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Les philosophes de l’Antiquité grecque - 11e partie : Aristote modifie le système de Platon

Aristote est le véritable titan de l’antiquité grecque. Si la figure de Platon est davantage connue, c’est parce que celui-ci a joué un rôle moteur dans l’affirmation de l’idéologie chrétienne.

Toutefois, c’est Aristote qui parvient à développer le plus profondément les questions scientifiques et cela, dans pratiquement tous les domaines. Il intervient de fait à un moment historique, celui où, enfin, la Grèce parvient à s’unifier.

Aristote est en effet macédonien, de la ville de Stagire, et c’est lui qui va éduquer pendant deux décennies le grand unificateur : Alexandre le grand. Le grand problème, évidemment, sera qu’Alexandre le grand n’a pas fait qu’unifier la Grèce en s’opposant à la Perse, comme le voulait son père, il a également conquise celle-ci, pour arriver aux portes de l’Inde. Cela a liquidé un problème d’unification pour en aboutir à un autre.

La philosophie d’Aristote est particulièrement complexe, et ses explications foncièrement abruptes. Comprendre sa perspective est par contre relativement facile du point de vue du matérialisme historique.

En apparence, en effet, Aristote s’oppose à Platon. Les commentateurs bourgeois n’ont ainsi jamais pu expliquer l’apparition d’un « néo-platonisme » qui, à la fin de la Grèce antique et dans l’empire romain naissant, combinait les philosophies de Platon et d’Aristote. C’est, en réalité, absolument cohérent.

Aristote est de fait resté pendant vingt ans à l’Académie, auprès du chef de file de cette école, Platon lui-même. Il ne nous reste que les dialogues de Platon, nous n’avons pas ses enseignements directs. Mais Aristote les a connu. Voici comment il résume ceux-ci :

« Platon admet encore, en dehors des choses sensibles et des Idées, les êtres mathématiques, qui sont des intermédiaires entre les Idées et les choses, différant des objets des sens en ce qu’ils sont éternels et immobiles, et différant des Idées, en ce qu’ils peuvent être en très grand nombre semblables les uns aux autres, tandis que, dans chaque genre, l’Idée ne peut jamais qu’être seule et unique.

Comme les Idées, suivant lui, sont les causes de tout le reste, il dut prendre les éléments des Idées pour les éléments de tous les êtres sans exception ; et de même que, sous le rapport matériel, il adopta pour principes le Grand et le Petit, de même sous le rapport de l’essence son principe fut l’unité ; car c’est par le Grand et le Petit que les Idées qui participent à l’unité sont aussi les nombres.

Cependant, en admettant que l’unité forme l’essence des choses et qu’il est impossible que ce soit autre chose que l’unité qui puisse être appelée l’Être, Platon se rapprochait beaucoup des Pythagoriciens ; c’était dire à peu près comme eux que les nombres sont pour le reste des choses la cause qui constitue leur essence.

Mais ce qui appartient proprement à Platon, c’est d’avoir substitué une dualité à l’infini, qui est Un, dans le système pythagoricien, et d’avoir soutenu que l’infini se compose du Grand et du Petit. Enfin, Platon isole les nombres des objets sensibles, tandis que les Pythagoriciens confondent les nombres avec les choses elles-mêmes et ne regardent pas les êtres mathématiques comme les intermédiaires des choses. »

Or, Aristote n’est pas convaincu de cela. Il ne comprend pas comment quelque chose qui est « un » pourrait aboutir au multiple. Comment une idée, comme celle de la table, pourrait-elle donner plusieurs tables, qui plus est différentes ?

Inversement, qu’est-ce qui fait que la chose formée par l’idée serait elle-même « une », et non pas plusieurs ? Pourquoi y a-t-il un homme, une femme, et non pas des choses qui seraient plusieurs choses en même temps ?

Aristote modifie par conséquent le système de Platon. Il est d’accord pour séparer le monde en deux, mais il n’est pas d’accord pour dire qu’une « idée » d’en haut participe au monde d’en bas et fait exister des choses.

Il dit qu’il y a d’un côté les formes, de l’autre un agrégat de matière. Les formes donnent justement des formes à la matière.

La matière peut potentiellement prendre forme ; en puissance, la matière peut avoir une forme, cela relève du possible, la matière est une sorte de pâte à modeler. Mais il faut la « forme » pour lui accorder cela, c’est qui agit. Voici comment Aristote explique cela :

« Ce qui produit cette erreur, c’est que nos philosophes veulent trouver une définition qui unifie la puissance et l’acte, et qu’ils cherchent en même temps une différence entre les deux. Mais, ainsi que nous l’avons dit, la matière dernière et la forme des choses se confondent ; seulement, l’une est en puissance, et l’autre est en acte.

C’est tout à fait la même recherche que de demander la cause de l’être qui est Un, et de demander la cause qui le fait être Un. Toute chose est Une ; et, à un certain point de vue, l’être en puissance et l’être en acte n’en font également qu’un.

En résumé, il n’y a donc pas d’autre cause de l’unité que la cause motrice, qui fait passer l’être de la puissance à l’acte. »

Aristote explique ici que toute chose consiste en de la matière, façonnée par la forme, sauf ce qu’il appelle l’être, c’est-à-dire le principe même de la vie, qui est un « un » parce qu’il est à la fois en puissance et en acte. Et il l’appelle le « moteur », car c’est lui qui permet le passage de la puissance à l’acte, de la possibilité à la réalité.

Ce « premier moteur », c’est ce qui va être appelé « Dieu », c’est le grand horloger du déisme.