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Mao Zedong sur la contradiction - 8e partie : l’identité des contraires

Mao Zedong constate également une chose qui peut surprendre. En parlant des aspects de la contradiction, il en souligne l’unité. On pourrait se dire qu’il vaudrait mieux noter leur affrontement. Seulement, ce serait là aboutir au caractère indépendant, isolé d’un aspect de la contradiction – ce qui est impossible.

Mao Zedong explique cela dans un passage important :

« L’identité, l’unité, la coïncidence, l’interpénétration, l’imprégnation réciproque, l’interdépendance (ou bien le conditionnement mutuel), la liaison réciproque ou la coopération mutuelle – tous ces termes ont la même signification et se rapportent aux deux points suivants : premièrement, chacun des deux aspects d’une contradiction dans le processus de développement d’une chose ou d’un phénomène présuppose l’existence de l’autre aspect qui est son contraire, tous deux coexistant dans l’unité ; deuxièmement, chacun des deux aspects contradictoires tend à se transformer en son contraire dans des conditions déterminées.

C’est ce qu’on appelle l’identité (…).

Les aspects contradictoires dans tous processus s’excluent l’un l’autre, sont en lutte l’un contre l’autre et s’opposent l’un à l’autre.

Dans le processus de développement de toute chose comme dans la pensée humaine, il y a de ces aspects contradictoires, et cela sans exception. Un processus simple ne renferme qu’une seule paire de contraires, alors qu’un processus complexe en contient davantage.

Et ces paires de contraires, à leur tour, entrent en contradiction entre elles. C’est ainsi que sont constituées toutes les choses du monde objectif et toutes les pensées humaines, c’est ainsi qu’elles sont mises en mouvement.

Puisqu’il en est ainsi, les contraires sont loin d’être à l’état d’identité et d’unité ; pourquoi parlons-nous alors de leur identité et de leur unité ?

C’est que les aspects contradictoires ne peuvent exister isolément, l’un sans l’autre. Si l’un des deux aspects opposés, contradictoires, fait défaut, la condition d’existence de l’autre aspect disparaît aussi. »

Sans un aspect, il n’y a pas l’autre, sans ces deux aspects il n’y a plus de mouvement, et sans mouvement plus de phénomène, plus de matière en mouvement. Ce qui existe relève donc de l’unité, et cette unité est relative.

Toutefois, ce n’est pas tout : dans le mouvement dialectique, où le nouveau triomphe de l’ancien, il y a conversion d’un aspect en l’autre.

Mao Zedong formule cela ainsi :

« La question ne se limite pas au fait que les deux aspects de la contradiction se conditionnent mutuellement ; ce qui est encore plus important, c’est qu’ils se convertissent l’un en l’autre. Autrement dit, chacun des deux aspects contradictoires d’un phénomène tend à se transformer, dans des conditions déterminées, en son opposé, à prendre la position qu’occupé son contraire (…).

Tous les contraires sont liés entre eux ; non seulement ils coexistent dans l’unité dans des conditions déterminées, mais ils se convertissent l’un en l’autre dans d’autres conditions déterminées, tel est le plein sens de l’identité des contraires (…).

L’unité ou l’identité des aspects contradictoires d’une chose ou d’un phénomène qui existe objectivement n’est jamais morte, pétrifiée, mais vivante, conditionnée, mobile, passagère, relative ; tout aspect contradictoire se convertit, dans des conditions déterminées, en son contraire. Et le reflet de cela dans la pensée humaine, c’est la conception marxiste, matérialiste-dialectique, du monde.

Seules les classes dominantes réactionnaires d’hier et d’aujourd’hui, ainsi que les métaphysiciens qui sont à leur service, considèrent les contraires non comme vivants, conditionnés, mobiles, se convertissant l’un en l’autre, mais comme morts, pétrifiés, et ils propagent partout cette fausse conception pour égarer les masses populaires afin de pouvoir perpétuer leur domination. »

Contrairement à ce que pensent ceux qui ne saisissent pas la substance de cela, il n’y a pas « destruction » mais dépassement au sein de la contradiction. Le mode de production capitaliste est dépassé ; le socialisme profite de cette étape historique relative. Il y a conversion de la matière du mode de production capitaliste en base pour le socialisme.

La bourgeoisie devient une classe dominée, alors qu’elle était dominante, et la classe ouvrière passe dominée à dominante.

Cela amène à comprendre le sens du concept d’antagonisme. En l’occurrence, entre la bourgeoisie et la classe ouvrière, il y a antagonisme à l’époque du mode de production capitaliste.

Toutefois, pour d’autres phénomènes, le mouvement dialectique peut se développer différement.

Ainsi, Mao Zedong affirme-t-il :

« Nous devons étudier d’une manière concrète les différentes situations dans lesquelles se trouve la lutte des contraires et éviter d’appliquer hors de propos à tous les phénomènes le terme mentionné ci-dessus.

Les contradictions et la lutte sont universelles, absolues, mais les méthodes pour résoudre les contradictions, c’est-à-dire les formes de lutte, varient selon le caractère de ces contradictions : certaines contradictions revêtent le caractère d’un antagonisme déclaré, d’autres non.

Suivant le développement concret des choses et des phénomènes, certaines contradictions primitivement non antagonistes se développent en contradictions antagonistes, alors que d’autres, primitivement antagonistes, se développent en contradictions non antagonistes. »

Cela demande une capacité très importante d’analyse du phénomène ; il faut en suivre le processus, à chaque étape, pour en cerner non seulement les deux aspects, mais aussi la dimension antagonique.

De la contradiction est, à ce titre, un manuel incontournable, aux enseignements fondamentaux pour comprendre le matérialisme dialectique.