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Lettre du 22 mars 1966 du CC du PC de Chine au CC du PCUS − 1966

LETTRE DU 22 MARS 1966 DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS AU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE DE L’UNION SOVIÉTIQUE

Pékin, le 22 mars 1966

Au Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique

Chers camarades,

Le Parti communiste chinois a reçu votre lettre du 24 février 1966 l’invitant à envoyer une délégation, en tant qu’hôte, à votre XXIIIe Congrès.

Qu’un parti invite un parti frère à envoyer une délégation assister à son congrès serait, en temps ordinaire, un témoignage d’amitié. Or cette invitation est lancée alors que vous avez suscité une hystérie antichinoise en faisant circuler, en U.R.S.S., tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Parti, un document antichinois et en organisant à tous les échelons une série de conférences contre la Chine et ce jusque dans les unités de base. Vous avez, de plus, adressé une lettre antichinoise à d’autres partis pour les inciter à se joindre à votre campagne contre la Chine.

Sans aucune vergogne, vous accusez calomnieusement le Parti communiste chinois de « bellicisme », d’être « pseudo-révolutionnaire », de « ne pas combattre l’impérialisme », d’« encourager l’agression impérialiste américaine », d’« aventurisme », de « scissionnisme », de « trotskisme », de « nationalisme », de « chauvinisme de grande puissance », de « dogmatisme », etc. Vous fabriquez par ailleurs des rumeurs selon lesquelles la Chine aurait « fait obstacle à l’aide au Vietnam » et « envahi le territoire soviétique ». Vous allez jusqu’à prétendre que « la Chine n’est pas un pays socialiste ».

Tous ces agissements prouvent simplement que votre invitation n’est qu’un pur geste et qu’elle est faite dans un dessein inavouable. Comment peut-on imaginer, dans ces circonstances, que le Parti communiste chinois, que vous considérez comme un ennemi, assiste à votre Congrès ?

Le Parti communiste chinois assista à maints congrès du Parti communiste de l’Union soviétique. Après l’usurpation de la direction du P.C.U.S. par la clique révisionniste de Khrouchtchev, nous avons également envoyé des délégations à vos XXe, XXIe et XXIIe Congrès. Mais à votre XXe Congrès, vous avez lancé brusquement une attaque en règle contre Staline, grand marxiste-léniniste.

Ce faisant, vous avez attaqué le marxisme-léninisme, l’Union soviétique, les partis communistes, la Chine, les peuples et tous les marxistes-léninistes. Puis, à votre XXIIe Congrès, vous avez adopté un programme intégralement révisionniste, attaqué ouvertement l’Albanie et mis le Parti communiste chinois en accusation, obligeant ainsi le chef de notre délégation à rentrer en Chine avant la fin du Congrès.

La Russie est le berceau du léninisme, elle fut le centre du mouvement ouvrier international. Après la mort de Staline, les dirigeants du P.C.U.S., Khrouchtchev en tête, se sont graduellement démasqués comme des traîtres à Lénine et au léninisme, ils se sont engagés dans la voie de Bernstein et de Kautsky, sociaux-démocrates allemands, traîtres à Marx, à Engels et au marxisme. La direction du P.C.U.S. s’est ainsi placée au centre du révisionnisme moderne.

Au cours des dix dernières années, nous avons fait d’immenses efforts pour que vous repreniez la voie du marxisme-léninisme. Après la chute de Khrouchtchev, nous avons encore conseillé à maintes reprises aux nouveaux dirigeants du P.C.U.S. de changer de voie. Mais en dépit de nos efforts sincères et prolongés, vous n’avez manifesté aucun signe de repentir.

Depuis leur accession au pouvoir, les nouveaux dirigeants du P.C.U.S. sont allés toujours plus loin dans la voie du révisionnisme, du scissionnisme et du chauvinisme de grande puissance. Dès votre accession au pouvoir, vous déclariez que vous suivriez indéfectiblement la ligne générale du révisionnisme khrouchtchévien, définie aux XXe et XXIIe Congrès du P.C.U.S.

Vous nous avez affirmé que vos vues, quant aux problèmes touchant au mouvement communiste international et aux rapports avec la Chine, ne différaient en rien de celles de Khrouchtchev. Au lieu de proclamer l’annulation de la lettre ouverte antichinoise de juillet 1963 et des rapport et résolution antichinois de février 1964, vous avez mené votre campagne antichinoise avec une énergie redoublée en recourant à des procédés encore plus sournois.

Malgré vos tours de passe-passe, l’unique but que vous poursuivez est et demeure « la coopération américano-soviétique pour la domination sur le monde ». Vous avez tenu des propos contre l’impérialisme américain et fait quelques gestes en faveur de la lutte anti-impérialiste, mais il ne s’agit là que de petites attaques verbales contre l’impérialisme américain ; en réalité, vous lui apportez une aide importante et bien réelle. Vous êtes parfaitement conscients de cette tactique et l’impérialisme américain aussi.

L’« unité d’action » que vous réclamez bruyamment, en particulier l’« unité d’action » dans la question du Vietnam, n’est qu’un leurre destiné à donner le change au peuple soviétique et aux peuples révolutionnaires du globe. Vous avez toujours comploté des négociations de paix en coordination avec les Etats-Unis, dans la tentative, vaine au demeurant, de trahir le peuple vietnamien dans sa résistance à l’agression américaine et pour le salut de la patrie, et de placer la question vietnamienne, dans l’orbite de la coopération soviéto-américaine.

Vous avez passé une série de sales transactions avec les Etats-Unis aux Nations Unies et en dehors de celles-ci. En secondant activement l’impérialisme américain dans sa « stratégie globale » contre-révolutionnaire, vous vous efforcez de réaliser l’encerclement de la Chine socialiste. Non contents de vous tenir à l’écart du front uni international des peuples contre l’impérialisme américain et ses valets, vous vous alliez avec l’impérialisme américain, ennemi No 1 des peuples, et les réactionnaires de divers pays, dans l’intention d’échafauder une « sainte-alliance » dirigée contre la Chine, les peuples, le mouvement de libération nationale et les marxistes- léninistes.

En dépit de l’opposition de nombreux partis frères, vous avez convoqué en mars 1965 la réunion scissionniste de Moscou. C’était là une mesure extrêmement grave destinée à consacrer ouvertement la scission du mouvement communiste international. Nous vous avons demandé de reconnaitre publiquement que la convocation de cette réunion était erronée et illégale. Vous ne l’avez pas fait jusqu’à présent.

Nous voudrions vous dire en termes explicites que la situation étant ce qu’elle est, le Parti communiste chinois, parti marxiste-léniniste sérieux, ne peut envoyer de délégation à votre prochain Congrès.

Nous sommes persuadés que, partout dans le monde, et même en Union soviétique, les masses populaires qui représentent plus de 90 pour cent de la population mondiale veulent la révolution, veulent combattre les impérialistes et leurs laquais. Dans le mouvement communiste international et même au sein du P.C.U.S., plus de 90 pour cent des communistes et des cadres avanceront sur la voie marxiste-léniniste.

Tous les révolutionnaires du monde, le grand mouvement communiste international, le grand camp socialiste et les grands peuples chinois et soviétique finiront par balayer tous les obstacles pour s’unir sur la base du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien. Le peuple soviétique peut être assuré que si l’Union soviétique est victime d’une agression impérialiste et qu’elle y résiste résolument, la Chine se tiendra à ses côtés dans la lutte commune contre l’ennemi.

Avec nos salutations fraternelles,

Le Comité central du Parti communiste chinois

Annexe

LETTRE DU 24 FÉVRIER 1966 DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE DE L’UNION SOVIÉTIQUE AU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS

Moscou, le 24 février 1966

Au Comité central du Parti communiste chinois

Au camarade Mao Tsé-toung

Chers camarades,

Le 29 mars 1966 se tiendra le XXIIIe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique.

En voici l’ordre du jour :

1. Rapport d’activité du Comité central du P.C.U.S., présenté par le camarade L. I. Brejnev, premier secrétaire du C.C. du P.C.U.S. ;

2. Rapport d’activité de la commission centrale de vérification du P.C.U.S., présenté par la camarade N.A. Muravyeva, présidente de la commission centrale de vérification ;

3. Directives du XXIIIe Congrès du P.C.U.S. pour le plan quinquennal de développement de l’économie nationale de l’U.R.S.S. 1966-1970, présentées par le camarade A.N. Kossyguine, président du Conseil des ministres de l’U.R.S.S. ;

4. Election des organismes centraux du Parti.

Le Comité central du P.C.U.S. invite une délégation du Parti communiste chinois à assister, en tant qu’hôte, au XXIIIe Congrès du P.C.U.S.

Avec nos salutations communistes,
L. I. Brejnev
pour le Comité central du Parti
communiste de l’Union soviétique

mardi 22 mars 1966


Les documents de 1966