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PCR - Chili : Vers une nouvelle trahison de L. Corvalan contre le peuple chilien – 1977

Parti Communiste Révolutionnaire du Chili - avril 1977

Les dirigeants du Parti « Communiste » pro-soviétique du Chili, c’est-à-dire, Corvalan et les siens, préparent une nouvelle trahison contre le peuple chilien. Ils se sont entièrement pliés aux manœuvres que sont en train de faire sous le manteau les secteurs les plus réactionnaires et pro-yankees de la Démocratie Chrétienne (DC), c’est-à-dire, Frei [1] et sa clique, pour faciliter à la Junte Militaire fasciste « l’accouchement sans douleur » d’un gouvernement de rechange, qui laisse intactes les forces répressives et les sauve du châtiment populaire.

Affiche réalisée en 1975 par la Jeunesse du vieux PC révisionniste de Belgique dans le cadre de sa campagne de soutien au renégat Corvalan

Pour le nouveau gouvernement des Etats-Unis, la dictature militaire chilienne est une épine dans le pied. L’assassinat de dizaines de milliers de personnes, les tortures les plus brutales, l’emprisonnement, la disparition et l’exil de centaines de milliers de Chiliens, ont été connus et condamnés par le monde entier.

Carter, qui se veut un défenseur des Droits de l’Homme, peut difficilement défendre le gouvernement de Pinochet et ses acolytes. D’autre part – et ceci est le plus important – la Junte militaire fasciste, en essayant de servir les intérêts des monopoles yankees et nationaux, ainsi que ceux des propriétaires fonciers, a créé au Chili la crise économique la plus aiguë de toute l’histoire de la nation.

Non seulement elle a livré au grand capital national et étranger la plupart des entreprises qui étaient aux mains de l’Etat (pas mal d’entre elles avant le gouvernement Allende), mais en plus, elle a réduit de la façon la plus draconienne et brutale le niveau de vie des travailleurs et a jeté au chômage près d’un quart de la population active du pays.

Tout cela a conduit à la faillite en chaîne de petites, moyennes et maintenant de grandes entreprises commerciales, industrielles et financières, au bénéfice d’une scandaleuse concentration des capitaux dans les mains des monopoles les plus voraces.

Ceci a fait que, à l’isolement international de la Junte, s’ajoute un croissant isolement interne et un rejet chaque fois plus grand non seulement de la part des secteurs persécutés (qui font légion), mais aussi de vastes secteurs des couches moyennes qui souffrent de la dictature politique et économique du grand capital. A cause de cela et malgré les sanguinaires mesures répressives, la résistance et le désir de renverser la Junte augmentent chaque jour.

Non seulement ils augmentent dans la conscience des gens et dans les protestations chaque fois plus ouvertes, mais surtout, dans la prolifération d’organisations clandestines et dans le déclenchement de luttes toujours plus nombreuses contre le gouvernement. Il existe donc, des conditions objectives et subjectives très favorables, pour donner de l’impulsion à de multiples batailles de masses qui puissent être couronnées par le renversement de la Junte, en écrasant son appareil répressif.

L’impérialisme yankee, ainsi que leurs fervents serviteurs au Chili, Frei et ses acolytes, et même certains secteurs des monopolistes nationaux qui sont favorisés directement par la Junte, commencent à entrevoir ce danger.

La crise économique aiguë, le chômage massif, la surexploitation brutale des travailleurs, tout cela ajouté à une répression féroce et à l’isolement international, constitue un mélange explosif aux conséquences incalculables.

Jusqu’à quand pourront-ils empêcher l’explosion de la haine qu’ils ont accumulée, avec un régime dans lequel la démagogie même ne compte presque plus et dont le seul soutien reste la répression ? En fait, le problème aujourd’hui pour la Junte militaire, qui a dépassé les bornes dans sa brutalité génocide et dans son rôle de servante de l’exploitation la plus impitoyable, est comment changer d’image et équilibrer la répression avec la démagogie, sans déclencher la haine du peuple contre ses bourreaux.

Les hauts commandements militaires, les secteurs monopolistes, de même que l’impérialisme et leurs serviteurs, ont peur qu’il ne soit trop tard et ils ont raison, car personne ne sait mieux qu’eux ce qu’ils ont fait contre le peuple et même contre certains secteurs qui ont appuyé le coup d’Etat.

C’est dans ces conditions que Corvalan et d’autres dirigeants du faux Parti « Communiste », offrent leurs services une fois de plus − et sans conditions − pour sauver le régime bourgeois, et notamment les forces armées répressives qui le soutiennent.

Conséquents avec eux-mêmes, ils ont continué après le putsch (de même que pendant tout le gouvernement de l’Unité Populaire) à répandre la confiance et à faire des éloges aux forces armées bourgeoises, en présentant les événements de 1973 comme n’étant l’œuvre que d’une petite poignée de « généraux traîtres », stimulant ainsi les manœuvres destinées à sauver la domination impérialiste et réactionnaire, ainsi que les forces répressives, faites par un agent des yankees très connu (et reconnu comme tel par le Sénat nord-américain et par les journaux influents aux USA), Eduardo Frei ; ils sabotent et condamnent même ouvertement toute organisation clandestine de la résistance destinée à renverser la Junte, traînant derrière eux leurs compères de toujours qui sont au sein de la direction du Parti Socialiste et des autres forces de l’ex-UP, afin qu’ils se plient à cette sale manœuvre et divisant implacablement leurs bases politiques et les dirigeants patriotes qui ne veulent pas soumettre le peuple chilien à leurs bourreaux, qui porteraient un autre masque pour l’occasion.

Quelles sont les vraies raisons de cette attitude ouvertement réactionnaire des dirigeants du « PC » ? S’agit-il simplement, comme le pensent certains critiques posthumes du gouvernement Allende, de simples « erreurs idéologiques », de « déviations anti-marxistes » de ces dirigeants ?

Ceci serait une interprétation très généreuse à leur égard qui ne ferait que favoriser l’illusion qu’ont certains depuis des années, illusion qui prétend qu’il est possible de les convaincre afin qu’ils rectifient leur « opportunisme ».

La vérité est que le projet politique de la direction du P « C » a toujours été celui d’installer au Chili un nouveau système d’exploitation, sous le masque du socialisme. C’est-à-dire un capitalisme monopoliste d’Etat, dans lequel une nouvelle bourgeoisie bureaucratique, que ce soit en alliance ou en remplaçant les anciens exploiteurs, prend le contrôle du pouvoir et du gouvernement. Bref, un système semblable à celui auquel on est arrivé, par dégénérescence du socialisme, dans des pays comme la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne et d’autres nations qui adhèrent au Pacte de Varsovie, avec la dépendance qui s’en suit vis-à-vis du social-impérialisme russe.

Evidemment, le fait de changer un système d’exploitation par un autre, le fait de changer la domination exclusive de l’une des superpuissances par la pénétration et la domination croissantes de l’autre, exige avant tout et surtout, de freiner toute mobilisation révolutionnaire du peuple, tout danger que celui-ci puisse écraser ses ennemis et conquérir réellement le pouvoir.

Pour changer un système d’exploitation par un autre, une domination impérialiste par une autre, il est indispensable de maintenir et d’hériter des lois et des institutions fondamentales de l’Etat bourgeois, et notamment, du gros des forces armées réactionnaires. Seule la stabilité des piliers de l’actuel système d’exploitation, permet son passage à un autre, sans que le peuple puisse barrer la route à cette sinistre escroquerie politique.

De fait, ces projets réactionnaires des dirigeants du P « C », inspirés par les chefs de file du social-impérialisme russe, ont déterminé toute la stratégie et la tactique ( « incompréhensible » pour beaucoup), qu’ils ont appliquées avant le gouvernement Allende et pendant les trois années durant lesquelles il gouverna.

Actuellement, cette stratégie et cette tactique, n’ont pas souffert de grands changements. A travers elles, les révisionnistes ont voulu montrer qu’il était possible d’arriver au « socialisme » sans détruire l’Etat bourgeois et en réformant seulement ses lois et ses institutions.

Ils se sont efforcés de répandre la confiance dans les forces armées réactionnaires qui déjà avant l’élection de Frei en 1964, préparaient activement un coup d’Etat, face à la seule éventualité du triomphe de l’Unité Populaire. Cette stratégie et cette tactique supposaient de freiner toute lutte combative des masses − nous, Chiliens, avons été témoins des efforts qu’ils ont fait pour y aboutir − et, notamment, toute intention de celles-ci pour s’armer, ainsi qu’un combat implacable contre les tendances politiques qui préconisaient l’élévation du niveau des luttes et l’armement du peuple.

Pour obtenir tout ceci, ils ont employé, et en particulier pendant le gouvernement Allende, les mensonges, les intrigues, l’infiltration, le divisionnisme et même la répression quand il leur fut possible de l’utiliser. Ce sont cette stratégie et cette tactique qui ont fait que quand il n’y avait plus de doute que la réaction et l’impérialisme préparaient un coup d’Etat, la direction du P « C » a joué toutes ses cartes pour obtenir la capitulation anticipée du peuple chilien face aux putschistes, afin de créer les conditions pour la capitulation encore plus honteuse qu’ils mettent en avant aujourd’hui, quand les crimes féroces que tout le monde connaît ont été déjà commis contre notre peuple.

C’est à cause de cette stratégie et de cette tactique qu’ils ont loué les forces armées bourgeoises jusqu’au jour même du putsch, alors que celles-ci le préparaient activement ; c’est à cause d’elles qu’ils ont proposé et approuvé avec leurs voix au Parlement, la Loi de Contrôle des Armes, qui permit aux militaires putschistes de préparer leur action séditieuse en désarmant et en intimidant les travailleurs ; c’est à cause d’elles qu’ils ont lancé, dans les derniers mois du gouvernement Allende, le mot d’ordre démobilisateur : « non à la guerre civile », qui liait les mains au peuple, mais qui les laissait libres aux militaires putschistes ; c’est à cause d’elles qu’ils ont obligé le petit nombre de militants de leur parti qui avaient obtenu quelques armes à les rendre quelques semaines avant le putsch ; c’est à cause d’elles, enfin, que le dirigeant du P « C », alors ministre du Travail et président de la CUT [2], Jorge Godoy, a fait, une fois le putsch fini, un appel au peuple par radio et télévision, pour qu’il n’offre pas de résistance.

Comment peut-il y avoir après ces faits et une multitude d’autres qui prouvent la trahison des intérêts du peuple par ces communistes, des gens qui puissent avoir confiance en eux et qui ne découvrent pas encore le projet réactionnaire et antipopulaire qui inspire cette politique ?

Comment peut-il y avoir quelqu’un qui doute du fait qu’ils feront encore tout pour empêcher toute résistance et toute politique qui veuille le renversement de la Junte et qu’ils continuent à empêcher la mobilisation populaire pour sauver l’appareil répressif et l’Etat bourgeois ?

Il existe cependant, en plus de l’objectif de freiner les luttes populaires et de préserver l’Etat bourgeois, un autre aspect de la stratégie des dirigeants du P « C », qui aide à éclaircir leurs agissements d’hier et d’aujourd’hui. De tels dirigeants obéissent servilement, comme ils l’ont montré dans d’innombrables occasions, à la stratégie mondiale des chefs de file du social-impérialisme russe dans sa lutte contre l’autre superpuissance pour la domination et l’exploitation du monde entier.

Comme toute bourgeoisie dominante ou qui aspire à l’être, ils ne peuvent prétendre conquérir le pouvoir qu’en comptant sur le soutien d’une grande puissance impérialiste.

Cependant, la stratégie du social-impérialisme russe dans sa dispute pour l’hégémonie mondiale avec l’impérialisme américain, ne revêt pas la même forme selon les diverses zones du monde.

Bien qu’en Afrique et dans certaines régions d’Orient ils peuvent disputer cette hégémonie en promouvant des coups d’Etat pro-soviétiques et même en intervenant directement (comme au Soudan ou en Angola), dans les régions où la domination nord-américaine s’exerce avec une grande force comme en Europe ou en Amérique Latine, ils ne sont pas disposés à défier ouvertement l’impérialisme yankee.

L’implantation en Europe ou en Amérique Latine de régimes semblables à ceux du Pacte de Varsovie, vu qu’il faut pour cela s’opposer à toute mobilisation populaire et préserver l’Etat bourgeois, exigerait, face à la vigoureuse intervention de l’impérialisme yankee pour empêcher des régimes de cette espèce (le Chili est un exemple de cela), une intervention ouverte du social-impérialisme russe, qu’il n’est pas en condition de risquer aujourd’hui.

Donc, le social-impérialisme russe emploie une triple stratégie : contrôle sévère des pays déjà soumis à sa domination et qui sont proches de ses frontières (cas de la Tchécoslovaquie) ; un défi plus ouvert aux USA dans les zones où sa domination n’est pas consolidée ; et une stratégie d’infiltration dans le gouvernement et dans le pouvoir, en alliance avec des secteurs politiques populistes [réformistes] pro-yankees, en Europe et en Amérique Latine, c’est-à-dire le « compromis historique ».

De cette façon, pendant qu’il maintient une domination relativement solide dans sa sphère d’influence, il mord sur l’influence yankee dans certaines zones et s’efforce de partager la domination avec cet impérialisme en Europe et en Amérique Latine, en affaiblissant aussi de cette façon son influence et en avançant pas à pas vers le modèle du capitalisme d’Etat.

Il va sans dire qu’en fonction de la stratégie du « compromis historique » largement préconisée par les dirigeants du P « C » chilien, le triomphe d’une coalition de gauche en opposition à la DC, a sérieusement inquiété les dirigeants soviétiques qui, d’une façon très claire, ne se sont pas engagés, ni sur le terrain économique ni encore moins militaire, pour la défendre. Même plus, ils ont garanti au Secrétaire d’Etat des USA, William Rogers, qu’ils ne le feraient pas (voir le Rapport du Sénat nord-américain sur l’intervention de la CIA au Chili).

Le même Corvalan a avoué après avoir été mis en liberté à cause du marchandage honteux entre le fascisme et le social-fascisme, que c’est depuis les années 60 qu’ils préconisent au Chili le « compromis historique »

Au service de ce pacte d’exploitation conjointe du Chili, ils ont mis aussi bien leur stratégie de frein à la lutte des masses et de préservation de l’Etat bourgeois, que diverses pressions de style électoral, ainsi que les réformes faites pendant le gouvernement Allende ou les offres renouvelées de négocier ces réformes en fonction du pacte avec la DC.

Face à la furieuse offensive des forces réactionnaires pour renverser le gouvernement Allende, face à leur sabotage systématique de la production et de la distribution, ils ont freiné la lutte des masses qui aurait pu barrer la route à ces manœuvres et en profitant de l’étranglement économique croissant du gouvernement, ils se sont efforcés, avec une persévérance cligne d’une meilleure cause, de profiter de sa banqueroute afin d’imposer la stratégie russe et obtenir le compromis UP-DC.

C’est pour ce compromis qu’ils ont offert dans de nombreuses occasions, souvent sans consulter leurs alliés et contre leur opinion, d’aller en deçà du programme de l’UP et d’intensifier la répression contre les luttes populaires.

Il ne s’agissait pas, comme certains l’ont dit, de modifications de programme destinées à faire des concessions aux couches moyennes, mais plutôt de concessions faites directement au capital monopoliste, aux propriétaires fonciers et à l’impérialisme yankee, car c’est précisément ces secteurs avec lesquels ils voulaient s’allier.

En effet, les propositions faites par le Ministre de l’Economie de l’UP, Orlando Millas, membre du Secrétariat du P « C », de réduire à un peu moins de 50 les entreprises monopolistes expropriables ; d’arrêter l’expropriation des grandes propriétés terriennes dans les campagnes ; de respecter les exigences de l’organisme de contrôle yankee appelé Fond Monétaire International ; d’indemniser les entreprises impérialistes expropriées et de favoriser la création d’entreprises mixtes de l’Etat avec les monopoles yankees ; ainsi que la répression contre les masses, comme ils l’ont fait à Conception [3] en assassinant le camarade Eladio Caamano, où dans le bidonville de Lo Hermida [4], peuvent difficilement être qualifiées de mesures en faveur des couches moyennes. Par les mêmes raisons ils se sont opposés, non seulement aux luttes populaires, mais aussi aux propositions faites par le président Allende pour obtenir une réforme du gouvernement à travers un plébiscite et à son idée de créer des organisations civiles, en se servant de la loi sur la Défense Civile, qui pourraient coordonner leur action avec des hypothétiques secteurs anti-putschistes des forces armées, en opposition au secteur séditieux.

Leur politique fut de profiter de toutes les difficultés qui asphyxiaient le gouvernement, sans leur chercher une solution réelle, comme moyen de pression pour imposer le « compromis historique ».

Malheureusement (pour les plans des soviétiques) le « compromis historique » était rejeté non seulement par les bases des partis de l’UP et par nombre de leurs dirigeants, mais aussi, et énergiquement, par l’impérialisme yankee et ses pions au Chili. Justement, une fois consommé l’échec du gouvernement Allende, après une première année de succès (plus apparents que réels), comme modèle dangereux de « socialisme », le gouvernement des USA a maintenu fermement sa décision de renverser Allende au moyen d’un coup d’Etat, pour empêcher des possibles velléités unitaires de ses agents de la DC et comme le signale le Rapport du Sénat des USA sur la CIA, pour empêcher « la tendance chilienne au compromis politique ».

Après le coup d’Etat, les dirigeants du P « C » ont continué imperturbablement leur politique servile face à la stratégie soviétique, sans se soucier des souffrances qu’elle a causé au peuple chilien.

Dans la première période de la dictature, leur tactique (au service de leur stratégie de toujours) a consisté à décourager l’organisation de toute résistance destinée à renverser la Junte.

Ils l’ont fait en s’opposant publiquement à la création de comités clandestins de résistance ; en cachant systématiquement les luttes qui se sont frayées un chemin, pas à pas, malgré la répression, en mettant en relief seulement les tortures, afin d’intimider le peuple, s’efforçant de montrer que toute intention de renverser la Junte est vouée à l’échec, pour présenter la nécessité du compromis.

A travers leur propagande, ils essaient de réduire la responsabilité des chefs et des membres des forces armées réactionnaires dans la répression, à un nombre réduit de personnes, et centrent leurs efforts pour en « finir » avec la Junte militaire, non pas au Chili, mais par des manœuvres internationales qui se font souvent sur le dos du peuple chilien.

En même temps, ils ont déclenché une offensive implacable, faite de mensonges, d’attaques, d’efforts divisionnistes, de pressions et de corruptions contre tous ceux qui − dans l’ex-UP et en dehors d’elle − veulent renverser la Junte et s’opposent à entraîner le peuple − réprimé, massacré et affamé − à un compromis avec ses bourreaux.

La nouvelle cabriole opportuniste de Frei, qui a soutenu le putsch et la Junte quand celle-ci s’est installée au gouvernement, et qui se présente maintenant comme « opposant » à la dictature et comme « partisan » des droits démocratiques, leur rend un grand service. Au début, dans de longs documents dans lesquels ils valorisaient l’attitude de Frei au milieu de critiques très tièdes, qui contribuaient à mettre en relief son rôle « d’opposant » à la Junte, plutôt qu’à le démasquer, ils se sont efforcés à ce que celui-ci les emmène dans son train de rechange à la Junte, même en tant que fourgon de queue.

Cependant, Frei n’ignore pas que son ascendant sur des secteurs de masses relativement nombreux, dérive précisément de la conscience anti-communiste qu’il a créée, en présentant comme « modèle de communisme » les régimes social-fascistes et d’exploitation qui sévissent en URSS et dans d’autres nations pseudo socialistes, Un modèle duquel même les partis révisionnistes d’Europe veulent s’éloigner, pour des raisons électorales et autres.

Il n’ignore pas non plus que l’impérialisme yankee, qui aurait pu se permettre le luxe de renverser l’Unité Populaire dans les élections prévues en 1976, a maintenu sa politique putschiste, précisément pour éviter une alliance de la DC avec une coalition comme l’UP, alliance qui impliquait la possibilité d’une infiltration des forces pro-soviétiques dans le gouvernement chilien.

C’est à cause de cela que Frei et les siens ont rejeté fermement toute alliance avec le P « C » au sein d’une éventuelle formule pour remplacer la Junte, dans laquelle les révisionnistes pourraient jouer un certain rôle. Face à cela, les dirigeants du P « C » ont étendu à des limites incroyables leur esprit servile et leur trahison des intérêts du peuple chilien.

Ils ont offert leur soutien inconditionnel à toute formule possible de remplacement de l’actuelle Junte fasciste. Selon tous les renseignements existants, face à la possibilité d’un gouvernement militaire (qui déplacerait les bourreaux les plus connus en les remplaçant par d’autres qui ont réussi à mieux se cacher) et qui aurait le soutien civil de la DC et d’autres secteurs qui sont prêts à collaborer dans cette farce, les dirigeants du P « C » ont offert d’accepter leur illégalité pendant un temps indéfini et de collaborer activement en freinant toute lutte de masses et toute intention de combattre pour châtier les coupables et pour écraser leur appareil répressif.

Par ce sale rôle, ils espèrent créer les conditions pour un futur gouvernement démocrate-chrétien avec lequel ils pourraient négocier leur retour à la légalité et ainsi matérialiser le « compromis historique ».

De cette façon, ils sauvent (avec de légers changements) l’instrument armé du fascisme, ils sauvent le régime bourgeois, avec toutes les restrictions répressives que les forces armées bourgeoises, l’impérialisme et les réactionnaires considéreront qu’il faut maintenir ; ils facilitent une répression concentrée sur les secteurs patriotes qui n’acceptent pas cette répugnante transaction et qui sont disposés à continuer la lutte ; ils garantissent, sur la base d’un gouvernement plus démagogique, l’accroissement de la mystification envers les masses en tant que complément de la répression et, avec cela, une certaine sécurité pour les investissements étrangers et donc la continuation de l’invasion de notre économie par le capital impérialiste.

En bref, ils sauvent l’impérialisme, ils sauvent l’Etat bourgeois, ils sauvent l’instrument armé du fascisme, ils sauvent le grand capital national du danger de leur renversement, et tout cela pour un « plat de lentilles », qu’on les accepte en tant qu’intermédiaires de cette monstrueuse duperie à l’égard des masses, même s’ils restent dans l’illégalité. Ce qu’ils sont prêts à faire hors du pouvoir est un échantillon de ce qu’ils seraient capables de faire contre le peuple s’ils étaient au pouvoir.

Comme il fallait s’y attendre, cette nouvelle trahison a causé un grand rejet parmi les bases de tous les partis qui ne sont pas au service du fascisme et parmi beaucoup de leurs dirigeants honnêtes.

Elle a produit une réaction de rejet dans des secteurs de base du même P « C ». Il y a aussi des dirigeants qui sont prêts à se plier à cette monstrueuse manœuvre et qui ne peuvent cacher leur complicité avec elle qu’en la masquant avec une phraséologie défaitiste : « C’est la seule façon de déplacer la Junte », « ce n’est qu’ainsi que nous pourrons retourner au Chili », « après, nous verrons ce qu’il faut faire ». Bref : le triste spectacle de toujours !

L’opportunisme à l’ordre du jour avec la promesse que, dans un lointain avenir stratégique, on adoptera une véritable position révolutionnaire. Cependant, si pour éluder la lutte (ou dans le cas des dirigeants révisionnistes, pour ouvrir la voie à un autre régime d’exploitation), on répond à chaque situation politique avec une attitude opportuniste, on n’adoptera jamais cette attitude révolutionnaire tant promise.

C’est en cela que consiste précisément, selon Lénine, l’essence de l’opportunisme, du réformisme, de la falsification du marxisme : dans le sacrifice des intérêts futurs, des intérêts de la révolution, des intérêts du peuple, pour des hypothétiques intérêts immédiats.

Les sinistres plans que trament contre le peuple chilien ceux qui servent au Chili la politique de chacune des deux superpuissances, montrent une nouvelle fois que, malgré leur féroce rivalité, elles peuvent s’accorder (et en fait elles s’accordent toujours) quand il s’agit de s’opposer à une issue révolutionnaire dans laquelle le peuple joue le rôle principal.

Cette panique devant le peuple de la part des révisionnistes et le fait qu’ils sont les principaux vaincus du coup d’Etat, explique la capitulation servile et le sale projet de collaboration à travers lequel ils sont disposés à coopérer avec les formules de remplacement de la Junte, formules dans lesquelles c’est l’impérialisme yankee qui a l’initiative.

Nous pouvons dire avec certitude que l’échange honteux de Corvalan par Boukovsky, dans lequel sont intervenus activement les gouvernements des USA et de l’URSS, est l’expression et l’instrument concret de cette capitulation inconditionnelle, à travers laquelle les dirigeants du P « C » veulent expier, expier l’insolence de l’UP pour avoir défié électoralement la domination yankee, en acceptant une collaboration muette et résignée, en échange de l’espoir lointain d’arriver un jour au « compromis historique ».

Interviewé par un journaliste du Monde, au début mars 1977, sur ce qui n’est déjà plus un secret pour personne, à savoir l’acceptation de collaborer dans l’illégalité avec les successeurs de la Junte actuelle, Corvalan dit cyniquement : « que l’on ne compte pas sur nous pour accepter un changement de situation avec le maintien de partis de gauche dans l’illégalité... »

Et après, en montrant que son seul souci est de cacher son compromis et d’éluder toute déclaration qui exprime la disposition à combattre une mesure de ce genre, il ajoute : « Face à une telle situation, dont on ne pourrait nous rendre responsables, nous sortirions à la lumière du jour pour conquérir une légalité de fait. »

Mais personne n’ignore au Chili comment la direction du P « C » a « conquis » ses droits légaux en 1957 : à travers un reniement public fait par le même Corvalan, de tous les principes du marxisme et en montrant dans les faits, patiemment, leur décision de collaborer fermement à la conciliation [5].

Nous sommes sûrs, cependant, que les souffrances du peuple ne seront pas vaines. Les masses populaires et les bases honnêtes des partis anti-fascistes ont tiré des conclusions des événements récents. Le peuple chilien ne s’est pas laissé écraser passivement et, pas à pas, il fortifie sa résistance et multiplie ses luttes contre l’oppression et la faim imposées par la dictature.

Tout ceci confirme que le sale compromis qui se trame sur le dos du peuple ne sera signé que par une poignée de traîtres. Pour le peuple il n’aura pas la moindre validité et, en passant sur les Judas qui veulent le vendre encore une fois aux forces réactionnaires, il continuera à combattre la Junte fasciste et ses remplaçants, jusqu’à leur renversement et leur écrasement, en avançant ainsi vers une réelle conquête du pouvoir.

Chile - Ediciones ML - marxistas-leninistas, avril 1977.


[1Eduardo Frei : principal dirigeant de la Démocrate-Chrétienne. Il fut président de la République de 1964 à 1970.

[2CUT : Centrale Unique de Travailleurs.

[3Concepcion : ville du sud du Chili. En 1972, se déroula dans cette ville une manifestation des forces de gauche. Le préfet de la ville, un dirigeant du P « C », envoya les forces répressives contre les manifestants causant la mort du camarade Eladio Caamano.

[4Lo Hermida : bidonville de Santiago, capitale du pays. En 1971, la police a fait une descente dans ce bidonville tuant un camarade qui y habitait.

[5Lors du la 24e session plénière du CC du P « C » chilien, Corvalan a dit : « Nous voulons et nous réclamons notre liberté. Et déclarons solennellement qu’une nouvelle fois libres d’agir dans la vie politique, nous ne serons une menace pour aucun intérêt respectable. Nous sommes partisans que tout s’arrange démocratiquement, selon la volonté de la majorité du pays, dans le libre jeu de tous les partis et courants. Nous ne voulons pas aujourd’hui la substitution de la propriété privée des capitalistes chiliens par la propriété collective. Et quand demain il faudra avancer dans cette voie, nous pensons que cela doit se faire aussi avec l’accord de la majorité des Chiliens, par la voie pacifique et en garantissant le bien-être et les droits des capitalistes, c’est-à-dire en les indemnisant correctement. »