires du régime bourgeois.

Dans la situation politique actuelle, le tout est de savoir s’il faut utiliser la situation révolutionnaire existante pour soutenir et développer les mouvements révolutionnaires.

Oui ou non.

C’est sur cette question que se divisent aujourd’hui, politiquement, les social-chauvins et les internationalistes révolutionnaires.” [27]

Nous trouvons donc que dans l’Europe de 1915 la situation révolutionnaire se développait rapidement en une crise révolutionnaire.

C’était le devoir du prolétariat de s’engager dans des actions militantes et de se lancer dans les préparatifs d’une insurrection armée de façon à frapper au moment opportun.

Il n’y avait qu’en Russie que le prolétariat pouvait s’emparer du pouvoir en utilisant la crise révolutionnaire qui se développait à partir de la guerre. Dans le reste de l’Europe, la trahison de la social-démocratie conduisit à la défaite des révolutions.

Alors que tel était le cas dans les pays capitalistes, dans les pays du tiers-monde par contre, une situation révolutionnaire a existé dès les tout premiers moments où ils se sont retrouvés sous l’oppression de l’impérialisme.

A cause des caractéristiques spécifiques en vigueur dans la plupart de ces pays du tiers-monde, il est possible de mener la lutte armée ou la guerre populaire prolongée dès les tout premiers moments et de s’emparer du pouvoir à l’échelle régionale.

La crise révolutionnaire dans ces pays va hâter l’établissement de zones libérées et la conquête de villes si le prolétariat est bien préparé.

Une crise révolutionnaire dans les pays du tiers-monde peut apparaître à la fois par le biais d’une intensification des crises économique, sociale et politique dues aux modifications encourues par les conditions objectives dans les pays concernés telles que l’implication dans des guerres extérieures, des guerres civiles parmi les factions des classes dirigeantes, un effondrement financier, etc., ou à cause d’un changement de l’équilibre général des forces au niveau des classes amené par une intensification de la lutte de classe, par l’établissement de plusieurs zones de guérilla et de régions libérées.

Les forces révolutionnaires dans les pays du tiers-monde peuvent donc créer une crise révolutionnaire en approfondissant en permanence et en élargissant les zones de lutte armée.


[1Staline Joseph, Selected Writings, Vol.II, p.330.

[2Engels Friedrich, La condition de la classe ouvrière en Angleterre, p.143-144.

[3Foster William Z., History of Three Internationals, Vol.I, p.223.

[4Marx Karl, Capital, Vol.III, p.292.

[5Staline Joseph, Selected Writings, Vol.II, p.2.

[6Galbraith, J.K., Le capitalisme américain, p.69.

[7Baran Paul A., Sweezy Paul M., Monopoly Capital, p.242.

[81 acre = 40 ares = 0,4 ha.

[9Dutt, R.P., Fascism and Social Revolution.

[10Staline Joseph, Rapport présenté au XVIIe congrès du parti sur l’activité du comité central du parti communiste (bolchevik) de l’URSS, 26 janvier 1934, repris dans Les questions du léninisme, Editions de Pékin, 1977, p.685.

[11Staline Joseph, Ibid, p.686.

[12Staline Joseph, Ibid, p.691.

[13Staline Joseph, Selected Writings, Vol.II, p.329-330.

[14Staline Joseph, On the Opposition, p.192-193.

[15Staline Joseph, Ibid., p.189-190.

[16Staline Joseph, Ibid., p.194.

[17Foster William Z., History of Three Internationals, p.89.

[18Staline Joseph, On the Opposition, p.808-809.

[19Staline Joseph, Ibid., p.199.

[20Staline Joseph, Ibid., p.204.

[21Staline Joseph, Ibid., p.205.

[22Foster William Z., op. cit., p.85-86.

[23Staline Joseph, Les problèmes économiques du socialisme en URSS, Editions de Pékin, 1971, p. 30 et 32-33.

[24Lénine, Rapport sur la situation internationale et les tâches fondamentales de l’Internationale communiste, 19 juillet 1920, dans Œuvres complètes, Tome XXXI, p.233-234.

[25Staline Joseph, Rapport présenté au XVIIe congrès du parti sur l’activité du comité central du parti communiste (bolchevik) de l’URSS, 26 janvier 1934, repris dans Les questions du léninisme, Editions de Pékin, 1977, p.699.

[26Lénine, La faillite de la IIe Internationale, dans Œuvres complètes, Tome XXI, p.216-217.

[27Lénine, Des internationalistes authentiques : Kautsky, Axelrod, Martov, dans Œuvres complètes, Tome XXI, p.413-414.

samedi 23 décembre 1995


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