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Mercantilisme et physiocratie - 8e partie : la version commerciale anglaise

Le mercantilisme anglais est, de fait, celui qui fut le plus authentique, car le plus poussé, au point de paver la voie à une véritable analyse économique capitaliste.

Les figures qui y participèrent furent très nombreuses et jouèrent un rôle historique de grande importance ; il est souvent parlé de mercantilisme « commercialiste » pour désigner leur approche.

On trouve ainsi Thomas Gresham (1519-1579), marchand et financier richissime, fondateur de la bourse du commerce de Londres, la Royal Exchange.

Il fut un très important conseiller royal dans le domaine des finances, réexpliquant une loi par ailleurs déjà connue selon laquelle la mauvaise monnaie chasse la bonne, la bonne étant mise de côté pour être conservée et uniquement la mauvaise utilisée pour les paiements.

Thomas Mun (1571-1641) joua également un rôle essentiel au sein de la Compagnie anglaise des Indes orientales, théorisant le principe de la croissance par les exportations dans L’enrichissement de l’Angleterre par le commerce extérieur.

Il appela à renforcer l’agriculture et à consommer « anglais », défendant l’exportation de métaux comme paiement pour des matières premières, privilégiant la production de biens dont les prix ne variaient pas.

Josiah Child (1630-1699) fut également un dirigeant de la Compagnie anglaise des Indes orientales, qui poussa par tous les moyens à ce que celle-ci dispose d’un pouvoir politique, d’une force armée.

Le monopole dans les colonies était ce qu’il considérait comme stratégiquement nécessaire et afin de le renforcer, il demanda à ce que l’État fasse en sorte que le taux d’intérêt soit bas, afin que la compagnie puisse s’élancer d’autant plus dans ses initiatives.

Dudley North (1641-1691) prôna la liberté complète du commerce pour enrichir la nation, tout comme bien entendu John Locke (1632-1704).

Une œuvre très célèbre fut alors La fable des abeilles, de Bernard Mandeville (1670-1733), publiée en 1705. La fable montre comment les vices privés permettraient de faire progresser la société, la prospérité étant découplée historiquement et par nature de la vertu.

Le mercantilisme ouvrait ici la voie au libéralisme en tant que tel et à ces efforts de formation idéologique d’une base au libéralisme, s’ajoutèrent ceux formulant l’utilisation des techniques modernes.

C’est le cas de William Petty (1623-1687), auquel Karl Marx fait de nombreuses références dans Le Capital, le présentant comme « le père de l’économie politique et jusqu’à un certain point l’inventeur de la statistique ».

Selon Karl Marx, « l’économie classique » commence avec William Petty, car celui-ci démarre la tentative de véritablement comprendre le capitalisme, sans s’appuyer unilatéralement sur les interprétations du passé.

Lorsqu’il parle de la monnaie, Karl Marx constate par exemple la chose suivante :

« Les pays dans lesquels la production a atteint un haut degré de développement restreignent au minimum exigé par leurs fonctions spécifiques les trésors entassés dans les réservoirs des banques.

A part certaines exceptions, le débordement de ces réservoirs par trop au-dessus de leur niveau moyen est un signe de stagnation dans la circulation des marchandises ou d’une interruption dans le cours de leurs métamorphoses. »

Il cite, en note, William Petty qui dit :

« La monnaie n’est, pour ainsi dire, que la graisse du corps politique ; trop nuit à son agilité, trop peu le rend malade... de même que la graisse lubrifie les muscles et favorise leurs mouvements, entretient le corps quand la nourriture fait défaut, remplit les cavités et donne un aspect de beauté à tout l’ensemble ; de même la monnaie, dans un État accélère son action, le fait vivre du dehors dans un temps de disette au-dedans, règle les comptes... et embellit le tout, mais plus spécialement, ajoute Petty avec ironie, les particuliers qui la possèdent en abondance. »

William Petty prônait pour cette raison un laissez-faire complet, prônant la mise en concurrence systématique, qu’il considérait comme de toute façon inévitable.

Il développa également le principe d’une stricte comptabilité nationale, pour avoir un aperçu général de l’économie de la population. Son ami John Graunt (1620-1674) participait à ce projet, qui sera repris ensuite par Gregory King (1648-1712).

Le mercantilisme portait en lui son propre dépassement : le libéralisme en tant que tel.