Centre MLM de belgique

Ludo Martens et AMADA - 5e partie : la construction du Parti (I)

a) L’unité des marxistes-léninistes

Dans la brochure de l’U(CM)LB : « AMADA et l’unité des marxistes-léninistes − bilan de janvier 1971 à septembre 1974 », l’essentiel des positions et agissements d’AMADA sont retracés.

Nous reprenons ici les points principaux du scissionnisme, le sectarisme ne pouvant expliquer a lui seul le bilan de cinq années de scission, il ne pouvait s’agir que d’une tactique délibérée pour écarteler les marxistes-léninistes et empêcher la reconstruction du Parti.

L’attitude de Ludo Martens, arrogant, provocateur, insultant s’explique aussi dans ce cadre ; les procès-verbaux des discussions entre les Comités centraux permettent de se faire une idée du genre de contact qu’il établissait avec d’autres marxistes-léninistes. Seul l’antagonisme et la haine de classe expliquent une telle attitude.

1971 : refus de l’unité proposée par Tout le Pouvoir aux Travailleurs (TPT) ; défense des deux centres, un en Wallonie et un en Flandres.

Silence jusqu’en été ‘73. Au printemps 1973, l’UC(ML)B organise une campagne de solidarité avec la grève des dockers ; le prestige d’AMADA grandit à ce moment. Le texte de juillet 1973 tombe comme une douche froide : révisionnisme et scissionnisme. Cependant Ludo Martens est obligé d’accepter des discussions au niveau des Comités centraux et des directions régionales et l’unité d’action.

Octobre 1974 : face au progrès de la ligne d’unité, au rapprochement des militants dans la bataille du procès des dockers (organisée en unité d’action), Ludo Martens donne un violent coup d’avant : quelques jours après le 22 octobre où des militants d’AMADA et de l’UC(ML)B sont emprisonnés à Anvers, il rompt l’unité d’action.

Durant toute la suite de la lutte, il refuse même de publier les motions de solidarité des ACEC, Cockerill, Caterpillar, recueillies par les cellules de l’UC(ML)B. La gauche d’AMADA murmure contre cette orientation scissionniste.

Mars 1975 : la brochure verte « Critiquons à fond les théories mencheviques et trotskistes de l’UC(ML)B » porte au niveau théorique sept années d’intrigues, d’alliances sans principe et de scission. Elle tente de faire partager cette boue à Lénine et au glorieux POSDR. Celui-ci est qualifié de « Parti salade » (p. 19), celui-là accusé d’avoir fait l’unité avec des traîtres pendant six ans pour des raisons « tactiques », et d’avoir mis la fraction au-dessus du Parti. Ceux qui veulent imiter Lénine sont traités de trotskystes.

« La direction de l’UC(ML)B qui veut faire la même chose que Lénine entre 1903 et 1912 s’appuie essentiellement sur le congrès d’unification de 1906. Il s’agit de l’unification de la fraction organisée bolchévik avec les désorganisateurs et les réformistes de la fraction menchévik. Les réformistes emportaient la majorité au Congrès ; Lénine transmettait le mot d’ordre : s’en tenir à la discipline, aux décisions du congrès et réaliser l’unité d’action. A l’intérieur de ce cadre, mener une lutte impitoyable partout et avec tous les moyens contre le menchevique pour gagner les ouvriers au bolchevisme. (…) Cette tactique était parfaitement correcte au sein d’un Parti qui réunissait les prolétaires et les petits-bourgeois en une organisation confuse. C’était une tactique juste pour accélérer la victoire de la fraction bolchévik.

Mais une tactique pareille ne sera jamais tolérée au sein d’un Parti bolchévik et ce sont seulement les trotskistes qui tentent avec une telle « tactique léniniste » de miner de l’intérieur les partis bolchéviks. » (pp. 84-85)

Cette brochure révisionniste est la préparation idéologique : 1) à la scission des mois à venir, 2) à n’importe quelle alliance avec l’ennemi.

Mai 1975 : une série d’attaques scissionnistes pleuvent, en application de la brochure verte : les discussions entre les Comités centraux sont rompues sans explication par Ludo Martens ; à la Conférence nationale de l’UC(ML)B, il insulte les délégués de « dégénérés idéologiques » et refuse de répondre aux critiques des ouvriers.

Le 1er Mai, il lance un ultimatum : pour la fin de l’année, la lutte idéologique avec l’UC(ML)B et Lutte communiste doit prendre fin.

Martens refuse l’unité d’action proposée par l’UC(ML)B lors des licenciements de Jan et de Lieve, en avril 1975. Les motions nombreuses de grandes usines de Wallonie sont à nouveau censurées par le journal d’AMADA. Les délégations venues en solidarité au meeting d’Anvers pour la libération de Jan ne peuvent quasiment pas s’exprimer à la tribune.

Le règne du ragot, des discussions de couloir, commence. AMADA s’allie à n’importe quels opportunistes, comme le Parti Ouvrier Révolutionnaire Trotskyste, (PORT), section belge de la IVe Internationale Posadiste, à Charleroi) et se cherche une base sociale dans la petite-bourgeoisie. Toute unité d’action avec l’UC(ML)B sera farouchement refusée.

Campagne démocratique en automne 1975 : Martens refuse l’unité d’action pour Kris Merckx menacé d’internement psychiatrique. Il refuse aussi de participer à la manifestation du 19 octobre à Bruxelles, ainsi qu’à l’action du 23 novembre contre le groupe d’action fasciste organisé autour du Nouvelle Europe magazine, le NEM-Club.

Sabordage général du mouvement marxiste-léniniste au début 1976 : lorsque la révolution idéologique déclenchée par l’UC(ML)B s’en prend au scissionnisme de Martens, il cherche à parer les coups d’abord dans la fuite, puis dans le sabotage général du mouvement marxiste-léniniste, espérant ne laisser que des ruines après sa propre chute.

Le débat du 29 février, obtenu par les jeunes de l’UC(ML)B, marqua le début de la dislocation idéologique d’AMADA : Martens boycotta le débat. Il refusa aussi d’écouter la délégation de l’UC(ML)B, composé d’une quarantaine d’ouvriers, et les provoqua. La violence commença à être utilisée, comme le matin du 29, où des militants d’AMADA attaquent des membres de l’UC(ML)B à l’imprimerie d’Anvers.

L’abandon de la lutte pour la révolution socialiste servit de base politique au travail systématique de destruction du mouvement marxiste-léniniste : les ragots, les intrigues, les vols de documents, les acoquinages avec les gens du marais, les méthodes policières (fouilles corporelles des membres de l’UC(ML)B dans les meetings d’AMADA, tout cela vise à dégoûter le maximum de militants et de révolutionnaires, exactement comme lors des scissions successives à la fin de Grippa.

En fin de parcours, AMADA s’est aussi risqué à donner sa version de l’histoire du mouvement marxiste-léniniste, sur lequel il se taisait depuis cinq ans avec prudence. Le résultat est fort proche des innombrables bilans autocritiques de Clarté ; beaucoup d’efforts déployés pour éviter une foule de questions épineuses, dans lesquelles on finit toujours par s’accrocher.

La brochure sortie en mars 1976, intitulée « Marxistes-léninistes, unissez-vous pour démasquer et détruire le groupe de trotskistes et de provocateurs qui dirigent l’UC(ML)B » à des chances d’entrer dans l’histoire sous la rubrique « utilisation politique des ragots ».

Une dizaine de pages y sont consacrées à l’histoire du mouvement marxiste-léniniste. On y apprend qu’AMADA soutient toujours le chauvinisme du SVB, ainsi que la fameuse proposition des deux centres, car évidemment :

« Nous croyions que la situation spécifique en Wallonie amènerait le fait que l’économisme serait battu en lutte contre la ligne de Clarté et de Grippa qui avait surtout de l’influence en Wallonie ».

On y apprend aussi pourquoi AMADA a attendu quatre ans pour dénoncer Clarté, et on n’y apprend pas pourquoi il n’a jamais dénoncé ni L’Exploité, ni surtout Grippa. Si AMADA n’a commencé la lutte idéologique au sein du mouvement marxiste-léniniste qu’en 1973, c’était pour ne pas perdre de temps à mener une enquête ; il était plus efficace d’attendre que les groupes marxistes-léninistes rallient d’eux-mêmes la ligne d’AMADA ; à ce moment-là, on pourrait envisager l’unification.

Dans les deux cas, cette méthode s’est montrée efficace : soit les petits groupes ont disparu de la scène, ce qui récompense la position « d’attente » − soit ils ont cessé d’être marxistes-léninistes, comme l’UC(ML)B, ce qui simplifiait grandement les choses et permettait de s’épargner l’effort d’une enquête.

Personne ne s’étonne plus de voir dans la conclusion, AMADA se décerner le titre de seule organisation marxiste-léniniste de Belgique et de faire des propositions (internes… et secrètes) d’unité avec l’UC(ML)B, une en novembre 1975, l’autre en février 1976, dix jours avant le débat public où il faisait défaut. AMADA était prêt à

« laisser entrer la direction de l’UC(ML)B − traîtres trotskistes − dans le Parti, sous des conditions très sévères et en la contrôlant de près » (p.65).

La révolution idéologique déclenchée par l’UC(ML)B fit prudemment retirer ce coup de patte audacieux et battre en retraite sur le chemin savonneux des ragots, de l’intrigue, du populisme.