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Le réalisme socialiste (5) : Jdanov, la décadence bourgeoise et les ingénieurs des âmes

Le discours de Jdanov a eu lieu le 17 août 1934 ; en voici l’extrait principal, où il présente la situation de la littérature mondiale et la question des « ingénieurs des âmes ».

« Que peut écrire l’écrivain bourgeois, à quoi bourgeois peut-il rêver, quel enthousiasme peut entraîner ses pensées et où le prendrait-il, cet enthousiasme, lorsque l’ouvrier dans les pays capitalistes n’a pas la certitude du lendemain, qu’il ne sait pas s’il travaillera demain, que le paysan ne sait pas s’il travaillera demain sur son lopin de terre ou s’il en sera chassé par la crise capitaliste, que le travailleur intellectuel est aujourd’hui sans travail et ne sait s’il en aura demain ?

Que peut écrire l’écrivain bourgeois, de quel enthousiasme peut-il être question pour lui, lorsque le monde, du jour au lendemain, peut être à nouveau précipité dans le gouffre d’une nouvelle guerre impérialiste ?

La situation présente de la littérature bourgeoise est telle qu’elle ne peut déjà plus créer de grandes œuvres. Le déclin et la corruption de la littérature bourgeoise, qui découlent du déclin et de la corruption du régime capitaliste, se présentent comme le trait caractéristique, comme la particularité caractéristique de l’état de la culture bourgeoise et de la littérature bourgeoise dans le temps présent.

Les temps sont révolus sans retour où la littérature bourgeoise, reflétant les victoires de la société bourgeoise sur la féodalité, pouvait créer les grandes œuvres de la période d’essor du capitalisme. Il se produit maintenant une dégénérescence générale de ses thèmes et de ses talents, de ses auteurs et de ses héros.

Possédé par une peur mortelle de la révolution prolétarienne, le fascisme s’attaque à la culture, il fait retourner l’humanité aux périodes les plus barbares et les plus sinistres de l’histoire, il brûle sur les bûchers, il anéantit sauvagement les productions des plus grands esprits.

Le déchaînement du mysticisme et du cléricalisme, l’engouement pour la pornographie sont caractéristiques du déclin et de la corruption de la culture bourgeoise.

Les « célébrités » de la littérature bourgeoise, de cette littérature bourgeoise qui a vendu sa plume au capital, sont aujourd’hui les voleurs, les mouchards, les prostitués, les voyous.

Tout cela est caractéristique de cette partie de la littérature bourgeoise qui s’efforce de cacher la corruption de la société bourgeoise, qui essaye vainement de démontrer qu’il ne s’est rien passé, que tout va pour le mieux dans le « royaume de Danemark » et que rien n’est en train de pourrir dans la société capitaliste.

Les représentants de la littérature bourgeoise qui ressentent le plus vivement cet état de choses sont envahis par le pessimisme, l’incertitude du lendemain, le goût des ténèbres ; ils préconisent le pessimisme comme théorie et pratique de l’art. Et seul un petit nombre d’écrivains, les plus honnêtes et les plus clairvoyants, essayent de trouver une issue sur d’autres chemins, dans d’autres directions, et de lier leur sort à celui du prolétariat et de sa lutte révolutionnaire.

Le prolétariat des pays capitalistes forme déjà l’armée de ses écrivains, de ses artistes, de ces écrivains révolutionnaires dont nous sommes aujourd’hui heureux de saluer les représentants au premier congrès des écrivains soviétiques.

La phalange des écrivains révolutionnaires dans les pays capitalistes n’est pas encore bien grande, mais elle s’étend et s’étendra de jour en jour, à mesure que s’accentue la lutte de classe et que croissent les forces de la révolution prolétarienne mondiale.

Nous croyons fermement que la dizaine de camarades étrangers qui sont ici présents constitue le noyau et le germe de la puissante armée des écrivains prolétariens que créera la révolution prolétarienne mondiale au-delà de nos frontières.

Ainsi vont les choses dans les pays capitalistes. Il n’en est pas de même chez nous. Notre écrivain soviétique puise les matériaux de sa production artistique, ses sujets, ses images, sa langue et son style dans la vie et l’expérience des hommes du Dniéprostroï et de Magnitogorsk.

Notre écrivain puise ses matériaux dans l’épopée héroïque du Tchéliouskine, dans l’expérience de nos kolkhozes, dans l’activité créatrice qui sourd en chaque endroit de notre pays.

Dans notre pays, les principaux héros des œuvres littéraires, ce sont les bâtisseurs actifs de la vie nouvelle : ouvriers et ouvrières, kolkhoziens et kolkhoziennes, membres du Parti, administrateurs, ingénieurs, jeunes communistes, pionniers.

Les voilà, les types fondamentaux et les héros essentiels de notre littérature soviétique.

L’enthousiasme et la passion de l’héroïsme imprègnent notre littérature. Elle est optimiste, mais pas du tout par une sorte d’instinct zoologique foncier. Elle est optimiste dans son essence, parce qu’elle est la littérature de la classe ascendante, du prolétariat, la seule classe progressive, d’avant-garde. La force de notre littérature soviétique, c’est qu’elle sert la cause nouvelle, la cause de la construction du socialisme.

Le camarade Staline a appelé nos écrivains les « ingénieurs des âmes ». Qu’est-ce que cela signifie ? Quelles obligations vous impose ce titre ?

Cela veut dire, tout d’abord, connaître la vie socialiste afin de pouvoir la représenter véridiquement dans les œuvres d’art, la représenter non point de façon scolastique, morte, non pas simplement comme la « réalité objective, mais représenter la réalité dans son développement révolutionnaire.

Et là, la vérité et le caractère historique concret de la représentation artistique doivent s’unir à la tâche de transformation idéologique et d’éducation des travailleurs dans l’esprit du socialisme. Cette méthode de la littérature et de la critique littéraire, c’est ce que nous appelons la méthode du réalisme socialiste.

Notre littérature soviétique ne craint pas d’être accusée d’être tendancieuse. Oui, la littérature soviétique est tendancieuse, car il n’y a pas et il ne peut y avoir, à l’époque de la lutte des classes, de littérature qui ne soit une littérature de classe, qui ne soit tendancieuse, qui soit apolitique.

Et je pense que chaque écrivain soviétique peut dire à n’importe quel bourgeois obtus, à n’importe quel philistin, à n’importe quel écrivain bourgeois, qui lui parlerait du caractère tendancieux de notre littérature : « Oui, notre littérature soviétique est tendancieuse, et nous en sommes fiers, parce que notre tendance, c’est que nous voulons libérer les travailleurs et tous les hommes du joug de l’esclavage capitaliste ».

Être ingénieur des âmes, cela veut dire avoir les deux pieds sur le sol de la vie réelle.
Et cela signifie à son tour rompre avec le romantisme à la vieille manière, avec le romantisme qui représentait une vie inexistante et des héros inexistants, qui faisait s’évader le lecteur des contradictions et du joug de la vie dans un monde chimérique, dans un monde d’utopie.

A notre littérature, qui a les deux pieds posés sur de solides fondations matérialistes, le romantisme ne peut être étranger, mais c’est un romantisme de type nouveau, le romantisme révolutionnaire.

Nous disons que le réalisme socialiste est la méthode fondamentale de la littérature et de la critique littéraire soviétiques, mais cela suppose que le romantisme révolutionnaire doit entrer dans la création littéraire comme une de ses parties constituantes, car toute la vie de notre Parti, toute la vie de la classe ouvrière et son combat reviennent à unir le travail pratique le plus sévère, le plus raisonné à un héroïsme et à des perspectives grandioses.

Notre Parti a toujours été fort parce qu’il unissait et unit l’esprit pratique le plus rigoureux avec les perspectives les plus vastes, avec la marche continue vers l’avenir, avec la lutte pour la construction de la société communiste.

La littérature soviétique doit savoir représenter nos héros, elle doit savoir regarder vers nos lendemains. Et ce n’est pas là faire preuve d’utopie, car nos lendemains se préparent aujourd’hui déjà par un travail conscient et méthodique.

On ne peut être un ingénieur des âmes si on ne connaît pas la technique de l’art littéraire, et là il est nécessaire de noter que la technique de l’écrivain possède une série de particularités qui lui sont spécifiques.

Vos armes sont nombreuses. La littérature soviétique a toutes les possibilités d’utiliser ces armes de toutes sortes, genres, styles, formes et procédés de la création littéraire) dans leur diversité et leur intégralité, en choisissant le meilleur de ce qui a été créé dans ce domaine par toutes les époques précédentes.

De ce point de vue, la maîtrise de la technique, l’assimilation critique de l’héritage littéraire de toutes les époques constituent la tâche sans l’accomplissement de laquelle vous ne pourrez devenir des ingénieurs des âmes.

Camarades, de même que dans d’autres domaines de la culture matérielle et spirituelle, le prolétariat est l’unique héritier de tout ce qu’il y a de meilleur dans le trésor de la littérature mondiale. La bourgeoisie a dilapidé l’héritage littéraire, notre devoir est de le rassembler, de l’étudier et, l’ayant assimilé de manière critique, de nous porter en avant.

Être ingénieur des âmes, cela veut dire lutter activement pour une langue riche, pour des œuvres de qualité. Notre littérature ne répond pas encore aux besoins de notre époque. Ses faiblesses reflètent le retard de la conscience sur l’économie, dont, il va sans dire, nos écrivains ne sont pas indépendants.

C’est pourquoi un travail inlassable sur eux-mêmes et sur leur équipement idéologique dans l’esprit du socialisme est la condition indispensable sans laquelle les écrivains soviétiques ne pourront rééduquer la conscience de leurs lecteurs et se faire ainsi les ingénieurs des âmes.

Nous avons besoin d’une parfaite maîtrise de l’art littéraire et, sous ce rapport, l’aide qu’Alexis Maximovitch Gorki apporte au Parti et au prolétariat dans leur lutte pour une littérature de qualité et pour une langue riche, est inestimable.

Ainsi, les écrivains soviétiques voient toutes les conditions réunies pour qu’il leur soit possible de faire des œuvres qui soient, comme on dit, à l’unisson de l’époque, des œuvres où les contemporains puisent des leçons et qui soient l’orgueil des générations à venir.

Toutes les conditions sont créées pour que la littérature soviétique puisse donner des œuvres qui répondent aux besoins accrus des masses sur le plan de la culture. Notre littérature, et elle seule, a la possibilité de se lier aussi étroitement à ses lecteurs, à la vie des travailleurs, que c’est le cas dans l’Union des Républiques socialistes soviétiques.

Le présent congrès est particulièrement significatif à cet égard. Il a été préparé, non seulement par les écrivains, mais par tout le pays avec eux. »

mardi 7 mai 2013


Le réalisme socialiste