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Lénine et la notion d’impérialisme - 3e partie : les monopoles

Dans le premier chapitre de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine traite de la question des monopoles.

C’est le point de départ de son analyse, toute son œuvre s’appuie sur cette base, directement issue de l’analyse de Karl Marx dans Le Capital.

Que dit Lénine ? Qu’il existe une tendance au sein du mode de production capitaliste qui l’emporte, qui devient de plus en plus profonde et devient l’aspect principal, le moteur de l’évolution du capitalisme.

Il dit ainsi :

« Le développement intense de l’industrie et le processus de concentration extrêmement rapide de la production dans des entreprises toujours plus importantes constituent une des caractéristiques les plus marquées du capitalisme.

Les statistiques industrielles contemporaines donnent sur ce processus les renseignements les plus complets et les plus précis. »

Lénine fournit, de fait, toute une série de chiffres, tirés de ses recherches en Suisse, lors de son exil. Il a compilé des statistiques, des compte-rendus : il les présente comme preuves scientifiques de son constat.

Toutefois, il ne fait pas que cela, il rend explicite les tendances, les nuances au sein de la naissance de monopoles remplaçant la concurrence. Voici ce qu’il constate au sujet des États-Unis d’Amérique :

« Près de la moitié de la production totale du pays est fournie par un centième de l’ensemble des entreprises ! Et ces trois mille entreprises géantes embrassent 258 branches d’industrie.

On voit par là que la concentration, arrivée à un certain degré de son développement, conduit d’elle-même, pour ainsi dire, droit au monopole.

Car quelques dizaines d’entreprises géantes peuvent aisément s’entendre, et, d’autre part, la difficulté de la concurrence et la tendance au monopole naissent précisément de la grandeur des entreprises.

Cette transformation de la concurrence en monopole est un des phénomènes les plus importants — sinon le plus important — de l’économie du capitalisme moderne. Aussi convient-il d’en donner une analyse détaillée. Mais écartons d’abord un malentendu possible.

La statistique américaine porte : 3 000 entreprises géantes pour 250 branches industrielles. Cela ne ferait, semble-t-il, qu’une douzaine d’entreprises géantes par industrie. Mais ce n’est pas le cas.

Toutes les industries ne possèdent pas de grandes entreprises ; d’autre part, une particularité extrêmement importante du capitalisme arrivé au stade suprême de son développement est ce qu’on appelle la combinaison, c’est-à-dire la réunion, dans une seule entreprise, de diverses branches d’industrie qui peuvent constituer les étapes successives du traitement de la matière première (par exemple, la production de la fonte à partir du minerai de fer et la transformation de la fonte en acier, et peut-être aussi la fabrication de divers produits finis en acier), ou bien jouer les unes par rapport aux autres le rôle d’auxiliaires (par exemple, l’utilisation des déchets ou des sous-produits, la fabrication du matériel d’emballage, etc.). »

Le capitalisme ne donne pas naissance à des monopoles simplement dans certaines branches, mais de manière générale, c’est une tendance historique à la « combinaison » des branches.

Ce que décrivait Le capital de Karl Marx était donc juste et reste juste, mais le capitalisme s’est développé, il s’est enraciné, et pour cette raison la contradiction interne à son développement s’est approfondie.

Il y a donc lieu de mieux cerner l’aspect monopoliste, qui a désormais atteint une dimension bien plus importante qu’auparavant. Lénine explique :

« Il y a un demi-siècle, quand Marx écrivait son Capital, la libre concurrence apparaissait à l’immense majorité des économistes comme une "loi de la nature".

La science officielle tenta de tuer par la conspiration du silence l’oeuvre de Marx, qui démontrait par une analyse théorique et historique du capitalisme que la libre concurrence engendre la concentration de la production, laquelle, arrivée à un certain degré de développement, conduit au monopole.

Maintenant, le monopole est devenu un fait (…).

Les étapes principales de l’histoire des monopoles peuvent se résumer comme suit :

1) Années 1860-1880 : point culminant du développement de la libre concurrence. Les monopoles ne sont que des embryons à peine perceptibles.

2) Après la crise de 1873, période de large développement des cartels ; cependant ils ne sont encore que l’exception. Ils manquent encore de stabilité. Ils ont encore un caractère passager.

3) Essor de la fin du XIXe siècle et crise de 1900-1903 : les cartels deviennent une des bases de la vie économique tout entière. Le capitalisme s’est transformé en impérialisme. »

La concentration de la production, par la naissance de monopoles, est l’évolution que constate Lénine.