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Les philosophes de l’Antiquité grecque - 3e partie : tentative de synthèse politico-religieuse

La démarche de Pythagore, qui a vécu au Ve siècle avant JC, a ainsi une fonction dans le cadre de la lutte de classes. Elle se situe dans le cadre historique où la Grèce passe d’un régime de tribus éparpillées et marqué par un certain communisme primitif, à un régime esclavagiste.

Pythagore produit une nouvelle idéologie unifiant ces tribus et même, dans l’idée, les cités-Etats, ainsi que le style qui doit être propre à la nouvelle classe dominante. Cela n’alla pas sans heurts ni complications. De fait, Pythagore partit à Crotone, où les pythagoriciens prirent le pouvoir, pour en être finalement chassés.

Par la suite, il semble que les pythagoriciens dominèrent une zone entre Métaponte et Locres, puis à Tarente. De la même manière, les révoltes renversèrent les pythagoriciens : ce fut l’échec de la tentative de Pythagore.

Ce qui compte ici cependant, c’est que les pythagoriciens se posaient comme une nouvelle élite, de type religieuse-politique, c’est-à-dire en définitive comme une caste particulièrement sobre devant régir la société.

Pythagore a formulé sa vision du monde dans une explication où, parlant des panégyries, les grandes fêtes religieuses rassemblant tout le peuple, il divise ce dernier en trois. Il explique que certains y vont pour la gloire par l’intermédiaire de leur force physique, les autres pour la gloire par l’intermédiaire de la vente de marchandises, et enfin la minorité y vient pour les discours vertueux, les œuvres d’arts, les exploits, etc.

On retrouve les guerriers et les marchands, et la caste religieuse-politique doit dominer, elle seule connaissant la vérité, à savoir que le nombre est l’essence de chaque chose. De la même manière que pour Pythagore il existe une harmonie en musique, il en existe une en politique, qu’il s’agit de former.

Le politicien est une sorte de musicien. Résumant cette approche pythagoricienne, Jamblique raconte au IIIe siècle après JC dans sa Vie de Pythagore :

« Pythagore fut aussi, dit-on, le fondateur de la science politique toute entière. Il a affirmé, en effet, que parmi les choses qui existent, rien ne se trouve sans mélange ; mais la terre contient une part de feu, le feu une part d’eau et de vents, … ; en outre, l’honnête est mêlé au déshonnête, le juste à l’injuste, et ainsi de suite. De ce principe, le raisonnement prend son élan dans l’une ou l’autre direction. Il y a, d’ailleurs, deux mouvements du corps et de l’âme : l’un est irréfléchi, l’autre réfléchi. »

La politique doit être définie par l’harmonie, comme la musique. De fait, les pythagoriciens se divisaient en pratique entre mathématiciens (« ceux qui savent ») et acousmaticiens (« ceux qui écoutent »).

Anatolius, un chrétien du IIIe siècle, explique que pour les pythagoriciens :

« le quaternaire est appelé Justice parce que le carré qui en provient a une aire égale à son périmètre, tandis que pour les nombres qui précèdent le périmètre du carré est supérieur à l’aire, et que pour ceux qui suivent le périmètre est inférieure à l’aire. »

Cela signifie que si l’on prend 4 comme base et qu’on a un carré, alors 4²=16 et 4+4+4+4=16, ce qui n’est pas vrai si l’on prend 3 ou 5 (car 3²=9 et 3+3+3+3=12 et de la même manière 5²=25 et 5+5+5+5=20).

C’est la base à prendre pour faire de la politique : il faut que les rapports, les proportions entre l’aire et le périmètre soient bons, c’est-à-dire que tout soit équilibré. Il faut un rapport correct entre les droits et les devoirs, entre les citoyens et l’Etat, etc. ; les pythagoriciens étudient les mathématiques afin de pouvoir étudier ce qui est le mieux, c’est-à-dire le plus conforme au monde dans sa nature « ordonnée ».

On reconnaît bien sûr ici ce que sera la philosophie de la Renaissance et du nombre d’or, du déisme et de la franc-maçonnerie, etc.

De la même idée, Macrobe raconte au IVe siècle après JC dans son Commentaire au Songe de Scipion de Cicéron que :

« Les pythagoriciens ont choisi le huitième nombre pour symbole de l’équité, parce que, à partir de l’unité, il est le premier qui offre deux composants pairs et égaux, quatre, plus quatre, qui peuvent être eux-mêmes décomposés en deux quantités paires et égales, ou deux plus deux. Ajoutons que sa recomposition peut avoir lieu au moyen de deux fois deux répétés deux fois. Un tel nombre, qui procède à sa puissance par facteurs égaux et pairs, et à sa décomposition par diviseurs égaux et pairs, jusqu’à la monade exclusivement, qui ne peut avoir d’entier pour diviseur, méritait bien d’être considéré comme emblème de l’équité ; et, d’après ce que nous avons dit précédemment de la perfection de ses parties et de celle de son entier, on ne peut lui contester le titre de nombre parfait. »

L’échec de Pythagore à proposer une gestion « modernisée » de la domination aristocratique témoigne de l’incapacité de la Grèce à s’unifier, mais également de l’existence déjà forte de courants liés aux marchands et à la plèbe.

Et c’est sur les restes du pythagorisme que vont s’établir les « philosophes », qui vont tenter, l’un après l’autre, de « corriger » le pythagorisme pour donner naissance à une nouvelle entité politico-religieuse.

C’est précisément la raison qui fait que Socrate sera chassé de la cité. Ce n’est pas que sa « sagesse » dérangeait la société, c’est qu’il formulait en réalité une proposition stratégique de remplacement de l’ancienne idéologie. Dans le cas de Socrate, il s’agissait de l’établissement d’une religion unifiant la classe dominante, formant littéralement des castes et justifiant l’esclavage.

La « philosophie » grecque n’existe donc pas abstraitement ; elle possède toujours une nature politique. C’est pourquoi tant Platon qu’Aristote formuleront des conceptions politiques de la vie sociale, et c’est ce qui permet de comprendre les divergences et différences entre les courants philosophiques à la suite de Pythagore.

On est dans le cadre d’une bataille idéologique pour une nouvelle formulation politico-religieuse.