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Les philosophes de l’Antiquité grecque - 9e partie : Le projet politico-religieux de Platon

Il ne faut pas perdre de vue que l’oeuvre de Platon se situe dans une perspective de construction politico-religieuse. Il n’y a pas d’originalité particulière dans la démarche de Platon, sa seule particularité étant de tenter de combiner les deux principales traditions « philosophiques » qui avaient, de fait, le même but.

Socrate, le maître de Platon, était d’ailleurs un pythagoricien, croyant en l’éternité de l’âme, étant végétarien, etc. Platon était donc de son côté un « héraclitéen », mais penchant vers les valeurs « socratiques ».

Cela a donc un sens à la fois politique et religieux, car Socrate est un moraliste, et la morale sert justement de base à la politique. Des œuvres qui nous restent de Platon (à savoir uniquement les dialogues, le reste étant perdu), c’est bien sûr dans l’ouvrage appelé la République que l’on retrouve établis les principes politico-religieux conseillés par lui.

On y trouve d’ailleurs un mythe, celui d’Er, personnage qui assiste au processus de réincarnation et constate que chaque vie est jugée et qu’en fonction de son parcours, sa nouvelle vie est par la suite différente une fois réincarnée, selon les mérites et les torts.

Il est impossible de ne pas voir le parallèle avec l’hindouisme ; Platon exprime en fait une version totalement idéalisée du communisme primitif ayant prédominé dans les communautés guerrières, avant leur invasion, leur installation et leur soumission de peuplades comme esclaves.

Réincarnation selon le mérite, hiérarchie stricte, collectivité complète des élites, sans propriété (sauf pour les paysans donc) ni un quelconque luxe : c’est la tribu en guerre, mais formée en « Etat », qui est l’idéal de Platon.

On a d’ailleurs, comme dans l’hindouisme et de fait dans les Etats esclavagistes, une division au sein de la couche dominante, en paysans, en « gardiens » (c’est-à-dire en guerriers) et en « philosophes » (c’est-à-dire le clergé).

Voici également comment se termine la République, juste après que le mythe d’Er ait été raconté :

« nous devons considérer que l’âme est chose immortelle, et qu’elle est capable de supporter tous les maux ainsi que tous les biens. Nous nous tiendrons alors constamment à la route qui mène vers le haut, et nous pratiquerons la justice, liée à la prudence, de toutes les façons possibles.

Ainsi nous pourrons être amis aussi bien avec nous-mêmes qu’avec les dieux, aussi bien lors de notre séjour ici que lorsque nous aurons remporté les prix que rapporte la justice, comme des vainqueurs faisant un tour de piste triomphal ; et nous pourrons tant ici, que dans le cheminement millénaire que nous avons décrit, connaître un plein succès ! »

On est ici dans une démarche toute aristocratique, et d’ailleurs la société prônée par Platon est ultra hiérarchisée, les enfants étant collectivisés et éduqués par les « gardiens », les femmes peuvent être membres de l’élite en tant que tel mais sont également « mises en commun » ; les postes formant la division sociale sont bien définis et intouchables.

A cela s’ajoute une sobriété exemplaire, afin de maintenir l’élite loin de tout luxe et de préserver la mentalité combattante de la « race d’or ».

Le plus ascétique de tous, c’est bien entendu le « philosophe », qui doit alors devenir le roi de par ses qualités. A l’opposé du poète qui doit être chassé de la cité en raison de son caractère superflu et irrationnel, le philosophe est le grand guide, car il comprend de manière rationnelle ; il est désintéressé et peut conduire la cité.

L’oeuvre de Platon s’appelle de fait Politeia en grec, terme venant de « polis » signifiant cité-Etat et désignant en quelque sorte la politique, les droits des citoyens, la forme du gouvernement, etc.

Le principe des « idées » pures qui seraient dans un monde « idéal » au-delà de la matière forme un moteur idéologique visant à célébrer le Beau, le Bien, le Bon, c’est-à-dire à servir de pôle de référence à une société tribale organisée en cité-Etat et dominant la vie sociale par un système de castes.

La démarche de Platon est donc fondamentalement réactionnaire. On comprend qu’il ait pu assumer la tradition ionienne et celle pythagoricienne : leur fusion devait, à ses yeux, permettre de ramener la cité-Etat, sur le plan politique interne, au point de départ de l’existence des tribus grecs.