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Le réalisme socialiste (8) : le sentiment nouveau et la signification intérieure

Le réalisme socialiste, de par l’esprit de la narodnost, est orienté vers la vie telle qu’elle est vécue. Elle témoigne donc de la vie quotidienne, des caractères des êtres humains vivant dans une société.

Et avec la construction du socialisme, les êtres humains ont changé ; Jdanov souligna ainsi au congrès des écrivains : « Nous ne sommes plus les mêmes Russes qu’avant 1917, la Russie n’est plus la même et notre caractère n’est plus le même. »

Pour cette raison, le réalisme socialiste conjugue à la fois la mise en avant du plus haut niveau civilisationnel – avec comme références ouvertes à la fois l’Antiquité et la Renaissance – et l’expression du « sentiment nouveau », de la « signification intérieure. »

Le réalisme socialiste n’est pas un « portrait », une photographie à la mode du matérialisme vulgaire ; il révèle le monde intérieur. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le byt, c’est-à-dire la peinture du mode de vie

Nina Dmitrieva, lors de l’Exposition pansoviétique de 1952, explique au sujet de la peinture du byt :

« Montrer la richesse des aspirations individuelles, l’ampleur de la pensée et des horizons intellectuels, la beauté des qualités morales des Soviétiques, tout en dénonçant et en raillant impitoyablement les états d’arriération, la routine, l’inculture, la bassesse des intérêts, où qu’ils puissent se manifester, tel est le pathos de la peinture du byt. Là sont sa signification et sa fonction en tant qu’instrument de l’éducation communiste.

C’est pourquoi l’on ne saurait indiscutablement réduire la spécificité du genre du byt à la représentation d’anecdotes futiles dont ne découle aucune façon ni tendance et qui ne proposent même pas des possibilités minimes pour révéler le typique, pour caractériser franchement l’état psychique des personnages. »

Dans ce cadre, et conformément à la culture russe, une grande attention est portée à l’humour, à la dimension excentrique, burlesque, etc. Ce qui n’empêche pas du tout une conjugaison avec une portée très sérieuse, mais la souligne (l’approche de Charlie Chaplin n’est pas loin). En 1950, l’hebdomadaire satirique crocodile tirait à 240 000 exemplaires.

Le cirque, comédie mélodramatique de Grigori Alexandrov datant de 1936, décrit une femme américaine ayant un enfant noir et fuyant le racisme, se réfugiant dans un cirque soviétique. Elle bascule dans la culture soviétique, où le racisme est rejeté, avec une scène fameuse où une berceuse est chantonnée à l’enfant par des personnes de différentes nationalités de l’Union Soviétique.

Une chanson aura un retentissement formidable par ailleurs, dans ce film : la « chanson sur le patrie », d’Issak Dunaïevskiy pour la musique, pour des paroles Vassili Lebedev-Kumach (voici quelques mp3 de cette chanson :

Version chantée par Boris Gmirya

Version chantée par D.V.Demyanov

Version chantée par Andrey Ivanov

Version chantée par Pyotr Leshenko

Version chantée par Sergey Moroz

Version marche militaire (1944))

Voici une affiche dédiée à cette chanson.

Le réalisme socialiste pose ainsi le rapport entre l’individu et l’universel ; c’est un appel à la totalité sociale et naturelle.

Lukacs, dans Balzac et le réalisme français, note en 1951 ce que cela signifie pour le rapport nouveau de l’écrivain au public :

« La catégorie centrale et le critère de la conception réaliste de la littérature, à savoir le type par rapport au caractère et à la situation est une synthèse particulière qui lie organiquement le générale et l’individuel.

Le type ne devient pas tel parce qu’il est moyen, pas plus que pour son caractère uniquement individuel, quelque prononcé qu’il soit, mais du fait que tous les moments d’une période historique qui, du point de vue humain et social, sont essentiels et déterminants, concourent en lui et s’y croisent, du fait que la création du type montre ces moments dans leur degré d’évolution le plus élevé et dans l’extrême déploiement de ses possibilités virtuelles, dans l’extrême représentation d’extrêmes qui concrétise en même temps le sommet et les limites de la totalité de l’homme et de l’époque. »

Il explique, dans la même œuvre, que :

« Depuis la révolution française, l’évolution de la société avance dans une direction qui met les efforts des écrivains authentiques inévitablement en contradiction avec la littérature et avec le public de leur époque.

Pendant toute la période bourgeoise, un écrivain ne pouvait devenir grand qu’en luttant contre ces courants. Depuis Balzac, la résistance de la vie quotidienne contre les meilleures tendances de la littérature, de la civilisation et de l’art n’a cessé de croître.

Cependant, il y a toujours eu des écrivains isolés qui dans leur œuvre ont exécuté contre leur époque l’ordre de Hamlet : ils ont présenté au monde un miroir et à l’aide de ce reflet ils ont fait avancer l’évolution de l’humanité ; ils ont contribué au triomphe du principe humaniste dans une société contradictoire qui d’une part produit l’idéal de l’homme total mais qui d’autre part détruit celui-ci dans la pratique. »

Le réalisme socialiste correspond aux exigences de l’être humain nouveau ; dans ce cadre il est aussi une bataille pour la production.

Le 28 janvier 1936, un article de la Pravda intitulé « Le chaos remplace la musique », au sujet de son œuvre « Lady Macbeth de Mzensk », critiquait ainsi l’oeuvre de manière approfondie :

« L’auditeur de cet opéra se trouve d’emblée étourdi par un flot de sons intentionnellement discordants et confus (…). Il est difficile de suivre cette musique, il est impossible de la mémoriser (…). Cette musique est mise intentionnellement sens dessus dessous (…).

Il s’agit d’un chaos gauchiste remplaçant une musique naturelle, humaine. La faculté qu’a la bonne musique de captiver les masses est sacrifiée sur l’autel des vains labeurs du formaliste petit-bourgeois (…).

Ce Lady Macbeth est apprécié des publics bourgeois à l’étranger. Si le public bourgeois l’applaudit, n’est-ce pas parce que cet opéra est absolument apolitique et confus ? Parce qu’il flatte les goûts dénaturés des bourgeois par sa musique criarde, contorsionnée, neurasthénique ? »

La suite sera, en 1937, la « réponse créative d’un artiste soviétique à de justes critiques » comme le formulera Chostakovitch au sujet de sa Symphonie numéro 5, chef d’œuvre typique de l’URSS.

En plus de Chostakovitch, dont l’une des fameuses œuvres est la Symphonie n° 7 « Leningrad », il y a d’autres grands compositeurs soviétiques, comme Aram Khatchatourian qui s’appuie sur la musique populaire arménienne, ou encore Prokofiev, qui recevra pour sa Symphonie N°5 un prix en 1945, le fameux « prix Staline. »

Même au pire de la guerre impérialiste, la culture et la civilisation sont d’ailleurs au cœur des valeurs de la valeureuse Union Soviétique, les concerts affrontant la menace des bombardements.

Le réalisme socialiste exprime la naissance d’un monde nouveau, c’est un processus. Ainsi, après la seconde guerre mondiale impérialiste, le Parti Communiste d’Union Soviétique a dû empêcher un retour du formalisme, alors que les tendances bourgeoises espéraient s’installer, dans un esprit bureaucratique.

En 1948, trois jours de réunion de la direction du PCUS aboutissent au document intitulé « A propos de l’opéra de Vano Mouradeli, La Grande Amitié » ; Jdanov est alors la figure majeure défendant le réalisme socialiste.

lundi 20 mai 2013


Le réalisme socialiste