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Les philosophes de l’Antiquité grecque - 13e partie : il ne faut qu’un seul chef

Aristote a posé le principe de « Dieu » de la manière la plus développée. Tant le judaïsme que le christianisme et l’Islam ne pourront pas ne pas puiser chez lui. C’est lui qui a véritablement porté la définition d’un Dieu comme conséquence logique d’une certaine vision du monde.

Aristote prétend, de fait, non pas formuler quelque chose de nouveau, mais en revenir aux « sources », afin de masquer précisément la nouveauté de sa thèse. Il n’hésite pas à expliquer ainsi que :

« Ainsi donc, rationnellement et numériquement, le premier moteur est unique et immobile ; et ce qu’il meut éternellement et continuellement est unique aussi. Donc, il n’y a qu’un seul et unique ciel.

Une tradition qui nous est venue de l’antiquité la plus haute, et qui a été transmise à la postérité sous le voile de la fable, nous apprend que les astres sont des Dieux, et que le divin enveloppe la nature tout entière.

Tout ce qu’on a pu ajouter de fabuleux à cette tradition n’a eu pour but que de persuader la multitude, afin de rendre plus facile l’application des lois et de servir l’intérêt commun. C’est ainsi qu’on a prêté aux Dieux des formes humaines, et même parfois aussi des figures d’animaux, et qu’on a imaginé tant d’autres inventions, qui étaient la suite et la reproduction de celles-là.

Mais si l’on dégage de tout cela ce seul principe, que les hommes ont cru que les substances premières sont des Dieux, on peut trouver que ce sont là réellement des croyances vraiment divines, et qu’au milieu des alternatives où, tour à tour, et selon qu’il a été possible, les arts et les sciences philosophiques ont été, suivant toute apparence, découverts et perdus plus d’une fois, ces doctrines de nos ancêtres ont été conservées jusqu’à nos jours, comme de vénérables débris.

C’est là du moins dans quelle mesure restreinte nous apparaissent, avec quelque clarté, la croyance de nos pères et les traditions des premiers humains. »

En réalité, Aristote ne fait là que proposer un monde ordonné, où justement l’ordre est statique et où donc il s’agit d’agir de manière politiquement conforme à cet ordre. C’est une thèse politique, au service de l’esclavagisme, car il y aurait de manière logique des maîtres et des esclaves.

Voici comment Aristote présente sa vision politique du monde :

« Tout dans l’univers est soumis à un ordre certain, bien que cet ordre ne soit pas semblable pour tous les êtres, poissons, volatiles, plantes.

Les choses n’y sont pas arrangées de telle façon que l’une n’ait aucun rapport avec l’autre. Loin de là, elles sont toutes en relations entre elles ; et toutes, elles concourent, avec une parfaite régularité, à un résultat unique. C’est qu’il en est de l’univers ainsi que d’une maison bien conduite.

Les personnes libres n’y ont pas du tout la permission de faire les choses comme bon leur semblé ; toutes les choses qui les regardent, ou le plus grand nombre du moins, y sont coordonnées suivant une règle précise, tandis que, pour les esclaves et, les animaux, qui ne coopèrent que faiblement à la fin commune, on les laisse agir le plus souvent selon l’occasion et le besoin.

Pour chacun des êtres, le principe de leur action constitue leur nature propre ; je veux dire que tous les êtres tendent nécessairement à se distinguer par leurs fonctions diverses ; et, en général, toutes les choses qui contribuent, chacune pour leur part, à un ensemble quelconque, sont soumises à cette même loi. »

Pour Aristote, le problème de fond des autres « philosophes », c’est que leur proposition politico-religieuse ne pose pas un chef. En ce sens, Aristote représente déjà un certain passage de l’ordre esclavagiste à un ordre féodal.

Il dit ainsi :

« Aucun de ces philosophes ne nous explique comment les nombres peuvent former une certaine unité, ni comment l’âme ne fait qu’un avec le corps, en un mot comment la forme et la chose peuvent composer un tout unique. Il est certain que la réponse à cette question est impossible pour tous ces philosophes, à moins qu’ils ne disent, avec nous, que c’est le principe moteur qui fait l’unité des choses.

Quant à ceux qui prennent le nombre mathématique pour principe premier, et qui composent toujours de cette manière toute autre substance, venant à la suite de ce premier principe, en donnant à chacune des principes différents, ils ne font de la substance de l’univers entier qu’une succession d’épisodes, puisque aucune substance, qu’elle soit ou qu’elle ne soit pas, ne peut avoir la moindre influence sur une autre, et ils reconnaissent par là plusieurs principes divers.

Mais les choses ne veulent pas être mal gouvernées :

Tant de chefs sont un mal ; il ne faut qu’un seul chef. »