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OLP : Programme politique − 1973

ORGANISATION DE LIBÉRATION DE LA PALESTINE
PROGRAMME POLITIQUE, janvier 1973

Ce programme fut adopté par le Conseil national palestinien, au cours de sa 11e session, qui s’est tenue au Caire, du 6 au 12 janvier 1973. Il a été considéré comme le document le plus complet jamais adopté par les organisations de résistance.

Toutes les zones d’activité − des territoires occupés aux actions dans le monde entier − y sont mentionnées ; toutes les préoccupations et méthodes − du culturel au militaire − y sont envisagés.


Tout au long de la lutte acharnée que notre peuple arabe a menée pour la libération, la démocratie et l’unité, il a constamment affronté les complots fomentés par les forces colonialistes et impérialistes et leurs valets. Les forces contre-révolutionnaires opposées à la prospérité et au progrès social ont toujours considéré le monde arabe comme une terre fertile pour le pillage de ses ressources naturelles et un point stratégique important reliant les trois continents : l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

Les voies terrestres, aériennes et maritimes passent par ces vastes étendues. Il débouche également sur des zones stratégiques comme la mer Méditerranée, la mer Rouge, le canal de Suez et l’océan Indien.

Tout ceci rend le colonialisme de plus en plus ambitieux. Il s’est rendu compte que ses valets locaux sont incapables de résister aux mouvements nationalistes qui ont sévèrement menacé les positions des colonisateurs et de leurs laquais. Devant cet état de fait, il a tourné ses regards vers le sionisme mondial qui a planifié l’usurpation de la Palestine et l’établissement d’une entité ségrégationniste, avant­poste pour protéger la domination colonialiste.

Le sionisme fut la grande trique aux mains du colonialisme pour faire peur aux peuples.

C’est dans ce contexte que le sionisme mondial et l’impérialisme ont pu implanter l’État d’Israël usurpateur en collaboration avec les régimes arabes réactionnaires (sauf le régime syrien connu à l’époque pour son dévouement à la cause de la nation arabe).

Cependant, le peuple palestinien, sûr de son droit à l’autodétermination et à disposer de lui-même, a énergiquement refusé la capitulation et s’est dressé vigoureusement contre l’agression impérialo-­sioniste.

Durant trente ans de lutte ardue, notre vaillant peuple s’est soulevé contre ses oppresseurs. Sa grande colère éclatait surtout entre 1936 et 1948. Cependant, les forces réactionnaires étaient toujours présentes pour contribuer à la liquidation de sa cause qui est celle de toute la nation arabe. Les longues traditions de lutte de notre peuple ont réapparu au début du mois de janvier 1965 quand une nouvelle étape de la résistance fut franchie. Cette révolution est l’expression de la haine que notre nation arabe a toujours portée à ses oppresseurs locaux ou étrangers.

Le déclenchement de la guerre de libération populaire contre l’ennemi sioniste est le seul moyen, dans l’état actuel des choses, de mettre fin à la contradiction fondamentale avec l’ennemi. Seule la violence révolutionnaire est possible car notre ennemi est de nature belliqueuse et cruelle.

La nouvelle situation représente une transformation radicale. Les masses ont trouvé dans la Révolution palestinienne un représentant légitime de leurs aspirations et de leurs revendications. La résistance palestinienne a pu mettre en pratique le refus de la nation arabe de se prosterner devant les agresseurs et les plans de liquidation.

Le développement de la résistance a fait de la Jordanie la principale base de la lutte armée. Les activités de la résistance se sont intensifiées et se sont étendues le long des frontières arabo-­israéliennes ; on a assisté à un accroissement considérable des activités militaires et des coups sévères furent portés à l’ennemi sioniste partout, sans parler de Gaza qui a connu des actions héroïques où des camps sont passés sous le contrôle de la révolution.

En dépit de tous les complots fomentés par les forces sionistes et contre-révolutionnaires et des coups sévères, la révolution palestinienne a pu poursuivre son chemin malgré les attaques qui lui ont été portées.

Les cas sont nombreux et en voilà quelques-uns à titre d’exemple :

- la campagne contre-révolutionnaire au Liban en 1969 ;

- les tentatives de liquidation en Jordanie de 1968, 1969 et 1970 ;

- les coups de l’ennemi sioniste à Karameh en 1968 et en 1969, au sud du Liban qui ont connu un cuisant échec.

Cependant, avec l’apparition des initiatives américaines sur la scène politique du Moyen-Orient, les plans de capitulation gagnèrent du terrain et firent écho dans les milieux réactionnaires.

Ceux-­ci profitèrent des quelques excès de la résistance ; mais les masses jordano-palestiniennes ont riposté à ces tentatives ; elles ont héroïquement résisté devant la campagne barbare de septembre 1970.

En juillet 1971, le pouvoir réactionnaire jordanien a pu mettre fin à la présence officielle de la résistance malgré les légendes d’héroïsme tracées par les combattants et les masses, durant les épreuves cruelles qu’ils ont subies.

Cette campagne militaire terroriste fut complétée par une autre campagne politique aussi dangereuse qui visait non seulement la résistance, mais aussi l’existence du peuple palestinien et son entité nationale. La Cisjordanie devait être une terre sur laquelle fleurissaient les exploitations capitalistes : américaines, britanniques et allemandes, sans parler de l’exploitation quotidienne.

Actuellement, tout le monde connaît les efforts américains en vue de reconstruire l’armée jordanienne pour la diriger contre la Syrie et l’Irak...

Cette situation a permis à l’ennemi sioniste de consolider son occupation des territoires arabes et de porter des coups sévères à la résistance dans les territoires occupés. Parallèlement au plan du Royaume Uni présenté par le « roitelet » hachémite, les autorités d’occupation ont tente de rétablir un statu quo politique avec la comédie des élections municipales et l’établissement de cliques qui leur sont inféodées.

De son côté, l’impérialisme américain a multiplié ses efforts pour étrangler la révolution palestinienne : les plans pseudo-politiques se sont succédé et furent acceptés par les milieux réactionnaires.

La liquidation de la résistance palestinienne, au mois de juillet 1971, en Jordanie, et l’intensification des activités impérialistes contre la révolution palestinienne avec la dégradation des positions officielles des régimes arabes défaitistes ont resserré l’étau de l’impérialisme contre la révolution palestinienne et les masses arabes.

Dans cette ambiance de capitulation, notre peuple palestinien a refusé catégoriquement ce statu quo. Il a agi pleinement pour sauvegarder sa révolution et son droit à disposer de lui-même.

La révolution reflète le refus des ambitions impériale-­sionistes. Les militants révolutionnaires et les organisations ont œuvré pour l’unité nationale en accentuant la lutte militaire contre l’ennemi sioniste et le pouvoir réactionnaire hachémite.

De grands efforts ont été fournis pour l’édification du « Front arabe de soutien » et la consolidation des liens avec les forces progressistes et démocratiques mondiales. La continuité de la lutte armée contre l’ennemi sioniste ainsi que l’organisation des masses et la réanimation des divers moyens de résistance politiques, économiques et militaires permettront de reprendre l’initiative et de passer à la contre-offensive pour briser le pacte des conspirateurs.

Pour ce qui est de la Jordanie, on ne peut comprendre les rapports qu’en prenant en considération un certain nombre d’éléments : la majorité du peuple palestinien réside en Jordanie et, de ce fait, outre ses droits civiques, a le droit de participer à la lutte nationale et doit jouir de ses droits légitimes. La lutte contre l’ennemi sioniste ne peut être menée sans cette majorité, en plus des rapports et des liens historiques entre les deux rives du Jourdain.

Du point de vue topographique, la Jordanie représente la plus longue frontière avec l’ennemi sioniste et le point le plus proche des lignes de communication et de ravitaillement de l’ennemi. C’est par là que nous pouvons comprendre la gravité du complot préparé par le régime de Hussein. C’est pour ces raisons que les massacres ont été organisés contre le peuple palestinien et sa révolution, faits pour lesquels la libération de la Jordanie et le renversement du régime fantoche jouent un rôle décisif dans la continuation de la lutte.

L’édification du Front arabe de soutien à la Révolution palestinienne a une très grande importance. Nous sommes convaincus plus que jamais que le soutien et la participation des masses arabes sont un garant de la continuité de la lutte armée. Pour réaliser cette tâche, nous devons consolider nos liens avec le mouvement de libération arabe et toutes les forces progressistes et anti-impérialistes, car notre lutte est indiscutablement partie intégrante de la lutte anti-impérialiste, indissociable de tous ceux qui luttent contre l’impérialisme, la réaction, le sionisme, la discrimination et la ségrégation raciale.

En considérant toutes ces conditions et ces circonstances, les organisations de la résistance se sont mises d’accord sur ce qui suit :

1. Continuer à organiser les masses palestiniennes à l’intérieur comme à l’extérieur pour entamer une guerre de libération populaire en vue d’établir un État et une société démocratiques, dans le cadre des aspirations de la nation arabe à la libération nationale et à l’unité ;

2. La fusion de la lutte des peuples palestinien et jordanien dans un front jordano-palestinien qui, outre la lutte antisioniste, doit assumer le combat contre le régime jordanien, fantoche gardien du sionisme sur la rive orientale ;

3. Alliance avec toutes les forces progressistes et anti­ colonialistes dans le monde arabe ;

4. L’alliance avec les mouvements mondiaux qui luttent contre l’impérialisme et le néocolonialisme.

Sur le plan palestinien :

L’Organisation de libération de la Palestine définit les tâches suivantes :

a. Poursuite de la lutte armée pour la libération de toute la patrie palestinienne et l’édification d’une nouvelle société palestinienne démocratique sans discrimination raciale ou religieuse. Dans la nouvelle société, tous les citoyens jouiront des mêmes droits et les libertés démocratiques seront garanties : liberté d’expression, liberté de manifestation et de grève, liberté de former des syndicats et des groupes politiques, liberté de confession, la société démocratique palestinienne fera partie intégrante de la communauté arabe unifiée ;

b. la lutte contre la capitulation et ses conséquences, tendant à liquider la cause de notre peuple et les plans pseudo-­politiques contre l’État palestinien fantoche, ces plans et ces initiatives doivent être combattus par la lutte politique armée ;

c. la consolidation des liens avec notre peuple aussi bien dans la Palestine occupée en 1948 qu’en Cisjordanie ou à Gaza ;

d. combattre la politique sioniste qui tend à vider la patrie occupée des occupants arabes. Parallèlement, les colonies sionistes et la politique de judaïsation de certaines régions arabes doivent être violemment combattues ;

e. encadrer les masses dans les territoires occupés, et les armer pour développer leur capacité combative contre le colonialisme sioniste ;

f. prêter une attention considérable aux masses et aux organisations pour combattre les tentatives de la Histadrout (Confédération générale des travailleurs israéliens) qui tend à attirer les ouvriers arabes et les faire se syndiquer dans ses filiales ;

g. soutenir les masses paysannes et développer les projets économiques et culturels nationaux dans la patrie occupée pour faire face à l’exode de la population et résister ainsi à l’invasion économique et culturelle sioniste ;

h. prêter une grande attention aux problèmes de nos concitoyens dans la patrie occupée en 1948 et le soutien de leur lutte pour conserver leur entité nationale arabe dans le but de les inviter à rejoindre davantage la lutte nationale ;

i. défendre les intérêts du peuple palestinien réparti dans les divers pays arabes afin qu’il acquière ses droits économiques et juridiques, puisque les Palestiniens fournissent le même travail que leurs frères autochtones. Le droit au travail, l’indemnisation et l’action politique et culturelle palestiniennes doivent être garantis pour protéger leur entité palestinienne ;

j. développement du rôle de la femme dans la lutte nationale, que ce soit sur le plan politique, économique, social ou culturel ;

k. s’occuper des conditions de vie dans les camps, que ce soit sur le plan économique, social ou culturel afin qu’ils obtiennent leur autonomie ;

l. soutenir les ouvriers qui travaillent dans des établissements arabes, dans la patrie occupée, et les protéger contre les manœuvres de l’ennemi ;

m. considérer que toute collaboration, d’où qu’elle vienne, est une haute trahison à la cause palestinienne. La personne en cause et ses biens sont considérés comme une cible de la révolution ;

n. protection des Palestiniens qui vivent à l’étranger et consolidation de leurs liens avec la révolution ;

o. l’OLP est la haute instance, et le seul représentant du peuple palestinien pouvant parler en son nom, et qui règle officiellement ses rapports avec les pays arabes. L’OLP trouve sa légitimité dans la reconnaissance de toutes les organisations de la résistance et populaires et syndicales. Ces dernières se sont engagées sur la plate-forme de la Charte nationale.

Sur le plan jordano­-palestinien :

Le Front national jordano-­palestinien doit réaliser les objectifs stratégiques suivants :

a. L’établissement d’un pouvoir national démocratique en Jordanie qui permettra de poursuivre la lutte contre l’ennemi sioniste et qui protégera la souveraineté nationale des peuples palestinien et jordanien. Le régime aura pour tâche de donner de nouvelles structures à l’unité entre la Transjordanie et la Cisjordanie, permettant ainsi de développer les droits nationaux des deux communautés, et leurs droits historiques sur une base égale ;

b. Rattachement de la lutte jordano-­palestinienne à la lutte de la nation arabe en vue de sa libération. Il faut lutter contre les plans impérialistes tendant à imposer des solutions capitulardes. Pour réaliser cette tâche, il faut réactiver la lutte quotidienne des masses qui permettra de mettre en valeur les organisations et les directions représentatives des intérêts réels des couches qui les composent.

Le Front national jordano­-palestinien exige une longue lutte difficile à travers laquelle les masses surmonteront les conflits secondaires et les querelles tribales pour établir une véritable unité fondée sur la lutte commune. Cette lutte abolira les différences et l’esprit tribal que le pouvoir royal réactionnaire a toujours su exploiter.

L’OLP proposera un programme de travail dans lequel s’engageront toutes les organisations en Jordanie pour une meilleure compréhension en vue de créer un Front national jordano-­palestinien. Ce Front aura pour tâches :

1. Mobiliser, organiser les niasses en vue d’installer un pouvoir démocratique et patriotique en Jordanie ;

2. contribution des masses jordaniennes à la lutte armée contre l’ennemi sioniste nécessaire à la protection de la Transjordanie ;

3. lutter pour la liberté d’action de la révolution palestinienne sur le territoire jordanien ;

4. œuvrer pour l’unification de toutes les forces patriotiques anti-impérialistes dans le inonde arabe dans un Front commun, et la consolidation des liens militants avec les forces révolutionnaires dans le monde.

Rapports avec les masses et les forces progressistes arabes :

La révolution arabe passe par une période de libération nationale démocratique. Elle a pour tâches :

a. l’émancipation politique et économique et la liquidation de toute forme de division entre les masses arabes, et de toute aliénation à l’impérialisme et au colonialisme ;

b. suppression de toute présence impérialiste sous toutes ses formes, politiques, militaires, économiques et culturelles, et tous ses alliés locaux ;

c. la lutte pour la liberté des masses arabes de participer à la vie politique quotidienne pour un avenir meilleur dans le cadre de l’unité démocratique arabe ;

d. toutes les ressources de la nation arabe doivent être mises au service des peuples pour l’indépendance, le progrès et la prospérité.

La lutte du peuple palestinien et celle du peuple jordanien font partie intégrante de la lutte nationale et démocratique arabe. Elles représentent l’axe principal.

C’est pour cette raison que la lutte jordano-­palestinienne doit créer des liens solides entre la révolution palestinienne et le mouvement de libération arabe. Tous les militants arabes doivent contribuer à la lutte contre l’ennemi impérialo-­sioniste qui est le plus grand ennemi de la révolution arabe.

Les forces progressistes et révolutionnaires arabes doivent s’unir dans un large Front patriotique qui devra :

1. Soutenir davantage et plus efficacement la révolution palestinienne et la lutte nationale démocratique jordano­-palestinienne ;

2. S’opposer à tous les plans de liquidation et aux règlements partiels qui tendent à perpétuer l’occupation de la Palestine et la liquidation de la cause palestinienne. L’objectif de ces plans consiste à semer la désunion dans les rangs des patriotes arabes et à étrangler la révolution arabe ;

3. Combattre toute présence impérialiste dans le monde arabe sous toutes les formes que ce soit, militaires, économiques ou culturelles. La lutte contre la domination économique qui se développe aux dépens de l’économie nationale arabe doit être effectuée. Les intérêts de l’impérialisme américain doivent être sévèrement frappés ;

4. Soutenir et encourager les établissements et les activités qui ont pour tâche de protéger le patrimoine arabe ; les vertus révolutionnaires arabes doivent être propagées, ce qui donnera une nouvelle force de résistance contre l’invasion culturelle sioniste et le modèle impérialiste de dégradation des mœurs ;

5. Protéger les militants progressistes arabes contre toute discrimination, oppression physique ou intellectuelle, politique ou spirituelle.

Rapports avec les forces révolutionnaires dans le monde :

La lutte nationale palestinienne et la lutte nationale démocratique à l’échelle mondiale font partie intégrante de la lutte contre l’impérialisme et le racisme. La consolidation des liens entre la lutte révolutionnaire arabe et la lutte anti-impérialiste à l’échelle mondiale créera les conditions objectives pour la réussite.