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Ludo Martens et AMADA - 1re partie : les origines politiques

Historiquement, le bilan de Ludo Martens et le bilan de Alle Macht Aan De Arbeiders (AMADA) coïncident. Ludo Martens a pu imposer sa ligne de comploteur populiste à l’organisation et mener à son terme, pour l’essentiel, la destruction d’AMADA et l’abandon ouvert des rares fragments de marxisme-léninisme y prévalant lors de la fondation.

Nous examinerons d’abord l’origine politique de Martens et d’AMADA, la première caractéristique des comploteurs populistes étant de mentir sur leur passé (nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer cette tendance totalement contre-révolutionnaire dans l’article consacré à Raoul Hedebouw), et de se présenter comme des défenseurs depuis toujours du marxisme.

Ils redoutent qu’en remontant la filière, on ne découvre leur origine véritable issue en droite ligne du camp de la bourgeoise. Aussi, brouillent-ils les pistes de mille façons.

Sur son origine politique, AMADA à donné plusieurs versions consécutives :

- dans un document de 1973 intitulé « Critique de la ligne politique de l’UC(ML)B », il est expliqué que le SVB (Studentenvakbeweging), syndicat étudiant dirigé par Martens, était déjà communiste lors de la grève des mineurs du Limbourg, en 1966, quoique sans ligne menant à la révolution ;

- en mai 1975, lors d’une conférence à Bruxelles, Ludo Martens s’est présenté comme marxiste-léniniste depuis 1967 ;

- dans la brochure de mars 1976 « Marxiste-léninistes, unissez-vous », p.55, voici ce qui est dit :

« Le noyau de base d’AMADA est issu des actions, des luttes de masses du mouvement étudiants à Louvain, en 1966-68. La révolte massive des étudiants en mai 1966 donna lieu à la création d’un noyau de gauche dans le mouvement étudiant. En 1967, ce noyau a synthétisé l’expérience pratique de la lutte de masse ; sous l’influence d’un marxiste-léniniste bolivien et d’étudiants communiste d’Allemagne de l’Ouest, ce noyau à évolué vers la ligne marxiste-léniniste.

La révolte de janvier 1968 apporta une nouvelle richesse en expérience de lutte pratiques. Celle-ci fut assimilée et synthétisée par l’étude de Que Faire ? ainsi que Le gauchisme, De la pratique et de De la contradiction. »

Quel personnage politique était Ludo Martens à cette époque, et quelle ligne défendait-il ?

Issu de la moyenne bourgeoisie, premier de classe au collège, il était déjà responsable de l’association pour le « Beschaafd Nederlands », le néerlandais « civilisé » (par opposition aux différents dialectes de Flandre), organisation patronnée par le gouvernement et la bourgeoisie flamande.

A l’université de Louvain, transformant en NUL le sigle KUL (université catholique de Louvain, devenant université nihiliste de Louvain), et en contact avec le mouvement Provo de Hollande, Martens et quelques disciples se baladent en costume blanc et cheveux longs. Il se retrouve bientôt à la direction de la KVHV – Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond – (Association des étudiants catholiques flamands), cercle facultaire principal de l’université, encouragé amicalement par les nationalistes flamands de la Volksunie.

En 1966 commence le mouvement étudiant, dont Ludo Martens prend la tête ; au sein du KVHV, il crée son propre noyau, le SVB, qui apparaîtra de façon officielle en 1968, une fois son audience assurée.

En 1968, les dirigeants du SVB deviennent célèbres ; ils sont suivis par des centaines d’étudiants progressistes et font parler d’eux largement. Martens est refusé aux inscriptions de 68 à la KUL.

Le mouvement étudiant relève aussitôt le défi lancé par les autorités académiques contre le jeune « turc » dont les sympathies pour la révolution méritent un solide rappel à l’ordre. Martens, lui, se cantonne dans une attitude conciliatrice très prudente et manœuvrière, ménageant à la fois sa réputation de révolutionnaire et ses privilèges au sein de la « communauté universitaire ».

Cette filouterie politique utilise la méthode althussérienne de la surdétermination (refuser de déterminer l’aspect principal des contradictions). Martens commence ainsi par affirmer crânement son attachement à la dialectique marxiste :

« Nous pensons que chaque chose et phénomène est déterminé par ses propres contradictions internes. Dans chaque chose, il y a des contradictions et il y a donc lutte. Rien n’est statique, rien n’est fixe. Chaque chose est tirée dans deux directions par la lutte interne.

Cette position est la plupart du temps vulgarisée sous la forme : « SVB est partout contre, ils veulent seulement détruire ». (extrait de la lettre de Ludo Martens au Conseil académique de la KUL) »

Puis, du même souffle, il passe à la réalité sociale de l’université, se tenant alors dans une position de neutralité révisionniste envers les autorités ecclésiastiques réactionnaires et envers la cogestion réformiste :

« Quelle est notre attitude par rapport à l’Eglise ? Nous pensons que l’Eglise est déterminée par ses propres contradictions. Certains tirent du christianisme l’inspiration pour lutter pour un monde meilleur, pour se tenir aux côtés de la classe ouvrière et du Tiers-Monde exploité, D’autres puisent hors des dogmes de l’Eglise une attitude de suivisme, d’acceptation de ce qui existe et de résignation quant au sort de la classe ouvrière et du Tiers-Monde.

Quelle est notre attitude par rapport à la cogestion ?

Nous pensons que la cogestion est déterminée par ses propres contradictions. Certains veulent cogérer parce qu’ils veulent par ce moyen placer l’université au service de la classe ouvrière et qu’ils veulent faire de la lutte du peuple le point de départ et le but de la formation. D’autres veulent cogérer pour s’enchainer à ce qui existe, pour se soumettre devant les rapports déjà existants, aussi bien dans que au-dehors de l’université.
( ... )

On insinue souvent que nous sommes contre les professeurs.

C’est notre opinion que nos professeurs aussi sont déterminés par leur pratique sociale et leur participation à la lutte sociale. En général, ils sont éloignés de la réalité sociale des gens du peuple et restent insensibles à la lutte sociale de la classe ouvrière.

Quand les professeurs entrent en contact avec la réalité sociale de la classe ouvrière et acquièrent activement une position aux côtés du peuple dans la lutte sociale concrète, alors leurs conceptions et leurs attitudes changent. Nous croyons que chaque individu est déterminé par son contact avec la réalité sociale de la classe ouvrière et par son rôle dans la lutte sociale. C’est pourquoi nous ne prenons pas position dans l’abstrait pour ou contre « les » étudiants et « les » professeurs. »
(Ibidem)

Cette attitude centriste-capitularde se fait sous des dehors bravaches ; Martens est très fier de déclarer qu’« il n’y a pas la plus petite chance que les idées du SVB ne soient pas acceptées par l’université ».

Martens émigra à Gand ; les autorités n’ont pas trouvé assez de soumission dans sa déclaration et ne veulent plus de lui à Louvain.

L’influence personnelle de Martens devient prépondérante. Son esprit prétentieux et mystique de « curé » apparaît bien dans l’article « Un peu de révolution, un peu de réforme », où il chante les louanges du SVB, élite de purs et de durs, préoccupés de leur propre transformation personnelle, faisant sonner haut leur ascétisme social, leur abandon des privilèges de la jeunesse dorée.

Cette conception Liou-chao-chiste du perfectionnement individuel n’a jamais cessé d’animer Martens, toujours prodigue de leçons de morale sur la « refonte de la conception du monde. » Les statuts d’AMADA de 1975 vont ainsi jusqu’à fixer la refonte de la conception du monde comme « mission centrale » pour tous les communistes !

Il y a, par exemple, ce passage de l’article de 1968 « Un peu de révolution, un peu de réformisme » :

« Le visiteur moyen des cercles et débits de boisson sait plus ou moins bien que le SVB veut changer le monde. Peu par contre sont au courant du fait que le SVB veut se changer lui-même.
(...)

Celui qui veut lutter aux côtés des ouvriers a pris une option pour des dizaines d’années. Nous savons que nous prenons nos distances de tous les succès et prestiges de la société bourgeoise. (...) Celui qui à réfléchi sérieusement sur ces quatre positions ne doit pas rabâcher des mots sur l’ardeur et l’activité. Il doit choisir. Il y a deux voies. Il peut essayer de rejoindre le chemin des ouvriers et du peuple. Mais il peut aussi filer vers le brillant et rayonnant siège parlementaire qui le dresse au-dessus du troupeau ».

Voilà en résumé les méthodes de Ludo Martens : impressionner et culpabiliser le mouvement étudiant progressiste à l’aide de grandes déclarations idéologiques sur l’élite « révolutionnaire ». Dès 67-68, il se campe dans un personnage de grand sage, de grand chef, hautain et cassant, taciturne, mettant en valeur chacune de ses paroles.