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Parti Communiste d’Espagne (José Diaz) : L’Espagne révolutionnaire − 1936

Discours prononcé à Madrid, le 9 février 1936

Camarades ouvriers et antifascistes,

Recevez un salut au nom du comité central du Parti Communiste d’Espagne.

Camarades qui êtes venus à pied par les routes pour assister au meeting, recevez aussi notre salut. Camarades aveugles, recevez aussi le salut du comité central du Parti Communiste d’Espagne.

Je vous affirme que lorsque nous serons en mesure de changer le régime, et nous le pourrons et nous le ferons, au service de la classe laborieuse et des masses populaires, vous retrouverez la vue grâce à la science mise au service du peuple ; mais au cas où il ne serait pas possible à tous de la retrouver, vous aurez une situation de bien-être, que vous n’avez pas aujourd’hui les camarades aveugles ici présents ressentent dans leur âme, profondément, la solidarité qui les lie à leur classe, et les voici avec vous qui affirment qu’ils voteront pour le Bloc Populaire et qu’ils lutteront avec le prolétariat pour vaincre définitivement la réaction et le fascisme en Espagne.

Je souhaite commencer en vous disant, camarades, quelle est la participation du Parti Communiste d’Espagne dans la création de ce Bloc Populaire, de ce grandiose mouvement populaire par lequel les masses sont en passe de dominer la réaction.

Je peux vous rappeler que lors du meeting au Cinéma Monumental, le 2 juin dernier, j’ai lancé un appel aux socialistes et aux républicains de gauche pour la formation du Bloc Populaire. Mes derniers mots furent ceux-ci :

« Camarades socialistes, anarchistes, républicains de gauche, vous tous qui avez sous votre direction des masses ouvrières et antifascistes, si vous ne comprenez pas le moment que nous sommes ne train de vivre, si vous ne vous élevez pas à la hauteur des larges masses qui demandent à grands cris le Front Unique pour vaincre le fascisme, vous commettrez le plus grand crime qui puisse être commis contre ces mêmes masses dont vous vous dites les défenseurs. »

Et dernièrement au meeting de Pardifias, j’ai dit aussi :

« Je suis certain que le mouvement ouvrier espagnol va se voir dans peu de temps renforcé par la célébration en commun de meetings du parti socialiste et du Parti Communiste qui rendront public leur but de marcher unis dans la lutte contre l’ennemi commun.

Les meetings doivent se célébrer, non pas comme aujourd’hui, chaque parti de son côté, mais avec des représentants des deux partis, et aussi avec la participation de tous les partis démocratiques. »

Le Parti Communiste, un des artisans du Bloc Populaire

Aujourd’hui camarades, dans ces grands meetings où participent ouvriers et paysans, travailleurs manuels et intellectuels, où participe tout ce qu’il y a de plus honnête en Espagne, je peux vous dire : parlent devant vous tous les représentants des partis qui défendent vos intérêts et ceux de toutes les forces populaires, et pour que ce fait historique voit le jour, notre Parti, le Parti Communiste fut l’un des premiers à s’engager. (Applaudissements)

Le Bloc Populaire est déjà constitué : il faut faire en sorte qu’il remplisse sa mission le 16 février [16 février 1936 jour des élections] et après cette date.

Le Parti Communiste, tout comme le parti socialiste, ont confiance en les masses en général, et aussi en l’intelligence et la compréhension des hommes qui dirigent les partis démocratiques.

Mais il fallait articuler les forces populaires, il fallait les organiser. C’est une tâche qui est accomplie, pour l’essentiel. Le Bloc Populaire, ainsi constitué, ne pourra Jamais se rompre, quoiqu’en disent certains. Et pourquoi donc ?

Parce qu’elle s’y opposeront, franchement, catégoriquement, toutes les masses qui ressentent dans leur chair le fouet de l’oppression et de la misère et la nécessité d’écraser la réaction pour toujours, pour le bien de l’Espagne de la culture et du travail. (Grands applaudissements)

Que signifient ces élections ?

Camarades, que représentent ces élections, à l’heure actuelle en Espagne ?

Est-ce que ce sont des élections ordinaires, des élections où se départagent cinq professions de foi plus ou moins de gauche ou de droite ?

Des élections normales comme en Angleterre, en Amérique du Nord, en Suède ? Pas du tout camarades !

Aux élections du 16 février, nous jouons quelque chose de beaucoup plus important et fondamental. Nous mettons en jeu tout un régime. Qu’il en soit bien ainsi, c’est ce que prouve le contenu de la propagande des ennemis.

Si nous analysons cette propagande, nous voyons que la réaction, ceux qui veulent nous mener à l’effondrement de l’Espagne, hurlent cette consigne : « Contre la révolution et ses complices ! »

Ils disent sur leurs affiches : « Il faut en finir avec la révolution, il faut en finir avec le communisme rouge ! » ils essaient d’effrayer les masses, en disant que c’est Moscou qui dirige la politique de l’Espagne.

La politique de l’Espagne, des masses populaires, est dirigées par leurs partis ; et ce qui pousse les masses vers les partis prolétariens, vers les partis républicains de gauche, c’est la faim et la misère auxquelles elles ont été soumises par les monarchistes et les fascistes.

Voilà camarades, comment se pose le problème.

La lutte oppose le fascisme à la démocratie, la révolution à la contre-révolution.

Ce n’est pas une petite bataille de type électoral qui s’annonce ne Espagne : c’est un épisode de la lutte engagée entre les forces du passé et les forces de l’avenir, voilà ce qui se joue le 16 février.

Nous allons lutter, camarades, avec tout notre courage, tout notre enthousiasme et toute notre organisation, pour vaincre la réaction.

Qui sont les patriotes ?

Camarades : il y a un drapeau, qui pour le moment se trouve entre les mains de nos ennemis et qu’ils essaient d’utiliser contre nous et qu’il nous faut leur arracher des mains : cette idée qu’en votant pour eux, les gens votent pour l’Espagne.

Quelle Espagne représentent-ils ? Sur ce sujet-là, nous devons être on ne peut plus clairs.

Quand la réaction, quand le fascisme est incapable de démontrer dans la pratique et par des faits qu’il a tant soit peu amélioré les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière et des masses paysannes, parce qu’il ne fait que les empirer, et ceci ne vaut pas seulement pour les travailleurs manuels, mais aussi pour les employés, la petite-bourgeoisie, les paysans, et même la moyenne bourgeoisie ; quand la situation de ces masses populaires ne se sont en rien améliorées, mais au contraire dégradées, alors et tout à fait abstraitement, pour rameuter les gens crédules, ils crient sur leurs affiches, dans les meetings : en votant pour nous, vous votez pour l’Espagne, vous votez pour la patrie.

Cet argument, qui pénètre surtout dans les couches de la petite-bourgeoisie, de la moyenne bourgeoisie, chez les gens qui aiment leur pays et leur foyer, il faut l’analyser et démontrer que ceux qui aiment vraiment leur pays, c’est nous, et que c’est nous aussi qui allons le montrer en pratique, parce qu’il n’est pas possible qu’ils continuent à tromper les gens en se servant de la bannière patriotique, ceux qui condamnent le peuple à la famine, qui soumettent au joug de l’oppression 90% de la population, qui dominent par la terreur.

Des patriotes, eux ? Non !

C’est vous les masses populaires, vous les ouvriers et les antifascistes en général, qui êtes les patriotes, qui aimez votre pays, libre de parasites et libre d’oppresseurs ; mais ceux qui nous exploitent, non ce ne sont pas des Espagnols ni des défenseurs des intérêts du pays, et ils n’ont pas le droit de vivre dans l’Espagne de la culture et du travail. (Applaudissements prolongés)

Leur Espagne, celle de l’inquisition

On parle de la tradition, mais il n’y a pas qu’une seule tradition, et il revient à chaque classe de revendiquer les hommes et la tradition qui lui appartiennent.

Il y a l’Espagne de l’Inquisition qu’ils représentent, eux ; et la tradition de ceux qui luttèrent contre l’obscurantisme et pour le progrès de la liberté, que nous représentons, nous. Déjà à cette époque deux Espagne s’affrontaient.

Il y en avait une qui mit sur pied l’Inquisition, qui provoqua la mort et le martyr des gens honnêtes de l’époque, en se servant pour sa domination de tous les moyens barbares dont sont capables les êtres mauvais qui veulent qu’une poignée prédomine sur l’immense majorité.

Et il y avait une autre Espagne : celle de ceux qui déjà à l’époque luttaient contre l’Inquisition, donnant leur vie pour la liberté du peuple.

Nous voulons revendiquer pour notre cause ces hommes qui luttèrent à l’époque contre l’Inquisition, parce que ces hommes étaient les hommes du progrès.

Sous le règne des Rois Catholiques, elle s’établit dans toute sa cruauté, avec pour premiers inquisiteurs Primo Juan de San Martin, Miguel de Murillo, Juan José de Medina, San Pedro Arbues.

Ce dernier, les masses d’Aragon lui réservèrent un sort sanglant, parce qu’elles résistaient à l’établissement de l’Inquisition, qu’elles considéraient comme contraire aux libertés aragonaises.

La même résistance fut menée par le peuple de Catalogne. Les hommes de l’Inquisition sont ceux que nos tyrans d’aujourd’hui veulent revendiquer.

Fort bien : nous revendiquons pour notre cause ceux qui se sont rebellés contre elle. L’Inquisiteur général était Torquemada, son successeur Diego de Deza. Sous Torquemada, 9000 personnes furent brûlées, et 100.000 personnes furent torturées.

Est-ce que cela ne vous rappelle pas ce qui s’est passé, des siècles plus tard, dans les Asturies ? [référence à la grande rébellion prolétarienne d’octobre 1934, dirigée par les mineurs des Asturies, qui commencèrent la lutte armée contre l’Etat, les féodaux et les capitalistes. Le mouvement fut réprimé très sauvagement.] (Des voix : « Assassins ! »

Nos traditions

Pourquoi est-ce que je donne ces chiffres ? Pourquoi est-ce que je vous rappelle ces faits, camarades ?

Parce qu’il est nécessaire que le peuple connaisse ses amis et ses ennemis, et les amis du peuple sont ceux qui continuent la tradition de ces hommes qui luttèrent contre l’Inquisition, qui comme les Comuneros [partisans d’une monarchie constitutionnelle, au début du XVIe siècle] luttèrent des années plus tard pour améliorer la situation de la majorité du peuple d’Espagne, ceux qui luttèrent pour la Iè République.

Des hommes comme Pi y Margall, comme Salvochea, comme Zorilla, comme Salmeron [quatre républicains progressistes du dernier tiers du XIXe siècle], et toute la série des hommes qui luttèrent à l’époque pour une Espagne républicaine, où aurait existé le bien-être pour le peuple ; des hommes comme Galan et Garcia Hernandez [leaders de l’insurrection de Jaca en 1930 contre la dictature de Primo de Rivera, ces deux héros républicains furent exécutés], qui donnèrent leurs vies au nom d’une république de caractère social.

Ils sont les précurseurs du mouvement révolutionnaire, que le prolétariat revendique comme siens.

Nous continuons ainsi la tradition de Pi y Margall, la tradition de Salvochea, de Galan et Garcia Hernandez et de tous les lutteurs qui ont livré bataille pour détruire l’Espagne féodale, cléricale et monarchique, et pour ouvrir la voie à la démocratie, basée sur le bien-être des masses.

Mais les Calvo Sotelo, les Gil Robles, les Primo de Rivera [trois gros bonnets de la réaction espagnole de l’époque] peuvent revendiquer et revendiquent l’Espagne de Torquemada, celle des Rois catholiques, celle des satrapes et des caciques. Fort bien.

Je le répète, ceux qui veulent une Espagne dans le style de Torquemada, ce sont les mauvais Espagnols ; les bons Espagnols, c’est nous.

Nous qui voulons reprendre le chemin des hommes progressistes, sains, nous qui aimons notre pays et savons le défendre comme nous l’avons défendu dans les Asturies, les armes à la main, avec le sacrifice de notre sang et de notre vie, contre ceux qui veulent traîner notre peuple dans la boue, la fange et les larmes. (Forts applaudissements. Cris : « Vive les Asturies rouges ! Vive le Parti Communiste ! »)

Ce que nous voulons faire de l’Espagne

Que voulons nous faire de l’Espagne ? Vous, les monarchistes, les fascistes, qui vous dites amoureux de l’Espagne, qu’avez-vous fait d’elle ?

Rappelez-vous les milliers et milliers de jeunes que vous avez fait succomber dans les camps du Maroc. Ils étaient la fleur de l’Espagne, la jeunesse qui doit, qui devait modeler et embellir l’Espagne.

Vous l’avez enterrée au Maroc pour conquérir je ne sais quoi, mais en tous cas en réduisant à l’esclavage un autre peuple ; et vous avez immolé nos frères pour cela.

Mais pour quoi exactement ? Pour enrichir quelques hommes, pour étendre les domaines de l’Espagne féodale et des compagnies impérialistes étrangères.

A ceux qui se disent « défenseurs de la patrie » nous pouvons démontrer qu’en Espagne les entreprises les plus importantes sont aux mains du capitalisme étranger.

De quel droit vous appelez-vous les amoureux de la patrie ? Que faites-vous, qu’avez-vous fait de l’Espagne ?

Cela fait peur de penser au nombre faramineux d’analphabètes qu’il y a en Espagne, une Espagne d’obscurantisme, dominée par les moines et les curés, une Espagne où on n’enseigne aux ouvriers qu’à déchiffrer et griffonner sur une carte et où les paysans sont maintenus dans l’analphabétisme complet.

Qu’avez-vous fait du sol d’Espagne, qui pourrait être un verger grâce à son climat ?

Ne vous rendez-vous pas compte de la faim qu’il y a en Espagne, du fait que notre race famélique est en train de périr, du fait que les mères, épuisées par la faim, donnent à leurs enfants un lait qui ne les nourrit pas, et qui n’ont pas la quantité de nourriture nécessaire pour faire de leurs petits des enfants robustes, et demain des hommes forts ?

Est-ce que vous ignorez, vous les marchands de patriotisme, que nous les travailleurs nous ne mangeons pas ?

Est-ce que vous ignorez que pendant que vous célébrez de grandes orgies dans des salons dorés, entre argent et or, en trinquant dans des coupes de champagne, préparant la guerre et la misère du vaste peuple, nous autres nous payons vos festins, et souffrons de la faim et de la misère.

Vous ne le savez pas ? Fort bien, car cela va finir. Toute L’Espagne, l’Espagne du travail, malgré la répression, malgré la terreur, lance un seul cri : Assez de la misère et de la faim !

Et les masses unies en un puissant front unique, dans ce Bloc Populaire qui regroupe l’immense majorité de la population, veulent empêcher et empêcheront que leurs enfants restent faméliques, et elles savent que pour les rendre robustes, elles doivent rechercher le bien-être général, et elles ne pourront l’obtenir qu’en dominant, qu’en soumettant - elles qui représentent 90% de la population - les 10% restant qui les oppriment et les font mourir de faim.

Et cela ne peut se faire, camarades, qu’en organisant la lutte, et par la lutte organisée nous vaincrons l’ennemi. Ce chemin est bien balisé, vous le connaissez tous.

Je peux seulement vous assurer que ces 10% de parasites qui ont semé la faim, la misère et la terreur dans notre pays, on ne leur donnera pas le temps de quitter l’Espagne, on les gardera avec nous. (Forts applaudissements)

Leur Espagne

« Votez pour l’Espagne ! » « Votez pour la patrie ! » disent les monarchistes et les fascistes.

Quelle patrie ? Vous avez fait de toute l’Espagne une prison !

Ils parlent dans leurs affiches d’une amnistie pour les ouvners honorables, mais pas pour les dirigeants. Ignorent-ils que vous êtes tous des dirigeants, et que ceux qui sont emprisonnés sont les meilleurs des meilleurs ? (Applaudissements prolongés)

30.000 prisonniers dans les prisons et les bagnes d’Espagne ! Et dans quelles conditions ! Ils vivent la situation la plus inhumaine qui puisse être faite à des prisonniers.

Nous autres, messieurs les monarchistes, messieurs les fascistes, messieurs les réactionnaires, nous aimons nos prisonniers, et nous allons les libérer, avec ou sans votre amnistie, parce qu’ils sont à nous, parce que nous ne voulons plus endurer comme jusqu’à aujourd’hui la domination d’une poignée d’hommes, de grands banquiers, de propriétaires terriens, de grands bourgeois.

Nous ne voulons plus subir cette situation, et le chemin est déjà pris : nous organiserons nos forces, et nous ne nous arrêterons pas avant d’avoir atteint nos objectifs. (Applaudissements)

Notre Espagne

Quelle est l’Espagne que nous voulons ? Je viens de parler de l’Espagne que veulent nos ennemis, maintenant je parlerai ce celle que nous voulons, nous.

J’ai dit que nous sommes les continuateurs de ces hommes qui donnèrent leur vie pour la liberté de l’Espagne.

Tout ce qu’il y a de progressiste dans l’Histoire de l’Espagne, nous le revendiquons pour nous, pour le peuple ; tout ce qu’il y a de rétrograde, de criminel, leur appartient à eux, à Calvo Sotelo, à Gil Robles, le « chef » qui ne se trompe jamais... (Rires)

A ce tas de gens revient le boulet que se traîne l’Espagne féodale depuis des siècles, à nous revient la vraie tradition de l’Espagne de la liberté et du travail. (Une voix : « Ils parlent aussi des tuberculeux : il faut leur demander qui a amené la tuberculose »)

Camarades, je reprends l’interruption du compagnon, faite avec beaucoup de justesse. Nous sommes un des pays où l’analphabétisme est le plus prononcé, et aujourd’hui nous avons en plus de cela dans l’Espagne que nous endurons, le plus fort contingent de tuberculeux.

C’est la conséquence de notre faim, c’est la conséquence d’une situation où nous passons devant des boucheries pleines de gigots, de toutes sortes de viandes, mais dont nous ne pouvons acheter la moindre part pour nous nourrir ; c’est la conséquence, si nous voyons la situation au point de vue général, du fait que des milliers et milliers d’ouvriers vont en espadrilles, alors qu’il y a des milliers et des millions de chaussures derrière les vitrines, qui ne trouvent pas d’acheteurs.
C’est là dessus que nous voudrions terminer.

Nous ne voulons pas que les paysans continuent à manger de l’herbe, mais qu’ils mangent ce que la campagne produit et qu’ils échangent le restant avec les ouvriers des villes, qui leur donneront les produits manufacturés.

Une Espagne cultivée

Nous voulons une Espagne cultivée, nous voulons une Espagne où les intellectuels, les médecins, les hommes de science et les artistes soient au service du peuple, non pas au service de quelques exploiteurs, nous voulons que les universités ouvrent leurs portes au prolétariat, au peuple, dans lequel gisent de grandes capacités qui ne portent pas leur fruits.

Nous voulons que les homme s’élèvent non grâce aux recommandations d’un Cruz Conde, non grâce aux recommandations des nobles et des ministres, mais qu’ils parviennent aux postes qui leur correspondent, pour mettre au service du peuple leur intelligence, leur science, leur talent et leurs capacités.

Nous voulons que les médecins traitent les ouvriers et le peuple en général comme tous malades doivent être traités.

Nous ne voulons pas qu’il y ait deux classes de malades : les uns, à qui les médecins consacrent toute sorte de soins, se tenant à leur chevet pendant des mois si nécessaire, et les autres, qu’ils ne peuvent visiter, parce qu’ils n’ont pas le temps d’aller dans un quartier écouter les plaintes d’un prolétaire dont un des enfants est en train de mourir, dont la femme est mourante faute de nourriture, plus que faute de ... (Applaudissements tonitruants qui empêchent d’entendre la fin du paragraphe)

Nous voulons une Espagne dans la quelles soient impossibles les crimes et les atrocités qui ont été commises contre nos frères dans les Asturies, coupables de vouloir, comme nous, une Espagne juste, une Espagne dans laquelle il y ait pain, travail et liberté.

Nous dirons, enfin, pour que tous le sachent, amis comme ennemis, ce que nous voulons faire de l’Espagne : la laver de nos ennemis, la laver une bonne fois des ennemis du peuple, de tout ce qui représente l’Espagne noire et féodale.

La République que nous voulons

Nos ennemis entonnent dans leur propagande le vieux refrain qui dit que le parti socialiste et le Parti Communiste, et les ouvriers en général, ne sont pas seulement ennemis de la monarchie, mais également de la République.

C’est un mensonge de plus. Nous ne sommes pas ennemis de la République. Tout partisans de la dictature du prolétariat que nous sommes, nous défendons la République. Celle que nous défendons, c’est une République qui donne au peuple tout ce dont il a besoin.

Il y a dans le monde une République - pourquoi parler dans l’abstrait ? - qui a déjà réalisé ce que nous réclamons ici, qui a mis en branle tout ce que nous voulons et tout ce dont nous avons besoin, qui a fait d’un peuple analphabète, d’un peuple arriéré, d’un peuple sans industrie de base, d’un peuple pauvre malgré ses grandes richesses naturelles, d’un peuple aussi arriéré que l’Espagne si c’est possible, la véritable république des travailleurs - non pas de « toutes les classes » comme la nôtre - qui a fait de cette République la patrie du prolétariat du monde entier. Pourquoi ne pas suivre son exemple ?

Voilà une République dont le peuple peut être fier.

Un peuple inculte, sans industrie solide, avec une armée rendue experte en défaite par les Tsars, est devenue le premier pays du monde pour ce qui est de la culture - parce que le niveau culturel des ouvriers de l’Union Soviétique est supérieur à celui de tous les autres pays.

Il est devenu le deuxième pays industriel du monde, le premier d’Europe, et sera bientôt le premier du monde.

Il a donné le bien-être aux paysans, et il dispose d’une armée, la glorieuse Armée Rouge, qui se fait respecter dans le monde entier. (Applaudissements)

Là-bas, les scientifiques, les savants, les intellectuels développent leurs recherches scientifiques sans entraves. Là-bas, il y a de la stimulation, de l’aide de la part de l’État pour toute sorte d’initiative de l’intelligence.

Et grâce à cela, nous avons vu comment, en un si bref laps de temps, le pays a pu se développer tous azimuts, sur le plan de l’économie et de la culture, d’une manière si formidable.

Et depuis peu, nous sommes témoins d’un événement formidable, connu de tous les ouvriers, commenté et admiré également par tous les hommes libres et démocratiques : le mouvement stakhanoviste, du nom de Stakhanov, mineur du don - mouvement qui est la preuve du niveau de compétence qu’acquièrent les ouvriers dans le régime soviétique. En utilisant la technique plus rationnellement, on a réussi à produire mille pour cent de plus que ce que l’on produisait.

Et aujourd’hui, ce n’est pas seulement ce compagnon Stakhanov qui applique ces procédés, mais ce sont des milliers et des milliers de travailleurs de l’Union Soviétique qui, s’emparant des enseignements de Stakhanov, triplent, quadruplent la production, jetant à terre tous les plans des ingénieurs, démontrant à ceux qui croyaient que le prolétariat n’avait aucune capacité constructive, de quel degré d’initiative et d’héroïsme sont capables les travailleurs lorsqu’ils savent qu’ils produisent pour eux-mêmes et pour le bien-être de l’humanité.

Ceci, nous voulons le faire nôtre, pour l’Espagne aussi. Mais seulement quand la terre sera à celui qui la travaille, quand les usines seront aux ouvriers, quand nous aurons une vraie République, un gouvernement des ouvriers et des paysans. On ne le fera pas pour engraisser les parasites et les exploiteurs, comme aujourd’hui. (Applaudissements)

Notre idée de la patrie

Alors, n’est-il pas clair, notre concept de la patrie, à l’opposé de celui des « patriotes » d’Alphonse XIII [roi d’Espagne ayant fui le pays, toute honte bue, à la victoire de la République en 1931].

Et ce concept de patrie, camarades, je peux vous dire que ce n’est pas la première fois que le Parti Communiste le formule.

Il y en a qui disent que l’idée d’aimer notre pays, le sol sur lequel nous sommes nés, est sortie du VIIe Congrès de l’Internationale Communiste, des positions du camarade Dimitrov.

Il est vrai que Dimitrov a donné une leçon magnifique aux fascistes allemands, aux bourreaux du peuple allemand, qui voulaient faire croire que le noble peuple bulgare était un peuple de bandits, et il a démontré que les bandits ce sont les fascistes de tous les pays.

Mais je voudrais lire ici un paragraphe d’un article du camarade Lénine, écrit en 1905, après la défaite de la première Révolution russe.

Ce sont les paroles de Lénine, l’intelligence la plus claire que l’Histoire a connue, l’internationaliste le plus conséquent du mouvement prolétarien mondial.

« Nous aimons notre pays, disait Lénine. Est-ce que la fierté nationale nous est étrangère, à nous les prolétaires conscients de Russie ?

Bien sûr que non ! Nous aimons notre langue et notre pays.

Nous travaillons surtout, pour élever les masses laborieuses de notre pays (c’est-à-dire les neuf dixièmes de la population) à la vie conscient de démocrates et de socialistes. Nous souffrons en voyant et en ressentant les actes arbitraires, les humiliations, le joug que les bourreaux impérialistes, les nobles et les capitalistes font subir à notre belle patrie.

Nous sommes fiers que ces actes arbitraires aient suscité des résistances parmi nous, les Russes.

Nous sommes fiers que notre peuple ait donné des hommes comme Raditchev, les Décembristes, les révolutionnaires petits-bourgeois des années 1870, nous sommes fiers que la classe ouvrière ait crée, en 1905, un puissant parti révolutionnaire de masses, et qu’en même temps les paysans de Russie aient commencé à devenir démocrates et à se libérer moralement du pope et du propriétaire terrien. »

Et, quelques lignes plus loin, il dit :

« Ouvriers russes, pénétrés d’un sentiment de fierté nationale, nous voulons à tout prix une Russie libre et indépendante, démocratique, républicaine, qui établisse des relations avec ses voisins à partir du principe humain de l’égalité et non à partir du principe humiliant de l’asservissement national pour les petites nations et du privilège pour la grande nation.

Pour cette raison, nous disons : dans l’Europe du XXe siècle, on ne peut défendre la patrie autrement qu’en mettant en mouvement les forces révolutionnaires contre les monarchistes, les propriétaires terriens et les capitalistes de « son » pays, c’est-à-dire contre les pires ennemis de notre patrie. »

Voilà ce que disait Lénine après 1905. Comme cela correspond bien à nos « patriotes » d’aujourd’hui !

Le chemin pour triompher

Et maintenant camarades, que doit-on faire pour sortir de la situation actuelle ? le climat général nous est favorable.

Vous êtes tous las de ce régime de faim et de terreur, et prêts à vous lancer dans la lutte pour que cela change. Mais comment faire ?

Pour pouvoir triompher de l’ennemi le 16 et après le 16, il est nécessaire de comprendre que le triomphe électoral, avec la constitution d’un gouvernement républicain ou d’un gouvernement populaire, doit être la garantie qu’on arrache à l’ennemi - nous l’avons dit et redit, et nous le répéterons autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que cela soit compris par qui de droit - sa base matérielle et sociale.

Tant que les paysans n’ont pas la terre aujourd’hui usurpée par les propriétaires terriens, tant que ceux-ci ne sont pas expropriés de leurs terres sans indemnisation pour qu’elle soit répartie gratuitement aux paysans et ouvriers agricoles, il n’y aura pas de développement possible d’un régime démocratique.

Tant que l’Église continue à recevoir des millions et des millions de l’État, tant qu’il n’y a pas une séparation catégorique de l’Église et de l’État, et tant que ces millions ne vont pas aux œuvres publiques pour l’amélioration des conditions de vie du prolétariat et de la paysannerie, il n’y aura pas de démocratie dans le pays.

Que celui qui veut aller à la messe ou communier aille à l’église tranquillement, mais qu’on ne lui paye pas sa religion.

Ce qu’on ne peut pas accepter, c’est que cet argent sorte des poches du prolétariat, des masses laborieuses. (Applaudissements prolongés)

Une armée du peuple, des nationalités libres

Nous voulons une armée démocratique, nous voulons une armée du peuple ; non une armée dont la direction, dont les hauts-commandements soient aux mains des monarchistes et des fascistes.

Nous voulons que les nationalités de notre pays - la Catalogne, l’Euskadi et la Galice - puissent disposer librement de leur destin et qu’elle entretiennent des relations cordiales et amicales avec toute l’Espagne populaire.

Si elles veulent se libérer du joug de l’impérialisme espagnol, représenté par le pouvoir central, elles auront notre appui.

Un peuple qui en opprime d’autres ne peut se considérer libre. Or nous voulons une Espagne libre. Nous voulons les pleines libertés démocratiques pour le peuple, la liberté de réunion, de manifestation.

Nous voulons aussi, c’est une mesure indispensable pour après le triomphe électoral, que disparaissent toutes les organisations fascistes et que soient confisquées les armes qui sont en grande quantité entre leurs mains, armes qu’ils utilisent contre le peuple travailleur. (Forts applaudissements)

Le Bloc Populaire doit se maintenir après les élections

Toutes ces mesures sont nécessaires et urgentes, si l’on veut ouvrir grandes les voies démocratiques pour le peuple d’Espagne.

Quand notre Parti arbora la bannière du Bloc Populaire, certains ne comprirent pas sa signification. Pour cette raison, il y eut des résistances contre sa création.

L’expérience a montré aux hommes qui dirigent les partis de masses que le Front Populaire, le Front Antifasciste était imposé par la volonté d’en-bas. Aujourd’hui, nous pouvons dire que le Bloc Populaire de se créer dans toute l’Espagne.

Mais il y a un danger, compagnons. Il y a un danger qui guette le Bloc Populaire.
C’est l’incompréhension, de la part de certains dirigeants des partis populaires, du fait que le Bloc Populaire est une nécessité, non seulement pour le moment des élections, mais aussi pour après, en tant qu’il est la garantie de ce qui a été scellé dans le pacte, et qu’il offre une aire de combat jusqu’à la victoire sur la réaction et le fascisme en Espagne.

Il est impossible de dissoudre le Bloc Populaire après les élections, parce que ceci reviendrait à désarticuler les forces qui aujourd’hui le composent, et ce serait la défaite à court terme.

Pour le bien de 90% de la population, j’attire l’attention de nos alliés et je leur dis :

« Dirigeants des partis de masses, hommes intelligents que vous êtes, comprenez la situation et élevez-vous à la hauteur de vos masses ! Je ne vous demande pas de faire plus, ni moins, mais si les masses le veulent, veuillez-lez aussi (Applaudissements interminables)

Et les masses veulent que le Bloc Populaire continue.

Comme je suis sûr que tous nous le voulons, masses et dirigeants, parce que si nous allons au triomphe aux élections du 16 février, nous savons tous que nous devons continuer la route jusqu’au triomphe final de nos aspirations, alors je vous dis qu’il va être très difficile de vous interposer face à un courant au succès si formidable, qui va crier dans toutes les rues : « Ne rompez pas, ne rompons pas le Bloc Populaire ! » » (Applaudissements tonitruants)

Il y a un programme minimum, qui doit être réalisé par le Gouvernement, entendez-le bien, et dont la réalisation créera les conditions pour le développement ultérieur de la révolution démocratique-bourgeoise en Espagne. Par conséquent, comment est-il possible de rompre le Bloc Populaire, avant d’avoir accompli son programme ?

Après le triomphe électoral, il reste à mettre en pratique ce programme minimum et je peux vous assurer, ouvriers et antifascistes, au nom du Comité Central du Parti Communiste que nous, toujours fidèles à nos engagements, allons le faire accomplir, avec les autres partis qui y souscriront.

Le Gouvernement qui surgira après les élections ne doit s’attendre à aucun obstacle de notre part, pour autant qu’il tient ses promesses.

Mais nous faisons savoir aussi, en toute loyauté, que nous ne nous contenterons pas de ce programme minimum, mais que nous nous n proposons de développer le programme de la révolution démocratique-bourgeoise, et cela jusqu’au bout. (Grands applaudissements)

Camarades : 30.000 prisonniers attendent de nous le 16 février que nous fassions notre devoir. Ils ont confiance, très confiance dans le prolétariat, dans le Parti Communiste, le parti socialiste, et aussi dans les partis républicains de gauche.

Quand ils furent condamnés à des peines de 25 à 30 ans, à des peines de mort, ils ont accueilli les sentences avec force d’âme, et je ne connais absolument aucun cas de condamnés ayant défailli devant ces peines monstrueuses.

Pourquoi ? Parce ils savaient et savent ce que vaut le prolétariat d’Espagne, mais jusqu’à aujourd’hui ils nous ont vus désunis : le voilà l’ennemi.

Mais bientôt ils sauront. Ces 30.000 prisonniers attendent de nous que le 16 février nous sachions faire notre devoir. Que nous les arrachions des prisons.

La mission de la femme

Et maintenant, quelques mots pour nos camarades les femmes. Femmes de toute l’Espagne, grand est le rôle que vous avez à jouer le 16 et après le 16 !

Nous avons remarqué avec joie l’éveil de votre conscience de classe.

Votre présence, à chaque fois plus nombreuse à nos meetings démontre que vous vous émancipez du joug séculaire de l’église, et que vous exigez un poste de combat, aux côtés de vos camarades hommes.

Pour changer cette situation, il est nécessaire que vous, avec nous, alliez à la lutte pour vaincre tout ce qu’il y a de mauvais en Espagne. Femmes et hommes, femmes et jeunes, il faut vaincre la réaction, pour pouvoir ensuite respirer le bien-être en Espagne.

Accomplissez votre devoir le 16, empêchez autant que possible que les dames sans caractère ne supplantent ou ne trompent les femmes travailleuses, en les faisant voter pour nos ennemis !

Appel aux ouvriers de la CNT

Pour finir, j’adresse un appel sérieux aux ouvriers de la C.N.T., aux camarades anarchistes.

J’ai dit au début que la situation de l’Espagne est telle que c’est le régime qui est mis en jeu. Je ne vous demande pas de renier votre idéologie, mai sil est nécessaire que vous votiez pour le Bloc Populaire.

Dans la situation actuelle de la lutte, s’abstenir est un crime. Personne ne peut rester neutre. Ceux qui ne votent pas, ceux qui ne soutiennent pas le Front Antifasciste, qu’ils le veuillent ou non, font le jeu de la réaction.

Est-il possible qu’un seul ouvrier adopte une position pareille ?

Telle est la situation que nous vivons aujourd’hui, le bulletin dans une urne, en ce moment, a presque la même valeur que les fusils, dans les Asturies, pendant le mouvement d’Octobre. Une chose n’exclut pas l’autre, chaque chose en son temps. (Forts applaudissements)

En avant ! Camarades, allons de l’avant ! Je n’ai plus qu’à vous dire ma grande satisfaction devant votre esprit de lutte, auquel se conformera le Parti Communiste, qui signalera au fur et à mesure le chemin à suivre.

Soyez sûrs de trouver dans le Parti Communiste le Parti dirigeant qui va mener à la lutte et à la victoire.

Marchons avec nos frères les socialistes, avec notre camarade Largo Caballero [chef de la gauche des socialistes] vers la formation du grand Parti mariste-léniniste, qui dirigera les masses vers l’établissement de la dictature du prolétariat, vers l’Espagne socialiste.

Avec les camarades socialistes, nous avons à discuter sur la tactique, sur les fondements théoriques du parti révolutionnaire du prolétariat. Mais le passé ne reviendra pas.

Nous marcherons unis pour aller au bout de la révolution démocratique-bourgeoise.

Nous marcherons unis pour établir la dictature du prolétariat et, suivant l’exemple du Parti Bolchévique et son chef, Staline, nous forgerons l’arme qui nous donnera le triomphe définitif du socialisme en Espagne. (Grande ovation)

mardi 23 février 2016


La guerre d’Espagne