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Les philosophes de l’Antiquité grecque - 12e partie : Aristote, le premier moteur, Dieu

Aristote a donc formulé l’idée d’un « premier moteur », qui permet à des « formes » de façonner de la matière. Seulement, on voit mal alors au fond quelle est la différence, en apparence, avec Platon. On pourrait dire en effet que le « premier moteur » est un équivalent du « un », les « formes » étant ce que Platon appelle les « idées ».

Il y a une nuance de taille cependant, car Aristote a modifié le schéma de Platon. Chez ce dernier, l’un et les idées sont au ciel. Comme il avait besoin de justifier comment on arrive à la matière, il a utilisé les « nombres », qui sont un « sas » entre les idées et la matière (qui est ainsi « formulée » par les nombres).

Aristote abaisse les idées, qu’il appelle « formes », pour les mettre dans notre propre monde. De cette manière, le rapport entre la matière et ce qui la forme est « direct », par « la puissance » et « l’acte ».

On en revient toutefois au problème qu’avait Platon : dans notre monde, tout change tout le temps. Que seraient les formes ? C’est justement pour cela que Platon avait placé les idées au ciel.

Aristote arrive alors avec le principe du cercle, qui est « pur » car infini, sans début ni fin quel que soit le point où l’on se place. Et il dit : les planètes, les espèces, voilà ce qui est intermédiaire entre nous et le « premier moteur ».

C’est le principe de l’éternel retour, qui garantit la « stabilité » dans un monde « instable ». Les individus passent, l’espèce reste.

Naturellement, Aristote ne savait pas alors que les planètes ne suivaient pas un cercle parfait, ni par ailleurs que les espèces évoluaient ; il ne savait pas non plus que l’univers connaissait une évolution dialectique, car par définition, comme représentant d’une société esclavagiste, pour lui tout était fondamentalement statique, répétitif.

Mais là n’était pas le problème, au fond, car il cherchait à formuler une proposition politico-religieuse, justement dans un cadre esclavagiste et dans la situation particulière de la Grèce d’alors.

Cette proposition est d’ailleurs très connu en France, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que celle du « grand horloger, » du « grand architecte », développée à l’époque des Lumières par le déisme, par la franc-maçonnerie, par le culte de l’être suprême lors de la révolution française.

La dimension religieuse est évidente, lorsqu’Aristote présente ce qu’est le « philosophe » :

« La science qu’étudie le philosophe est donc la science de l’Être en tant qu’Être, de l’Être entendu dans toute sa généralité, et non pas partiellement. »

C’est ce qui a été appelé la « métaphysique », ce qui est au-delà de la physique ; le philosophe est en quelque sorte un « super prêtre », un théologien.

Le « philosophe » est celui qui comprend pourquoi le monde est en mouvement. Dieu est le « moteur », la cause du mouvement. Ce qu’Aristote reproche à Platon qui puise dans Héraclite sa thèse du mouvement perpétuel, et en général également aux philosophes s’étant rapprochés du matérialisme avec le mouvement comme « valeur en soi » de l’univers », c’est que le mouvement n’est pas expliqué.

Aristote dit ainsi :

« De là vient que quelques philosophes ont affirmé que l’acte est éternel, comme Leucippe et Platon, attendu, disent-ils, qu’il faut que le mouvement subsiste toujours. Mais ces philosophes ne nous apprennent pas pourquoi le mouvement a lieu, ni quel il est ; ils ne nous apprennent pas non plus comment il est ce qu’il est, et ils ne remontent pas davantage jusqu’à sa cause. »

Avec Aristote, par contre, le monde devient compréhensible, car il est organisé par les formes – en ce sens, c’est une porte ouverte à la science, en tant que recherche des « principes » et des « causes » dans chaque domaine.

Cette science peut se contenter d’être logique, et Aristote est à l’origine d’une réflexion très approfondie à ce sujet. L’une de ses démarches très connue est le syllogisme, du type « Socrate est un homme, les hommes sont mortels, donc Socrate est mortel.

Cet appel à la logique signifie, par contre, le rejet de la dialectique, puisque celle-ci ne correspond pas aux principes « logiques » ; comme le dit Aristote :

« Par exemple, si l’objet est blanc, et que nous disions qu’il n’est, ni blanc, ni noir, nous sommes dans le faux ; car il en résulterait que le même objet serait blanc, et qu’il ne le serait pas. Il n’y a qu’une seule des deux assertions accouplées qui soit vraie de l’objet ; et c’est la contradiction du blanc.

Ainsi, il est également impossible d’être dans le vrai, soit qu’on suive Héraclite, soit qu’on suive Anaxagore. Si l’on s’en tient à leur doctrine, on est amené à attribuer les contraires à un seul et même objet. »

Aristote fonctionne, par refus de la dialectique, par simple analogie, rapprochant les formes suivant leur fonctionnement apparent. Et, bien évidemment, « Dieu » est statique. En effet, s’il était en mouvement, il aurait besoin d’une cause le faisant se mouvoir. On en finirait plus, et Aristote pose un principe premier, la cause des causes, Dieu en tant que moteur, Dieu comme seul objet connu de lui-même par la science, où puissance et acte se confondent.

On a là un système établi de manière approfondie.