Centre MLM de belgique

Ludo Martens et AMADA - 6e partie : la construction du Parti (II)

b) La démarcation avec l’ennemi

Ludo Martens aura toujours laissé la porte grande ouverte aux ennemis du mouvement marxiste-léniniste.

En 1968, il défend la ligne de Grippa, qui pour sa part vient d’abandonner Mao au profit de Liou Chao-chi ; à la création d’AMADA, il refuse de discuter l’histoire des groupes grippistes comme l’exige l’opposition au sein du SVB ; par la suite, la question de Grippa reste soigneusement dans l’ombre.

En 1971, Martens s’allie avec un groupe marxiste-léniniste espagnol au Limbourg ; très vite, ceux-ci fractionnent, sabotent, et sont exclus, comme provocateurs. Avec des gens de cet acabit, l’unité n’a pas rencontré de difficulté, alors que Tout le Pouvoir aux Travailleurs était écarté résolument.

La manœuvre est habile : après cette unification catastrophique Martens avait beau jeu d’appeler à la vigilance et de refermer AMADA sur lui-même agitant la menace de l’éclatement interne.

Envers les rejetons de Grippa, il défend une double attitude, pour jeter la confusion sur la ligne commune de cette famille révisionniste : des discussions sont engagées avec L’Exploité, et le 1er Mai 1973, L’Exploité participe à la manifestation d’AMADA à Anvers ; l’objectif est de rallier « la gauche », alors que la ligne des grippistes n’a jamais été analysée par AMADA.

En 1974, après l’unification de Clarté et L’Exploité, AMADA dénonce Clarté en utilisant le bulletin marxiste-léniniste n° 2 de l’UC(ML)B, mais refuse toute unité d’action avec elle. Martens espère ainsi avoir les mains libres, face au mécontentement de la gauche d’AMADA, écœurée par tant de conciliation avec Clarté.

Enfin, les capitulards et leurs complices expulsés de l’UC(ML)B au début 1976 passent immédiatement de la poubelle de leur Parti à la « promotion 76 » dans les rangs d’AMADA.

AMADA s’est distingué par son silence, ou ses retards, dans la dénonciation du révisionnisme au sein du mouvement marxiste-léniniste. A côté de la brochure contre Clarté, recopiée des position de l’UC(ML)B, il a cependant apporté une contribution très originale : les « textes sur la lutte idéologique ». Il s’agit de textes relatant les mouvements de critique contre le révisionnisme dans AMADA, de juillet et décembre 1972, et août 1973.

Ces textes incarnent parfaitement la ligne des comploteurs populistes. Ils inversent le marxisme-léninisme et le révisionnisme, dispersent les cibles et finalement détruisent la gauche. Ce sont des textes empoisonnés.

Protéger le révisionnisme et les saboteurs

Dans tout ce mouvement de critique du révisionnisme (135 pages !), le révisionnisme lui-même disparaît. Pas la moindre analyse concrète, la moindre polémique envers la ligne révisionniste. Comme Liou Chao-chi dans « Pour être un bon communiste », Martens essaye de couper toute référence avec le combat réel mené par les marxistes-léninistes de Belgique. Sous le titre « Etude du marxisme-léninisme et de la ligne politique − étude des groupes révisionnistes les plus importants à l’intérieur du Parti ; des principaux groupes révisionnistes en Belgique », on trouve p. 108 les cinq lignes suivantes, en tout et pour tout :

« Cette étude doit servir à apprendre aux militants à lutter contre la ligne bourgeoise dans le Parti. Les militants n’apprennent à comprendre vraiment le marxisme-léninisme que lorsqu’ils apprennent à lutter contre la contre-révolution et la bourgeoisie dans leurs propres rangs. »

Quant à « l’essence du révisionnisme », annoncée p. 44, on nous y apprend ce qu’elle n’est pas, p. 44, mais pas ce qu’elle est. Voici comment ce court passage réhabilite le révisionnisme :

« Après étude, on a établi : l’essence du révisionnisme est l’oppression des masses. On citait ‘la différence fondamentale entre le Parti communiste et le Kuo Min Tang, entre la classe ouvrière et la bourgeoise, entre la dictature du prolétariat et la dictature de la bourgeoisie, est protéger les larges masses populaires ou les soumettre à la répression’.

De cette thèse, on sait tirer de nombreuses conclusions spontanéistes et opportunistes. »

Mais Ludo Martens sait très bien de quoi il parle : il fait de nombreuses références à l’expérience de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, cite les statuts du Parti communiste de Chine appelant à démasquer les « arrivistes et les comploteurs » à la tête du Parti, reprend les tactiques contre-révolutionnaires des traîtres démasqués en Chine à l’époque, etc.

D’autre part, quand Martens apprend aux marxistes-léninistes qu’il existe des traîtres, des saboteurs dans leurs rangs, c’est aussitôt pour nous apprendre que ce n’est pas si grave que cela, et qu’il faut garder toute sa bienveillance envers ces gens. Il fixe l’objectif suivant à l’expulsion des contre-révolutionnaires :

« Quand nous expulsons un contre-révolutionnaire, deux ouvriers doivent avoir été éduqués dans la lutte entre les deux lignes en tant que reflet de la lutte entre deux classes. »

Modeste comme objectif ; il n’y a pas de quoi effrayer les saboteurs. Le reste est à l’avenant : les bourgeois, dont on nous décrit les pires agissements, sont invités à se corriger, et à rester dans le Parti. Ainsi, dans une cellule composée de deux ouvriers et trois intellectuels bourgeois :

« le moins bourgeois se voit confier la tâche de former les deux ouvriers de la cellule dans le but de donner à ceux-ci la possibilité de combattre personnellement les intellectuels bourgeois. On doit d’abord critiquer de façon acérée la ligne de l’intellectuel ‘le moins bourgeois’ afin qu’il comprenne sa propre ligne erronée et saisisse clairement la ligne du Parti. C’est uniquement sur cette base qu’il peut donner une formation aux ouvriers (p. 109)

Très, très modeste comme épuration.

Ailleurs les fractionnistes d’une direction provinciale qui complotent ensemble en secret et limogent des gens selon leur convenance personnelle, se voient simplement rappeler les bonnes règles de la lutte idéologique, et sont invités à :

« voir l’importance d’une lutte politique intense dans une direction unifiée ». (P. 27)

Exactement comme s’il s’agissait d’une erreur sectaire, ou individualiste.

Aux traîtres et aux arrivistes, on administre ainsi de petites leçons de morale bêtifiantes : « il ne faut pas » cracher sur la classe ouvrière, se moquer de la révolution, saper le parti, boycotter le travail.

Les pires manifestations anti-parti sont abordées comme s’il s’agissait d’erreurs courantes. Elles ne sont reliées ni à une ligne, ni à des dirigeants. Les saboteurs existent sans base politique ni organisationnelle comme de mauvais génies ; leur idéologie « égoïste » explique tout leur travail de sape. Cette façon de tout centrer sur l’idéologie donne un caractère insaisissable, oppressant, mystique, au révisionnisme qui est partout et nulle part.